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map Vie des régions — Août 2014

- Paris -
À chacun son quartier !

Avec plus de 200 écoles de conduite intra-muros, les candidats parisiens au permis de conduire n’ont que l’embarras du choix. L’alternative la plus fréquente reste d’opter pour un établissement proche de son domicile. Rencontre avec trois établissements de taille et de prestations comparables, situées dans trois secteurs différents de la capitale.


Quartier de Passy, dans le 16e arrondissement. L’auto-école Passy est située bien au calme dans une petite rue, à proximité des avenues les plus chics de la capitale. À sa tête depuis novembre 2000, Christian Trocellier n’a pas le moral au beau fixe. « En 2013, le chiffre d’affaires de l’école de conduite a baissé de 15% par rapport à celui de l’année précédente », déplore-t-il. Pour le gérant, cela est dû non seulement à la crise mais également et surtout à l’émergence d’une auto-école concurrente, qui traite avec Groupon, le célèbre site de commerce électronique d’achat groupé. « Difficile de lutter avec une telle concurrence, même si je ne sais pas comment cet établissement arrive à y trouver son compte financièrement parlant. Surtout qu’il paraît que les clients qui ont payé le plein tarif sont paradoxalement moins bien servis que ceux qui sont passés par Groupon ! ».

Paris : des tarifs au sommet ?
Pourtant, les tarifs de l’auto-école Passy ne sont pas parmi les plus élevés de la capitale. « Nous sommes moins chers que les établissements de Neuilly-sur-Seine ! », révèle avec un clin d’œil Christian Trocellier. Avant d’ajouter que traditionnellement, tout est plus cher dans la capitale qu’en province, « qu’il s’agisse d’une profession comme les garagistes que du prix de l’immobilier. En comparaison, une telle différence de prix ne se retrouve pas au niveau des auto-écoles ».
Sans surprise, la clientèle de l’auto-école Passy est de toute façon « plutôt aisée ». Pour autant, confesse Christian Trocellier, « si c’était à refaire, je ne m’installerais pas dans le 16e arrondissement. Il est difficile d’y pratiquer un suivi régulier dans l’enseignement de la conduite. Beaucoup de mes élèves, parce qu’ils ont les moyens, partent souvent en vacances ou en week-end, et sont donc peu disponibles pour des leçons régulières, sans compter que leur motivation n’atteint pas des sommets ».  Pour le gérant, c’est l’inverse de ce qu’on peut observer dans des quartiers plus populaires de la capitale, « où le permis est vital pour les jeunes ».
Et de manière paradoxale, les élèves financièrement plus aisés sont les premiers à discuter âprement les tarifs ! « Ils se montrent très regardants sur leur budget formation ». Cependant, exercer dans un quartier huppé présente au moins un avantage.
 « Je ne me suis jamais retrouvé avec des chèques sans provision ! », se félicite le gérant.

Point relais ECF : le meilleur des deux mondes ?
L’auto-école Passy est un point relais ECF. Si elle ne porte pas les couleurs et la signalétique d’ECF – si ce n’est un discret autocollant apposé sur la vitrine – et a moins de contraintes qu’une « véritable » agence appartenant au réseau, elle bénéficie cependant de la notoriété de la célèbre enseigne bleu blanc rouge, « ce qui a son importance à Paris ». De plus, « cela nous a permis d’obtenir une réduction sur les tarifs LLD de nos Renault Clio. »
À ce sujet, la commande récente de quatre Clio IV a envoyé à la retraite la Renault Mégane qu’utilisait l’auto-école Passy. « Nous avions choisi cette dernière pour son confort et son habitabilité d’un niveau supérieur, mais pour des questions de budget, nous sommes obligés de revenir à la catégorie des citadines ».
Contrairement à de nombreux établissements de banlieue, les soucis de manque de places d’examens ne semblent pas trop toucher l’auto-école Passy. « Cela s’est un peu compliqué en juin suite à une mutation d’inspecteurs, mais globalement, nous ne sommes pas les plus à plaindre. Repasser le permis après un premier échec nécessite 2 ou 3 mois d’attente. Ce n’est certes pas idéal, mais il y a pire ailleurs ». Ce qui n’empêche pas Christian Trocellier de se montrer critique envers le système d’attribution des places d’examens. « Une auto-école comme la mienne, qui fait peu d’inscriptions, obtient peu de places. Ce qui fait que nous ne pouvons pas nous permettre de prendre des élèves en transfert d’une autre école de conduite ».

À chacun son rôle !
Face aux problèmes rencontrés par la profession, Christian Trocellier ne comprend pas pourquoi les syndicats « s’abaissent » à négocier avec le gouvernement. « La gestion des places d’examens n’est pas le problème des auto-écoles, qui ne doivent s’occuper que de la partie formation. C’est un peu comme pour le permis à 1 euro par jour : si le client ne peut pas rembourser son prêt, ce qui peut arriver, ce n’est pas le problème des auto-écoles, mais celui de l’établissement financier.
Que les clients mécontents aillent exprimer leur colère auprès de l’administration, et pas envers les écoles de conduite. L’État doit prendre ses responsabilités ! ».
Quant au REMC, « difficile de dire ce que j’en pense, car nous n’avons pas été informés. Si La Tribune des Auto-Écoles n’avait pas déjà abordé le sujet, je ne serais même pas au courant ! C’est comme la réunion sur Faeton, qui s’est déroulée l’an passé en juillet, alors que tout le monde était en vacances. Ou encore la mise en place du Cerfa 06, dont je n’ai été prévenu qu’une poignée de jours avant son entrée en vigueur ! ».
De toute façon, s’emporte le gérant, « comment penser à réformer le permis de conduire alors que l’administration traîne déjà les pieds avec le système actuel ? Lors d’une réunion technique sur le Bepecaser, on a osé nous dire qu’il n’y avait pas assez de budget pour faire de simples photocopies. C’est risible ! ». Christian Trocellier se montre néanmoins favorable à un examen payant du permis de conduire. Par exemple, 30 ou 35 euros, c’est l’équivalent d’un café tous les jours pendant 1 mois, ce n’est pas inaccessible ».

18e arrondissement : l’entraide avant tout !
Direction le 18e, un quartier a priori plus populaire de la capitale, à la rencontre de l’auto-école Nicolas, située entre la mairie de l’arrondissement et Barbès. Nicolas Kaçar, le gérant, est dans la profession depuis 38 ans. S’il s’est consacré pendant 20 ans principalement au permis moto, il se concentre uniquement sur le permis B depuis 2007. « J’ai ressenti un jour le besoin d’arrêter l’enseignement de la moto, même si je suis toujours un motard passionné », explique-t-il avec un certain mystère.
La concurrence, Nicolas Kaçar ne s’en inquiète pas trop, il a trop de bouteille pour cela. « Il y a une autre école de conduite dans ma rue, à une cinquantaine de mètres, et je m’entends bien avec son gérant. D’ailleurs, nous nous échangeons des places d’examens en fonction de nos besoins respectifs. Heureusement que l’on s’entraide entre collègues, car s’il fallait compter uniquement sur l’administration… Quant aux inspecteurs, je déplore qu’ils aillent souvent effectuer des renforts dans les autres départements ! Cela dit, les examinateurs sont tous corrects à Paris, ils font bien leur métier. »

Abandonner la méthode d’attribution des places
Nicolas Kaçar regrette également que la situation actuelle oblige les auto-écoles à avoir de bons résultats pour obtenir des places, « ce qui revient à présenter en priorité des B1. Et les autres, doivent-ils être exclus pour autant ? Certaines auto-écoles vont jusqu’à faire signer un papier à l’élève, stipulant que s’il rate le permis du premier coup, il s’engage à ne pas continuer leur formation dans l’auto-école ! C’est une solution que je refuse de pratiquer. » Par contre, comme beaucoup de ses confrères, Nicolas Kaçar est obligé de refuser les élèves en transfert d’une autre école de conduite, afin de ne pas pénaliser ses propres candidats. « C’est tout le système qu’il faudrait revoir ! Une réforme  est plus que nécessaire afin de changer la méthode d’attribution des places d’examens ».
Par contre, Nicolas Kaçar reconnaît que l’examen du permis dans sa forme actuelle est « bien pensé, surtout depuis l’apparition du bilan de compétence. Cependant, l’examen du Code doit être simplifié. Trop de questions tordues mettent en difficulté ceux qui ne maîtrisent pas à 100% le français, et qui sont souvent de bons élèves ».
La clientèle de l’auto-école Nicolas est d’ailleurs très variée.
« Elle provient de toutes les catégories sociales ! » Pour attirer le chaland, le gérant n’a d’ailleurs jamais éprouvé le besoin de faire de la publicité. « C’est le bouche-à-oreille qui m’amène des clients. »
Nicolas Kaçar n’a pas non plus cherché à développer davantage sa structure. « Se développer pour se développer ne sert à rien. Cela devient difficile à gérer et on perd le contact avec ses élèves, alors qu’il est nécessaire de s’adapter à chacun d’entre eux. »

La Butte, un terrain d’entraînement idéal !
La circulation dans Paris, réputée problématique, ne gêne pas pour autant Nicolas Kaçar. « Dans le 18e, ça roule plutôt bien. La Butte Montmartre constitue un bon terrain d’entraînement pour peaufiner la technique (montées, descentes, démarrages en côte, petites rues étroites, touristes qui envahissent sans prévenir la chaussée, etc.). Et comme je ne suis pas situé dans le centre de Paris, je peux vite sortir de la capitale, par exemple pour atteindre Saint-Denis, vers le Stade de France, afin d’entraîner mes élèves aux ronds-points. »
Tout roule donc pour ce gérant dynamique, qui compte cependant partir à la retraite dans 2 ans. « Car le métier d’enseignant de la conduite n’est pas de tout repos. D’ailleurs, on observe un turnover important dans la profession, il est rare que les jeunes y fassent carrière. Pour ma part, afin de tenir le coup et d’évacuer la pression, je vais courir trois fois par semaine et je fais du vélo ! » Le secret de la longévité dans le métier ?

Un partenariat branché
Au 86 rue des Pyrénées, dans le 20e arrondissement, le CER Michel a changé de nom début 2014, pour devenir le CER Maraîchers. La raison en est simple : Michel Tepper, gérant depuis de nombreuses années, est parti à la retraite, tout en conservant les fonctions de responsable du réseau CER en Ile-de-France. Suzanne Rosas, l’une des monitrices, a pris sa succession.
En septembre 2013, CER Ile-de-France a signé un partenariat d’1 an avec Autolib’, afin de permettre aux nouveaux titulaires du permis de conduire d’accéder au célèbre service d’autopartage, bénéficiant d’une semaine d’abonnement gratuit. En effet, louer une voiture de location alors que l’on ne dispose du permis de conduire que depuis quelques semaines n’est pas toujours évident. Cela peut aussi aider ceux qui n’ont pas les moyens d’avoir une voiture à disposition et ainsi éviter de perdre leurs acquis. Même si les demandes pour cette offre sont restées relativement peu nombreuses, « cela a tout de même intéressé certains élèves », indique Suzanne Rosas. « C’est aussi l’occasion d’expérimenter la conduite sur boîte automatique, qui équipe les véhicules électriques Autolib’. »
Une conduite plus simple et qui présente l’avantage d’être non polluante. Et qui pourrait sur le long terme booster la demande pour les permis à boîte automatique. « Car ce type de permis souffre encore d’une mauvaise image », constate Suzanne Rosas.
La clientèle du CER Maraîchers est variée : jeunes ou moins jeunes, plus ou moins aisés. Pour les plus démunis, l’auto-école pourra bientôt proposer à nouveau la formule du permis à 1 euro par jour. « Comme j’ai changé d’agrément en prenant la tête de l’établissement, il faut encore patienter un peu », explique Suzanne Rosas. « Nous avions auparavant pas mal de demandes pour cette aide financière, qui constitue une facilité pour bien des jeunes. Des élèves avec des petits jobs ou qui travaillent à mi-temps ont pu obtenir des prêts ». Par ailleurs, le CER Maraîchers ajoutera bientôt une corde à son arc en proposant la formation moto, prévue pour l’été. « Il y a une demande pour la moto », précise Suzanne Rosas, qui, comme un autre moniteur de l’établissement, a obtenu récemment son Bepecaser mention deux-roues.
Question délais d’attente à l’examen, une affichette apposée dans l’auto-école prévient les candidats que ces délais « peuvent atteindre 6 mois ». « Dernièrement, cela tourne autour des 4 mois pour des B2, et parfois moins », tempère la gérante.

Un taux de réussite variable
Quant à la divulgation des taux de réussite de manière officielle sur le site de la DSCR, dans l’air du temps, Suzanne Rosas n’y est pas forcément opposée, mais « c’est loin d’être le seul critère à prendre en compte par les clients. Et celui qui présente deux élèves par mois aura un taux de réussite plus élevé qu’une plus grosse structure avec une grande diversité de candidats. De plus, le taux de réussite varie beaucoup selon les mois. Par exemple, dans notre établissement, en avril 2014, 11 candidats sur 13 ont été reçus à l’examen, alors que les résultats du mois de mai se sont avérés moins reluisants. La gérante estime que « les inspecteurs sont très exigeants. J’estime qu’ils devraient davantage tenir compte de l’ensemble de la prestation du candidat plutôt que de se focaliser sur une petite erreur non dangereuse ».
Interrogée avant l’annonce de la réforme du permis par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, Suzanne Rosas évoque l’utilité d’une formation post-permis, mais qui concerne « tout le monde, et non pas uniquement les nouveaux conducteurs. Mais pour être efficace, ce post-permis devra être obligatoire ». Sur ce sujet comme sur d’autres, la réforme parle « d’engager une réflexion » plutôt que de proposer d’emblée une solution concrète…
Christophe Susung





30 km/h à Paris ? Les auto-écoles peu convaincues…
La maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé sa volonté de limiter la vitesse à 30 km/h dans la grande majorité des rues de la capitale. Qu’en pensent les auto-écoles ?
Christian Trocelier, de l’auto-école Passy, estime que « c’est une mesure ridicule, que les automobilistes ne respecteront pas. La politique d’interdiction à tout-va montre ses limites. L’abaissement de la vitesse maximale de 80 à 70 km/h sur le périphérique n’a d’ailleurs rien apporté. Il y aura toujours des automobilistes qui ne  respecteront pas les limitations de vitesse, quelles qu’elles soient. Mécaniquement parlant, il n’est d’ailleurs pas évident de rouler à 30 km/h. Nicolas Kaçar, de l’auto-école Nicolas, est d’avis que ce n’est pas une mauvaise mesure, car « à Paris, un piéton, un vélo ou une camionnette peuvent surgir de tous côtés. Mais cela dépend aussi où et à quelle heure appliquer cette mesure. Car la nuit, personne ne respecte plus aucune règle ! ».
Pour Suzanne Rochas, du CER Maraîchers, « que certaines zones soient limitées à 30 km/h, pourquoi pas, mais pas la majorité des rues. Cela ne servira à rien, car les gens ne respectent pas les limitations de vitesse à Paris. D’ailleurs, les véhicules écoles se font constamment dépasser ! ».





Fiches d’identité
Auto-école Passy
Année de création : 2000
Gérant : Christian Trocellier
Bureau : 1
Employés : 4 (2 associés et 2 moniteurs)
Formations : B, AAC
Véhicules : 4 Renault Clio IV
Inscriptions : environ 90 en 2013
Tarifs : 1 360 euros le forfait 20 h, 58 euros l’heure supplémentaire

Auto-école Nicolas
Année de création : 1985
Gérant : Nicolas Kaçar
Bureau : 1
Employés : 2 moniteurs et 1 secrétaire
Formations : B, AAC
Véhicules : 2 Citroën C3
Inscriptions : plus d’une centaine en 2013
Tarifs : 1 160 euros le forfait 20 h, 50 euros l’heure supplémentaire

CER Maraîchers
Année de création : 1984
Gérante : Suzanne Rosas
Bureau : 1
Employés : 3 moniteurs et 1 secrétaire
Formations : B, AAC
Véhicules : Renault Clio IV
Inscriptions : environ 120 en 2013
Tarifs : 1 280 euros le forfait 20 h, 54 euros l’heure supplémentaire


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