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map Vie des régions — Juillet 2007

-Dreux-
Histoires de familles


À Dreux, deux familles règnent sur la formation automobile, en proposant des stages intensifs connus dans toute l’Île-de-France. En complément, quelques petites auto-écoles de quartier proposent des formations plus classiques. Deux mondes radicalement différents.

Près de 2 000 m² de salles de cours, 47 salariés, 1 200 élèves présentés au permis B chaque année… Le CESR Couturier n’est pas une auto-école comme les autres. En périphérie de Dreux, cette école de conduite géante a été créée en 1963. À l’époque, Nicole et Bernard Couturier, jeunes mariés fraîchement arrivés de leur Beauce natale, ne pensaient qu’à une petite auto-école de quartier. Pourtant, rapidement, un deuxième bureau voit le jour, puis un troisième… et ainsi de suite, jusqu’à cinq établissements répartis en Eure-et-Loir. Mais l’éloignement des auto-écoles en alourdit la gestion, aussi Bernard Couturier imagine-t-il un centre gigantesque, capable d’accueillir tous les élèves, d’en héberger et de les former sous forme de stages, comme il le propose avec succès depuis 1978.
La réussite est incontestable. Le CESR Couturier fait parler de lui jusque dans l’émission « Les routiers sont sympas », sur RTL. « Le permis B représentait 80 % de l’activité, affirme Cécile Couturier, la fille de Nicole et Bernard et actuelle gérante. Alors, le jour où le B a flanché, ça a été la dégringolade. » Une grève d’inspecteurs, l’arrivée de la gauche au pouvoir, la création d’un syndicat de moniteurs virulent, un changement réglementaire qui fait penser aux élèves que l’apprentissage sous forme de stages est révolu, le poids du remboursement du bâtiment…. Tous ces éléments conjugués sont, d’après Cécile Couturier, les causes d’une grave chute du chiffre d’affaires entre 1983 et 1988. L’entreprise passe de 40 à 10 salariés. Les gérants doivent vendre la maison familiale pour faire face aux mensualités.
Mais les Couturier ne sont pas du genre à se plaindre, ni à baisser les bras. L’affaire finit par renaître, avec l’obtention de l’agrément FIMO/FCOS, la diversification dans les formations professionnelles et la persévérance dans l’apprentissage par stage pour la conduite automobile. Pour Cécile et Benoît, les enfants arrivés dans les années 1990, et qui ont repris l’affaire depuis 2000, la recette du succès consiste à garder les bonnes traditions tout en tenant compte des leçons du passé, mais en n’hésitant pas à innover.

LE PERMIS B EN QUINZE JOURS
Au rayon des immuables, il y a, bien sûr les stages, répartis sur deux semaines. Pendant la première, consacrée à la théorie, les élèves passent huit heures par jour en salle, avec Benoît Couturier. Durant la seconde, réservée à la pratique, ils alternent leçons de 40 minutes (« c’est la durée optimale, affirme Cécile Couturier. Au-delà, les élèves ont du mal à retenir tout ce qu’ils ont appris ») et écoute pédagogique. Cette méthode intensive permet aux apprentis conducteurs de concentrer leur formation, pendant des vacances scolaires ou des congés, par exemple. Une solution qui séduit largement : dans la salle de code de 90 places, les élèves sont originaires de toute l’Île-de-France. Pour s’adapter à leurs besoins, l’auto-école propose un service de ramassage. Chaque jour, une centaine de villes est desservie par bus et les moniteurs récupèrent les élèves sur leur chemin. Pour les clients plus éloignés encore, le centre dispose toujours d’une trentaine de chambres et à midi, une cuisine (qui a remplacé la cantine en self-service des débuts) permet à chacun de se préparer à déjeuner.
Cependant, même si elle attire, la formule ne convient pas à n’importe qui. « Tout le monde n’est pas capable de rester huit heures par jour à apprendre le Code de la route, ni d’assimiler l’apprentissage de la conduite en une semaine, indique Cécile Couturier. C’est pour cette raison que nous sommes très pointilleux sur l’évaluation. Trois formateurs sont mobilisés chaque jour pour cette étape préalable et seulement un élève sur trois, en moyenne, est admis. »

LA RIGUEUR, GAGE DE SUCCÈS
Pour Cécile Couturier, trouver de la place est désormais un casse-tête. Pour y remédier, elle a décidé de faire construire un second bâtiment industriel de 500 m². Il accueillera les formations professionnelles tandis que le bâtiment ancien sera réaménagé pour mieux recevoir les stagiaires de formations automobiles et les services administratifs. Ce n’est pas la seule innovation de cette jeune femme entreprenante. Depuis son arrivée, et malgré ses craintes de froisser ses parents, elle a largement optimisé le fonctionnement de l’auto-école. Côté administratif, elle a informatisé les différents services, les a mis en réseau et a embauché un caissier et un comptable, pour veiller à l’équilibre financier de l’ensemble. Côté pédagogique – cela reste la priorité de cette titulaire du BAFM –, elle a décidé de mettre l’accent sur les diplômes professionnels et sur la formation en entreprise. Un commercial est en cours de recrutement pour développer ces secteurs. Au final, le CESR Couturier poursuit son développement, mais Cécile, la gérante, refuse catégoriquement l’image d’usine que certains n’hésitent pas à donner à son entreprise. « Je préfère comparer le centre à une ruche, dit-elle, car nous restons un centre de formation à échelle humaine. Nous avons beaucoup de petits stages, au nombre de participants limité. Les gens sortent ici de la sphère négative : nous avons beaucoup d’élèves aux parcours hachés, pour qui le permis est une première réussite. » Et, en toute subjectivité, c’est un parfum d’optimisme palpable dans les couloirs, même pour le visiteur de passage.

UN CENTRE DE FORMATION OPÉRATIONNEL
Le profil de ce centre de formation gigantesque apparaît comme inédit par rapport au reste de la France… Contre toute attente, une autre auto-école, située à quelques kilomètres de là, présente le même genre de silhouette. Chez les Blanchard aussi, l’entreprise s’est développée pas à pas. « C’est ma mère, Colette Blanchard, qui a créé la première auto-école en 1976 », affirme Romain, actuellement en charge de la formation professionnelle au centre de formation Blanchard. Dans les années qui ont suivi, d’autres auto-écoles furent reprises, puis revendues, à tel point que la gérante mélange les dates. Une chose est sûre : le groupe lourd a commencé à être exploité au milieu des années 1980 et les enfants – Romain et Edwige – sont arrivés dans l’entreprise à la fin des années 1990. « C’est à ce moment-là que nous nous sommes dit qu’il fallait développer l’entreprise pour eux, affirme Colette Blanchard. En 2002, nous avons donc envisagé la création d’une nouvelle structure. James, mon mari, a trouvé un terrain de 20 000 m² à proximité de la N 12. Nous y avons construit 200 m² de bâtiment et cinq pistes privées. Et dès l’année suivante, nous avons doublé la surface couverte. »
Ils sont particulièrement fiers de ce bâtiment tout neuf, qui répond exactement à leurs besoins. Un amphithéâtre a été aménagé pour les cours théoriques. Pour les formations professionnelles, de petites salles de cours donnent à la fois sur le couloir et les pistes. Et pour accueillir les élèves, une petite cafétéria a été ajoutée à l’ensemble. Si les stagiaires viennent parfois de loin (un service de navette est également proposé depuis les gares environnantes et les moniteurs font aussi du ramassage sur leur trajet), l’équipe de formation peut surprendre. En effet, autour de Colette Blanchard, qui dirige toujours l’entreprise, est réunie toute sa famille : James, son mari, qui « donne quelques coups de main », Romain, son fils, qui pilote la formation professionnelle, Edwige, sa fille, qui gère les formations B, Jean-Luc, son gendre, moniteur poids-lourds et Virginie, sa belle-fille, qui assure l’accueil et la facturation. En complément, onze formateurs sont régulièrement réunis pour faire le point sur les méthodes, afin d’offrir aux élèves des formations uniformisées.

AUTO-ÉCOLE DE PROXIMITÉ, MÉTHODE PERSONNALISÉE
Harmoniser ses formations, voilà un souci que Lina Duarte n’a pas ! En marge des deux auto-écoles géantes, et comme quatre ou cinq autres gérants drouais, cette jeune femme propose des formations classiques, dans un cadre qui ne l’est pas moins. Sur le plateau Nord-Est de la ville, dans un quartier calme, elle a repris l’an passé l’établissement dans lequel elle était monitrice. « Avant le rachat, je faisais déjà tout, sauf la comptabilité, les mises en banque et les demandes de place en préfecture, affirme-t-elle. Au début, je n’étais pas sûre d’avoir les épaules suffisamment larges pour assumer la gestion de l’entreprise, mais finalement, ça n’a pas changé grand-chose à mon quotidien. » Mère de deux enfants en bas âge, Lina Duarte s’est fixé pour règle de toujours donner la priorité à sa famille. Devenue gérante, elle estime même « être plus tranquille qu’auparavant » en ce qui concerne les horaires. Et si elle a tâtonné pendant quelques semaines au début, son rythme hebdomadaire est désormais bien rôdé. : elle ne travaille ni le soir ni le dimanche et s’arrête à 13 heures le samedi. Quant aux cours de code, elle en propose tous les jours sauf le lundi, et alterne entre tests DVD et cours en salle selon « la paperasse » qu’elle doit régler en parallèle.

UN RÔLE SOCIAL
En voiture, cette jeune monitrice (elle a été diplômée en 2003) affiche la même confiance sereine. « J’essaie systématiquement de rapprocher les explications d’expériences que mes élèves connaissent, comme le vélo ou le scooter, dit-elle. Et je fais beaucoup de social en voiture : il faut parfois aider les ados à régler d’autres soucis personnels pour que l’apprentissage de la conduite se passe bien. Plus l’élève est en confiance, plus la formation se déroule correctement. » Loin de l’obligation d’efficacité des stages, Lina Duarte se soucie des relations humaines avec ses élèves et revendique des relations « d’amitié » avec eux. Dans le même ordre d’idée, elle accepte les transferts et n’hésite d’ailleurs pas à l’inscrire sur sa vitrine. « Je les préviens qu’ils ne passeront peut-être pas tout de suite et j’essaie de m’arranger, autant que possible, pour obtenir des places d’examen. J’espère seulement que la nouvelle méthode d’attribution des places ne va pas trop nous pénaliser : on n’est jamais à l’abri d’un élève qui « pète les plombs » lors du passage du permis. » Comme pour le reste, la gérante avisera le moment venu. En attendant, elle guette les beaux jours, afin de donner un coup de peinture au local, qui a besoin d’un coup de neuf. Un lifting léger, assorti au rétroprojecteur et à l’ordinateur, preuve que, tout en douceur, la relève est assurée.


Cécile Rudloff



CARTES D’IDENTITÉ

CESR Couturier
Gérante : Cécile Couturier
Effectifs : 47 salariés
Formations proposées : A, B, C, D et une panoplie de diplômes professionnels
Inscriptions : 1 200 B, 100 A, 70 D, 70 FIMO voyageurs, 50 FCOS, 40 titres professionnels pour le transport de voyageurs, 200 C/EC, 120 FIMO marchandises, 30 titres professionnels de transport de marchandises, 250 caristes
Véhicules : 25 Clio, 8 motos, 12 matériels lourds, 4 chariots élévateurs
Chiffre d’affaires : 2 775 000 euros
Tarifs : 1 455 € l’équivalent du forfait 20 heures, 35 € la leçon de 40 minutes

Centre de formation Blanchard
Gérante : Colette Blanchard
Effectifs : 15 salariés
Formations proposées : « Tous les permis, du BSR au 44 tonnes »
Inscriptions : non communiqué (pour indication, 50 personnes sont présentées chaque mois au permis)
Véhicules : 15 Opel Corsa, un 4 x 4 Nissan, deux 32 tonnes, deux véhicules articulés, neuf ER5, deux 125 Yamaha, trois scooters, un semi-remorque, un car
Tarifs : 1 400 € le forfait de base, 40 € l’heure supplémentaire

Auto-école Euroconduite
Gérante : Lina Duarte
Formations proposées : B, AAC
Inscriptions : une soixantaine par an
Véhicules : une Clio
Tarifs : 940 € l’équivalent du forfait 20 heures, 40 € l’heure supplémentaire



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