À Bordeaux, la jeunesse de la population est un gage de succès pour les auto-écoles… Encore faut-il faire preuve d’initiatives et envisager, avec enthousiasme, de se tourner vers de nouveaux clients. C’est le cas des trois auto-écoles que La Tribune des Auto-Écoles a rencontrées.Une ville magnifique classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, ensoleillée, proche de la mer et de la montagne et dont un tiers de la population a moins de 25 ans… cela ressemble à un rêve pour n’importe quel gérant d’auto-école ! Réveillez-vous, cette ville existe, elle s’appelle Bordeaux. Avant d’y rendre visite à une amie, Stéphane Duchiron ignorait tout du port de la Lune. Ce jeune exploitant, francilien d’origine, avait simplement « envie de soleil ». Après quelques mois de salariat, il crée, en 2005, sa première auto-école à « Counord, un quartier jeune et dynamique » ; puis, en 2007, un deuxième établissement dans le quartier de la gare, un endroit « populaire, mais en pleine restructuration ». Mais cette expansion éclair ne correspond pas exactement aux ambitions de Stéphane Duchiron. En ouvrant son établissement, il avait surtout envie de proposer des formations différentes. « Je m’ennuie rapidement et j’ai toujours recherché un nouvel intérêt dans mes emplois précédents, dit-il. Cela permet de ne pas s’enfermer dans la routine. » Cette réflexion vaut pour le gérant comme pour les moniteurs, qui trouvent là une nouvelle source de motivation. « J’ai accepté de lancer la formation moto car cela intéressait l’un des moniteurs, complète-t-il. Une monitrice m’aide pour la formation pour les sourds et malentendants et je viens d’investir dans un véhicule aménagé pour les personnes handicapées car l’une des monitrices est sensible à la question. C’est un autre moyen de garder les salariés. »
UNE FORMATION POUR LES SOURDS ET LES MALENTENDANTSSi les moniteurs sont intéressés, le gérant est très concerné, notamment par la formation aux personnes dont l’ouïe est défaillante. « Mon frère est sourd et, par conséquent, j’avais envie de proposer des formations à des personnes sourdes et malentendantes », raconte-t-il. Pourtant, malgré la motivation, il se rend vite compte que son idée n’est pas simple à mettre en place. « Les personnes sourdes ou malentendantes ne souhaitent pas être mélangées avec les entendants, il fallait donc faire des cours spécifiques, explique-t-il. D’autre part, beaucoup ont des difficultés avec la langue française, qu’ils lisent ou écrivent mal. Enfin, il faut prendre en compte les fréquents handicaps associés à leur handicap auditif. » Au-delà de ces freins, Stéphane Duchiron s’est, dès le départ, remis en question : « Je ne signais (ndrl : parler le langage des signes) pas suffisamment pour les détails du Code de la route, j’ai donc repris des cours, complète-t-il. Et je n’avais pas envie de m’engager à la légère auprès des sourds et de leurs parents. Je ne voulais pas vendre du rêve. » Pour réaliser malgré tout son projet, le jeune exploitant prend alors contact avec l’Institut régional des Sourds et aveugles (IRSA) et plus particulièrement son Service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS). Ensemble, ils mettent en place un projet, qui fonctionne depuis un an : Stéphane Duchiron et l’une de ses monitrices assurent les cours de Code, l’association prend en charge un « interface », c’est-à-dire un interprète qui, en plus de reprendre les propos du formateur, adapte le discours et se préoccupe de la compréhension du message. « Nous avons commencé l’année dernière, le samedi matin, avec trois élèves, raconte Stéphane Duchiron. Aujourd’hui, le groupe est passé à une dizaine de participants et nous avons ajouté un cours hebdomadaire. » « Pour les sourds, aller dans une auto-école normale est difficile, car les personnes ne parlent pas leur langue, complète Sandrine Simonnet, conseillère en économie sociale et familiale à l’IRSA. Pour nous, ce partenariat est intéressant car les formateurs vont au rythme des élèves et s’adaptent aux capacités de chacun. Les participants sont très contents de cette offre. » Reste à convaincre la préfecture d’organiser une session spéciale pour le Code, afin que les élèves sourds puissent accéder à l’étape suivante : l’apprentissage de la conduite, puis l’examen du permis de conduire.
LE PERFECTIONNEMENT, UN ENSEIGNEMENT ÉPANOUISSANTSur l’avenue Victor Hugo, Véronique Sargos et Stefan Borie cherchent également des débouchés dans la diversité. En 1998, ces deux moniteurs, qui s’étaient rencontrés au cours de leur formation au Bepecaser, décident de reprendre cette auto-école en liquidation située en centre ville, mais dans un quartier « encore abordable ». « L’établissement avait une réputation moyenne, se souvient Stefan Borie, mais en changeant les méthodes, en faisant de la publicité et en mettant en place de vrais cours de Code, la boutique s’est bien développée. » « Je crois qu’au départ, les élèves ont été sensibles au fait que nous reprenions tous les dossiers en suspens », complète son associée Véronique Sargos. Pour améliorer la rentabilité, les gérants agissent, en plus, sur plusieurs leviers. Ainsi, ils ne disposent que de quatre voitures pour cinq enseignants, car il y a toujours un moniteur au bureau. D’un autre côté, ils se sont empressés de proposer le permis à 1 euro par jour, afin de faciliter l’accès de leurs élèves au permis de conduire. Aliénor Conduite propose également des formations accélérées. « D’habitude, nous préférons commencer par le Code et enseigner la conduite une fois l’examen théorique réussi, explique Véronique Sargos. Dans le cadre de la formation accélérée, les deux formations sont menées en parallèle et nous faisons faire des heures supplémentaires aux moniteurs pour les leçons de conduite, ce qui justifie un tarif plus élevé. » Mais là n’est pas le cœur des prestations proposées par l’auto-école. En marge des élèves « jeunes », Aliénor Conduite s’adresse également – et séduit – une clientèle plus âgée. « Ce sont souvent des femmes, qui manquent de confiance en elles, détaille Véronique Sargos. Ce sont des clients motivés et ravis de venir à l’auto-école. Pour nous, les accompagner est très intéressant : c’est un challenge de les remettre au volant, cela relève presque du coaching. » Ces élèves atypiques n’ont pas l’échéance de l’examen du permis de conduire – ce qui conduit visiblement de nombreuses auto-écoles à les refuser. D’autres élèves n’ont pas cette chance et c’est l’une des préoccupations de Véronique Sargos actuellement, car la nouvelle méthode de répartition des places d’examens va bientôt être mise en place dans le département et certains élèves pourraient en faire les frais. « Notre secteur est une zone difficile, affirme Véronique Sargos. Nous avons beaucoup de gens défavorisés ou d’origine étrangère, pour qui les examens du permis de conduire ne sont pas adaptés. J’ai par exemple en ce moment un homme d’origine chinoise qui ne parle pas français. Sa fille vient de temps en temps faire la traduction, nous faisons nous-mêmes des efforts pour expliquer en image les situations, mais la formation prend du temps. Au final, je veux bien rallonger la durée de l’apprentissage pour garantir un meilleur taux de réussite à mon auto-école, mais dans le quartier, certains clients ne vont pas pouvoir suivre financièrement. »
L’APPRENTISSAGE PAR L’EXEMPLEÀ quelques kilomètres de là, Yves Lalanne aimerait, plutôt que de changer de méthode d’attribution des places, réformer entièrement le permis de conduire. « Nous devrions pouvoir valider, de manière scientifique et incontestable les différentes étapes de l’apprentissage de la conduite, affirme-t-il. Il faudrait créer des outils qui remplaceraient le jugement humain – forcément partial –, pour parvenir à une traçabilité incontestable. D’un côté, cela nous permettrait de proposer des heures supplémentaires sans susciter la suspicion des élèves. De l’autre, l’examen du permis de conduire deviendrait une formalité, voire n’aurait plus de raison d’être. » Cette réflexion n’est pas celle d’un illuminé de l’enseignement de la conduire : Francis Lalanne exerce depuis 1974 et il est de ceux qui imaginent des solutions pour mieux former les futurs conducteurs. Ainsi, dans ses auto-écoles, sont proposées des formules de formation très complètes. En ce qui concerne l’apprentissage de la conduite automobile, par exemple, la formule City’Zen comprend, non pas 20 heures de conduite, comme le prévoit le PNF, mais 37 heures de formation… qui incluent voyage-école, prévention de l’alcool au volant, simulation de perte d’adhérence, freinage d’urgence, etc. Au cours de la formation, l’élève évolue seul (sur piste), mais surtout en binôme, voire en trinôme. « Apprendre, c’est avant tout comprendre, explique Yves Lalanne. Entre ce que dit le moniteur et ce que l’élève comprend, il peut y avoir une différence. Avec un travail en binôme, celui qui se trouve en écoute pédagogique voit les actions de son homologue au volant et comprend mieux les explications du moniteur. C’est pour cela qu’il réussit mieux. » Ces méthodes – dont on entend souvent parler mais qui restent peu appliquées –, Yves Lalanne et ses salariés les appliquent aussi bien en voiture qu’en bateau, en passant par les formations professionnelles. Car, en 33 ans, l’exploitant s’est donné les moyens de faire prospérer son entreprise. Depuis 1987, il propose ainsi avec succès la formation au permis bateau. « Nous sommes dans une région où le bateau se pratique beaucoup, notamment dans le magnifique bassin d’Arcachon, affirme Yves Lalanne. À l’époque, c’était un marché à prendre, c’est devenu une passion. »
Là aussi, le gérant n’aborde pas l’apprentissage de la même manière que les autres. Pour commencer, il a embauché un formateur également passionné, dont la pratique a été couronnée par plusieurs médailles en courses. « Les élèves apprécient d’avoir affaire à un professionnel, argumente-t-il. Ce formateur est capable de répondre à des questions pointues. » Pour aller plus loin, Yves Lalanne a décidé dès le départ de proposer des formations sous forme de stage, concentrées le week-end. « Le bateau est pratiqué par des gens très occupés la semaine, dit-il. Si les cours sont fixés en soirée, les réunions et les entraînements sont une source éternelle d’absentéisme. Un problème que nous ne rencontrons pas avec les stages. » Le bateau n’est pas la seule source de diversification pour cet exploitant chevronné : depuis plusieurs années, il propose également les formations professionnelles aux particuliers et aux entreprises. Permis poids lourds et caristes, Caces et autres diplômes sont assurés en interne par sept formateurs. Pour les Fimo et FCOS, les élèves sont orientés vers un autre City’Pro. Car, depuis 2005, Yves Lalanne fait partie du nouveau réseau City’Zen/ City’Pro. Une adhésion qui l’a obligé à changer de nom (il faisait partie d’un autre groupement auparavant), mais qui signe, pour son auto-école le début d’une nouvelle expansion. La preuve ? Depuis 2005, il a ouvert quatre nouvelles agences.
Cécile Rudloff
CARTES D’IDENTITÉ
ESPACE FORMATIONS ROUTIÈRESGérant : Stéphane Duchiron
Bureaux : un dans le quartier de la gare, un autre avenue Émile Counord
Salariés : un moniteur à temps complet, un autre en contrat de professionnalisation
Formations proposées : A, B, AAC, BSR, permis aménagé, formation pour les personnes sourdes et malentendantes
Véhicules : une 207, trois C3, une moto CBF 500 Honda, un Ludix
Inscriptions : entre 120 et 140 par an
Tarifs : 730 € l’équivalent d’un forfait B, 34 € l’heure de conduite supplémentaire
ALIÉNOR CONDUITEGérants : Stefan Borie et Véronique Sargos
Salariés : 3 moniteurs
Formations proposées : B, AAC
Véhicules : quatre 207
Inscriptions : entre 250 et 300 par an
Tarifs : 830 € l’équivalent d’un forfait B, 38 € l’heure de conduite supplémentaire
Site Internet : http ://monsite.orange.fr/alienorconduite/
CITY’ZEN CONDUITEGérant : Yves Lalanne
Bureaux : huit agences : Le Bouscat (deux), La Teste, Gujan Mestras, Eysines, Bordeaux Cauderan, Le Haillan, Saint-Médard-en-Jalles
Salariés : pour City’Zen, 22 formateurs, deux employés d’accueil. Pour City’Pro, sept formateurs à temps complet, quatre administratifs et commerciaux.
Formations proposées : B, AAC, bateau, Eb, C, EC, D, Fimo, FCOS, Caces,
Véhicules : pour City’Zen, 22 C3, deux bateaux. Pour City’Pro, quatre C3, trois C4, cinq porteurs Mercedes, trois tracteurs, un bus
Inscriptions : pour City’Zen, 1200 B, 700 formations bateau. Pour City’Pro, 700 poids lourds
Tarifs : 847 € l’équivalent d’un forfait B, 41 € l’heure de conduite supplémentaire
Site Internet : www.city-zen.info
CHIFFRES• Bordeaux compte 230 600 habitants
• La Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB – 27 communes) compte 660 000 habitants
• Un tiers de la population est âgé de moins de 25 ans
• Bordeaux est une ville dynamique : sa population a augmenté de 6,2 % entre 1990 et 1999 et, chaque année, 1 700 à 1 900 entreprises voient le jour dans la région.