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map Vie des régions — Juillet 2013

- Clermont-Ferrand -
Des gérants sereins et optimismes !

De bons rapports avec l’administration, un centre d’examens parfaitement adapté, une ville jeune et dynamique… Malgré quelques soucis de places d’examens, cependant moins aigus que dans d’autres départements, les trois gérants que nous avons rencontrés restent optimistes !


Après plusieurs années marquées par le problème récurrent du manque de places d’examens, le ciel s’est un peu éclairci pour les auto-écoles clermontoises. Si tout est loin d’être parfait, la pénurie de places n’est pas ressentie comme aussi cruelle que dans d’autres départements. De plus, la ville de Clermont-Ferrand semble être un endroit presque idéal pour y enseigner la conduite, que ce soit au niveau des centres d’examens, modernes et biens équipés, que des possibilités d’y trouver tous les types de routes, parcours et situations de conduite. C’est en tout cas l’avis des trois gérants rencontrés, qui affichent une sérénité et un plaisir de travailler pas forcément toujours de mise dans la profession.

UNE AUTO-ÉCOLE NÉE EN 1967 !
Rendez-vous est pris avec le Centre de conduite Montlhery La Pardieu, dans la partie sud-ouest de Clermont-Ferrand. Le gérant, Florent Berdagué, s’occupe de 3 établissements. « L’auto-école – le bureau Delille situé rue des Jacobins –, a été créée en 1967, nous explique-t-il. J’en suis le troisième gérant, le second étant parti en 2010. »
Enseignant de la conduite depuis 2007, Florent Berdagué a d’abord exercé sur Limoges, où il a également passé son Bepecaser mention deux-roues. « Puis, j’ai repris ici. Les deux autres bureaux sont situés en centre-ville, où la concurrence est rude, le bureau de La Pardieu, plus excentré, permet « d’assurer les arrières ». En effet, déplore le gérant, « depuis que l’expérience professionnelle de 3 ans n’est plus imposée pour devenir gérant d’auto-école, les créations d’établissement prolifèrent. »
Florent Berdagué est adhérent au CNPA, même s’il n’a pas eu le temps de se rendre au congrès du syndicat, en mai dernier.
« Mais j’y suis allé l’année d’avant ! C’est une bonne occasion de rencontrer des collègues d’autres régions et d’échanger avec eux. »
S’il est syndiqué, Florent Berdagué souhaite rester indépendant plutôt que d’appartenir à un réseau d’auto-écoles. « Je préfère garder ma liberté. » Et côté formations, il se cantonne pour le moment aux permis B et A.
« Mais un de mes moniteurs a obtenu le BAFM cette année. Nous envisageons donc de proposer la formation de moniteurs et aussi les stages de récupération de points. Il y a nécessité de diversifier notre activité, plutôt que de multiplier les bureaux. »
Concernant les places d’examens, la situation est loin d’être catastrophique. « Nous ne sommes pas trop mal lotis, même si bien sûr ce pourrait être mieux. Le délai pour repasser l’examen après un premier échec est en général d’1 mois, parfois 2 mois. L’idéal serait de pouvoir représenter les élèves dans le délai légal, c’est-à-dire 15 jours. Quant au dispositif Faeton, nous n’avons pas eu de formation sur le sujet. Le système est valable, mais trop compliqué et va nécessiter un important rodage. Ensuite, on va sans doute gagner en rapidité d’exécution pour les dossiers. Mais la pratique consistant à échanger au dernier moment des places d’examens entre collègues selon les besoins sera peut-être compromise. »

LES LIMITES DE LA RÉFORME MOTO
La mise en place de la réforme moto, le 19 janvier 2013, « va dans le bon sens, car l’examen précédent commençait à prendre de l’âge. Concernant l’épreuve de maniabilité du plateau, c’est un progrès d’avoir introduit l’utilisation de l’embrayage. Mais le chronomètre n’est pas utile pour maîtriser l’embrayage. Paradoxalement, il entraîne une certaine lenteur. De plus, je regrette que l’on n’évalue plus l’évaluation du demi-tour du parcours rapide. Dorénavant, le candidat peut poser le pied par terre. Enfin, l’épreuve de fin de parcours (revenir à 50 km/h, soit une allure plus élevée que précédemment) est très formatrice. »
Clermont-Ferrand est une ville dynamique et agréable pour y enseigner la conduite. « C’est assez vaste pour pouvoir effectuer l’intégralité du PNF. Et je trouve qu’enseigner la conduite est un métier agréable. On en fait difficilement le tour, car chaque élève est différent et il faut s’adapter à chaque cas. De plus, il y a une bonne ambiance de travail, une bonne entente entre collègues et entre établissements. » Petit bémol, « d’une manière générale, les élèves d’aujourd’hui manquent de maturité et d’autonomie. On doit les materner et ils baissent facilement les bras lorsqu’ils rencontrent des difficultés ».
Pour se perfectionner, Florent a passé une licence sécurité routière à Lambesc, dans les Bouches-du-Rhône (dix semaines à répartir dans l’année). « On y apprend la psychologie, la communication, comment monter un plan de formation… Autant de notions qui peuvent être utilisées au quotidien. »
Quant à la généralisation de l’ADR, Florent n’y est pas foncièrement opposé. « J’ai tendance à généraliser et à harmoniser mes pratiques. Je pense donc que, de même, c’est une bonne chose d’homogénéiser l’annonce différée du résultat  quelle que soit l’épreuve. Même si dans le Puy-de-Dôme, je n’ai jamais entendu parler d’une quelconque agression envers un inspecteur. Et peut-être qu’avec Faeton les résultats seront communiqués le jour-même du passage du permis de conduire. »

EN SELLE VERS LA FORMATION MOTO
Gérant et enseignant de la conduite, Lionel de Castro, est arrivé en 2007 dans la profession. « J’étais au chômage, puis un peu par hasard, je suis devenu moniteur à Aurillac. Je suis ensuite revenu dans ma ville de Clermont-Ferrand en 2008, où j’ai pris la tête du centre de conduite des Cézeaux. Je me cantonne pour le moment au permis B, mais j’ai passé ma mention deux-roues l’an passé et je vais en principe proposer la formation moto au cours de l’été. »
Au passage, Lionel de Castro tord le cou à une idée reçue.
« En moto, les élèves ne sont pas forcément plus motivés qu’en permis B ! J’ai eu différents sons de cloche de la part de confrères qui m’ont dit que dernièrement, rouler en moto tient davantage du paraître que d’un véritable besoin . »
Par contre, l’idée répandue qu’il est de plus en plus difficile de motiver certains élèves en permis B se révèle exacte. « On voit que certains sont là uniquement parce que le permis est indispensable pour décrocher un emploi. De plus, les élèves mènent souvent leurs études en parallèle, ce qui les empêche de venir régulièrement en Code et en leçon. »
Notre gérant est tout de même raisonnablement préoccupé par le manque de places d’examens. « Le coefficient d’attribution des places est bas en ce moment. J’ai 12 places par mois pour
20 élèves à passer. Les B2 doivent souvent attendre plus de 2 mois pour repasser l’examen. Actuellement, les inspecteurs sont occupés à faire passer le Bepecaser et les examens taxi : tout tombe en même temps ! »
Il ne jette cependant pas la pierre aux personnes du service de la répartition des permis de conduire, avec qui il entretient d’excellents rapports.
« Mais on ne peut pas forcer les élèves à prendre des cours de conduite, ils nous prennent déjà pour des marchands de leçons !
Ils veulent tenter de passer l’examen même s’ils ne sont pas prêts. Alors je m’efforce de privilégier les élèves qui font des efforts et qui ont un impératif . J’en arrive désormais à refuser certains élèves inscrits précédemment dans une autre auto-école ! » Quant aux parents, « il faut aussi leur faire comprendre qu’ils ne savent pas tout et parfois dérivent, en tant qu’accompagnateurs. » Lionel de Castro ne perd pas pour autant sont dynamisme et sa bonne humeur, bien conscient que « le quotidien d’une auto-école, c’est de jongler en  permanence entre les parents, les élèves et l’administration ! »

L’ADR INUTILE POUR L’ETG
L’ADR ne pose pas de souci à Lionel de Castro pour le permis B, car « il y a de temps à autres des agressions, non pas à Clermont-Ferrand, mais à Paris et à Marseille. » Par contre, pour l’ETG, « elle n’a rien d’indispensable. C’est même gênant qu’il y ait un décalage entre l’examen et l’annonce du résultat. »
Concernant Faeton, « à part sourire, que dire ? ! La France s’y est prise au dernier moment pour être conforme aux directives européennes. Alors je ne m’en occupe pas tant que ce n’est pas mis en place, des fois que ça évolue ! », annonce avec prudence le gérant.
Lionel de Castro n’est pas syndiqué. « Selon moi ce n’est pas nécessaire. J’estime que les syndicats n’ont pas vraiment de pouvoir vis-à-vis de l’administration, tout du moins sur le plan local. Cela ne m’empêche pas de discuter avec d’autres collègues, qui eux sont syndiqués. »
En avril, le CNSR a proposé de baisser les vitesses, de 130 à 120 km/h sur autoroute, 90 à 80 km/h sur route et 50 à 40 km/h en ville. Une mesure inutile pour Lionel de Castro. « Les véhicules actuels freinent bien et tiennent bien la route. Réduire la vitesse et multiplier les sanctions n’est pas le remède à tous les maux. Il est préférable d’agir sur le comportement, par exemple savoir adapter son allure : 50 km/h, c’est parfois trop, cela dépend des circonstances et de la visibilité. Surveiller son compteur et les radars, ce n’est pas ce que j’appelle conduire ! »

UNE AUTO-ÉCOLE DE POCHE !
La troisième école de conduite visitée est l’Auto’Scool Lafayette (scool sans h, comme dans « cool » !), sise au début du boulevard Lafayette, près du centre-ville. C’est un unique bureau dont le gérant,  Guillaume Barbier, est également l’unique moniteur, sans employé. Il a succédé en janvier 2013 à Denis Das Neves, le gérant « historique », actif depuis 15 ans, à qui La Tribune des Auto-Écoles a donné plusieurs fois la parole, notamment pour dénoncer l’absence de piste moto et le manque de places d’examens dans le Puy-de-Dôme. Les deux hommes se connaissent d’ailleurs bien. « Denis m’a formé en tant que stagiaire il y a 4 ou 5 ans, précise Guillaume Barbier. Quand il m’a dit qu’il vendait son établissement, j’ai sauté sur l’occasion ! J’avais auparavant, depuis 2008, la responsabilité d’un bureau de l’auto-école des Paulines, située à 300 mètres d’ici. Désormais, j’ai mon propre bureau ! Au bout de 4 à 5 ans, les enseignants de la conduite changent souvent de voie. Il faut évoluer ! »
Le nouveau démarrage d’Auto’Scool Lafayette « se déroule bien, déclare son actuel gérant, qui connaît peu de soucis de manque de places d’examens. C’est un problème qui en général s’amplifie avec la taille d’une auto-école. Comme mon établissement est modeste, je n’ai pas de gros besoins en places et donc pas de délais à rallonge. C’est aussi parce que je présente les candidats au bon moment ! Il arrive souvent que les élèves puissent repasser rapidement l’examen après un premier échec ».
Comme les autres gérants interrogés, Guillaume Barbier entretient de bons rapports avec le service de la répartition. « Il y a un bon équilibre, l’entente se fait sans problème, Clermont-Ferrand est encore une ville à taille humaine, si on la compare avec Paris ou Lyon. Bien sûr, il y a des moments au cours de l’année où la situation est moins rose au niveau des places, mais globalement, je n’ai pas à me plaindre. »

L’ADR GÉNÉRALISÉE SANS PRÉVENIR
« La généralisation de l’ADR à tous les permis est arrivée le 27 mai
chez nous, annonce Guillaume Barbier. On ne nous a d’ailleurs pas demandé notre avis. Cela ne change rien, sauf pour le candidat, qui repart de l’examen avec en tête un grand point d’interrogation. En attendant l’annonce des résultats par mail, il va y avoir une transition par voie postale. Faeton va de nouveau être repoussé et ne sera probablement pas opérationnel en septembre. C’est souvent comme cela en France ! Sur le fond, Faeton contient cependant quelques bons principes. Il indique les pièces à fournir, les éléments à scanner. Ceci dit, si le dispositif avait démarré comme prévu en janvier 2013, alors que je venais juste de reprendre l’auto-école, cela m’aurait plus compliqué la tâche qu’autre chose ! »
Et une question se pose : « y aura-t-il un lien permettant de communiquer entre auto-écoles, comme pour Printel ? Cela serait souhaitable ! »
Si Guillaume Barbier n’a pas pris part aux diverses manifestations du printemps 2013, il se demande tout de même si la privatisation des examens du permis de conduire, prônée par certains, est la solution face aux problèmes de pénurie de places d’examens.
« À Clermont-Ferrand le système fonctionne plutôt bien. Serait-ce pire ou mieux avec la privatisation ?
Difficile de répondre tant que l’on ne l’a pas expérimentée ! »
Autre sujet polémique : les loueurs de véhicules à doubles commandes. « À mon avis, cela ne fait pas spécialement progresser l’élève, ça le fait juste rouler. Je préfère la conduite accompagnée ou supervisée, plus efficaces. » Le gérant se souvient « qu’aux débuts de l’AAC, certaines auto-écoles étaient dubitatives. La conduite supervisée est également mal connue, et pourtant, elle permet d’acquérir de l’expérience. Et paradoxalement, la location de véhicules à doubles commandes participe à la valorisation de notre métier ! En effet, certains parents se sont rendus compte que les leçons en auto-école, c’est tout de même autre chose ».
Ouf ! L’auto-école reste encore ce qui se fait de mieux pour enseigner la conduite.
Christophe Susung





UN CENTTRE D’EXAMENS REÇU AU PREMIER PASSAGE !
Côté centres d’examens, les auto-écoles clermontoises sont plutôt gâtées. Le principal centre d’examens, celui de Gandaillat, est, de l’avis de tous, très complet. On peut y passer toutes les catégories de permis (A, B, PL, remorque…). Il est également situé à proximité des autoroutes et permet donc de vite sortir de la ville. Il existe également un centre d’examen à Riom et un autre à Issoire. De plus, Clermont-Ferrand est la ville idéale pour l’apprentissage de la conduite. On peut y rencontrer toutes les situations de conduite, tous les types d’intersection et de giratoires, etc.





FICHES D’IDENTITÉ

CENTRE DE CONDUITE DES CÉZEAUX
Année de création : 1996
Gérant : Lionel de Castro
Bureau : 1
Employés : 1 secrétaire, 4 moniteurs
Véhicules : 5 Peugeot 208
Formations : B, AAC
Inscriptions 2012 : 121
Tarifs : 1 100 euros le forfait 20 h, 40 euros l’heure de conduite

CENTRE DE CONDUITE MONTLHÉRY
Année de création : 1967
Gérant : Florent Berdagué
Bureaux : 3
Employés : 9
Véhicules : 9 Citroën C3, 2 Kawasaki ER-6n, 1 Honda CBF 125
Formations : B, AAC, conduite supervisée, A, A1, A2
Inscriptions 2012 : 400 tous permis et bureaux confondus
Tarifs : 1 010 euros le forfait 20 h, 40 euros l’heure de conduite

AUTO’SCOOL LAFAYETTE
Année de création : 1996
Gérant : Guillaume Barbier
Bureau : 1
Employés : 0
Véhicules : 1 Peugeot 208
Formations : B, AAC, conduite supervisée, perfectionnement
Inscriptions en 2012 : 60
Tarifs : 1 100 euros le forfait 20 h, 40 euros l’heure de conduite


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