Dans ses établissements de Niort, Limoges et Poitiers, l’ECF Cerca a développé une formule de conduite accompagnée, combinant une plus grande implication des parents et une prise en compte de la matrice européenne GDE.Améliorer la conduite accompagnée n’est pas un projet, mais bien une réalité au sein de l’ECF Cerca. En concertation avec le groupe ECF, cette société coopérative – née d’un regroupement d’écoles de conduite en 1978 – a commencé à expérimenter en 2001, dans ses établissements de Niort et Limoges (et depuis 2007 sur Poitiers), un programme d’AAC plus poussé, baptisé « Apprentissage progressif de la conduite : APC ». L’objectif : impliquer davantage les parents. Début 2007, ce programme est devenu l’« AAC à vocation éducative », qui n’est autre que l’APC enrichi de modules basés sur la matrice GDE*.
L’APC organise plus de rencontres avec les parents que l’AAC traditionnelle. Ainsi, « lors de la formation initiale, on implique les parents lors des 4 étapes de synthèse du livret d’apprentissage. Sur une aire fermée, ils s’assoient dans le véhicule à leur future place d’accompagnateur, pendant que leur enfant, au volant, leur démontre sa maîtrise du véhicule », explique Jean-Pierre Martin, fondateur de l’ECF Cerca et vice-président du réseau ECF.
RASSURER LES PARENTSLa délivrance de l’AFFI (Attestation de fin de formation initiale) est collective. Ainsi, juste avant sa remise, les familles participent à un exercice d’auto-évaluation : un « jury » de parents et d’enseignants vérifient avec les enfants leurs acquis. Puis, après la délivrance de l’AFFI, est organisé un module d’insertion dans la circulation : l’enfant au volant, les parents à leur place d’accompagnateur et l’enseignant à l’arrière du véhicule partent pour un parcours de 2 heures comprenant des ronds-points, des voies d’insertion… « L’objectif de ces différentes actions est de rassurer les parents, pour qu’ils partent de façon plus sereine en conduite accompagnée avec leur enfant ».
Une fois dans la phase de conduite accompagnée, les parents et leur enfant ne sont pas conviés à 2 rendez-vous pédagogiques comme dans l’AAC classique, mais à 7 rencontres d’une demi-journée : 4 avant l’examen (sur la perte de contrôle du véhicule, le freinage, l’alerte à donner en cas d’accident et le déroulement de l’examen) et 3 après. Des rencontres qui alternent théorie et pratique, avec « un groupe de parole, permettant aux familles réunies de raconter comment elles vivent l’AAC. Cela permet aux parents de se rassurer entre eux », explique Jean-Pierre Martin.
AGIR AU NIVEAU DE L’INDIVIDUEn 2006, l’ECF Cerca a réfléchi à d’autres pistes pour encore améliorer son dispositif. Une équipe pluridisciplinaire – moniteurs, formateurs de moniteurs, animateurs d’éducation populaire et de centre de vacances, éducatrice spécialisée en insertion de jeunes en difficultés, psychologue spécialisé en sécurité routière, spécialiste du marketing social – a planché sur l’élaboration d’un contenu pédagogique intégrant les niveaux 4 et 3 de la matrice GDE (à savoir « projet de vie » et « intentions de conduite »).
« La profession est surtout restée sur l’apprentissage technique du véhicule, à savoir les niveaux 1 et 2 de la matrice GDE (« maniement du véhicule » et « maîtrise des situations de circulation »). Nous, nous avons décidé d’entrer dans la matrice par le haut (niveau 4). L’idée est d’agir sur l’individu dans son ensemble et non plus seulement sur le conducteur. Il s’agit d’éducation sociale, et non plus routière », affirme le vice-président d’ECF, avant d’ajouter : « Nous avons amélioré l’APC par des modules éducatifs complémentaires tant lors de la formation initiale (16 heures de formation supplémentaires) qu’au cours des 7 rencontres avec les familles ». Depuis début 2007, cet APC enrichi est donc devenu l’AAC à vocation éducative.
UN NOUVEAU MÉTIER : MONITEUR-ÉDUCATEURDe cette révolution pédagogique a découlé une modification des compétences des formateurs, qui doivent acquérir des compétences en matière d’éducation sociale. « Nous avons créé un nouveau métier de moniteur-éducateur. C’est devenu un travail de coaching », indique Jean-Pierre Martin. Mais cette éducation sociale, l’ECF Cerca veut l’ancrer dans un continuum éducatif, s’étalant sur une durée de 5 ans, c’est-à-dire commençant avec l’ASSR 2 et se poursuivant pendant les deux années d’AAC. Et pour ce faire, « on a besoin de lieux plus importants en terme d’espace que l’auto-école pour pouvoir traiter de la vie en groupe. Cette école de conduite du 21e siècle, je l’ai appelée Maison de la jeunesse et de la sécurité routière. Nous sommes en train de développer ce concept », déclare le fondateur d’ECF Cerca.
UN OBJECTIF : ZÉRO TUÉ RESPONSABLEDepuis que Jean-Pierre Martin a lancé ses expérimentations d’AAC améliorée en 2001, il a une idée en tête : prouver l’efficacité de son dispositif. S’il avoue que son AAC améliorée contribue à améliorer le taux de réussite, il ne souhaite pas s’attarder sur ce point : « Mon examen à moi, c’est que le conducteur soit vivant et qu’il n’ait pas été responsable d’accidents. Mon but est un comportement responsable ». Et les premiers résultats en terme d’accidentologie sont justement disponibles depuis janvier 2007. « Au 1er janvier 2007, 1 150 familles sont engagées dans ce programme et sont suivies, au-delà des rencontres programmées, par questionnement jusqu’à 24 ans. Nous disposons d’ores et déjà de statistiques sur un premier échantillon de 414 familles (à savoir 191 garçons et filles dans leurs 2 ans de permis probatoire après permis, et 223 garçons et filles qui ont entre 20 et 24 ans, sont au-delà du permis probatoire et ont entre 2 à 4 ans de permis). Notre résultat est de : 0 tué et 6 blessés légers (accidents non-responsables). Cela nous fait donc penser que l’on peut, par un concept nouveau, faire réellement baisser le nombre de victimes chez les jeunes conducteurs ».
FAIRE VALIDER LES RÉSULTATS PAR DES CHERCHEURSAujourd’hui, l’ECF Cerca veut faire valider ses résultats de manière scientifique. La coopérative s’est donc rapprochée de différents universitaires, dont Esko Keskinen, chercheur finlandais et père de la matrice GDE, qui est d’ailleurs venu à Niort en mars dernier découvrir l’AAC à vocation éducative. « Il nous a dit qu’il était satisfait du travail accompli et a suggéré deux améliorations à apporter. La première concerne nos auto-évaluations, qui selon lui, ne sont pas assez pointues dans le questionnement des jeunes de notre dispositif. Deuxièmement, il nous a demandé si nous prévoyons le même coach sur 3 ans pour l’accompagnement de la famille. Ce n’était pas tout à fait le cas ; nous sommes en train d’améliorer cette situation. Par ailleurs, il a été particulièrement intéressé par la dimension sociale que nous avons intégrée dans nos recherches ; il considère que cela pourrait constituer un cinquième niveau de la matrice », résume Jean-Pierre Martin.
PROMOUVOIR L’AACAutre objectif : promouvoir encore et toujours l’AAC. En 2001-2002, sous l’impulsion de l’ECF Cerca, s’est ainsi créée une structure coopérative (SCIC : société coopérative d’intérêt collectif) baptisée « Réseau promotion AAC », à laquelle ont adhéré des auto-écoles des Deux-Sèvres intéressées. L’idée maintenant est en outre de mettre l’accent sur le modèle de formation développé à partir de la matrice GDE. « Nous considérons que nous sommes en train d’ouvrir une voie nouvelle pour la profession ou du moins pour tous ceux qui ont la passion de leur métier au-delà de faire réussir leurs élèves à l’examen du permis de conduire, et qui ont pour objectif véritable, de participer dans le cadre de la charte européenne de sécurité routière, à diviser par deux, le nombre de tués en Europe, à l’horizon 2010 », déclare le vice-président d’ECF. « C’est pourquoi nous nous sommes fixé un objectif clair et précis, que nous sommes prêts à partager avec tous ceux qui aiment relever des défis : zéro tué responsable, chez toutes les familles qui s’engagent à suivre notre programme ». L’ambition aujourd’hui est de mobiliser la profession sur ce projet, pour l’ECF Cerca qui lance un appel aux écoles de conduite : « Cette histoire, c’est souvent l’affaire de pionniers ! Nous sommes de ceux-là ! Et vous ? »
Bérengère Huvey
* Modèle de formation développé dans le cadre du projet européen GADGET (Formation et évaluation du conducteur), définissant des Objectifs de formation des conducteurs (Goals for drivers’ Education - GDE).
Contact : Jean-Pierre Martin - Réseau promotion AAC. Tél. : 05 49 08 80 20. Fax : 05 49 08 80 27. Mail : reseaupromoaac@yahoo.fr