Suite à la décision du préfet du Pas-de-Calais d’instaurer l’annonce différée dans le département, une cinquantaine de responsables d’auto-écoles a manifesté à Arras le 28 février. En vain.Environ cinquante responsables d’auto-école ont manifesté avec leurs voitures dans les rues d’Arras, dans la matinée du 28 février dernier, à l’appel des sections départementales de la FNEC et du CNPA, réunies en intersyndicale pour l’occasion. Objectif : protester contre la mise en place de l’annonce différée de résultat (ADR) dans le département du Pas-de-Calais. Le préfet avait précédemment annoncé que l’ADR serait expérimentée pendant un an à compter du 1er mars, avec un comité de suivi composé de la préfecture, des inspecteurs et des auto-écoles. Cette mesure devant protéger les inspecteurs d’éventuelles insultes, voire des agressions physiques en cas d’échec au permis de conduire. « Il n’y a pas de problèmes de ce type dans le département. Nous ne voyons donc pas pourquoi on mettrait l’annonce différée en place », déclare Colette Mortier, secrétaire départementale de la Fédération nationale des enseignants de la conduite (FNEC). De son côté, Patrick Mille, secrétaire général de la préfecture du Pas-de-Calais, a indiqué à France 3 que depuis début 2006, deux agressions verbales avaient été signalées lors du passage de l’épreuve de conduite.
PLUS DE COMMENTAIRES EN FIN D’EXAMENPar ailleurs, en manifestant, les auto-écoles ont voulu dénoncer les inconvénients de l’annonce différée. « L’inspecteur ne joue plus son rôle pédagogique », déplorent de concert Colette Mortier et Jean-Marc Penet, président départemental du CNPA. « Nous perdons les commentaires de l’inspecteur à la fin de l’examen. Ces derniers sont utiles aux candidats ajournés. L’inspecteur leur indique les erreurs qu’ils ont commises et sur quels points faibles travailler. Pour les candidats reçus aussi, les commentaires sont profitables, car l’inspecteur leur donne des conseils ou les met en garde », par exemple sur le nombre de points dont ils disposent avec le permis probatoire, ou encore sur le port de la ceinture de sécurité.
UNE MAJORITÉ D’AUTO-ÉCOLES OPPOSÉE À L’ADRL’intersyndicale désapprouve aussi cette mise en place pour des raisons de forme. En environ quatre ans, les auto-écoles ont été consultées à trois reprises. Chaque fois, une majorité d’entre elles s’est prononcée contre l’annonce différée. Jean-Marc Penet pointe l’incongruité de la situation : « Nous avons été consultés en 2002 et en 2005. Lors de ce deuxième scrutin, 94 % des écoles de conduite étaient opposées à l’ADR. Le préfet nous a envoyé un courrier le 12 mai 2005 pour nous annoncer que cette mesure ne serait donc pas mise en place. Une semaine après, nous avons été conviés à une réunion pour lancer l’expérimentation de l’annonce différée dans le département ! Nous avons alors formé avec la FNEC une intersyndicale. Lors des réunions suivantes en préfecture, nous avons, chaque fois, insisté sur le fait que les auto-écoles ne voulaient pas de l’annonce différée. Début 2006, le préfet demande une nouvelle fois l’avis de la profession. En février, il signe l’arrêté pour lancer l’expérimentation ! »
PLUTÔT PRÉVENIR QUE GUÉRIR« Lors de la dernière consultation, sur un total de 230 écoles dans le département, 154 auto-écoles ont voté contre et une s’est prononcée pour. Malgré cela, la préfecture n’a pas tenu compte de notre avis, renchérit Colette Mortier. Elle a même considéré que les personnes qui n’ont pas répondu étaient favorables à l’expérimentation ! » Lors de la manifestation, une délégation syndicale a été reçue par le préfet. Sans résultat : « Nous nous sommes heurtés à un mur », indique l’intersyndicale. Préférant prévenir que guérir, la préfecture a maintenu sa décision. Depuis le 1er mars, le Pas-de-Calais applique donc l’annonce différée. Bilan des premiers jours : « Sur le terrain, les inconvénients que nous avions présagés se confirment, constate Jean-Marc Penet. De plus, aucun centre d’examen ne fonctionne de la même façon. Certains inspecteurs veulent bien communiquer les résultats au moniteur, d’autres font descendre l’enseignant pendant qu’ils remplissent leurs fiches ». Pour Colette Mortier, la situation n’est pas satisfaisante : « Les élèves se tournent vers nous pour savoir s’ils sont reçus ou ajournés. Ce n’est pas normal. Nous sommes formateurs et cela ne devrait pas être à nous de faire les commentaires de l’examen ».
Bérengère Huvey