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handshake Congrès professionnels — Janvier 2014

- 10e congrès -
L’UNIC veut faire long feu

L’Union nationale des indépendants de la conduite a soufflé sa dixième bougie, les 15, 16 et 17 novembre derniers au Futuroscope de Poitiers. À l’avenir, l’UNIC voudrait mieux partager le gâteau syndical et intégrer les commissions paritaires de la profession.


Dans les travées du centre des congrès du Futuroscope, l’équipe de Rémy Pautrat, jeune directeur d’une boîte de production, est venue poser sa caméra. Ses collègues cameramen tournent autour des intervenants, tentent de regrouper les adhérents dans la salle pour les filmer. La consigne : donner un sentiment de nombre (200 personnes étaient présentes selon l’Unic) et d’unité. Philippe Colombani, président du syndicat, reconnaît volontiers ce désir de communication. « Depuis quelque temps, nous avons décidé de communiquer régulièrement avec la profession », souffle-t-il. Une stratégie vouée à « placer l’UNIC sur la première marche du podium syndical dans l’univers auto-école ». Car si Philippe Colombani estime que son syndicat jouit d’un « capital sympathie important » auprès des professionnels, son pouvoir décisionnel demeure pour l’instant limité. « Trop, juge-t-il, au regard de notre nombre d’adhérents ». Environ 500 à travers l’Hexagone.

Commissions paritaires
L’UNIC ne siège pas encore dans les commissions paritaires de la profession, où seules l’UNIDEC et le CNPA sont représentés. L’intégration au sein de ces commissions est basée sur un principe de reconnaissance mutuelle. Mais les syndicats n’arrivent précisément pas à s’entendre. Alors l’UNIC a demandé une enquête, qui doit durer six mois, et qui devrait être lancée en début d’année. Elle doit reconnaître – ou non – le syndicat comme représentatif de la profession. « Les réunions de travail sont en cours au CNSR au sujet des places d’examens, mais leur impact sera limité. On nous consulte pour au final, je le crains, nous imposer des mesures d’urgence. On sait que les décisions seront de plus en plus prises au niveau des commissions paritaires. C’est pour ça qu’on veut y être », confie le président de l’UNIC. Philippe Colombani n’a pas voulu faire dans la « nostalgie du temps jadis » à Poitiers, à l’occasion de ce dixième congrès, et a préféré se concentrer sur les combats futurs. Avec deux principaux en tête de liste : l’intégration de l’UNIC au sein de ces fameuses commissions, qu’il espère d’ici la fin 2014, et la mise en place d’un établissement public pour résoudre le problème des places d’examens. « J’espère que ça ne va pas durer dix ans ! », sourit-il, lui qui dit vouloir « pérenniser l’UNIC ».
Pour son anniversaire, l’UNIC n’a pas renié ses principes fondateurs (notamment son opposition à la méthode d’attribution des places). En 2003, au Center-Park de Sologne, les « pilgrim fathers » de l’UNIC, Philippe Colombani en tête, s’étaient studieusement réunis sans avoir le temps de « sortir les maillots de bain ». Les débuts d’un syndicat un peu trouble-fête qui, dans un autre parc d’attractions, celui du Futuroscope de Poitiers cette fois, n’a pas failli à sa réputation. Jetés dans la « fosse aux lions », à savoir la salle de conférences, les différents intervenants n’ont pas été ménagés par l’auditoire. Stéphane Guezou et Émile Ménétrey peuvent notamment en témoigner. Les deux représentants de la société Printel, menacée par la future mise en place gratuite d’Aurige-GPE par l’État, avaient tenu à échanger avec les auto-écoles, pour (r)établir un lien avec leurs clients. Un mot sur lequel les adhérents de l’UNIC ont lourdement insisté. « Nous sommes vos clients car nous payons un service, et l’administration ne l’est pas car ce même service est gratuit pour elle », ont-ils insisté auprès des deux hommes, venus en opération reconquête.

Printel et UNIC : une alliance de circonstance
La salle leur a reproché des grilles tarifaires trop floues, là où les auto-écoles réclament de la « transparence ». Et les deux patrons de Printel ont eu bien du mal à se justifier. « Venez nous voir, et on vous montrera comment trouver nos prix », ont-ils répondu timidement. Une proposition qui n’a vraisemblablement pas suffi à l’UNIC. Philippe Colombani a proposé la mise en place d’un groupe de travail avec Printel, dont les deux dirigeants ont accepté le principe. Il sera constitué de quatre adhérents du syndicat, et dirigé par Joël Cassegrain. Stéphane Guézou et Émile Ménétrey sortaient ainsi la tête haute de leur confrontation. Philippe Colombani a d’ailleurs tenu à les défendre. « Moi j’ai quitté Printel pour revenir au papier, mais je suppose que les utilisateurs en sont aussi satisfaits sur certains points. GPE sera gratuit mais il y aura beaucoup moins d’options, le service n’incluant par exemple pas de messagerie professionnelle », a-t-il souligné.
Le groupe de travail mis en place par l’UNIC devra notamment trouver une solution pour que les durées d’abonnement des clients de Printel puissent correspondre avec la date de mise en place de GPE, annoncée pour juin 2014. Printel a décidé d’attaquer l’État en justice pour « faute contractuelle » même si, précisément, leurs relations n’ont jamais été définies par un contrat malgré un « monopole de fait » sur le marché, comme le reconnaissent Stéphane Guézou et Émile Ménétrey. D’où cette alliance de circonstance imaginée par l’UNIC, avec une cible commune : l’administration. Les auto-écoles ne comprennent pas que le service de la répartition puisse, via le logiciel, organiser le planning des inspecteurs. « Si nous coupons le courant à l’administration, elle sera obligée de nous écouter », lance Philippe Colombani. Par « couper le courant », il faut entendre couper Printel. À la Réunion pourtant, l’administration a carrément fait savoir aux auto-écoles qu’il leur était « interdit de quitter Printel », rapporte un adhérent. Forte du soutien de Stéphane Guézou et Émile Ménétrey, l’Unic pouvait sereinement aborder l’autre rendez-vous phare du week-end : la venue de Pierre Ginéfri, sous-directeur à l’Éducation routière.

Royal se défile, pas Ginéfri
Contrairement à Ségolène Royal, la présidente de région Poitou-Charente, qui avait décliné l’invitation de l’UNIC au dernier moment, Pierre Ginéfri ne s’est pas défilé. Et pour l’accueillir, les adhérents de l’UNIC avaient sorti les bonnets rouges, devenus en quelques mois le symbole du ras-le-bol contre l’administration et le pouvoir central. Potache, Philippe Colombani s’en amuse. « J’avais demandé à ce qu’il y ait un silence de cathédrale à son entrée », dit-il. En rentrant dans la salle de conférences, Pierre Ginéfri avait lui-aussi le sourire. Tout en reconnaissant sa position délicate. « J’ai contre moi, d’un côté, 1 300 inspecteurs pas contents, 11 000 auto-écoles pas contentes du tout, et avec la réorganisation des bureaux, j’ai également désormais 38 millions d’automobilistes pas contents non plus », liste-t-il. « Cette équation fait de moi un des fonctionnaires les plus détestés de France. » Le sous-directeur à l’Éducation routière a commencé par présenter Aurige-GPE, le nouveau système informatique de répartition des places d’examens, dont il prévoit événtuellement un déploiement  national pour le mois d’avril. Mais Philippe Colombani lui a rappelé combien les dates fixées par l’administration sont incertaines. « Les auto-écoles ont besoin d’être fixées sur leur abonnement Printel. Doivent-elles le renouveler ? Si oui, pour combien de temps ? », a demandé le président de l’UNIC. En face, Pierre Ginéfri préférait jouer la prudence. « Si je vous donne une date et que je ne la tiens pas, ce sera encore pire. » Au sujet des fonctionnalités de GPE, le fonctionnaire ne s’en cache pas : sa gratuité implique une réduction des services par rapport à Printel.

L’UNIC POUR une réforme structurelle
Si une nouvelle méthode d’attribution des places est actée, cela n’affecterait pas la mise en place de GPE, dans le sens où il n’y aurait qu’un simple calcul à changer. En revanche, précise Pierre Ginéfri, « on ne pourra pas mettre en place GPE s’il y a une refonte totale du système de passage d’examens ». En creux, on peut imaginer que l’hypothèse d’une privatisation totale du permis, chère à l’UNIC, prend un peu de plomb dans l’aile, puisqu’elle viendrait encore compliquer la tâche de l’administration.
« On peut bien changer la méthode d’attribution, comme par exemple comptabiliser les deuxièmes passages dans le taux de réussite. Mais si le nombre d’inspecteurs n’augmente pas, nous n’aurons pas plus de places »,
estime Philippe Colombani, pour qui « une réforme structurelle est nécessaire ». Même en poids-lourd, où les taux de réussite frisent la perfection (90 % en moyenne), les délais de deux semaines sont un frein pour les centres de formation. « Deux semaines de délai pour repasser l’examen, ça veut dire des heures supplémentaires que les entreprises ne paieront pas. Le tarif est défini à l’avance, donc nous en avons de notre poche », souligne  Jean-Luc Pegat-Toquet, patron d’Ixio, une grosse entreprise de région parisienne.

« Défaillances humaines »
Interpellé sur le manque de coopération de certains bureaux des répartitions, Pierre Ginéfri l’a surtout mis sur le compte de « défaillances humaines ».
Dans le département des Alpes de Haute-Provence, le répartiteur ne répondait même plus aux appels des auto-écoles avant que, de guerre las, elles finissent par venir frapper à sa porte. En Seine-Saint-Denis,
« les inspecteurs se mettent en arrêt maladie dès qu’on leur refuse une mutation » selon les adhérents Unic. Des inspecteurs aux comportements toujours décriés par les auto-écoles, surtout avec les récentes grèves. « Ils ont demandé l’ADR pour ne plus se faire agresser, mais maintenant c’est nous que les élèves agressent », s’indigne Colombani. Le président du syndicat a également profité de la venue de Pierre Ginéfri pour évoquer avec lui la réglementation des locations de véhicules à doubles commandes. « C’est bien d’instituer des règles, notamment la formation de quatre heures, que je fais moi-même dans mon établissement. Mais à quand les contrôles ? » À cette question, le fonctionnaire n’a pas pu répondre. « Ce n’est plus de mon ressort, je n’ai pas de forces de police à ma disposition »,
a-t-il indiqué. Des questions sans réponse, des débats… Le lot d’un congrès que l’UNIC voulait fédérateur, avec un objectif avoué pour Philippe Colombani : inciter d’autres voix que la sienne à s’exprimer, en confrontant les adhérents aux différents acteurs de la profession. « Je suis là pour eux car ils sont aussi mes amis, même si parfois je fatigue un peu », confie-t-il. Mais l’UNIC peut compter sur son capitaine quelques années encore.
Lucas Lallemand





Un futur partenariat avec la Croix-Rouge ?
Une formation de secouriste devrait-elle intégrée à l’examen du permis de conduire ? C’est la question posée régulièrement par certains politiques, dont une proposition de loi récemment examinée au Sénat (au mois de novembre, ndlr). Et l’UNIC a annoncé vouloir prendre les devants en la matière. Patrice Dallem, de la Croix-Rouge, est intervenu au congrès de Poitiers, insistant sur la nécessité d’une formation aux premiers secours, notamment dans le cadre des auto-écoles. Pas insensible à ses arguments, Philippe Colombani a proposé un partenariat entre l’UNIC et la Croix-Rouge. « Une loi est en préparation, cela fait des années qu’on parle d’inclure la formation aux premiers secours dans le permis, un jour ça va finir par sortir. Alors autant être en avance et précéder les politiques », a-t-il annoncé. Les adhérents de l’UNIC pourraient ainsi bénéficier d’un tarif négocié avec la Croix-Rouge pour former leurs moniteurs – et éventuellement leurs élèves – aux premiers secours.


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