L’UNIC (Union nationale des indépendants de la conduite) tenait son 11ème congrès, les 26 et 27 septembre à Clermont-Ferrand. Conscient d’arriver à un carrefour pour l’avenir de la profession, le syndicat ne veut pas rester sur le bord de la route.
« Nous sommes arrivés dans une ère de mutation de la profession. Les auto-écoles devront inventer de nouveaux modèles, impliquant peut-être plus de solidarité et de mutualisation des moyens. L’auto-école telle qu’on l’a connue va disparaître. » Philippe Colombani, président de l’UNIC, s’est voulu « réaliste, pragmatique » à l’occasion du 11ème congrès du syndicat, organisé les 26 et 27 septembre à Clermont-Ferrand. Il a tenu à montrer à ses adhérents que les établissements d’enseignement de la conduite se trouvaient face à leur destin. Entre la révolution des auto-écoles en ligne, une réforme qui est loin d’être finie et une déréglementation, au moins partielle, qui ne tardera certainement pas, les adhérents de l’UNIC ont pu mesurer l’ampleur du chantier qui les attend.
Ginéfri demande des « efforts »
L’image est presque devenue un rituel des congrès de l’UNIC. Pierre Ginéfri, sous-directeur à l’éducation routière au sein de la DSCR, s’avance au pupitre et présente les changements à venir pour la profession. Calme, déterminé, sans langue de bois, il parle aux adhérents de la réforme du permis de conduire et des « efforts » qui seront bientôt demandés à la profession. Autrement dit, des concessions.
« J’en appelle à l’image de la profession, qui est mauvaise, a-t-il insisté. Il faut que les auto-écoles acceptent de se réformer, notamment pour qu’il y ait plus de transparence dans leurs relations avec les élèves. »
Pierre Ginéfri a d’abord rappelé la volonté gouvernementale de « réduire de moitié les délais d’attente pour passer le permis » d’ici deux ans. Pour ce faire, il a défendu la réforme de « son » ministre, Bernard Cazeneuve. « Une réforme qu’il a pensée ni pour vous, ni pour les inspecteurs, mais pour les jeunes. » Admettons. Mais à cette réforme s’ajoute désormais une « réflexion » sur la déréglementation de la profession.
Bercy met la pression sur la DSCR
« Le ministère de l’Économie et des Finances nous met la pression pour qu’on enlève des contraintes à la profession d’auto-école, a confié Pierre Ginéfri dans l’amphithéâtre clermontois. Bercy a donné un délai de six mois à la DSCR pour le faire en concertation avec les professionnels. Sinon, le ministère de l’Économie le fera tout seul. D’autant que la Commission européenne trouve que la France met trop de freins pour l’accès à certaines professions. L’agrément préfectoral, ça ne leur parle pas beaucoup. » D’où la mise en place des fameux groupes de travail, qui débattront notamment sur l’obligation d’avoir un local, la démarche qualité, l’inscription en ligne, ou encore la transparence. Par exemple, Pierre Ginéfri s’est dit « favorable à l’affichage des taux de réussite des auto-écoles ». Une pratique déjà opérée par le site Internet « vroomvroom » qui affiche, pour certaines grandes villes, les taux de réussite par établissement. « Cela se heurte à la législation française, indique Pierre Ginéfri. Cela pose un problème car dans certains cas, ces chiffres équivalent à des données personnelles, dans la mesure où il n’y a qu’une personne dans l’entreprise. Il faut trouver une solution. »
Ce à quoi l’UNIC a répondu que « ce n’était pas le seul critère ». Philippe Colombani est même allé plus loin : « si on affiche les taux de réussite des auto-écoles, nous ferons pareil avec les inspecteurs. Quitte à aller jusqu’au procès. » Certains gérants d’auto-écoles affiliés à l’UNIC, notamment en Gironde, proposent même de « mettre des caméras dans les voitures pendant les examens pour décrypter le comportement des inspecteurs ». Là encore, ça tombe bien sûr sous le coup de la loi. Concernant la réforme et les groupes de travail, Philippe Colombani a reconnu que les auto-écoles n’avaient « pas d’autre choix que de discuter, et sûrement de lâcher sur certaines choses ». Un autre sujet a monopolisé l’attention à l’occasion du congrès de Clermont. Il s’agit de la désormais célèbre « affaire Ornikar », du nom de l’auto-école en ligne, dans laquelle l’UNIC et son président Philippe Colombani se sont beaucoup investis. L’avocat du syndicat, Claude Legond, a pris la parole pour expliquer où en était le procès. « Les juges du Tribunal de commerce ne sont pas des professionnels du droit, ils sont assez timorés dans leurs décisions, a déploré le juriste. Ce qui explique que celle du 8 juillet ne nous ait pas été très favorable. Mais devant une cour d’appel, j’ai bon espoir. » Philippe Colombani a procédé à un vote à mains levées pour savoir si ses adhérents étaient d’accord pour que l’UNIC fasse appel. Ils ont donné un avis favorable, à l’unanimité.
Aller en cassation
Pour Claude Legond, « il faut aller jusqu’en cassation, pour obtenir une condamnation de principe ». Surtout, cela permettrait aux auto-écoles qui rencontrent des problèmes dans leur département, avec des établissements qui font de l’inscription en ligne ou qui emploient des moniteurs freelance, de se servir d’une nouvelle jurisprudence. Malgré l’absence d’agrément, les atouts d’Ornikar, selon Philippe Colombani, sont « ses appuis politiques ». De là à influer sur la réforme et une éventuelle libéralisation de la profession ? « Leurs mentors, notamment Xavier Niel (Niel) et Jacques-Antoine Granjon (Vente-Privée), ont un vrai réseau dans les ministères, estime le président de l’UNIC. Quand ils veulent un rendez-vous, ils l’obtiennent… »
Cependant, même si une réforme est à l’étude, l’état actuel du droit actuel n’autorise pas à inscrire un élève en ligne, ni à embaucher un « réseau de moniteurs auto entrepreneurs ». Et une auto-école est obligée d’avoir ses propres véhicules, ce qui n’est pas le cas d’Ornikar. Pour Joël Cassegrain, vice-président de l’UNIC, « la stratégie d’Ornikar est un échec. Avec tous les moyens qu’ils ont, seulement mille personnes les suivent sur les réseaux sociaux. C’est rien du tout. L’UNIC ne doit pas avoir peur de son ombre. Ce serait dommage de laisser tomber le procès en cours de route ». Les adhérents l’ont entendu, et l’UNIC restera donc mobilisée contre Ornikar.
Projets futuristes
Pour autant, le syndicat envisage lui-même de créer une plateforme Internet regroupant des auto-écoles adhérentes de l’UNIC, et sur laquelle les élèves pourraient visualiser les tarifs ou « se préinscrire via une fiche de renseignements ». Des « projets futuristes », selon les mots de Denis Allouche, délégué de l’UNIC dans le Var, et qui a réfléchi au concept avec Philippe Colombani. Même si, pour l’heure, ce n’est encore qu’une idée qui germe dans leur esprit. « Si Ornikar peut le faire, on peut le faire aussi. L’avantage qu’on aura par rapport à eux, c’est que nous sommes des auto-écoles et qu’on ferait ça dans les règles », insiste le président de l’UNIC. Mais vu le coût du développement d’un tel site (entre 50 000 et 100 000 euros selon Philippe Colombani), pas sûr qu’il voit le jour. D’autant qu’il faudrait que beaucoup d’auto-écoles participent, car les frais ne seraient pas couverts par le syndicat. Face à la révolution que s’apprête à connaître le monde des auto-écoles, l’UNIC a donc tenu à donner des pistes de modernisation. Outre l’idée de ce site Internet, le syndicat a pensé à l’élaboration d’une « démarche qualité ». Ce thème sera d’ailleurs abordé dans le cadre des groupes de travail, qui se tiendront jusqu’à la fin de l’année. Joël Charrin, de la société CIDEES, est intervenu lors du congrès pour expliquer aux auto-écoles ce qu’était la démarche qualité. « Pour les auto-écoles, la vraie qualité, c’est l’humain, a-t-il précisé. L’idée est de récupérer votre savoir-faire pour mieux le mettre en valeur et aboutir à une vraie méthode de travail. Ce ne sont souvent que des détails à changer dans vos habitudes. »
Philippe Colombani a annoncé la formation de groupes de travail au sein de l’UNIC, pour travailler sur cette démarche qualité. Il a cependant déploré de n’avoir vu « que les départements de Gironde et de Seine-Saint-Denis » se porter volontaires. « Nous sommes au pied du mur. Avec un label qualité, peut-être que les auto-écoles seraient revalorisées. Il faut mettre en place des normes qui garantissent la qualité de notre travail. » Finalement, la solution contre « les brebis galeuses » se trouve peut-être là !
Pour montrer qu’en ces moments difficiles, la profession doit se montrer solidaire, Philippe Colombani avait également invité au congrès la FARE (Fédération des associations de la route pour l’éducation), qui représente les auto-écoles associatives. Celles-ci souffrent souvent d’une mauvaise image chez leurs collègues. « Mais nous sommes de la même famille ! », s’est exclamé, grandiloquent, le président de l’UNIC. La déléguée nationale de la FARE, Catherine Lestre de Rey, s’est exprimée à la tribune. Elle a dressé un portrait du public accueilli par les auto-écoles associatives. « Les gens viennent toujours après avoir été orientés par un travailleur social, au courant de leurs difficultés. On passe parfois des dizaines d’heures à faire simplement de la rééducation cognitive, car ces conducteurs n’arrivent pas à s’imposer sur la route, comme dans la vie », souligne la représentante de la FARE, soucieuse de montrer en quoi leur travail est « totalement différent » de celui des auto-écoles traditionnelles. En cette période de mutation, c’est peut-être le meilleur moment pour rapprocher ces deux mondes.
L. L.
L’UNIC achète un siège social dans les Yvelines
Philippe Colombani, président de l’UNIC, a annoncé à l’occasion du congrès de Clermont-Ferrand l’achat d’une surface de bureau de 75 m² à Montigny-le-Bretonneux (Yvelines). « C’est signe qu’on croit en l’avenir de l’UNIC », a-t-il dit à ses adhérents. Ces bureaux serviront à accueillir certaines réunions de délégués ou encore des stages de formation. Et à terme, un employé permanent (secrétaire général) pourrait être embauché. L’association Ligne Droite, qui dispense des formations, s’installera également dans le nouveau local.