Directeur du fabricant d’assistants d’aides à la conduite Wikango, Loïc Rattier a choisi de quitter la présidence de l’Association française des fournisseurs et utilisateurs de technologie d’aide à la conduite (AFFTAC) pour s’engager en faveur de la sécurité routière.
La Tribune des Auto-Écoles : Pourquoi avez-vous décidé de quitter l’AFFTAC ?
Loïc Rattier : Pour pouvoir parler en toute liberté. Jusqu’à présent, j’étais obligé de parler au nom de l’AFFTAC (ndlr : association créée en 2011 et qui regroupe plusieurs fabricants d’assistants d’aide à la conduite, ex-avertisseurs de radars, dont Coyote, Inforad et Wikango). Je ne partage plus la vision du métier des autres membres de l’AFFTAC. Notre marché ne doit pas se construire contre la sécurité routière. Au contraire, nous avons un véritable rôle à jouer pour aider les automobilistes à adopter un meilleur comportement. Le rôle de prévention des opérateurs du marché, qui a été reconnu par le ministre de l’Intérieur Claude Guéant en 2011, force les acteurs privés à adopter une nouvelle approche en assumant cette responsabilité. Or, je constate que le Protocole Guéant, signé il y a 3 ans, n’a jamais été mis en œuvre, alors qu’il devait aboutir à la constitution d’une base de données commune afin de garantir une plus grande protection aux automobilistes. Nous sommes toujours obligés d’acheter les informations sur les limitations de vitesse au lieu d’y avoir directement accès.
La Tribune : Quelles sont vos revendications ?
L. R. : Je revendique l’accès aux données publiques relatives à la sécurité routière, la mise en commun d’une base de données entre acteurs de la route et pouvoirs publics, ainsi qu’une vraie reconnaissance du rôle des opérateurs privés dans la sécurité des automobilistes. Tout le monde doit avoir accès à l’ensemble des données, et pas uniquement les opérateurs privés. C’est même indispensable si l’on veut atteindre l’objectif de moins de 2 000 tués sur la route en 2020. Nous souhaitons que la collecte de ces données s’inscrive dans le cadre d’une coopération entre l’État et ses organismes affiliés d’une part et les acteurs privés d’autre part. Nous allons donc très prochainement nous adresser au nouveau gouvernement dans cette optique. Aujourd’hui, nous touchons 4 millions d’utilisateurs alors qu’il y a 40 millions d’automobilistes en France. Il faut démocratiser les assistants d’aide à la conduite en passant d’un modèle de niche à un modèle grand public. Il serait également souhaitable que les fabricants d’assistants d’aide à la conduite soient invités aux réunions de sécurité routière.
La Tribune : Vos demandes ne sont-elles pas également destinées à booster les ventes de vos produits ?
L. R. : Bien sûr nous avons des sociétés à faire vivre et l’idée est bien entendu de développer ce marché. Mais cela doit se faire dans un bon esprit. Les assistants d’aide à la conduite ne sont pas uniquement un moyen de conserver ses points de permis ! Un assistant d’aide à la conduite doit être un produit responsable, qui indique outre les vitesses à respecter, les perturbations routières, les bouchons, les dangers sur la route et les chaussées mal entretenues… À l’avenir, les voitures connectées et les routes communicantes qui intègrent des capteurs pour interagir avec les véhicules vont aller dans ce sens.
Propos recueillis par Christophe Susung