Le 7e congrès Fit to Drive qui réunit des chercheurs psychologues spécialisés en sécurité routière dénommés « traffic psychologists », s’est tenu les 26 et 27 avril derniers, à Berlin.
Lors de ce 7e congrès « Fit to drive » (littéralement « Apte à la conduite »)(1),
les interventions des conférenciers ont permis de faire le point sur des domaines aussi divers que :
- la charge mentale des conducteurs, le partage des tâches au volant, la perception des risques liés aux équipements de sécurité passive des véhicules, l’influence des médias sur la perception du risque routier ;
- le permis à points et les stages dits de « réhabilitation », leur évaluation ;
- l’alcool au volant : les divers moyens mis en oeuvre pour le détecter et empêcher la récidive.
CONNAISSANCE ET APPLICATION DE LA RÈGLE
Suffit-il de connaître les règles et de les comprendre pour les respecter ? C’est la question qu’a posée le Dr. Jens Schade (T.U.V, Université de Dresdes) lors de son exposé intitulé « modèle d’observation des règles ». D’après lui, s’il a bien été prouvé que la commission d’infractions est prédictive des accidents, en revanche, il ne suffit pas que les conducteurs approuvent et comprennent les contraintes réglementaires sur la route pour qu’ils s’y soumettent.
DES CONDUCTEURS SOUS INFLUENCE(S) ?
Les conducteurs sont influencés par des croyances dites normatives, leur propre appréciation des risques et de la situation de conduite constitue un frein au respect des règles. Les médias ne joueraient-ils pas alors un rôle primordial dans ce processus d’influence ? C’est la question posée par la recherche du Dr. Annekatrin Bock (Université de Braunschweig). Présentant une étude menée sur des articles de presse relatifs aux accidents routiers, elle précise que la réalité des médias ne représente pas LA réalité. Reprenant les propos d’un confrère (Helman 2010), elle affirme que « personne n’est capable d’ajuster son appréciation du risque de façon objective ».
Indéniablement la presse façonne la perception des risques par l’importance qu’elle donne à certains événements, à leurs angles de traitement. Ainsi, rappelle-t-elle, dans l’année qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001, on a dénombré 1 500 décès supplémentaires sur les routes américaines. Motif : la crainte de prendre l’avion était telle que nombre de voyageurs ont préféré utiliser la voiture, y compris pour de très longs parcours.
MÉCONNAISSANCE DES SYSTÈMES D’AIDE À LA CONDUITE
Autre facteur d’influence du conducteur : la connaissance ou méconnaissance des divers équipements de sécurité passive supposés le protéger. Ainsi, remarque le Dr. Ward Vanlaar, « le public peut ne pas savoir comment utiliser ces aides convenablement, quelles sont leurs limites ou même savoir que leur voiture en est tout simplement dotée ». Aussi, un programme éducatif a-t-il été réalisé en ce sens par Traffic Injury Research, une fondation canadienne dont Ward Vanlaar assure la Vice-présidence d’un programme au nom évocateur : « Brain on board »(2), littéralement, un « cerveau à bord ». L’hypothèse est simple : la méconnaissance des conducteurs expliquerait le décalage entre leur prise de risque incongrue sur la route et leur volonté de circuler en sécurité. Pour en avoir le cœur net, un sondage a été réalisé auprès de 2 500 conducteurs portant sur les différentes aides à la conduite (ESP, radars anti-collisions, allumage automatique des feux, ABS, etc.). Les résultats soulignent les croyances des conducteurs en matière de sécurité. Pourtant, le manque d’humilité des conducteurs est patent : 8 sur 10 des conducteurs canadiens interrogés estiment être bons conducteurs, qualité qu’ils attribuent seulement à la moitié des autres conducteurs. L’enfer, c’est les autres, c’est bien connu !
Jean-Claude HUANT
(1) Fit to drive : http ://www.fit-to-drive.com/
(2) http ://brainonboard.ca/about/(Site prochainement en français).
QUEL AVENIR POUR LE MÉTIER POUR LE MÉTIER DE « PSYCHOLOGUE DU TRAFFIC » ?
Pour le compte de la Traffic psychology International* (TPI), le Dr. Matus Sucha (Université Palacky, Olomouc-Prague) s’est livré à un état des lieux du métier de « psychologue du trafic » auprès de 23 pays de la communauté. Pour lui, quatre grands domaines d’interventions dessinent les contours de cette future profession :
- l’évaluation psychologique de l’aptitude à la conduite,
- l’élaboration de programmes de formation pour les conducteurs,
- l’évaluation de groupes de conducteurs à risques,
- la « réhabilitation » des automobilistes.
Même si les psychologues travaillent régulièrement dans le domaine de la sécurité routière, 18 pays ne transcrivent pas de manière formelle la reconnaissance de ce métier dans le domaine législatif. Pour le chercheur, les grandes lignes d’une formation commune post-universitaire et une standardisation de ses exigences s’imposent.
(*) http ://traffic-psychology-international.eu/