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map Vie des régions — Août 2007

-Perpignan-
Des gérants qui ne manquent pas de peps !


Trois auto-écoles, trois modèles de gestion, trois conceptions de la pédagogie. À Perpignan, rencontre avec des gérants radicalement différents, dont l’organisation s’éloigne des schémas traditionnels et qui portent, chacun, un regard neuf sur la profession. Un régal !

Elle est incroyable ! « J’ai regardé dans La Tribune ce dont parlait la vie des régions, Corinne Chagnard en dépliant une feuille A4, et je vous ai préparé un petit truc. » Le « petit truc », c’est un texte de deux pages, qui explique l’évolution de l’auto-école, détaille ses chiffres-clés, raconte le parcours de ses gérants et de ses salariés… La base de l’article, tout simplement et l’air de rien. Derrière la gérante, l’un des moniteurs s’esclaffe : « Elle est comme ça, pour tout. Et vous n’êtes pas au bout de vos surprises ! » En effet, et c’est une bonne surprise. Il règne dans le bureau de Gil conduite une ambiance bon enfant, un air de farce, une atmosphère conviviale qui donne envie de rester. Rester, pour découvrir qu’il n’y a pas que ça. Qu’en plus de l’apparente décontraction, cette auto-école cultive un vrai professionnalisme, une réelle passion pour l’enseignement de la conduite et un engagement sérieux pour la sécurité routière. Mais revenons aux bases. Gil conduite existe depuis 2001. À l’époque, Gilles Chagnard quitte son emploi de chauffeur poids-lourds pour exploiter son Bepecaser obtenu dix ans plus tôt. À Saint-Laurent-de-la-Salanque, il rachète une petite auto-école dont le gérant part à la retraite. En parallèle, son épouse Corinne découvre l’enseignement de la conduite et, séduite, passe son diplôme d’enseignante en 2002. À eux deux, ils développent l’affaire et l’agrandissent : l’année suivante, ils rachètent un autre établissement, au Canet-en-Roussillon. Depuis, les deux bureaux ont déménagé pour des locaux plus spacieux. « J’aime quand ça bouge, explique Corinne Chagnard. Nous étions dans des bouibouis, j’avais envie de faire quelque chose de bien, d’accueillant. »

LES PLAISIRS DU TRAVAIL D’ÉQUIPE
Dans l’intervalle, le couple a réussi un autre pari, celui de réunir une équipe performante. Romain, le moniteur moto recruté en 2003, est passionné de trial, une discipline dans laquelle il collectionne les titres. À sa suite, sont arrivés Cédric, « coordinateur de l’enseignement auto », David, enseignant pour les permis A et B, et Sylvie, monitrice en voiture. « Les quatre se connaissent bien, ils sont solidaires et complémentaires. Ensemble, ils donnent une image positive de notre entreprise », écrit la gérante.
Au-delà de l’image, ces collaborateurs travaillent dans le même esprit que les gérants. « Depuis le début, notre volonté est de transmettre à nos élèves le plaisir de conduire, tout en les sensibilisant aux risques routiers et sans focaliser sur l’examen », note Corinne Chagnard. Pour compléter la formation, plusieurs bonus sont ainsi proposés : voyages-école en montagne, passage de l’attestation de formation aux premiers secours (AFPS) pour les candidats à la conduite accompagnée, ballades en moto pour les nouveaux détenteurs du permis A… Malheureusement, pour les formations automobiles tout du moins, les élèves, obnubilés par le papier rose, montrent peu d’enthousiasme pour les activités annexes. Cependant, si le succès des compléments de formation est mitigé, le bouche-à-oreille va bon train et les prétendants au permis de conduire affluent, toujours plus nombreux. Cela ne suffit cependant pas à combler Corinne Chagnard. Soucieuse de maintenir un enseignement de qualité, la jeune femme souhaite aller plus loin dans sa formation. Si son époux intervient déjà en dehors de l’établissement en tant que prestataire pour le groupe lourd, elle souhaite s’ouvrir aux entreprises. Mais avant de passer leurs portes, elle s’est inscrite à l’université de Provence pour une licence de Sécurité routière. « Quelle que soit la suite, dit-elle, les nombreux thèmes abordés, de l’histoire aux méthodes d’enseignement, en passant par l’analyse des accidents et des campagnes de sensibilisation, seront une source d’enrichissement personnel nécessaire à la pérennité de notre auto-école ».

CESR, UNE MÉTHODE D’ENSEIGNEMENT TÉLÉGUIDÉE
Changement radical d’ambiance à Rivesaltes ! Le CESR-ECF, de réputation, c’est « l’industrie », « la plus grosse auto-école de la région », « celle où l’enseignement de la conduite est piloté depuis une tour de contrôle »… Alors, que ces réflexions soient guidées par l’admiration, l’envie ou la désapprobation, il fallait aller voir de près où s’arrêtait le ragot et où commençait l’enseignement de la conduite… Parce qu’il ne compte pas ses heures, le gérant accepte un rendez-vous un jour férié. En ce jeudi d’Ascension, le centre de formation est donc désert, mais l’on sent que ce n’est pas tous les jours aussi calme. Guillaume Lefevre a repris l’établissement en 2004. « Mon beau-frère, qui dirige le CESR de Caen, me faisait des appels du pied pour que je rejoigne l’entreprise familiale. Les centres de Caen et Rivesaltes avaient toujours travaillé ensemble, de manière complémentaire. Alors, quand nous avons entendu qu’il n’y avait pas de repreneur ici, nous avons décidé de racheter. » Ancien directeur commercial d’une entreprise spécialisée dans les logiciels informatiques, Guillaume Lefevre hérite d’une super structure, qui propose quasiment tous les permis et titres professionnels, sur un site de 3,4 hectares, avec 34 employés. Il récupère également une méthode d’enseignement originale, mise en place par Jean-Claude Baqué dans les années 1980. Ici, l’apprentissage de la conduite automobile se déroule sous forme de stages, de quatre jours pour la partie théorique, de six jours pour la partie pratique. Toute la progression des élèves est finement quadrillée. « Nous avons un document de travail très précis, qui détaille tous les éléments utiles à l’apprentissage et permet d’harmoniser le discours des moniteurs, explique Guillaume Lefevre. Il est utilisé en cours théoriques et laissé à la disposition des élèves, dans les voitures. » Ici, les apprentis conducteurs alternent cours sur piste, cours en circulation et écoute pédagogique. Chaque semaine, ils sont 24 à progresser simultanément. « C’est le formateur en circulation qui gère le parcours de l’élève, reprend le gérant. Il suit son parcours grâce à une fiche de liaison sur laquelle sont détaillés toutes les étapes de l’apprentissage. Ce passeport permet aussi de faire le lien avec le formateur piste ». Et c’est bien là que se trouve le plus étonnant. Derrière le centre de formation, une immense zone d’exercice permet aux élèves de s’entraîner comme sur la route. Panneaux de signalisation, rond-point, intersections, parking… tout y est, même une aire en pente, pour apprendre les démarrages en côte. En tout, dix parcours ont été imaginés, pour découvrir les bases de la conduite automobile avant de les valider en conditions réelles avec un moniteur. Car, sur la piste, les élèves sont seuls en voiture, simplement reliés par radio au moniteur placé dans la tour de contrôle. « Six voitures circulent en même temps sur la piste, explique Guillaume Lefevre. Dans chacune d’elles, une caméra embarquée permet au formateur piste de voir ce qui se passe à l’intérieur. De plus, un triple gyrophare placé sur le toit du véhicule indique quand sont utilisés le frein, l’embrayage ou la seconde vitesse. À tout moment, l’enseignant placé dans la tour peut arrêter une voiture ou toutes en même temps. »

DES MÉTHODES RATIONALISÉES
Si l’apprentissage automobile est impressionnant, d’autres formations sont proposées. À côté des jeunes conducteurs sur la piste, qui  apprend à manœuvrer un camion, qui une moto, qui un engin de chantier… Au final, l’entreprise atteint une taille inhabituelle. Pour la préserver et continuer à la développer, Guillaume Lefevre a décidé de rationaliser son fonctionnement, quitte à être impopulaire auprès des salariés. « Le premier chantier a consisté à faire certifier la formation professionnelle, affirme-t-il. Le risque de pertes de chiffre d’affaires était réel, il fallait obtenir rapidement de nouveaux agréments. Je suis arrivé en mars 2005, et nous avons obtenu la certification Iso en juillet. Ça a chamboulé un peu la manière de travailler des formateurs, mais une fois la labellisation obtenue, tout le monde en a compris l’intérêt et a recommencé à travailler dans le même sens… Et cela fonctionne tellement bien que nous cherchons désormais à améliorer la partie auto-école. » Le nouveau fonctionnement inclut de nouvelles méthodes en terme de gestion des ressources humaines. « Nous avons instauré des rendez-vous annuels avec les formateurs, pour faire le point avec eux sur leur niveau, leurs envies d’évolution et les possibilités au sein de l’entreprise, raconte Guillaume Lefevre. Après l’apprentissage théorique, ils peuvent se tourner vers la formation en entreprise, la mention moto ou poids lourds, voire le BAFM. Nous fixons ensemble des objectifs à cinq ans et faisons le point tous les mois sur leur motivation. C’est une méthode motivante et un bon moyen d’émulation. »

UN GÉRANT ASSOIFFÉ DE SAVOIR
Après cette auto-école géante, le CER Saint-Assicle fait figure d’auto-école riquiqui, avec sa trentaine d’élèves à l’année. À vrai dire, l’ambition d’Éric Arlas, son gérant, n’est pas de multiplier les inscriptions. Il est tellement passionné par l’enseignement de la conduite qu’il passe le plus de temps possible à perfectionner ses compétences. Installé à Perpignan, juste derrière la gare, il y a 11 ans, il a commencé en 1998, en passant sa mention deux-roues. « C’est un plaisir personnel, je suis motard à mes heures perdues, dit-il. Mais je n’ai pas proposé la moto, parce qu’il y a trop de concurrence à Perpignan. Le prix des permis A débutent à 400 euros, je ne sais pas comment les gens font pour gagner de l’argent. » L’année suivante, il se lançait dans le post-permis. « Nous étions département pilote et j’ai été dans les premiers à être labellisé, affirme-t-il. J’ai travaillé un peu avec la DDE, avec quelques privés via des associations locales et les automobiles clubs des environs. Par contre, ça ne prend pas auprès des entreprises, elles sont frileuses. » Pour mieux les convaincre, Éric Arlas s’inscrit en 2004 à la licence de Sécurité routière de l’université de Provence. « J’avais envie de m’informer, explique-t-il. Cela représentait un gros investissement financier et prenait beaucoup de temps, mais ça m’a beaucoup plu. Cela me permet d’aborder les choses différemment et me donne une nouvelle crédibilité face à mes clients. » Suite à une rencontre sur les bancs de l’amphithéâtre, cet enseignant passionné décide d’adhérer aux CER, pour « ne pas rester seul dans (son) coin ». Depuis, il a parrainé une autre auto-école et cherche à développer le réseau, afin de pouvoir proposer de nouvelles prestations extérieures. Dans le même ordre d’idée, il vient de passer son CCPCT, l’examen de taxi, qui lui ouvre de nouvelles perspectives en terme de formation. Enfin, il envisage de retenter le BAFM… Et de relancer, autant que possible, les activités d’IDSR qu’il n’a jamais oubliées. Autant de fonctions qui l’éloignent de l’auto-école, sans le détacher de la sécurité routière. Mais pour le moment, il s’agit de travailler un peu, pour renflouer les caisses. Une étape obligatoire pour financer de nouvelles formations !

Cécile Rudloff




CARTES D’IDENTITÉ


AUTO-ÉCOLE GIL CONDUITE
Gérants : Corinne et Gilles Chagnard
Deux bureaux : Canet-en-Roussillon et Saint-Laurent-de-la-Salanque
Effectifs : quatre salariés
Formations proposées : A, B, AAC, BSR
Inscriptions : 136 B, 41 AAC, 25 A, 70 BSR
Véhicules : quatre C3, une CBF 600 Honda, une GSE 500 Suzuki, une XR 125 Honda, un scooter
Tarifs : 864 € l’équivalent d’une formule B, 33 € l’heure supplémentaire

CESR-ECF LEFEVRE
Gérant : Guillaume Lefevre
Effectifs : 39 salariés, dont 27 formateurs
Formations proposées : A, B, AAC, BSR, Bepecaser, permis poids lourds, Fimo et FCOS, ainsi qu’un large panel de titres professionnels
Inscriptions : 1 104 formations B en 2006, 130 C, 45 EC, 27 D…
Véhicules : 21 Polo, une Golf pour le permis Eb, trois Honda 500 CBS, une Honda 125, trois scooters, quatre porteurs Mercedes, trois tracteurs, deux bus, six chariots élévateurs, deux tractopelles, une minipelle, un compacteur, un manuscopique, un camion-benne, un porte-engin
Tarifs : 860 € l’équivalent d’une formule B, 35 € l’heure supplémentaire

CER SAINT ASSISCLE
Gérant : Éric Arlas
Effectifs : une monitrice à mi-temps
Formations proposées : B, AAC, perfectionnement
Inscriptions : une trentaine à l’année
Véhicules : une 207, une 307 et un Scenic
Tarifs : 839 € l’équivalent d’une formule B, 35 € l’heure supplémentaire


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