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school Formation — Juillet 2007

-Conduite accompagnée-
Gros plan sur nos voisins européens


Si la France n’est pas le seul pays à pratiquer la conduite accompagnée, le dispositif varie d’un état à l’autre. La Commission internationale des examens de conduite automobile (CIECA) a mené une étude comparative des différents systèmes.

L’AAC est-elle une exception culturelle française ? Pas vraiment. Près de la moitié des états européens* ont mis en place un système d’apprentissage de la conduite en présence d’un accompagnateur non professionnel c’est-à-dire une personne qui n’est pas enseignant de la conduite. Cependant, ce type d’enseignement diffère d’un pays à l’autre tant au niveau de la formation dispensée à l’apprenti conducteur que des exigences requises pour être accompagnateur.

> QUEL ÂGE MINIMUM POUR SUIVRE L’AAC ?
En France, l’âge minimum requis pour suivre le cursus de la conduite accompagnée est 16 ans. C’est également le cas en Autriche, en Norvège et en Suède. En Slovénie, il faut avoir 16 ans et demi. En Allemagne, en Irlande, à Malte, et en Grande-Bretagne, les élèves doivent être âgés de 17 ans. Enfin, il faut avoir 18 ans en Italie, au Luxembourg ou encore en Suisse.

> FORMATION ET/OU EXAMEN OBLIGATOIRES AVANT DE CONDUIRE ACCOMPAGNÉ ?
Le système français prévoit que l’apprenti conducteur doit suivre une formation théorique en auto-école et réussir l’examen théorique (ETG). Par ailleurs, il est obligé de prendre 20 heures de cours pratique en compagnie d’un moniteur pour obtenir un certificat attestant un niveau suffisant de compétences avant de pouvoir conduire en présence d’un accompagnateur officiel.
Au Luxembourg, le principe est le même. Dans un premier temps, le candidat à la conduite accompagnée suit un enseignement théorique de douze leçons d’une heure (au minimum) en auto-école pour pourvoir se présenter à l’examen théorique (équivalent de l’ETG en France). S’il réussit, il doit ensuite prendre au moins douze heures de cours de pratique, toujours par le biais d’un établissement de conduite.
Le programme autrichien baptisé « L17 » est, lui aussi, assez similaire. Avant d’être lâché avec un accompagnateur, l’élève conducteur doit suivre une formation dans un établissement de conduite. Seule différence, il n’a pas à passer d’examen théorique. En fait, le passage de l’examen théorique est obligatoire dans seulement quatre pays européens : l’Allemagne, la France, le Luxembourg et la Suisse.
En Suède, où la conduite accompagnée est choisie par près de 90 % des candidats au permis, seule une demi-journée de formation à la conduite en auto-école est obligatoire avant de prendre place au volant en compagnie de son tuteur. Si cela paraît dérisoire, les Suédois en sont conscients. Et dans la réalité, on constate que les conducteurs novices prennent en moyenne 14 heures de cours en auto-écoles.
Le système allemand appelé « Führerschein mit 17 » est, quant à lui, un peu particulier. En effet, le « FS mit 17 » –autorisé dans une dizaine de Länder depuis janvier 2007-, consiste à accompagner le conducteur novice, non pas durant la phase d’apprentissage avant que ce dernier ne passe l’examen pratique, mais une fois le permis en poche. En d’autres termes, la conduite accompagnée s’apparente plus à un suivi post-permis puisque le conducteur doit avoir réussi l’examen théorique et l’épreuve pratique.

> QUELLES CONDITIONS POUR ÊTRE ACCOMPAGNATEUR ?
Pour devenir accompagnateur, il faut être âgé au minimum de 21 ans en Finlande et en Lettonie, de 23 ans en Espagne, en Estonie et en Suisse, de 24 ans au Luxembourg et en Suède, de 25 ans en Autriche et en Norvège, de 26 ans en Belgique, de 28 ans en Italie et de 30 ans en Allemagne. À noter qu’en France l’âge minimal était de 28 ans, mais que dans le nouveau texte de décembre 2006, il n’est plus fait mention d’un âge minimal (voir encadré p. 22).
Outre l’âge, les accompagnateurs doivent être titulaire du permis –c’est le minimum ! –, mais encore une fois, le nombre d’années d’expérience demandées varient d’un pays à l’autre. Cela va de 3 ans (Autriche, Finlande, Lettonie, Grande-Bretagne et Suisse), 5 ans (Allemagne, Espagne, Estonie, Norvège), 6 ans au Luxembourg, 8 ans en Belgique à 10 ans en Italie. Pour la France, l’accompagnateur doit être titulaire du permis de conduire, mais ne plus être en période probatoire.
Certains pays imposent aux futurs accompagnateurs de suivre une petite formation (Autriche, Luxembourg et Suède). Il peut s’agir de conseils pédagogiques, d’un petit rafraîchissement du Code de la route ou tout simple de l’obligation d’assister à quelques cours à l’auto-école en présence de l’élève. Il est par ailleurs prévus, dans certains, des rendez-vous pédagogiques comme en France.

> QUELLES EXIGENCES AU NIVEAU DU VÉHICULE ?
Lors de la période de conduite accompagnée, la plupart des pays exigent que le véhicule soit signalé d’un disque d’apprenant (Autriche, Belgique, Finlande, France, Irlande, Lettonie, Luxembourg, Malte et Suède). Ce disque peut prendre une forme différente en fonction des pays : « AAC » pour la France ou « L17 » pour l’Autriche. En Belgique, il faut également apposer un miroir additionnel pour l’accompagnateur. Mais c’est la Finlande qui est la plus exigeante, avec un disque apprenant bien sûr, mais aussi un miroir additionnel et des freins double contrôle.

> QUELLES OBLIGATIONS DURANT LA PHASE D’APPRENTISSAGE ACCOMPAGNÉ ?
Hormis le cas spécifique de l’Allemagne, où le conducteur possède déjà son permis, la plupart des pays exigent un nombre minimum de kilomètres parcourus ou d’heures effectuées en compagnie du tuteur pour pouvoir se présenter à l’épreuve pratique. Ainsi, en Grande-Bretagne, il faut justifier de seulement 10 à 15 heures de conduite accompagnée. Il faut avoir effectué au moins 1 000 km accompagné en Finlande, 2 000 km en Norvège, 3 000 km en Autriche et en France et environ 4 000 km en Suède. Est-ce suffisant pour devenir un bon conducteur ? C’est la question que s’est posée le chercheur norvégien Fridulv Sagberg. Après avoir étudié un rapport effectué par l’OCDE, ce dernier préconise une pratique de la conduite accompagnée pendant 5 000 à 7 000 kilomètres.

Sandrine Ancel

* Par états européens, nous entendons pour cet article, pays se trouvant géographiquement en Europe et non pas membres de l’Union européenne.


QUAND LA CONDUITE ACCOMPAGNÉE FAIT PEUR…

Plusieurs pays ne permettent pas l’apprentissage anticipé de la conduite, c’est le cas de la Croatie, du Danemark, de la Grèce, de la Hongrie, de la Lituanie, du Portugal, de la République tchèque ou encore de la Pologne et des Pays-Bas. Pour sa part, la Pologne étudie actuellement la possibilité de mettre en place un système de conduite accompagné. Idem pour les Pays-Bas. Mais en Hollande, le sujet fait l’objet d’une vive polémique. En effet, une majorité de la population s’oppose à l’adoption d’un tel système d’apprentissage de la conduite, mettant en doute la sécurité pendant la phase de formation accompagnée. Si les Hollandais optaient finalement pour la conduite accompagnée, ce serait plutôt en copiant la formule allemande qui propose un accompagnement après l’obtention du permis.


LA CONDUITE ACCOMPAGNÉE A-T-ELLE DU SUCCÈS ?

Dans les pays où la conduite accompagnée est proposée, cette dernière remporte plus ou moins de succès. Ainsi, en Espagne, moins de 1 % des candidats au permis opte pour ce système. En Estonie, ils ne sont que 5 % et à Malte 10 %. Seuls 20 % des Autrichiens et des Finlandais choisissent cette formule. Par contre, en Grande-Bretagne et en Suisse, ce type de formation attire près de 60 % des futurs conducteurs. Enfin, la conduite accompagnée est très plébiscitée en Lettonie (80 %), en Norvège (82 %) et surtout en Suède (90 %).


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