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map Vie des régions — Octobre 2007

-Vannes-
Des exploitants qui ne comptent pas leurs heures !


Il est toujours délicat de faire une généralité à partir de trois rencontres. Mais les trois exploitants rencontrés à Vannes et aux alentours présentent au moins deux similitudes : une immense capacité de travail et un intérêt marqué pour la sécurité routière. Reportage.

Le golfe du Morbihan est l’une des plus belles régions de France… Mais les gérants rencontrés sur place ne prennent pas le temps de faire du tourisme. Ici, encore plus qu’ailleurs, ils ne comptent pas leurs heures.
Le ton est donné dès le premier rendez-vous : Daniel Garnier accepte très gentiment l’interview, mais renvoie vers sa secrétaire pour trouver un moment… qu’elle finit par dénicher patiemment un matin, entre 8 et 9 heures, avant les cours de Code, les examens moto, les leçons de voiture, etc. À l’heure dite, le gérant est déjà derrière son comptoir d’accueil, un téléphone dans une main, l’autre tendant un stylo à un élève venu suivre un cours théorique. Ça ne l’empêche pas d’avoir le sens de l’accueil, de sourire, de proposer un café et d’offrir au visiteur de prendre place dans le petit salon aménagé dans un coin. Shiva, la déesse aux bras multiples, n’aurait pas fait mieux !
Daniel Garnier n’est pas né dans une auto-école. À l’origine, il était facteur en région parisienne. Mais il y a maintenant une vingtaine d’années, un collègue, qui suivait la formation de moniteurs, l’entraîne dans la grande aventure du Bepecaser. Pour Daniel Garnier, c’est le début d’un nouveau genre de parcours du combattant. Il commence en tant que salarié, du côté d’Angers, puis de Nantes. Sept ans plus tard, lassé du salariat, il se décide à créer sa propre auto-école, à Rieux. « Ça a été très dur pendant deux ans et demi, se rappelle-t-il, puis j’ai commencé à me faire connaître, notamment grâce à la vie associative. Malheureusement, j’étais géographiquement mal placé par rapport au centre d’examen, Je devais effectuer 60 km à chaque examen de permis moto. » Ce problème, conjugué à des difficultés familiales directement liées à son investissement dans l’entreprise, finit par sonner le glas de son établissement… À bout, le jeune entrepreneur se rabat sur la région parisienne pour exercer la profession de plombier, puis de mécanicien moto, avant de tenter de réaliser un vieux rêve : l’ouverture d’un magasin de deux-roues. « Malheureusement, dit-il, les banques ne m’ont pas suivi et c’est sous leur pression que j’ai décidé de reprendre l’auto-école : mon banquier estimait que c’était un commerce plus viable. »

UNE BONNE AFFAIRE
C’est finalement à Vannes qu’il trouve son bonheur : Michel Burban, qu’il connaissait pour l’avoir croisé sur les pistes d’examens moto, cherche un repreneur au moment où Daniel cherche une bonne affaire. L’auto-école bénéficiant d’une excellente réputation, Daniel Garnier n’hésite pas… Et se re-lance, en tentant de tirer les leçons de sa première expérience. « Dans une petite auto-école, on bosse comme un fou et on ne gagne pas d’argent, affirme-t-il. Avec une entreprise plus importante, j’imaginais que ce serait plus facile. Mais, à chaque fois que j’embauche un nouveau moniteur, il a les mêmes horaires que les autres et il nécessite une voiture supplémentaire. Résultat, je passe toujours autant de temps à gérer l’entreprise : je continue à assurer 40 heures de leçons de conduite par semaine, plus la gestion, plus le bureau, plus les examens… Cependant, j’essaie désormais de bloquer du temps pour ma famille. Ainsi, je m’apprête à prendre une semaine de vacances, ce qui ne m’était jamais arrivé auparavant. » Si ce challenge lui semble si délicat à relever, c’est que l’entreprise qu’il a rachetée nécessite toute son attention : à la date de la vente, la société comptait trois bureaux, sept moniteurs et 450 inscriptions annuelles. Une base solide, mais à entretenir et à faire fructifier.

DES VOITURE-ÉCOLES POUR VÉHICULER L’IMAGE DE L’AUTO-ÉCOLE
« Par rapport au nombre de moniteurs, je dois assurer un certain nombre d’inscriptions », explique-t-il. Pour y parvenir, il s’agit d’assurer une bonne qualité de travail, capable de maintenir la réputation de l’auto-école. Mais cela ne suffit pas toujours et il faut donc mettre en œuvre d’autres moyens. Sur ce point, la publicité sur les voitures est un atout important. « Mes véhicules noirs et jaunes sont associés à l’image de l’auto-école, souligne le gérant. Compte tenu de leur nombre et de leur circulation quotidienne, ils assurent à l’entreprise une publicité permanente. Je ne m’amuserais pas à passer à de banales voitures blanches, ce serait un trop gros risque. »
La taille de son auto-école n’empêche pas Daniel Garnier de se soucier de la qualité de l’enseignement. S’il regrette de ne pas pouvoir davantage suivre son équipe, le gérant a décidé de garder la voiture automatique de son prédécesseur. Ainsi, même s’il ne propose pas de permis aménagé, il dispose d’une alternative pour les élèves en difficulté avec les boîtes mécaniques. L’année dernière, elle a permis à 21 candidats d’obtenir leur précieux sésame rose.

LA CROISSANCE ÉCLAIR, UN PIÈGE
À quelques rues de là, Christian Sarian présente le profil similaire de l’entrepreneur bosseur. Lui aussi est originaire de la région parisienne, où il a exercé la profession de menuisier, puis a travaillé dans les Télécoms pendant un premier épisode de sa vie professionnelle. Profitant d’un licenciement économique, il passe son examen de moniteur. Puis, il travaille quelques années comme salarié avant de créer, en 1983, l’auto-école Chris, dans une rue pavée du centre-ville vannetais. Pas du genre à « rester les deux pieds dans le même sabot », il passe sa mention moto, puis la mention lourd au début des années 1990, pour « répondre à la demande des élèves ». Dynamique, il devient rapidement représentant de l’Anper, passe son agrément pour le permis à points, se lance dans les formations post-permis. Le succès est tel qu’il déniche un nouveau site, qu’il dédie aux formations annexes. « Le problème, analyse-t-il aujourd’hui, c’est que j’étais arrivé à une telle machine que je ne pouvais plus la gérer. Pour répondre à la demande en formations post-permis, j’avais monté, avec un associé, une structure de six bureaux et 19 moniteurs. Nous intervenions, à la demande d’une assurance, de Nantes à Brest et Cherbourg. En 2004, on nous en demandait encore plus et je me suis rendu compte que ce ne serait plus possible. Il aurait fallu que je quitte mes salles de cours et que je descende de mon camion pour me consacrer à la gestion, qui n’est vraiment pas mon domaine de prédilection. J’ai préféré tout arrêter. »

DES MONITEURS INDÉPENDANTS
Aujourd’hui, Christian Sarian a sérieusement réduit la surface de voilure, mais il reste tout de même très occupé. « Si ma secrétaire me voit une demi-heure par semaine, c’est bien », avoue-t-il malicieusement. Son plaisir, c’est la préparation des candidats au permis poids lourds. Mais juste le permis poids lourd. Ici, pas question de FIMO, de FCOS et autres titres professionnels. « Je m’en sors bien, affirme-t-il, car je prends les candidats individuels et les petites sociétés. Les grandes structures, comme Forget et l’AFT, sont engorgées. Au final, je ne ressens pas trop la concurrence. » Pendant qu’il est sur les pistes, son auto-école tourne presque toute seule. « Ici, dit-il, chaque moniteur s’occupe de ses élèves de A à Z. Je n’ai jamais apprécié d’avoir quelqu’un sur le dos alors j’estime que chacun peut gérer son travail. Je tire simplement l’alarme quand je vois que le taux de réussite est trop bas et qu’il n’y a pas de remise en question de la part du moniteur. »

DES ÉLÈVES AUTONOMES
Les élèves bénéficient également d’une grande autonomie. En entrant dans l’auto-école, ils ne peuvent pas rater l’antique simulateur Faros, prévu au départ pour alléger les plannings, puis largement utilisé pour des actions de La Prévention Routière. Aujourd’hui, ils s’entraînent en solo, aux horaires de leur choix, dans un labo de Code installé au premier étage. Les contrôles, organisés le mercredi et le samedi, permettent de vérifier leur progression avant de les inscrire à l’examen. Ici encore, malgré son emploi du temps très chargé et son besoin de gagner de l’argent pour faire face aux frais, le gérant n’a pas abandonné sa conscience professionnelle. Christian Sarian reste très attaché à la prévention. Ainsi, s’il propose le BSR, sa forme actuelle ne le satisfait pas. « Je ne cours pas trop après les inscriptions en BSR, reconnaît-il. Trois jeunes élèves sur la route en même temps, c’est dangereux, nous avons déjà eu quelques frayeurs. Ils manquent de maturité pour aborder la route et méconnaissent le Code de la route. Alors pour limiter les dégâts, nous leur faisons d’abord passer un test initialement destiné aux cyclistes. Cela nous donne une idée de leur niveau et leur permet de se rendre compte de leurs lacunes. Pour autant, ils ne viennent pas s’entraîner à la théorie, bien que nous les y invitions. »

PROMOUVOIR L’AAC
Installé à Sarzeau, à une vingtaine de kilomètres de Vannes, Patrick Guilleron a lui aussi le souci permanent de la sécurité routière. Ancien ambulancier, il a vu de nombreux accidents de la route et a eu envie « d’apporter quelque chose sur le sujet ». C’est de là qu’est né son désir de devenir moniteur d’auto-école. Salarié pendant près de quinze ans, il a fini par racheter une auto-école « parce que le salaire ne suivait pas. » S’il a délégué les formations deux-roues à son moniteur, la conduite accompagnée mobilise toute son attention. « J’aime beaucoup l’AAC, confirme-t-il. En 2006, elle représentait près de 50 % de mes formations en B. Quand une personne vient se renseigner, je propose cette alternative et je prends le temps de convaincre les élèves hésitants. » La situation géographique de son établissement, en pleine campagne, contribue au succès de l’AAC.

Patrick aime enseigner la théorique. « J’assure tous les cours de Code, déclare-t-il et j’apprécie les rendez-vous en salle. Pour cela, je fais des recherches sur Internet, je passe du temps à me documenter et à dénicher des supports. »
Pour ce qui est de la pratique acccomgnée, il a trouvé une astuce afin de susciter la remise en question chez des accompagnateurs sûrs de leur (bonne) conduite. « Je leur propose systématiquement de conduire pendant dix minutes, affirme-t-il. Cela permet de mettre à jour leurs (mauvaises) habitudes de conduite. Leur réflexe le plus fréquent est de débrayer trop tôt. C’est difficile de les faire changer de comportement, mais ils finissent par se ranger à mon avis quand ils comprennent, par exemple, que cette habitude est directement liée à leur consommation excessive de plaquettes de freins. »
Comme ses collègues rencontrés plus tôt, Patrick Guilleron ne rechigne pas sur le temps de travail. « Pendant les vacances scolaires, j’arrive à prendre une demi-heure pour déjeuner, explique-t-il. Le reste de l’année, ce n’est pas possible. C’est l’heure où je vais chercher mes élèves à la sortie de leur lycée. » Au final, ses journées commencent à 7 h 30 et se terminent rarement avant 20 heures. Heureusement, il peut compter sur son moniteur pour prendre la relève et en profite pour planifier quatre semaines de vacances à l’année. Un temps de repos qui lui permet de faire le point sur son activité et d’envisager l’avenir avec sérénité. « En même temps que l’auto-école de Sarzeau, j’ai acheté un petit local à Surzur, détaille-t-il. Dans le premier village, la population est vieillissante et il y a une autre auto-école. À Surzur par contre, la population est plus jeune. Je compte développer ce deuxième bureau en attendant la retraite. »

Cécile Rudloff



FICHES D’IDENTITÉ

Auto-école Michel Burban
Gérant : Daniel Garnier
Bureaux : un à Vannes, un à Saint-Avé, un à Meucon, un à Sélé, un à Arradon
Formations proposées : A, B, AAC, BSR
Salariés : neuf moniteurs, une secrétaire, une femme de ménage
Véhicules : neuf Clio, une voiture automatique, un 4 x 4, deux Yamaha Fazer FZ6, deux Kawasaki ER6, une Yamaha 125 TW, deux scooters Kymko 50 Agility
Inscriptions : 700 élèves en 2006, dont 545 B
Tarifs : 961 € l’équivalent du forfait B, 34 € l’heure supplémentaire

Chris Auto-école
Gérant : Christian Sarian
Bureaux : un à Vannes, un à Plescey
Formations proposées : A, B, AAC, BSR, Eb, C, Ec, formation taxi
Salariés : trois moniteurs, une secrétaire à temps plein et une secrétaire à temps partiel
Véhicules : trois C3, un monospace Évasion, un C4 Visiospace, un scooter Aprilia, un scooter MBK, une moto Yamaha 125, deux Suzuki GSE 500, une remorque Eb, un porteur Iveco, un ensemble semi-remorque
Inscriptions : entre 220 et 250 B, une trentaine de A, entre 120 et 130 en formation poids lourds
Tarifs : 831 € l’équivalent du forfait B, 31,70 € l’heure de conduite supplémentaire

Auto-école Patrick Guilleron
Gérant : Patrick Guilleron
Bureaux : un à Sarzeau, un à Surzur
Formations proposées : A, B, AAC, BSR
Salarié : un moniteur
Véhicules : deux Clio, une Suzuki 500, deux scooters Kymko
Inscriptions : en 2006, 140 B, 9 A, une quarantaine de BSR
Tarifs : 1 005 € l’équivalent d’un forfait B, 33 € l’heure de conduite supplémentaire




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