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school Formation — Juillet 2007

-Bilan-
L’AAC, un dispositif en perte de vitesse ?


Depuis quelques années, l’Apprentissage anticipé de la conduite (AAC) en a pris pour son grade : moindre succès auprès des élèves, efficacité en terme d’accidentologie remise en cause… Est-ce à dire que le dispositif est en perte de vitesse ?

Créé en 1984, étendue à 30 départements en 1986 et généralisée à l’ensemble de l’Hexagone en 1988, l’AAC a d’abord connu une montée en flèche des inscriptions : 1 323 inscrits en 1986, 62 219 en 1990, 125 580 en 1994(1). Mais en février dernier, lors d’une réunion des Jeudis de l’Inserr(2), qui a précédé la table ronde consacrée à l’AAC en mars 2007, Jean-Pierre Fougère, sous-directeur de l’Èducation routière, tirait le constat suivant : « L’AAC a connu une progression importante (30 % des candidats) pendant plusieurs années. Depuis un an, on observe un flottement (26 à 27 % des candidats) ».

UNE LENTE PROGRESSION, PUIS LÉGÈRE BAISSE
Même analyse dans le rapport du député Jean-Michel Bertrand(3) : « Malgré les constats unanimes en faveur de la généralisation de l’AAC, cette dernière demeure insuffisamment pratiquée, et ne progresse que très lentement (10 % en 1994, 21 % en 1998 et 27 % en 2002). Moins de 30 % des candidats au permis de conduire ont suivi l’AAC en 2003 ».
Ces derniers temps, l’AAC enregistre certes « une baisse, mais il ne s’agit pas non plus d’une chute, souligne Michel Malbert, président du réseau CER. Si on regarde de près, on s’aperçoit que la formule a toujours autant de succès dans les zones rurales, et de moins en moins dans les zones urbaines. D’ailleurs depuis l’origine, il y a très peu d’engouement pour cette formule dans les grandes villes ».
Peut-on aujourd’hui dire que la formule n’est pas – ou plus – satisfaisante ? « Lors de la table ronde, il y a eu, au début, une présentation assez négative de l’AAC qui nous a gêné. Ce n’est pas parce que l’on n’arrive pas à dépasser les 28 % que la formule n’est pas la bonne. On peut continuer à la faire progresser », affirme Michel Schipman, vice-président national du CNPA Formation des conducteurs. Moins optimiste, Jean-Michel Hainaud, président du réseau CFR Européen, déclare : « L’AAC stagne et je ne pense pas qu’aujourd’hui, on puisse l’étendre davantage ».

AAC, LA MEILLEURE FORMULE ?
« Depuis 10 ans, des interrogations sont nées. À la demande de professionnels, dont ECF, le gouvernement a organisé la table ronde, car on ne supportait plus la remise en cause de l’AAC. Ce cursus est meilleur que la formation traditionnelle. D’ailleurs, lors de la table ronde, il est ressorti qu’il faut conserver l’AAC, l’améliorer et l’ouvrir au plus grand nombre possible », note Gérard Acourt, président du réseau ECF.
« On n’est pas arrivé à passer le cap des 30 %. C’est dommage, car si l’AAC est bien faite, c’est de loin la meilleure formule. D’ailleurs, cela se traduit par de meilleurs résultats et par des conducteurs plus sûrs, affirme Jean-Louis Bouscaren, président de l’Unidec. Le seul bémol, c’est que certaines auto-écoles dévoient le contenu du dispositif, par exemple en n’organisant pas les rendez-vous pédagogiques ».

UN TAUX DE RÉUSSITE MEILLEUR QU’EN B TRADITIONNEL
Depuis ses débuts, et encore aujourd’hui, la filière affiche un taux de réussite élevé. Bien meilleur que pour le permis B traditionnel. Mais les chiffres montrent un fléchissement. Le taux de réussite des AAC en première demande était de 80,9 % en 1990, 76,6 % en 1995, 73,9 % en 1998(1). Il est passé sous la barre des 70 % en 2004 (voir tableau ci-contre). Le gouvernement, quant à lui, ne met pas en avant cette baisse : « Les résultats de ce dispositif pédagogique sont probants : le taux de réussite au permis de conduire en première présentation pour un jeune qui a suivi l’enseignement à travers l’AAC (près de 70 % de réussite en 2005) est meilleur que pour celui qui a suivi une formation traditionnelle (près de 46%) », était ainsi indiqué lors du Comité interministériel de la sécurité routière (CISR) du 6 juillet 2006.

L’AAC : UN IMPACT SUR LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE ?
Mais c’est surtout du côté de l’accidentologie qu’ont porté les doutes ces dernières années, différentes études contestant un réel impact en terme de sécurité routière (voir La Tribune des Auto-Écoles n° 103 p. 16-17). Cela dit, comme le rappelait Jean-Pierre Fougère(2), « on ne dispose pas d’évaluation scientifique de cette formation ». Beaucoup d’acteurs de la profession y croient encore. « Certes, on n’a pas eu la baisse importante escomptée au départ. Mais, l’AAC n’a pas augmenté l’accidentologie », souligne Michel Schipman.
« Les études qui ont été réalisées prennent en compte tous les inscrits en AAC. Mais, ces statistiques sont faussées par le fait que l’on ne distingue pas les vrais AAC des faux. La moitié est formée comme en permis B. Ces études, qui portent sur des petits échantillons de personnes, ne sont pas fiables », affirme Gérard Acourt.
Bruno Barbé, inspecteur et porte-parole du syndicat CGT-PTAS IPCSR/ DPCSR, a cela dit observé une baisse progressive de qualité : « Il reste toujours de très bons AAC, mais moins qu’avant. De 1984 à 1989, le taux de réussite était proche de l’exceptionnel, car les AAC roulaient beaucoup. J’en ai vu certains à 15 000 bornes. Aujourd’hui, ils font juste les 3 000 kilomètres obligatoires. Les parents se font assez vite des frayeurs, par exemple en ville, et ensuite ne font conduire leur enfant que sur les grands axes. J’ai été moniteur en 1988 et j’ai eu des parents qui avaient un vrai discours de sécurité. Aujourd’hui, les AAC ont des défauts majeurs : mauvaise gestion des carrefours giratoires, insertion forcée sur les voies rapides, ou encore manœuvres non maîtrisées. Les auto-écoles disent que quand elles revoient le jeune entre le premier et deuxième rendez-vous pédagogique, elles sont déçues : il y a tout à refaire ». Une amélioration, malgré tout : « Depuis 2 ou 3 ans, j’ai remarqué que, de plus en plus, les élèves en AAC – motivés par l’informatique – font des fiches très détaillées de leur parcours ».

PLUSIEURS RAISONS AU NON DÉVELOPPEMENT DE L’AAC
Dans l’ensemble, les acteurs de la profession continuent de plébisciter l’AAC. Mais alors, quels sont les freins à l’expansion de cette filière auprès des candidats au permis ? Pour ceux qui n’ont pas de famille, il est difficile de trouver un accompagnateur, comme le souligne Jean-Yves Ferron, président du syndicat GECEI-Mer. Il faut également avoir un véhicule, à soi ou à ses parents. Mais ces deux raisons ne peuvent expliquer à elles seules le plafonnement de l’AAC.
Certains acteurs, notamment le CNPA, mettent en avant le manque de motivation ou de disponibilité des parents. « L’AAC ne se développe pas davantage parce que les parents ne veulent pas s’investir plus », renchérit Jean-Michel Hainaud, de CFR Européen. Même constat de la part de l’Unic. Autre problème : l’âge du candidat au permis. ECF et l’Unidec soulignent qu’arrivés à 18 ans, les jeunes privilégient la filière B traditionnelle car ils veulent obtenir leur permis le plus vite possible. « Les auto-écoles ne mettent pas assez en avant cette formule ou ne l’organisent pas suffisamment différemment du permis B pour que cela soit intéressant », selon le CNPA.
Pour l’Unidec, l’ECF et le CNPA, l’État, les assureurs ou les médias ne communiquent plus assez sur l’AAC. De plus, « les auto-écoles proposent peut-être moins la conduite accompagnée », suggère Jean-Louis Bouscaren. Autres raisons du non développement de l’AAC, selon Bruno Barbé : « l’extension des villes et des moyens transports, ainsi que l’offre deux-roues qui a ouvert les possibilités de déplacement », mais aussi le fait que 16 ans « est souvent un âge où il y a un flottement au niveau familial, voire des divorces ».

UN FREIN FINANCIER ?
Reste la question du frein financier. Selon Philippe Colombani, président de l’Unic, c’est le « vrai problème de la conduite accompagnée. À 16 ans, les jeunes n’ont pas d’autonomie financière. Si les parents ne peuvent pas payer, ils vont directement vers le permis classique. C’est pour cela que l’on trouve plutôt l’AAC dans les couches élevées de la population ». Selon l’Unidec, « certains parents ont un raisonnement uniquement économique et se disent : autant payer plus tard. Mais commencer à 16 ans, ce n’est pas payer plus tôt, c’est privilégier la sécurité de son enfant ». Michel Malbert, en revanche, déclare : « Je ne crois pas que le tassement de l’AAC est dû à un facteur financier. Car AAC ou pas, on paie à peu près le même prix. Le surplus de coût, lié aux rendez-vous pédagogiques, est en grande partie, pour ne pas dire en totalité, compensé par une baisse de surprime auprès des assurances. Et comme le taux de réussite est meilleur, il y a moins de risque d’avoir un coût supplémentaire pour repasser l’examen. Les parents sont peut-être mal informés sur ce point. Cela dit, l’érosion des taux de réussite de l’AAC rend peut-être cette filière moins attractive », avance Michel Malbert.
Tout espoir n’est cependant pas perdu, si l’on en croit Jean-Yves Ferron : « Par les temps qui courent, paradoxalement, l’AAC peut se développer, étant donné les difficultés pour passer le permis (manque de places d’examen, délais…). Avec l’AAC, l’élève peut conduire. Tandis qu’en formation classique, après un échec au permis, le candidat peut passer des mois sans conduire ».

Bérengère Huvey

(1) Source : Quid - édition 2007.
(2) http ://www.inserr.org/infos/documents/Compte_Rendu_JDI_N2.pdf .
(3) Rapport parlementaire « Faciliter l’accès des jeunes au permis de conduire » - janvier 2005.



ÉVOLUTIONS DES TAUX DE RÉUSSITE DU PERMIS « VOITURE » :
LES DIFFÉRENCES ENTRE AAC ET B TRADITIONNEL


                      Formation AAC    Formation B traditionnelle
                  Taux reçus total          Taux reçus                       Taux reçus total         Taux reçus 
                                               1ère présentation                                               1ère présentation
1999                   71,57 %             73,43 %                                    49,30 %                  48,90 %
2000                   71,35 %             73,37 %                                    49,05 %                  48,99 %
2001                   71,41 %             73,40 %                                    49,39 %                  49,24 %
2002                   70,72 %             72,76 %                                    48,93 %                  49,09 %
2003                   68,89 %             71,02 %                                    48,00 %                  48,50 %
2004                   67,58 %             69,90 %                                    47,25 %                  47,21 %
2005                   67,64 %             69,37 %                                    46,32 %                  45,78 %
Source : Bilan des examens du permis de conduire 2004 et 2005 - DSCR.


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