Le principal souci qui touche les auto-écoles de Dijon et de Côte d’Or ne surprendra personne : comme dans beaucoup d’autres départements, les professionnels de la formation à la conduite sont pénalisés par un manque d’inspecteurs et une pénurie de places d’examens.
De l’aveu de tous les gérants interrogés, Dijon, préfecture de la Côte d’Or, présente toutes les caractéristiques propices à l’enseignement de la conduite dans les meilleures conditions. En effet, elle regroupe l’ensemble des situations de conduite : un centre-ville qui fourmille de petites rues, une voie express périphérique (la « rocade »), des autoroutes, des routes de campagne, etc. Seulement voilà, les écoles de conduite de Côte d’Or doivent composer avec des délais de passage à l’examen particulièrement longs.
Un homme-orchestre à la tête d’une structure familiale
Une situation qui n’est pas nouvelle pour le plus ancien établissement de la ville, l’auto-école Notre-Dame, qui porte cette appellation depuis… 1932 ! À sa tête, Stéphane Cretin nous conte l’historique de l’établissement. « Mon père Jacques a repris cette école de conduite en 1966. À l’époque, l’établissement consistait en un local de 6 m2 et un garage. » Aujourd’hui, l’affaire propose un éventail très large de formations : apprentissage de la conduite (auto, moto, groupe lourd, bateau), formation professionnelle poids-lourd (Fimo, FCO, titres professionnels), sans oublier la formation des moniteurs, la formation taxi et les stages de récupération de points.
Comme l’explique Stéphane Cretin, il s’agit d’une structure familiale. « Mon épouse est responsable pédagogique, mon frère associé, ma belle-soeur responsable commerciale et conseillère formation et ma nièce officie à l’accueil. Après la mort accidentelle de mon père en 1999, nous nous sommes retrouvés à la tête d’un héritage qu’il a fallu gérer. » Aujourd’hui, l’auto-école Notre-Dame emploie 35 personnes réparties sur 5 sites, sans compter les intervenants extérieurs (psychologues…). « Je m’efforce de gérer l’établissement avec un esprit également familial, confie Stéphane Cretin, que ce soit dans mon comportement avec mes collaborateurs comme dans les rapports entre l’auto-école et la clientèle. »
Les avantages du réseau
Cet aspect familial n’a pas empêché l’auto-école de rejoindre le réseau City’ Zen/City’ Pro en 2010. « J’avais déjà été contacté par plusieurs groupements, mais j’ai souvent eu peur de perdre l’identité et la renommée de l’auto-école développée par mon père », explique Stéphane Cretin. Jusqu’au jour où il a décidé de franchir le pas. « Dans le cadre de notre activité formation professionnelle, des marchés nationaux nous échappaient. Au même moment, nous avons été contactés par le réseau City’Zen/City’ Pro, dont la philosophie correspondait à nos attentes. Faire partie d’un réseau permet de remporter des appels d’offre, mais aussi d’échanger des idées. »
L’un des chevaux de bataille de l’auto-école Notre-dame est l’éco-conduite, essentiellement à destination des entreprises.
« J’y crois beaucoup, assure Stéphane Cretin. Pour moi, il ne s’agit pas uniquement d’un gain en consommation et en émission de CO2, mais également d’un moyen de faire évoluer les comportements. Les conseils dispensés pour la conduite économique vont dans le sens de la sécurité routière. »
Se bouger pour la profession
Vice-président départemental du CNPA-FDC, Stéphane Cretin tient à être actif dans la défense de son métier, travaillant conjointement avec Thierry Donzel, l’actuel président départemental et vice-président régional du syndicat. « De plus, le fait de côtoyer le monde politique dijonnais me permet de rencontrer les bonnes personnes pour faire progresser la profession. Sur le sujet récurrent du manque de places d’examens, nous avons beaucoup travaillé avec le préfet et plusieurs hommes politiques, comme des députés, le sénateur-maire, le directeur de la Direction départementale des territoires et même un conseiller technique de François Hollande. Tous ont été à notre écoute et sont bien conscients que cette situation est en train de limiter l’accès à l’emploi, d’autant plus que Dijon fait partie des villes qui ont mis en place une bourse au permis. »
Ces démarches ont permis de limiter les dégâts. « Actuellement, il faut compter 2 à 3 mois d’attente pour repasser le permis, contre 5 mois il y a peu. Mais le problème est loin d’être réglé, d’autant plus que la grève des inspecteurs de décembre 2013 n’a pas facilité la tâche des auto-écoles et a fait vaciller les menus progrès obtenus. »
Selon Stéphane Cretin, la voie à suivre ne réside certainement pas dans l’adhésion à des centrales d’achat du type Groupon. « Ce type de proposition a toujours existé mais maintenant elle est mieux organisée. Dans notre profession, il y a très peu de marges. Perdre de l’argent sur quelque 70 permis est dangereux et donne aux auto-écoles une image très réductrice de casseurs de prix. »
Un établissement de quartier
Soigner l’image est justement la préoccupation de Jean-Benoît Roidor, gérant de l’auto-école Ligne de Conduite et également délégué suppléant de l’Unidec en Côte d’Or. « Nous sommes une école de conduite de quartier. Bien que notre structure soit relativement importante, nous sommes l’opposé de la grosse agence, de l’usine à permis. Nous mettons l’accent sur l’accompagnement et la convivialité. Notre philosophie est de bien faire les choses. » C’est pour cela que l’auto-école ne propose pas de formule de permis accéléré, jugée incompatible avec l’apprentissage de la relation à la route. « Le permis, cela ne se bâcle pas, c’est un vrai passage à la vie d’adulte ! »
Concernant les places d’examens, le gérant confirme que la Côte d’Or est sinistrée depuis des années. « Lorsque l’hebdomadaire Auto Plus a publié son enquête sur les départements les plus touchés par la pénurie de places, notre département était classé dans le rouge, remarque-t-il. Et ça ne s’est jamais amélioré ! Seuls 6 à 7 inspecteurs sont effectifs sur les 10 du département. Le directeur de la DDT a d’ailleurs avoué son impuissance, nous faisant part qu’un inspecteur doit être muté dans les prochaines semaines, mais qu’il faut attendre qu’il soit parti pour mettre une annonce afin de le remplacer. »
De plus, les inspecteurs de la Côte d’Or ont, selon le gérant, un niveau d’exigence assez élevé. « On voit bien que les examinateurs des autres départements se montrent moins sévères. Pour ne rien arranger, on reçoit les places d’examens très tard. Et depuis que nous avons été reçus en intersyndicale en février 2013 à la préfecture, la situation ne s’est pas améliorée. »
Quant à la grève des inspecteurs de décembre 2013, elle a coûté 50% de places en moins à l’auto-école Ligne de Conduite.
« Je respecte tout à fait le droit de grève mais il faut que le droit de ne pas faire la grève soit lui-aussi respecté ! Or, des inspecteurs grévistes ont empêché de travailler les inspecteurs non-grévistes, ce que je trouve inadmissible. »
Malgré ces difficultés, le gérant estime faire un métier qui vaut la peine d’être exercé. Son intérêt l’a poussé à passer, puis obtenir, la licence de sécurité routière de l’université d’Aix-Marseille.
« C’est un enrichissement personnel sur la manière d’enseigner, cela aide à mettre de la théorie sur la pratique. » Nous avons également effectué une formation pour enseigner l’éco conduite avec Davantages, pendant 3 jours sur Lyon. Il est important de se former régulièrement. »
Baisser la vitesse, une mesure vaine ?
À Dijon, la vitesse maximale autorisée sur la rocade vient de passer de 110 km/h à 90 km/h. « Cela ne changera pas grand-chose, sauf peut-être la nuit », estime Jean-Benoît Roidor. C’est comme sur le périphérique à Paris, où la vitesse a diminué le 10 janvier 2014 de 80 km/h à 70 km/h. Une mesure discutable étant donné que la vitesse moyenne est de l’ordre de 35 km/h et les bouchons fréquents. »
Quant à la baisse de la vitesse maximale de 90 km/h à 80 km/h sur les routes secondaires, qui doit être expérimentée dans quelques départements courant 2014, elle laisse perplexe notre gérant. « De toute façon, il n’y a pas de solution toute faite pour diminuer la mortalité routière. Il faut se méfier des conclusions trop hâtives. Lorsque j’ai suivi ma licence de sécurité routière, on nous a enseigné que la suppression des platanes, jugés dangereux, sur les routes, a entraîné une hausse du nombre de morts. Paradoxalement, les platanes rendaient les automobilistes plus prudents ! »
Une décoration d’influence US
À une vingtaine de kilomètres de Dijon, à Nuits-Saint-Georges, commune très réputée pour ses grands crus, Thierry Donzel, a choisi de se démarquer de l’auto-école lambda. Lorsque vous pénétrez dans son établissement, l’auto-école de la Côte, vous vous retrouvez dans une véritable caverne d’Ali Baba : des comptoirs intégrant les calandres de rutilantes voitures américaines côtoient de véritables plaques d’immatriculation des États américains, des pompes à essence vintage, un aquarium, un mur végétal… Une ambiance décontractée entre Happy Days et la Route 66, loin de l’austérité affichée par certains établissements. « Pourquoi faire triste et banal quand on peut faire convivial et original ? », clame Thierry Donzel !
Outre ses fonctions de gérant, Thierry Donzel est également président départemental et vice-président régional du CNPA-FDC, ainsi que délégué de l’Anper en Côte d’Or. Par ailleurs, il est président de l’association des commerçants du centre-ville de Nuits-Saint-Georges, qui préserve les commerces de proximité face à la grande distribution.
Conduire avec un handicap
Parmi les formations proposées, l’auto-école de la Côte dispense le permis pour les personnes à mobilité réduite, en partenariat avec le centre de rééducation fonctionnelle des accidentés de la route de Dijon, qui contacte l’auto-école lorsqu’une personne qui avait le permis B ne peut plus conduire une voiture normale.
« Avant de commencer la formation, indique Thierry Donzel, il faut évaluer le handicap de l’élève ainsi que ses limites. Il est également nécessaire que la personne ait fait son deuil du temps où elle était valide, sinon elle ne sera pas psychologiquement prête à commencer son apprentissage de la conduite. » L’auto-école de la Côte dispose d’un véhicule intégrant tous les équipements spécifiques à cette activité, fournis par l’équipementier Sojadis :
télécommande des principales fonctions et boule au volant, accélérateur pied gauche, accélérateur main droite, frein au volant, etc. « Je disposerai bientôt également d’un accélérateur/frein de type poignée de moto, placé à droite ou à gauche du volant », annonce Thierry Donzel.
Mais malgré son dynamisme apparent, le gérant ne peut cacher son pessimisme lorsque l’on aborde le problème du manque de places d’examens.
« La situation est difficilement tenable. Sur 10 inspecteurs, un est en arrêt maladie avec des arrêts et reprises à répétition depuis 2 ans. Une inspectrice va être mutée en région parisienne et n’est pas remplacée. Ce qui nous fait à peine 8 inspecteurs pour la Côte d’Or, contre 12 il y a 20 ans. »
Résultat, les auto-écoles de Côte d’Or ont des délais d’attente qui s’allongent. Et la grève des inspecteurs de décembre 2013 a également touché Nuits-Saint-Georges. « On a eu pas mal de places soufflées, et des examens supplémentaires délivrés au compte-gouttes. »
L’AAC pour tous ?
Sur le plan pédagogique, Thierry Donzel est un fervent partisan de l’AAC, qui « permet de se confronter à des situations que l’on n’aborde pas ou peu autrement. » C’est pourquoi Thierry Donzel propose systématiquement l’AAC aux parents, même si leur enfant a atteint 18 ans. « Ce dernier pourra tout à fait passer le permis à 19 ans. En effet, un jeune qui passe le permis à 18 ans en a-t-il forcément besoin immédiatement ? » Le gérant souhaiterait instaurer l’AAC pour tout le monde, pendant 2 ans. « Ou bien un permis provisoire avec bilan à la clé : si le jeune conducteur ne commet pas d’infraction, on lui décerne un permis pendant 2 ans, puis ensuite le permis définitif. » Et tout cela sans passer d’examen, qui selon le gérant, « ne sert pas à grand-chose et ressemble plus à un tribunal. »
Thierry Donzel supprimerait ainsi purement et simplement les inspecteurs ! « Aujourd’hui, nous autres enseignants de la conduite avons le droit de décerner des permis AM, B96 ainsi que l’AAC, sans l’intervention des inspecteurs. Ces derniers pourraient par contre effectuer des contrôles dans les auto-écoles et de la sécurité routière dans les écoles. » C’est ce qui s’appelle mettre les pieds dans le plat !
Christophe Susung
Le tramway, source d’accidents
Le tramway de Dijon, avec ses deux lignes mises en service fin 2012, a succédé à l’ancien réseau de tramway exploité de 1895 à 1961. Pour Stéphane Cretin (auto-école Notre Dame), « même si les travaux nous ont pénalisés, l’arrivée du tramway a permis aux élèves de se confronter à une nouvelle situation de conduite : croiser des véhicules circulant sur voie ferrée. Cela a surtout servi à mettre en évidence les limites de la capacité d’attention d’un conducteur. S’il y a eu peu d’accidents directs avec le tram, nous avons constaté une recrudescence d’accidents dans l’environnement des zones où circule le tramway. Cela démontre que l’attention du conducteur est accaparée par le tramway, qui occulte l’attention portée sur d’autres éléments, comme par exemple un vélo sans éclairage. Un peu comme le téléphone mobile mobilise une partie de l’attention du conducteur. Le tramway a ainsi pas mal changé les habitudes. De plus, beaucoup de rues ont été modifiées, passant de 3 voies à 1 voie. »
Pour sa part, Jean-Benoît Roidor (Ligne de Conduite) estime que l’arrivée du tramway « n’a pas changé grand-chose, car les centres d’examens ne sont pas situés dans la zone de passage du tramway ».
Fiches d'identitéAuto-école Notre-Dame
Année de création : 1932
Gérant : Stéphane Cretin, assisté de Claude Cretin et Nicolas Goerend
Bureaux : 5
Employés : 34
Formations : B, AAC, A, A1, A2, formation 7 h, BE, B96, C, CE, D, FIMO, FCO, titre professionnel marchandises/voyageurs, bateau, taxi, éco-conduite, formation de moniteurs, récupération de points, post-permis, gestion des risques routiers
Véhicules : 24 Clio, 2 Scénic, 1 Clio automatique, 2 remorques BE/B96, 1 autocar Scania, 3 porteurs (Renault, Mercedes, Volvo), 2 semi-remorques (Scania, Volvo), 11 Yamaha XJ6, 3 Honda 500 CB, 1 Honda Hornet, 2 scooters Honda 125, 1 Honda 125, 1 KTM 125,
2 cyclos (Honda, MBK)
Inscriptions : 900 en B et 150 en A en 2013
Tarifs : 1 042 euros les 20 h avec évaluation, 41 euros l’heure
Ligne de Conduite
Année de création : 2007
Gérant : Jean-Benoît Roidor
Bureaux : 3
Employés : 10
Formations : B, AAC, AM, 125, A1, A2, A, BE
Véhicules : 9 Citroën C3, 1 Citroën Aircross, 6 Kawasaki ER6, 1 scooter Peugeot, 1 Yamaha 125 YBR
Inscriptions : 450 en 2013
Tarifs : 990 euros avec évaluation, 40 euros à l’heure
Auto-école de la Côte
Année de création : 1992
Gérant : Thierry Donzel.
Bureaux : 2
Employés : 3
Formations : B, AAC, AM, A1, A2, A, conduite pour personne à mobilité réduite, BE, B96, récupération de points
Véhicules : 3 Seat Ibiza FR, 1 Citroën C4 Loeb boîte auto, 1 Citroën C8 + remorque, 2 Honda Hornet ABS, 1 Honda CBF 125, 2 scooters (1 Greenroad électrique, 1 Stalker thermique)
Inscriptions : 260 en B en 2013, 100 permis pour personne à mobilité réduite
Tarifs : 1 200 euros avec évaluation, 40 euros l’heure