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map Vie des régions — Décembre 2013

- Dreux -
Formation accélérée ou traditionnelle : des auto-écoles à deux vitesses

À Dreux, deux importantes structures familiales spécialisées dans les formations accélérées cohabitent avec de petites auto-écoles plus traditionnelles.


Entre Normandie, Île-de-France et Beauce, Dreux constitue un carrefour d’échanges entre régions d’économies complémentaires. Assez proche de Paris (75 km), la ville est connue pour son cœur historique et sa Chapelle royale, mais également pour avoir connu quelques difficultés économiques. Du côté des auto-écoles, il y a semble-t-il de la place pour tout le monde, puisque aucune faillite n’est à déplorer depuis des lustres. Au contraire, deux nouveaux établissements ont fait leur apparition.
Installés depuis plusieurs décennies, deux importants centres de formation se sont spécialisés dans les formations intensives par stage, alors qu’une petite dizaine d’auto-écoles ont choisi une voie plus traditionnelle.

Un établissement né dans les années 1960
Pour le centre de formation Couturier, tout a débuté en 1963. Cécile Couturier, directrice générale, qui présente la particularité d’être à la fois vice-présidente départementale du CNPA-fdc et présidente départementale de l’Unidec, nous explique sa création.
« Mes parents, Nicole et Bernard Couturier, sont arrivés à Dreux en 1963. Après avoir dirigé plusieurs auto-écoles dans la région, ils ont décidé en 1977 d’innover en lançant la première formation accélérée par stage. Depuis, la totalité des très nombreux permis proposés se passe uniquement selon cette formule. Le centre actuel, situé à Sainte-Gemme Moronval, au Sud-Est de Dreux, a été construit au tout début des années 1980. Sa superficie est aujourd’hui de 2 500 m2.
« La partie auto-école représente actuellement les deux tiers de notre activité, contre un tiers pour la partie formation professionnelle, précise Cécile Couturier. Nous accueillons environ 2 700 élèves par an, avec la possibilité de les héberger, puisque nous disposons sur place d’une quarantaine de lits, d’un réfectoire, etc. Pour le permis B, les stages durent de deux semaines et demi à 3 semaines en moyenne. Les élèves proviennent à 80% de l’Ile-de-France et parfois d’autres régions. Beaucoup sont déçus par la formule traditionnelle ou ont un emploi en vue qui n’attend plus que l’obtention du permis. »
En permis B, les stages durent de 38 à 40 heures par semaine (50% code, 50% conduite), avec 2 élèves par voiture. « Cela équivaut à une cinquantaine d’heures en formation traditionnelle », précise Cécile Couturier. Quant aux cours de Code, notamment assurés par Benoît Couturier, le frère de Cécile, ils font participer au maximum les élèves, pour plus de convivialité. On est loin du simple visionnage de DVD !
L’évaluation préalable de l’élève tend à faire ressortir la formation la plus courte possible, tout en gardant la qualité. « Il nous arrive d’ailleurs de rembourser des heures qui n’ont pas été utilisées par les élèves, ce qui est très apprécié ! », indique Cécile Chevalier.
Du coup, le manque de places d’examens se fait peu ressentir. « Notre taux de réussite, en moyenne de 75% pour la conduite au premier passage, fait que les places s’obtiennent assez rapidement. Mais nous n’avons même pas à mettre en avant notre taux de réussite pour nous faire connaître, car ce sont les élèves qui font notre publicité : 90% de notre clientèle est amenée par le bouche à oreille. »

Un centre d’examens éloigné
Si Dreux est une ville bien positionnée géographiquement et peu touchée par les embouteillages, elle présente cependant l’inconvénient de ne pas disposer d’un centre d’examens moto et poids-lourds. « Ce dernier est situé à Mainvilliers, à une bonne trentaine de kilomètres », regrette Cécile Couturier. Cela nous fait perdre beaucoup de temps et d’argent.
Autre point noir, l’arrivée du Cerfa 06 ! « Cela nous a pénalisé car nous avons fait en sorte d’inscrire très tôt les élèves pour janvier 2013, et au dernier moment il a fallu tout bouleverser. Du coup, je m’inquiète pour Faeton, avec l’obligation de scanner les documents et les problèmes d’archivage des dossiers que le dispositif va entraîner. »
En 2013, l’auto-école Couturier a ajouté à son parc auto-école 2 Peugeot Ion, des modèles électriques pour la formation boîte automatique. « Nous les louons à un tarif deux fois plus élevé que celui des véhicules thermiques, précise Cécile Couturier. Mais ils sont très agréables à conduire, plus vifs et évidemment plus silencieux. »
Autre véhicule original, un Volkswagen Amarok, utilisé pour le permis BE. « C’est un gros pick-up très sympa, mais qui a connu quelques soucis de fiabilité. Nous allons le remplacer par un Nissan Juke essence de 200 ch à boîte automatique. »

Une affaire de famille
Romain Blanchard, enseignant de la conduite et adjoint à la direction du centre de formation Blanchard (CFB), nous apprend que l’établissement a été créé en 1976 par sa mère Colette Blanchard, toujours à sa tête. « Pour ma part, j’ai rejoint l’établissement il y a une douzaine d’années, peu après l’arrivée de ma sœur Edwige. Puis, début 2004, nos différentes activités ont été réunies sur un seul et même lieu, au nord-ouest de Dreux. En 2006, nous avons doublé la surface consacrée à la partie auto-école, puis nous avons ajouté à notre palette de formation les agréments pour les titres professionnels voyageurs et marchandises. Enfin, en 2010, un second bâtiment a été construit pour notre pôle formation professionnelle. » Le CFB propose aujourd’hui un large éventail de permis et de formations, dispensées en 2 ou 3 semaines selon la formule du stage accéléré, à l’exception des permis moto. « Ces permis sont en effet dédiés aux loisirs, destinés à des élèves qui travaillent et ne sont pas disponibles tout le temps, ce qui est plus adapté à la formule traditionnelle. »
Si le souci récurrent des écoles de conduite, le manque de places d’examens, commence à se faire ressentir, « cela reste gérable, même si le fait qu’il y ait eu deux nouvelles auto-écoles à Dreux récemment a forcément réduit le nombre de places pour chaque établissement, le nombre d’inspecteurs n’ayant pas augmenté. » Romain Blanchard ne qualifie cependant pas les autres établissements de « concurrents » mais plutôt de « confrères ». « Tout le monde a le droit de travailler ! De toute façon, avant de s’occuper des autres, il faut déjà satisfaire ses élèves. Car si un élève satisfait en fait venir 4, un élève mécontent en fait fuir 10 ! »

De nombreux événements
Le centre de formation Blanchard a coutume d’organiser régulièrement des événements pour entretenir sa notoriété. Il a ainsi mis en place le 20 septembre dernier la première édition de ses Journées rencontres professionnelles, à destination des clients et partenaires. Au programme : exposition de véhicules utilitaires et lourds, présentation du centre de formation, intervention sur l’écotaxe, sans oublier un déjeuner champêtre ! « Nous faisons également découvrir nos formations chaque année lors de plusieurs foires et salons, comme la Foire d’Automne à Paris, porte de Versailles. » On peut également citer un jeu concours pour faire gagner une voiture à un élève inscrit dans l’établissement ou encore une sortie moto à Deauville en mai 2013…
Si Romain Blanchard a été sollicité par un vendeur de simulateur de conduite pour le permis B, il reste dubitatif sur son utilité. « Le principal argument du vendeur était qu’un simulateur permettait d’économiser le gas-oil utilisé pendant les leçons de conduite ! J’aurais préféré qu’on mette plutôt en avant son intérêt pédagogique ! De plus, en formation initiale, rien ne vaut un véritable face à face, qui permet de s’adapter précisément à chaque candidat. Un élève n’est pas idiot, il ne trouvera pas normal de payer le même prix pour une heure sur simulateur que pour une heure avec un enseignant de la conduite. » Par contre, Romain Blanchard se montre favorable à l’usage du simulateur de conduite pour le groupe lourd.
« On peut travailler des aspects difficiles à rencontrer en situation réelle, comme la conduite sur neige, l’éclatement d’un pneu, ou encore modifier la répartition du chargement. »

Ne pas dévaloriser le métier d’enseignant
La concurrence des loueurs de véhicules à doubles commandes ? Elle ne semble pas inquiéter Romain Blanchard. « D’ailleurs, nous proposons la formation d’accompagnateur dans ce domaine et avons déjà effectué deux sessions. Nous ne considérons pas cela comme une véritable concurrence, car sinon, cela voudrait dire que notre métier d’enseignant de la conduite n’est pas valorisé. Quand on voit le mal que les auto-écoles se donnent pour atteindre à peine un taux de réussite moyen de 53%, je ne pense pas qu’un simple accompagnateur de véhicule à doubles commandes puisse faire beaucoup mieux. Ces accompagnateurs servent davantage à assurer la sécurité du conducteur qu’à faire de la pédagogie. »
Romain Blanchard utilise une analyse similaire concernant l’idée de faire passer le Code au lycée. « Bien entendu, je souhaite que les écoles de conduite gardent la mainmise sur le passage du Code, mais quand vous voyez des auto-écoles qui font faire aux élèves du Code sur le Web chez eux ou sans accompagnement dans la salle de Code, je ne trouverais pas si farfelu dans ces conditions que le Code soit passé au lycée. »

Une auto-école minimale
Comparée à ces deux grosses structures, le troisième établissement visité fait figure de Petit Poucet ! L’auto-école Nextcond8, située en centre-ville, est dirigée par Sylvain Madeleine, gérant et unique moniteur, et ne propose que le permis B. « J’ai obtenu mon diplôme de moniteur en 2001 au centre Couturier, à l’âge de 21 ans. Puis, après avoir enseigné plusieurs années dans une petite auto-école, j’ai fini par ouvrir mon propre établissement, en avril 2013. » Le nom de l’établissement, Nextcond8, se veut original et branché. « Je voulais adopter un langage qui parle aux jeunes, dans le style SMS ».
Pour l’instant, Sylvain Madeleine gère tout seul son établissement. « J’ai d’ailleurs été obligé de modifier mes horaires, en fermant le bureau les lundi et jeudi, afin de consacrer ces journées intégralement aux  leçons de conduite. J’envisage éventuellement d’engager un moniteur ou bien une secrétaire par la suite. »
Sylvain encourage les élèves à faire du Code sur Internet.
« Ainsi, les élèves peuvent travailler chez eux et avoir accès à un grand nombre de statistiques et graphiques. De mon côté, je peux contrôler ce que fait chaque élève. » Sylvain veut ainsi « rajeunir la formation au Code, la rendre plus dynamique, et surtout plus responsabilisante. » Tout en proposant également des cours de Code traditionnels au sein de l’auto-école, notamment aux élèves les plus âgés, dont certains n’ont pas accès à Internet.
À l’inverse d’autres auto-écoles de l’Hexagone, Sylvain Madeleine n’est pour l’instant pas trop touché par les problèmes de manque de places d’examens.
« Venant de créer mon établissement, je dois d’abord constituer ma population de référence. De plus, j’ai encore peu d’élèves et donc un besoin en places réduit. »
Si à la base, le gérant estime que la « nouvelle » méthode de répartition des places d’examens n’est « pas si mauvaise que cela », il lui reproche cependant de « ne pas inclure les B2 ! Pour le Code comme pour la conduite, la population de référence n’est constituée que de B1. Or, j’ai également des élèves qui ont passé le permis ailleurs. Avec la méthode actuelle, une auto-école doit avoir un taux de réussite d’au moins 75% pour que le système fonctionne. »

Adepte de la conduite supervisée
Sylvain est un fervent adepte de la conduite supervisée. « C’est une formule un peu plus chère mais très efficace. J’incite mes élèves à la prendre dès le début de la formation. Le nombre d’accompagnateurs n’est pas limité, cela peut être un frère, une sœur, un oncle… Quand les premières statistiques sur la conduite supervisée seront connues, on s’apercevra qu’elle entraîne de bons taux de réussite. » Enfin, contrairement à d’autres auto-écoles, le Cerfa 06 ne semble pas poser plus de problèmes que cela à Sylvain.
« Cela ne me procure pas spécialement beaucoup plus de travail qu’avant. Je scanne le Cerfa 06, cela n’a rien de compliqué. Certes, sa mise en place a été laborieuse, mais le principe en lui-même ne pose pas de problème particulier. »
Un gérant qui ne se plaint pas des procédures administratives, ce n’est pas si courant !
C. S.





L’auto-école Couturier souffle ses 50 bougies !
Comme l’explique Julien Deprey, chargé de communication du centre de formation Couturier, de nombreux événements ont marqué le cinquantenaire de l’établissement. « Nous avons commencé la célébration à la Foire de Paris, au printemps 2013, au sein d’un stand spécifique de 120 m2. Des animations, des simulateurs de conduite, un jeu pour gagner une formation au permis de conduire et un atelier Code ont attiré plus de 1 500 visiteurs. »
L’auto-école Couturier a ensuite organisé des journées portes ouvertes, pendant une semaine en mai, l’objectif étant de faire découvrir le centre. De plus, une soirée a accueilli en juin dernier, 200 clients et fournisseurs, ainsi que des institutionnels (préfet, maire…), tandis qu’une journée karting a été organisée un samedi pour les salariés. Enfin, nous avons participé en octobre au salon de l’automobile de Dreux.





Fiches d’identité
Auto-école Couturier
Année de création : 1963
Gérants : Cécile Couturier et Marc Hoinard
Bureau : 1
Employés : 50 dont une trentaine d’enseignants de la conduite
Formations : partie auto-école : B, AAC, BEA, AM, A1, A2, A, BE, B96, récupération de points ; partie formation professionnelle : transport de marchandises (C, CE, C1, C1E, BE, B96, Fimo, FCO, CTRMP, CTRMTV, ADR, éco-conduite), transport de voyageurs (D, FCO, Fimo, CTRIV, éco-conduite), CACES (R372m, R386, R389, R390), formations tech pro (électricité, SST), Bepecaser, récupération de points, conduite économique
Véhicules : 30 Clio, 2 Peugeot Ion, 2 Peugeot RCZ, 1 Volkswagen Amarok, 10 Kawasaki, 1 scooter Piaggio MP3, 1 camion Iveco pour le permis C1, 2 porteurs Renault, 2 semi-remorques Renault, 3 cars Volvo/Fast Concept, chariots élévateurs en location
Inscriptions : environ 2 700 élèves par an toutes formations confondues, dont environ 1 500 en permis B
Tarifs : de 890 euros à 2 937 euros (formation théorique + 38 h de pratique + examen + cours théoriques), 45 euros le cours supplémentaire de 40 minutes

Centre de formation Blanchard
Année de création : 1976
Gérante : Colette Blanchard
Bureau : 1
Employés : une quarantaine dont 30 enseignants de la conduite
Formations : pôle auto-école : B, A, récupération de points, tests psychotechniques ; pôle professionnel : transport de marchandises (C, CE, Fimo, FCO, Citerne, TMD, Pétrolière et Titre professionnel), transport de voyageurs (D, titre professionnel), permis remorque (BE, B96), Bepecaser (tronc commun et mention 2 roues), éco conduite
Véhicules : 25 Opel Corsa, 1 Mini, 1 Nissan Pathfinder, 8 Yamaha XJ, 2 Yamaha 125 YBR, 3 scooters Yamaha, 4 porteurs Renault, 2 tracteurs + semi-remorque Renault, 2 autocars Man
Inscriptions : entre 2 500 et 2 700 stagiaires tous permis confondus par an, dont environ 1 000 pour le permis B
Tarifs : 1 735 euros (avec 1 évaluation, 1 présentation conduite, forfait Code) le forfait 20 h, 54 euros l’heure de conduite (56 euros en boîte automatique)

NextCond8
Année de création : 2013
Gérant : Sylvain Madeleine
Bureau : 1
Employés : 0
Formations : B, AAC, conduite supervisée
Véhicule : 1 Citroën C4
Inscriptions : 50 depuis l’ouverture
Tarifs : à partir de 1 169 euros le forfait 20 h, 1 299 euros en conduite supervisée, 1 349 euros en AAC


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