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handshake Congrès professionnels — Septembre 2013

- 45e congrès Cieca -
Construire des ponts entre la formation et les examens de la conduite

Le 45e congrès de la Cieca (International Commission for Driver Testing) s’est tenu le 31 mai dernier, en Suisse, à Zurich. Cette année, la réflexion portait sur la question suivante : comment établir des ponts entre la formation à la conduite et les examens qui la sanctionnent ?


« La formation à la conduite et les examens se nourrissent-ils l’un l’autre ? », telle est la question que pose le Dr Robert Isler de l’université de Waikato, en Nouvelle Zélande. Les enseignants de la conduite savent bien que les conducteurs novices ont des problèmes de balayage visuel. Concentrant leur recherche visuelle trop près du capot vers l’avant, ils ont des points de fixation plus longs dans leur recherche d’indices, disposent d’une vision insuffisamment large des situations de conduite. Le chercheur en apportait la démonstration à travers des exemples filmés à l’aide d’un appareil, dit occulomètre. En matière de formation, c’est plutôt du côté du développement du lobe frontal qu’il faut regarder. Mais de quoi parlez-vous donc, docteur ?

L’influence du développement du cerveau sur la conduite
Des études menées à l’aide d’IRM ont montré que le cerveau humain continue à se développer après l’âge de dix-huit ans, en particulier les régions du lobe frontal chargées des fonctions comme la maîtrise des impulsions, le raisonnement et l’intégration d’informations, ce qui conditionne le fait de « réfléchir avant d’agir ». Ainsi, la maturation physiologique et la maturation psychologique seraient intimement liées et interdépendantes. Le Dr Isler voulait en avoir le cœur net. Il a profité en 2006 d’un camp de vacances de jeunes pour mener une étude sur ce sujet. Son objectif : déterminer si le niveau de fonctionnement du lobe frontal chez les jeunes conducteurs est en relation avec leurs performances de conduite. Aussi furent passées au crible, la recherche visuelle, l’adaptation de la vitesse, le contrôle des trajectoires des jeunes. Cette approche originale a déplu à certains ; le très sérieux New York Times titrant, iconographie à l’appui en 2007 : « Pourquoi la plupart des jeunes de 16 ans conduisent comme s’il leur manquait une partie de leur cerveau ? Parce que c’est le cas ».
Pour l’expérience, trois groupes ont été constitués. Le premier auquel on a soumis des exercices de détection d’indices et à qui l’on a demandé comment ils réagiraient. Le second soumis à une formation uniquement traditionnelle. Enfin, le troisième sans formation académique. Les résultats parus en 2011 furent sans appel. Tandis que les participants du premier groupe amélioraient leur recherche visuelle sur la route ainsi que celle des éléments à sélectionner tout en développant des attitudes sécuritaires, les jeunes du second groupe amélioraient, quant à eux, le positionnement du véhicule sur la chaussée, le choix de leur vitesse et augmentait leur confiance en eux. Pour le troisième groupe, aucun changement comportemental ne fut enregistré. S’appuyant sur ce type d’approche, les futurs conducteurs de Nouvelle Zélande disposent désormais d’un programme gratuit pour les 15-19 ans de elearning constitué de cinq modules dit « edrive »* très élaborés, leur permettant de détecter et discriminer les indices importants sur la route.

Une formation en plusieurs étapes
De plus, la Nouvelle Zélande a fait le choix d’un permis graduel, à savoir d’une exposition progressive aux risques routiers. Si l’on peut apprendre avec ses parents dès 16 ans, l’examen complet permettant de conduire en complète autonomie ne peut s’obtenir qu’à 18 ans. L’Australie comme le rappelait Antonietta Cavallo, de l’Université de Melbourne, a fait également ce choix d’une formation à étapes. Cette fois l’âge final pour obtenir un permis intégral est fixé à… 25 ans et durant les 120 heures de la première étape de conduite supervisée avec les parents, il faut avoir circulé 10 heures de nuit… le taux d’alcool étant fixé à 0. Avec un tel régime, les résultats en terme de diminution du nombre de tués chez les apprentis sont particulièrement spectaculaires.

Apprendre à dialoguer en examen et non à soliloquer…
Et l’examen de conduite dans tout cela, que devient-il ? L’intervention de Eva Dalland de l’Université de Nord-Trondelag, en Norvège, a interpellé les participants. Pour cette ex formatrice de moniteurs aguerrie par 20 ans d’expérience dans le domaine, l’évaluation finale est souvent à la traîne. Elle a présenté une expérience réalisée auprès de 210 candidats au permis examinés lors des épreuves pratiques par 8 inspecteurs. L’examen se veut ici formateur et le dialogue lors de son déroulement est privilégié notamment par l’usage de questions ouvertes. Après avoir démarré, l’examinateur demande au candidat de décrire ce qu’il estime être ses points forts comme conducteur. Lors du déroulement de l’épreuve, il lui demande de réfléchir à haute voix pour expliquer comment il prend ses décisions. Il le sollicite après le dépassement d’un tracteur, par exemple, en l’interrogeant sur ce qu’il a pensé de cette situation. Le dialogue « évaluatif » n’a pas pour objet ici de compliquer la tâche du conducteur mais de le rendre conscient de ce qu’il pourra améliorer dans le futur.
À la fin de l’examen, l’inspecteur demande au candidat, « de quoi veux-tu parler maintenant ?, comment as-tu réagi à cette situation ? comment as-tu utilisé tes forces ? ». Les inspecteurs ont été emballés par l’expérience : « quand je fais le total des pensées et des gestes des candidats, j’ai une bien meilleure évaluation », explique un inspecteur. « Le travail d’évaluation me fait désormais plus plaisir », déclare un autre, avant d’ajouter « je suis plus engagé que dans le passé ». Les jeunes aussi trouvent cette formule intéressante. L’un d’eux la résume ainsi : « j’ai appris à parler avec moi-même ».
À l’image du couteau suisse remis à chaque participant du congrès, les orateurs ont offert un large éventail d’opportunités pour améliorer conjointement la formation et l’évaluation des conducteurs. Reste désormais à vaincre les inerties, les corporatismes, la peur du changement…
Jean-Claude Huant
* http ://www.edrive.co.nz/edrive


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