← Retour à la liste
warning Sécurité routière — Janvier 2014

- Jean-Luc Callebaut -
Ce « pèlerin » cabossé de la sécurité routière

Il ne croit ni au destin, ni en Dieu. Jean-Luc Callebaut a perdu son fils, percuté par un chauffard en 2007. Depuis, il s’est fait « pèlerin », cherchant un sens à cette mort dont il n’a toujours pas fait le deuil. Il est devenu enseignant de la conduite et prêche auprès des jeunes la bonne parole de la sécurité routière.


Dans un café proche de l’Assemblée nationale, à Paris, Jean-Luc Callebaut marche difficilement. Il traîne sa jambe malade, un peu comme il traîne sa peine depuis maintenant six ans. Jean-Luc a fait plusieurs accidents vasculaires et en garde des séquelles. Il est même passé tout près de la mort le 30 juillet 2012. Cinq ans jour pour jour après l’accident de la route qui a coûté la vie à son fils, Terry. « Je ne suis pas croyant, mais la coïncidence est quand même déconcertante », admet Jean-Luc. Malgré tout, il assure ne pas croire au destin.
« Qu’on me dise en quoi le destin a voulu que Terry meurre à 19 ans. Si Dieu existe, j’aurais deux mots à lui dire. » Il frotte nerveusement ses ongles longs en buvant son café, soutient un regard clair, franc et triste. Il tapote sur son portable, évoque ses élèves, sur qui il reporte son amour paternel. Jean-Luc montre le texto d’un jeune disant que « ce n’est pas pareil quand [il] n’est pas là ». Il est fier. Touché. Il aime les protéger tout en leur parlant vrai. Et les aide parfois à relativiser leurs échecs. « Lorsqu’ils ratent un examen, je leur dis : « il y a tellement pire dans la vie . » Il coupe. Sourit. « Tu le repasseras ton permis. »

Tolérance zéro
Jean-Luc vit dans l’Oise, et a fait la route jusqu’à Paris pour assister à une réunion du CNSR, en ce 29 novembre. Réduction de la vitesse de 90 à 80 km/h, éthylotests anti-démarrage pour les délinquants de la route… Des propositions qui le font amèrement sourire. « Je suis pour la tolérance zéro en ce qui concerne l’alcool. Et surtout, qu’on donne de vraies peines aux chauffards », tranche-t-il. Il hausse un peu sa voix rauque, ce qui n’est pourtant pas dans ses habitudes. Jean-Luc ne boit pas, mais a fumé jusqu’à trois paquets de gitanes sans filtre par jour. L’automobiliste qui a renversé son fils, lui, ne roulait pas qu’à l’eau. C’était un viticulteur de Charente-Maritime, région où Terry vivait avec sa mère. L’agriculteur admettra après l’accident avoir bu « deux ou trois verres de pastis bien dosés ». En pleine ligne droite, en voulant virer à gauche, il a fauché le scooter. Le jeune homme, « un super gamin », dit son père, s’apprêtait à passer son permis de conduire. Maintenant il parle de Terry à ses élèves. Au passé. Son message auprès d’eux passe d’autant mieux. « Ils me disent souvent : « on n’est pas à 5 km/h près ». Je leur réponds : on est à une vie près. Alors lève le pied. »

Une histoire de comportement
Avant le décès de Terry, Jean-Luc était conseiller en patrimoine. Il gagnait bien sa vie et ne comptait pas ses heures. Une habitude qu’il a gardée par la suite. Mais l’onde de choc provoquée par l’accident a changé sa manière de voir les choses. Il n’avait plus la tête au boulot. En tout cas, pas celui-ci. « Les chiffres, les calculs de taux d’intérêt. Tout ça n’avait plus de sens », souffle-t-il. Il a quitté son travail parce qu’il « n’y arrivait plus » et s’est retrouvé au chômage. En toile de fond, le procès de celui qu’il appelle « l’assassin » de son fils a abouti à une peine… généreuse. « Six mois de prison avec sursis et 200 euros d’amende pour refus de priorité. C’est tout ce que valait la vie de Terry. » À partir de là, Jean-Luc débute ce qu’il appelle son « pèlerinage ». Il aurait pu se lamenter, « le cul dans son canapé ». Mais ça, le bonhomme ne sait pas faire. Il est engagé depuis 2008 dans des campagnes de sensibilisation à la sécurité routière auprès des jeunes, notamment dans les établissements scolaires. Son discours fait de mots « cash » leur plaît. « Je leur parle comme eux, pire qu’eux. Cuité, pété, bédo… « Eh toi, j’ai dit un jour à un jeune. Tu sais qu’à force de fumer des joints tu risques de plus bander ? » Je ne porte pas de jugement, mais je suis un peu cynique. J’essaie de leur mettre des claques. Tout est une question de comportement. »

Drôle d’oiseau ?
Jean-Luc intervient également en prison, notamment auprès des délinquants de la route, pour donner des leçons de Code aux détenus. Son Bepecaser en poche depuis 2011, sa conversion sonne comme une évidence pour lui qui aime la bagnole, mais pas ses dérives. Après une première expérience dans une auto-école fermée pour liquidation judiciaire, il ne s’engage plus sur le long terme. L’oiseau Jean-Luc a un statut d’auto-entrepreneur qui lui permet d’être plus libre. Et, surtout, de pouvoir continuer ses campagnes de prévention. Il a fondé le relais Terry, une antenne de l’association Marilou, et réalise près de 80 interventions par an. Tout ce qu’il fait, c’est pour son fils. Même là où il est, il reste sa raison de vivre.
« C’est pas dans l’ordre des choses de survivre à ses enfants. La mort me fait pas peur. J’aurais voulu prendre sa place », assure-t-il, voix chevrotante. L’ermite Jean-Luc, barbe de trois jours, n’a pas beaucoup de passions en dehors du travail, auquel il consacre la majorité de son temps. Un peu comme avant. Sauf que désormais, Terry n’est plus là.
L. L.


Dans le même thème

Délit d’obtempérer : un phénomène en hausse ?
Le décès d’un jeune de 16 ans en scooter ayant refusé de se soumettre à un contrôle de police, le 11 novembre dernier, à Tourcoing, dans le Nord, met à nouveau un coup de projecteur sur ce délit qui semble être de plus en plus fréquent.
protoxyde d'azote - Conduire sous emprise n’a rien d’hilarant
Vinci Autoroute sensibilise aux dangers de la conduite sous l’emprise du protoxyde d’azote au travers d’une campagne de prévention diffusée sur les réseaux sociaux et sur ses aires d’autoroute.
« Zombies Phone » - Attention aux dangers du smartphone pour les piétons !
La Sécurité routière alerte sur les « Zombies Phone », ces piétons tellement accaparés par leur smartphone qu’ils ne font pas attention à leur environnement.