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warning Sécurité routière — Mai 2014

- Rapport Dekra 2014 -
Des pistes pour réduire les accidents en milieu urbain

Depuis 2008, Dekra rédige chaque année un rapport qui analyse l’accidentologie en Allemagne et dans les autres pays européens. Le rapport 2014 qui porte sur la « mobilité urbaine » a été dévoilé en avant-première, à Berlin, le 10 avril dernier, au ministre allemand des Transports, Alexander Dobrindt et à quelques journalistes. La Tribune des Auto-Écoles était présente.


Plus de la moitié de la population mondiale vit en ville. Et selon les estimations des Nations Unies, en 2050, près de 75% de la population sera concentrée en milieu urbain. Cette croissance rapide des villes nécessite que les hommes politiques mènent une vraie réflexion sur le développement de la mobilité urbaine. En effet, en plus de l’augmentation du trafic, on assiste à une multiplication des moyens de déplacement. Outre les traditionnels véhicules particuliers, transports en commun et camions de livraison, l’utilisation des deux-roues motorisés est en forte croissance dans certaines villes comme Paris et Rome. Mais surtout, on remarque un développement exponentiel de l’usage du vélo en ville. Sans parler des piétons qui présentent, au sein même de leur groupe, de fortes disparités : écolier jouant avec ses camarades sur le chemin de l’école et insouciant des dangers du trafic, jogger concentré sur son effort ou encore personne âgée ayant des difficultés pour marcher… Pas simple de faire cohabiter sur une même chaussée ces différents modes de déplacement. « Cela crée des situations de circulation des plus diverses et des risques très spécifiques », souligne Clemens Klinke, membre du directoire de Dekra SE et responsable de la Business Unit Automotive.

3/4 des accidents surviennent en ville
Compte tenu de cette importante concentration d’usagers divers en milieu urbain, il n’est pas étonnant que le rapport Dekra constate que 69% des accidents de la route survenus en Allemagne en 2012 ont eu lieu en agglomération. Pour la France, les statistiques sont quasiment similaires, à savoir 70,2%. En 2012, ces accidents en milieu urbain ont provoqué la mort de 1 062 personnes en Allemagne sur un total de 3 600 tués et 1 027 en France sur un total de 3 653, selon les chiffres collectés par les auteurs du rapport.
Les accidents les plus graves sont généralement causés par une collision entre un véhicule et un piéton. « Le risque pour un piéton d’être tué dans un accident en agglomération est dix fois plus élevé que celui d’un passager de voiture particulière, affirme Clemens Klinke. D’après le rapport Dekra 2014, les déplacements en transports en commun se révèlent particulièrement sûrs. Par contre, les collisions avec un tramway sont extrêmement dangereuses, en particuliers pour les piétons et les cyclistes ». Si ce constat semble enfoncer des portes ouvertes, il a le mérite d’être énoncé en s’appuyant sur des données chiffrées.

Prendre conscience des problématiques de l’autre
Fort de l’analyse de nombreux cas d’accidents, le rapport Dekra 2014 édicte des recommandations portant sur le comportement des usagers de la route, mais aussi sur le véhicule et les infrastructures.
Ainsi, il rappelle ce qui devrait être des évidences, comme veiller à ce que la ceinture soit systématiquement attachée pour tous les occupants d’un véhicule et que les enfants soient correctement installés dans un siège adapté à leur morphologie. Il incite à une participation active et attentive à la circulation du conducteur en proscrivant toute activité parasite telle que l’envoi de SMS au volant.
Plus difficile à mettre en œuvre, il préconise de changer les comportements de chacun pour appréhender la circulation routière comme une cohabitation sociale. Selon Clemens Klinke, « il est absolument indispensable de favoriser une cohabitation qui soit davantage basée sur la coopération. En effet, un nombre trop élevé d’accidents entraînant des dommages corporels et matériels sont causés par une perception insuffisante des risques, un manque de considération et même parfois une agression. De plus, on relève fréquemment une méconnaissance et une acceptation des règles du Code de la route, ainsi que l’incapacité de se mettre à la place d’autres usagers de la route, un conducteur de voiture particulière se glissant difficilement dans la peau d’un cycliste ou vice-versa ».
Concrètement, il s’agit pour un motard de prendre conscience de l’angle mort pour le conducteur d’une voiture et de ne pas rester trop longtemps dans cette partie qui le rend invisible. Idem pour un petit véhicule qui viendrait se coller à droite contre un bus. Ne laissant aucune chance au conducteur du bus de le voir, il risque de se faire percuter si le bus décide de tourner à droite. À ce sujet, Dekra a organisé en Allemagne des opérations de réglage gratuit des rétroviseurs des poids lourds. Mais si ces séances de réglages ont permis d’optimiser la visibilité pour les conducteurs, force est de constater que même en multipliant les rétroviseurs sur un véhicule du groupe lourd, il restera toujours des angles morts. Pire, la multiplication des rétroviseurs peut déboucher sur l’effet inverse, à savoir masquer une partie des informations dans le champ de vision du conducteur.
Il s’agit également de sensibiliser les piétons sur le fait qu’ils sont quasiment invisibles la nuit sans vêtements retroréflechissants, surtout s’ils sont vêtus de noir. Sur ce point, la campagne de prévention routière menée par Dekra, qui consistait à distribuer de façon massive des casquettes retroréfléchissantes aux écoliers, a semble-t-il porté ses fruits puisque le nombre de jeunes tués sur la route de l’école a diminué Outre-Rhin.
Pour changer le plus rapidement et le plus efficacement possible les comportements, le rapport Dekra incite à éduquer les enfants le plus tôt possible à la sécurité routière, et ce dès l’école maternelle ou l’école primaire. Bien évidemment, les écoles de conduite ont également un rôle majeur à jouer dans cette prise de conscience du partage de la route avec des usagers dont les problématiques peuvent être bien différentes en fonction de leur mode de déplacement.

Développer les aides à la conduite
Outre l’aspect comportemental, le rapport recommande bien évidemment de vérifier le bon état du véhicule (c’est le cœur de métier de Dekra, spécialisé dans le contrôle technique des véhicules). Il encourage, par ailleurs, le développement des systèmes d’aides à la conduite, notamment des systèmes de détecteurs de piétions et/ou anticollision. En revanche, il pointe du doigt les véhicules électriques qui présentent certes l’avantage de ne pas émettre de pollution sonore en ville, mais dont le silence peut devenir source d’accident pour les piétons et les cyclistes qui ne les entendent pas se déplacer.
Plus étonnant de la part d’une société dont l’une des activités est liée directement à l’automobile – mais aussi peut-être gage de sérieux et d’impartialité de ce rapport–, Dekra conseille vivement de « développer les transports publics en milieu urbain comme rural pour désengorger le réseau routier et garantir la mobilité, en tenant compte de l’évolution démographique ».

Optimiser les infrastructures
Par ailleurs, le rapport Dekra recommande d’optimiser de manière durable l’infrastructure en l’entretenant et en la développant. Il est vrai que l’Allemagne comme la France est confrontée à la problématique du coût d’entretien de son réseau routier. Mais au-delà des parties de routes véritablement endommagées qui ont pu provoquer un accident de part leur vestusté, Dekra conseille d’engager systématiquement une réflexion sur l’infrastructure après un accident. Et de ne pas hésiter à revoir totalement le partage de la route lorsque les tracés se sont montrés inefficaces, voire dangereux. Par exemple, il est inutile de créer une piste cyclable qui donne la sensation au cycliste d’être en sécurité, si la voie réservée aux autres véhicules n’est pas assez large pour permettre à un camion de rouler sans mordre sur la piste cyclable. Dans ce cas, une réflexion a bien été menée sur le partage de la route, mais elle ne tient pas compte de la réalité du terrain et s’avère finalement plus dangereuse que si la piste cyclable n’avait pas été créée.
Parfois, le partage et le tracé de la route sont efficients mais un panneau de signalisation ou publicitaires obstrue la visibilité. Dans ce cas, il est impératif de déplacer le panneau, voire de le supprimer.
Le rapport note enfin que la plupart des problèmes liés à l’infrastructure se situent au niveau des points de croisement. Bien souvent l’accident survient après l’engorgement d’un carrefour qui engendre un manque de visibilité pour un ou plusieurs conducteurs. D’où l’importance de bien étudier chaque accident pour en tirer les enseignements et apporter les modifications nécessaires pour éviter tout nouveau drame. Encore faut-il s’en donner les moyens, notamment financiers.
S. A.
Le rapport peut être téléchargé en allemand ou en anglais sur www.dekra.de/verkehrssicherheitsreport-2014





Dekra, c’est quoi ?
Connue pour son activité de contrôle technique des véhicules en France, Dekra est une association indépendante allemande créée en 1925 à Berlin. En 1960, l’administration allemande lui délivre un agrément national pour le contrôle technique des véhicules en Allemagne. Dekra décide de s’implanter en France en 1986, soit 6 ans avant que le contrôle technique ne devienne obligatoire en France pour les véhicules particuliers, en 1992.
En parallèle de cette activité de contrôle technique, Dekra a développé une section d’expertise des collisions et de gestions des sinistres. Elle possède également une centre d’essais et d’équipements en Allemagne qui a pour mission d’effectuer des crash-tests et des tests de conduite permettant à différents constructeurs de vérifier la sécurité de leurs produits.
Depuis 2008, Dekra édite chaque année un rapport sur la sécurité routière nourrit par sa collecte de données et son analyse des accidents. Ce dernier a pour but de sensibiliser les politiques allemands, mais aussi les membres de la Commission européenne chargés des transports et de la sécurité routière, afin de les inciter à prendre des mesures permettant de lutter efficacement contre l’insécurité routière.
Enfin, Dekra mène régulièrement des actions de prévention routière dans les écoles et en partenariat avec les auto-écoles allemandes.


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