Relativement épargnées par les soucis de places d’examens, les auto-écoles colmariennes, souvent regroupées en structures familiales, profitent de bonnes conditions de travail, tout en surveillant avec un œil critique la réforme en cours.
Troisième ville de la région Alsace après Strasbourg et Mulhouse par sa population (67 000 habitants, 115 000 habitants dans l’aire urbaine), Colmar est réputée pour ses vignobles et sa charmante vieille ville. Un cadre idyllique pour les écoles de conduite ?
Une auto-école qui réunit père, fille et gendre
L’auto-école CECA est une affaire de famille. L’actuel gérant, Patrick Gosset, proche de la retraite, a repris en 1978 l’établissement créé par son père. Après avoir été pendant 30 ans président départemental du CNPA, Patrick Gosset est depuis 4 ans représentant local de l’Unidec. Son auto-école emploie également sa fille Angélique Llopis-Gosset, directrice pédagogique, titulaire du BAFM et d’une licence en sécurité routière à l’université de Lambesc/Aix-en-Provence, ainsi que son mari Guillaume Llopis, moniteur voiture et moto. Cette auto-école familiale accueille chaleureusement La Tribune des Auto-Écoles, au sein d’un établissement qui achève ses travaux. « Nous avons eu à cœur de nous mettre aux normes afin de pouvoir accueillir les personnes à mobilité réduite le 1er janvier 2015, comme le prévoit la loi du 11 février 2005 pour les établissements recevant du public », explique Patrick Gosset. Espaces plus lumineux, larges portes, marquage au sol, nouvelles toilettes… tout est prêt pour accueillir tout type de public, handicapé comme valide.
L’établissement dispose également d’un second bureau à Munster, à une vingtaine de kilomètres de Colmar. Avec un public un peu différent. « À Munster, les élèves ont un peu plus les pieds sur terre qu’à Colmar, fait remarquer Patrick Gosset. Ils sont conscients que 20 ou 35 h de leçons ne suffisent pas forcément et se voient davantage comme des élèves que comme des consommateurs. De plus, il y a moins de cas d’impayés ou de chèques sans provisions à Munster qu’à Colmar ».
Au niveau des places d’examens, la situation est actuellement acceptable, comme l’explique Patrick Gosset. « Nous sommes mieux lotis qu’avant. Après un premier échec, un candidat peut espérer passer le permis au bout d’un mois et demi à deux mois, contre cinq mois début 2013. Mais cela varie au cours de l’année et nous ne sommes pas à l’abri d’une rechute ». Pour le gérant, la prise en compte des B2 dans la MNA, effective depuis le 1er octobre dernier, n’est que de la poudre aux yeux. « Car le nombre d’inspecteurs reste le même. Encore faudrait-il qu’ils soient davantage affectés au passage de l’examen B, et non pas uniquement pour 50% de leur temps de travail. »
Les élèves lâchés trop tôt en AAC
L’une des mesures les plus connues de la réforme, l’accès à l’AAC dès 15 ans, est pour Patrick Gosset « une mesure anecdotique. Le principe de l’AAC est bon, mais a été dévoyé par le système. Il faudrait déjà qu’on ne lâche plus les élèves en AAC après seulement 20 h de conduite ».
« Nous préférerions que cela se fasse après 30 ou 35 h, précise Angélique Llopis-Gosset, avec le niveau permis de conduire. Avec l’accès à l’AAC dès 15 ans, on va peut-être faire un peu plus d’AAC la première année, peut-être pas sur le long terme. »
La directrice pédagogique distingue deux catégories d’élèves : les élèves motivés qu’il suffit d’accompagner et ceux, peu motivés, poussés par leurs parents. « Pour éviter qu’ils ne traînent trop, on leur fait un suivi spécifique et on les encadre, afin qu’ils ne lâchent pas l’affaire. » Et ça marche ! « La meilleure publicité pour notre auto-école, c’est le bouche-à-oreille ! » Sans oublier la page Facebook de l’auto-école (plus de 850 fans), un site Internet particulièrement complet, ainsi que le récent tournage d’une vidéo publicitaire vantant avec humour les formations moto !
Trop cher, le permis ?
Le permis est trop cher ? Si les politiques et les médias répondent par l’affirmative, Angélique Llopis-Gosset estime « qu’il coûte bien plus cher dans d’autres pays, avec en contrepartie des enseignants mieux formés, qui ont fait beaucoup d’études, et une faible accidentalité. En France, les enseignants de la conduite sont formés en 9 mois, avec des niveaux socio-économiques très divers. Certains enseignants n’ont pas tous envie de faire de la pédagogie, tout en se plaignant que le métier n’est pas valorisé. On ne peut pas demander de la reconnaissance dans ces conditions. C’est le serpent qui se mord la queue ».
Quant à la dématérialisation systématique des cours de Code sur le Net, là aussi, prudence ! Angélique Llopis-Gosset estime que les leçons de Code en salle sont indispensables. « Nous disposons de 2 salles de Code, et même d’une troisième salle que nous louons dans notre rue. Ces cours de Code sérieux donnent une image de qualité à notre établissement. Tout comme les rendez-vous pédagogiques, qui sont de véritables cours, avec un vrai thème et un vrai débat. »
Résultat, le chiffre d’affaires a augmenté de 25% ces dernières années et de 10% l’an passé. Seul bémol, le permis moto, permis loisir par excellence, stagne à cause de la crise.
Trop d’auto-écoles à Colmar ?
Installée depuis 1967 à Colmar, l’auto-école Rémy a été créée par les parents de l’actuelle gérante, Anne Gissinger, qui a repris l’établissement en 2004. Parmi les trois bureaux, le bureau principal, situé place Saint-Joseph, est particulièrement bien placé, à la fois proche du centre-ville et de plusieurs lycées et CFA (centres de formation d’apprentis). Du coup, sa clientèle comprend beaucoup de lycéens et d’étudiants de Colmar, mais aussi de Strasbourg et de Mulhouse.
Comme ses confrères, Anne Gissinger ne se plaint pas de la disponibilité des places d’examens. « Ce n’est pas la perfection, mais cela reste supportable. Depuis 2 ans, les délais sont plus raisonnables, et le service de la répartition fait, dans la mesure du possible, correctement son travail. »
Selon la gérante, la seule difficulté réside dans « la concurrence exacerbée entre les auto-écoles de Colmar. « Il y a eu plusieurs créations d’établissements il y a plus d’un an, ce qui fait que l’on dénombre beaucoup d’écoles de conduite à Colmar, par rapport à la taille de la ville. Dans les années 1980, les tarifs étaient réglementés, on gagnait mieux notre vie qu’actuellement, où certaines auto-écoles misent tout sur les prix ».
Adhérente au CNPA-ER, ce qui lui permet « d’être informée plus rapidement sur les réformes et les actualités de la profession », Anne Gissinger est à titre personnel « opposée à toute réforme visant à déréglementer la profession. Si une auto-école n’a plus l’obligation d’avoir un agrément, un local, un diplôme, le métier va se résumer à une activité uniquement commerciale. Et si tout se passe par l’intermédiaire du Web, cela pose un problème de concurrence vis-à-vis d’entreprises qui ont investi dans des locaux et du personnel ». Pour la gérante, cela s’apparente à de la concurrence déloyale. « Il faut tout de même que l’on arrive à vivre, par rapport à des gens qui n’ont pas de frais fixes ! De plus, un local est tout de même indispensable pour le Code et les rendez-vous pédagogiques. À force de tout faire par Internet, il n’y aura plus rien de concret ». Anne Gissinger, qui avoue « ne pas être très branchée Internet », préfère « se déplacer, rencontrer des gens. C’est important que les élèves puissent avoir quelqu’un en face, qui puisse répondre à leurs interrogations ».
Un déficit d’image
Il n’empêche que, pour la gérante, « les auto-écoles ont toujours eu une mauvaise image de marque. Souvent, les gens ne se rendent pas compte de ce qu’est vraiment enseigner la conduite. C’est la qualité qui peut faire remonter l’image de marque des écoles de conduite. Mais il faut quand même que l’élève soit motivé et fasse des efforts ! ». L’AAC dès 15 ans attise en tout cas la curiosité des élèves. « On a eu pas mal de demandes de renseignements à ce sujet, mais je reste sceptique quant à la maturité d’un élève de cet âge. Ce sont vraiment encore des gamins, comme on le voit déjà pour le permis AM à 14 ans. Et ce n’est pas l’AAC à 15 ans qui va faire baisser le coût du permis ! Tout comme d’ailleurs le REMC, qui est intéressant mais ne va pas dans le sens d’une diminution des coûts, car il demande davantage d’heures de conduite si l’on souhaite l’appliquer correctement. De toute façon, les élèves veulent juste avoir leur permis, et non développer en profondeur des compétences ». D’ailleurs, quand Anne Gissinger entend partout que le permis est trop cher, elle s’exaspère. « Alors qu’on a déjà du mal à joindre les deux bouts ! Une auto-école n’est pas une boulangerie. On fait de la sécurité routière ! »
L’auto-école en ligne Ornikar, très présente dans les médias, laisse la gérante songeuse.
« Leur idée de faire noter les moniteurs par les élèves n’est pas un gage de qualité. Les élèves sont-ils vraiment aptes à juger de la qualité de l’enseignement ? C’est subjectif, et de plus, des moniteurs pourraient être tentés de les caresser dans le sens du poil pour être favorablement notés. »
Enfin, la remise en cause des 20 h minimum obligatoires ne paraît plus forcément une question essentielle. « À mes débuts dans la profession, de bons élèves arrivaient à décrocher le permis après 20 h de conduite, en suivant le PNF. De nos jours, c’est exceptionnel. Au début, les élèves se focalisaient sur les 20 h, maintenant ils ont fini par comprendre que cela ne suffit pas ».
Gérants de père en fils
Née à Mulhouse il y a 50 ans, l’auto-école Franklin a été gérée pendant les 35 dernières années par Ahmed Belarbi, qui a créé 3 autres bureaux, dont celui de Colmar. Son fils Karim, juriste de formation, vient tout juste de lui succéder en tant que gérant. « Mon fils a passé son diplôme d’avocat, puis, une fois ses Bepecaser tronc commun et deux-roues ainsi que son BAFM obtenus, a choisi de prendre ma succession. Pour ma part, je m’apprête à entamer une seconde carrière, dans l’import-export ».
Un autre changement prévu au sein de l’auto-école concerne les véhicules. Comme l’explique Ahmed Belarbi, « le parc a été renouvelé, puisque les Citroën DS3 utilisées depuis 2 ans vont être remplacées par des Volkswagen Golf VII. Je reviens à mes premières amours, puisque j’ai été l’un des premiers à utiliser des Golf TDI avec climatisation. Cela permet de se différencier des autres auto-écoles ».
S’il n’est donc pas opposé au changement, le gérant se montre néanmoins sceptique à propos de la réforme actuelle et de la remise en question de l’auto-école sous sa forme traditionnelle.
« Si l’on remet en cause le permis actuel dont l’enseignement est effectué par des professionnels, qu’est-ce que ça va être demain si les élèves sont quasiment livrés à eux-mêmes ? L’agrément, le local et les moniteurs rattachés à une auto-école sont indispensables. Sinon, c’est l’anarchie ! »
Ahmed Belarbi avance un autre argument. « Aujourd’hui, le pays est en déficit. Si on déréglemente la profession, il y aura moins d’emploi, car il n’y aura plus de secrétaires ni de contrats de professionnalisation. Et moins de salariés qui vont cotiser, moins de rentrées fiscales pour le pays. »
Quant au Code sur Internet, que beaucoup d’auto-écoles proposent déjà, Ahmed Belarbi remarque que « les élèves préfèrent malgré tout se retrouver avec un enseignant dans une salle de Code, afin de pouvoir bénéficier de ses conseils, lui poser des questions. Si l’on fait tout sur Internet, alors autant supprimer l’Éducation nationale et les fonctionnaires ! ».
Des objectifs contradictoires
De plus, pour Ahmed Belarbi, la réforme ne va pas du tout dans le sens de la sécurité routière. « Il y a une grosse contradiction entre l’objectif de sécurité routière prôné par le ministère de l’Interieur et la volonté de réduire le coût du permis du ministère de l’Économie. L’idée que le permis est trop cher est une idée que l’on a mise dans la tête des gens. Car c’est un coût justifié pour une épreuve importante que l’on ne passe qu’une fois dans sa vie !
Rien qu’un bon casque moto coûte déjà 600 euros ! Quant au REMC, si on l’applique à la lettre, le coût du permis va grimper à 3 000 euros ! » Une mesure plus ancienne, le permis à 1 euro par jour, a quant à lui « complètement raté sa cible. Beaucoup de demandes d’un public défavorisé sont refusées. Les banques se montrent réticentes, bien que l’État se porte garant. Une contradiction totale avec l’esprit initial de la mesure ! ».
La privatisation n’est pas nécessaire
Quant à la privatisation du Code, voire des examens pratiques, Ahmed Belarbi y est fermement opposé. « Le service public constitue une garantie d’égalité des chances, alors que la privatisation est une source de dérives. Dans la région, nous n’avons pas de souci majeur au niveau des inspecteurs, pas de grave problème de places, alors pourquoi tout changer ? »
L’affichage du taux de réussite, préconisé par la DSCR ? « Cela créerait des incidents. Il varie beaucoup selon les régions, et certaines auto-écoles ont une clientèle très difficile. L’examen pratique du permis n’est pas un examen égalitaire sur tout le territoire français, contrairement au Bac. L’obtention du permis dépend beaucoup de l’endroit où on le passe. Il y a 30 ans, le permis était un luxe, il servait surtout à sortir son véhicule le week-end, car les jeunes avaient un emploi dans leur ville, le besoin de mobilité était moins fort. De nos jours, c’est une nécessité ». Qui en doute aujourd’hui ?
Christophe Susung
Un centre d’examens complet et moderne
Située en lisière de Colmar, en direction de Holtzwihr, le récent centre d’examens Saint-Christophe est le plus important du département, permettant aux candidats de toutes les catégories de permis (auto, moto, groupe lourd) d’y être examinés, pour le Code comme pour la conduite. Les candidats sont à l’abri des intempéries et bénéficient d’équipements de confort (toilettes). Le centre permet l’accès à une grande diversité de parcours d’examens : villages, zone industrielle, autoroute, montagne, etc.
Pour couronner le tout, les auto-écoles entretiennent de bons rapports avec l’administration, une équipe stable, avec laquelle le dialogue est possible et qui les informe sur les réformes en organisant des réunions.
Fiches d’identité
Auto-école CECA
Année de création : 1976
Gérant : Patrick Gosset
Bureaux : 2
Employés : 11
Formations : B, AAC, A, A1, A2, formation 125, AM, BE, B96
Véhicules : 7 Clio, 1 Scénic, 2 Mégane boîte automatique, 3 remorques, 2 scooters MBK, 1 scooter Honda 125, 3 motos 125 Suzuki Vanvan, 2 Honda CBF 500, 3 Honda 600 Hornet
Inscriptions : 400 par an, dont 300 en B
Tarifs : 1 273 euros le forfait 20 h Code et conduite, 39 euros l’heure de conduite
Auto-école Rémy
Année de création : 1967
Gérante : Anne Gissinger
Bureaux : 3
Employés : 8
Formations : B, AAC, B96, BE, AM, A1, A2, A, formation 125, C, CE
Véhicules : 6 Renault Clio, 1 Renault Trafic, 3 Kawasaki ER6, 1 Derbi 125, 2 cyclos, 1 porteur Renault, 1 tracteur Renault, 1 remorque pour BE/B96
Inscriptions : 250 par an dont 200 en B
Tarifs : 1 430,50 euros tout compris, 42 euros l’heure de conduite
Auto-école Franklin
Année de création : 1980
Gérant : Karim Belarbi
Bureaux : 4
Employés : 14
Véhicules : 14 Volkswagen Golf, 8 motos (Honda 500 et Hornet, Yamaha XJ600)
Formations : B, AAC, A, AM, formation 125, remorque
Inscriptions : entre 750 et 800 par an
Tarifs : de 1 150 à 1 500 euros, 40 euros l’heure de conduite