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map Vie des régions — Avril 2013

- Amiens -
En somme, de bonnes conditions de travail !

De bons rapports avec l’administration, un centre d’examens récent et moderne, un cadre agréable : les auto-écoles amiénoises disposent de bonnes conditions de travail, même si le nombre de places d’examens n’est pas toujours au rendez-vous…


Surnommée, tout comme Bruges, « la petite Venise du Nord » en raison de ses nombreux canaux au sein même du centre-ville, Amiens est une ville plutôt agréable pour y enseigner la conduite. D’autant plus que le volume de la circulation n’atteint pas, comme dans tant d’autres agglomérations, un niveau déraisonnable.
Mais dans ce tableau quasi-idyllique, il y a une tâche sombre. Début février, un établissement d’enseignement de la conduite (les auto-écoles Benoît), en proie à des problèmes financiers, a mis la clé sous la porte, laissant sur le carreau une centaine d’élèves et 12 salariés. Placé en redressement judiciaire depuis plusieurs mois, le groupe (6 agences), n’a pas réussi à survivre, malgré les offres de deux repreneurs qui n’ont finalement pas abouti.
Outre ce faux-pas, il serait inexact de conclure que les autos-écoles amiénoises sont dans une mauvaise passe. Au contraire, les trois établissements visités font preuve d’un dynamisme certain.

UN SALARIÉ DEVENU GÉRANT
Dans le milieu auto-école depuis 20 ans, Frédéric Maus, a d’abord commencé en tant que salarié d’une école de conduite pendant 10 ans, avant de se mettre à son compte en 2003. « J’ai alors créé un petit établissement, dans le petit village de Boves, près d’Amiens. Je l’ai ensuite revendu et j’ai créé en 2005 l’auto-école Jules Ferry. » Un emplacement de choix, puisque l’établissement est situé à proximité de trois lycées ! « Cela a tout de suite bien fonctionné. Mais ici, il faut être présent en permanence, ce n’est pas comme à la campagne ! »
Frédéric Maus possède également deux autres bureaux, le premier également à Amiens et le second à Chaulnes, à 45 minutes de la ville, à côté de la gare TGV Picardie.
Le souci numéro un des écoles de conduite, à savoir la pénurie de places d’examens, touche-t-il le secteur d’Amiens ? « Cela dépend des bureaux, mais en général c’est parfois limite. Ici, sur le bureau d’Amiens, un élève doit attendre 3 mois pour repasser son permis après un premier échec. C’est un peu mieux qu’auparavant, où cet élève aurait dû attendre 6 mois, mais c’est encore loin d’être idéal. À Chaulnes, c’est un peu mieux, avec entre 1,5 et 2 mois d’attente. Un délai d’1 mois serait tout à fait acceptable. »
Pour le gérant, avoir des places en fonction du taux de réussite n’est pas une solution. « Il est certes possible d’obtenir un meilleur taux de réussite, mais il faudrait alors faire du tri. Nous préférons laisser plus de chances au candidat. » Mais, insiste bien Frédéric Maus, « j’ai horreur d’ajouter des heures supplémentaires à l’élève pour rien. Il faut que ce soit motivé. »

SECRÉTAIRE DU CNPA DEPUIS 15 JOURS
En plus de sa fonction de gérant d’auto-école, Frédéric Maus a aussi un rôle syndical, puisqu’il est secrétaire départemental du CNPA-fdc, en fonction depuis 15 jours (ndlr : le président départemental est Lionel Chatelin). Un syndicat auquel il a toujours adhéré.
« Nous sommes montés à Paris pour la manifestation du 14 février destinée à exprimer la colère des auto-écoles, notamment en ce qui concerne le manque de places d’examens. Mais nous sommes déçus
du nombre de participants venus d’Amiens. On compte tout de même 80 auto-écoles sur Amiens et son secteur. » Alors depuis, beaucoup viennent à la pêche aux informations, sans pour autant vouloir se syndiquer !
Même si Frédéric Maus peut comprendre qu’un inspecteur ne souhaite pas se consacrer exclusivement au passage de l’examen, « c’est pourtant ce qu’il devrait faire, du moins lorsque la situation l’exige, comme c’est le cas en France actuellement. Avant, après un échec, un élève pouvait repasser sous 15 jours. Maintenant, avec les délais pour repasser l’examen, il est difficile de dire aux élèves de reprendre des leçons pendant 3 mois. La conduite supervisée constitue certes une solution pour continuer à conduire, même s’il n’est pas exclu que l’accompagnateur fasse prendre de mauvaises habitudes à son élève. Il faudrait que cela soit mieux cadré. »
Autre préoccupation actuelle des écoles de conduite, la mise en place laborieuse de  Faeton. « On nous demande de prendre des clés de cryptage – payantes – pour pouvoir envoyer les documents par Internet. Or, il existe une vingtaine de choix possibles, qui vont de 80 à 400  euros. Comment s’y retrouver ?
Au CNPA, nous avons demandé que l’on mette en place une formation d’une journée sur Faeton, qui aura peut-être lieu début octobre. »
L’avis de Frédéric Maus sur les réformes ? « Pour ce qui est du permis moto, j’estime que lors du parcours lent chronométré, il faut vraiment faire jouer l’embrayage, ce qui augmente le coût d’entretien des motos. On pourra faire en septembre le bilan de la réussite au permis moto, après le rush habituel qui a lieu d’avril à septembre. »

RÉFORME POIDS LOURD : OUI, MAIS…
Pour ce qui est du poids-lourd, notre gérant regrette que « la partie mécanique ait été réduite. Les parties manipulation et manœuvres sont désormais un peu plus faciles (permis C) et un peu plus compliquées (CE). Le parcours en marche arrière reflète bien les manœuvres réelles du futur chauffeur. » Pour le permis BE, l’évolution est appréciable, notamment pour l’épreuve de manœuvre, avec 19 piquets au lieu de 7. C’est plus technique, mais cela est justifié. »
De plus, Frédéric Maus regrette que le permis C ne soit directement accessible qu’à 21 ans.
« Auparavant, c’était possible de le passer avant 21 ans, avec une limitation à 7,5 tonnes, puis par équivalence d’avoir le permis C tous poids. Une formation d’une semaine aurait pu être mise en place pour que cela reste possible, plutôt que d’attendre 21 ans pour passer le permis C. »
Frédéric Maus constate tout de même un gros couac dans la réforme : « le nouveau système d’unités pour faire passer les examens. Avant, 1 unité permettait de présenter un candidat, dorénavant, il y a 3 unités par heure. Il peut y avoir 8, 9, 12 unités… et c’est à nous de les gérer comme on veut, ce qui s’avère au final plus compliqué. S’il me reste une unité, je ne peux rien en faire, je dois la rendre. »
Que pense Frédéric Maus de la question « feuilletonesque » de posséder ou non de manière obligatoire un éthylotest dans son véhicule ? « C’est obligatoire mais ce ne sera pas verbalisable ! Je ne suis pas partisan des éthylotests chimiques. En cas de forts écarts de température, ils ne fonctionnent plus. Et de nombreux lots sont défectueux. » Le gérant opte plutôt pour des éthylotests électroniques, plus fiables mais aussi plus chers. Ils pourraient par exemple équiper les véhicules, mais sans système d’antidémarrage en cas de résultat positif. » Ce sujet de l’alcool au volant touche personnellement Frédéric Maus… En effet, ce dernier a perdu il y a deux ans son fils de 20 ans dans un accident de la route.
« Il était passager, et lui comme son conducteur avaient bu. Depuis, je n’ai pas passé une seule journée sans penser à ce drame. »

ROUGE FERRARI !
Alors que quelques rayons de soleil font leur apparition, après plusieurs jours de pluie, l’auto-école Raphaël nous ouvre ses portes, dans son bureau situé rue Enguerrand. Si vous êtes un fan de l’écurie de formule 1 Ferrari, le logo de l’auto-école vous sera sûrement familier, puisqu’il s’inspire fortement de la Scuderia. Une photo d’une formule 1 rouge est d’ailleurs présente sur la vitrine !
Raphaël Bizot, gérant de l’école de conduite, est en effet fan de formule 1 et particulièrement de l’écurie italienne, puisque même son téléphone portable en porte les couleurs ! Du coup, l’auto-école Raphaël ne passe pas inaperçue, avec ses couleurs vives, également présentes sur les véhicules.
Outre le bureau de la rue Enguerrand, ouvert en 2009, il existe également un bureau à Roye, ouvert en 2006 et situé à 30 minutes d’Amiens. Et un autre à Rosières-en-Santerre, ouvert en 2012, avec un terrain de 4 000 m2 dont 3 500 m2 bitumés. « C’est notre piste privée pour la moto ! »
s’enthousiasme le gérant. Comme d’autres années, la neige a quelque peu perturbé la vie quotidienne de l’auto-école. « Nous sommes restés 3 jours sans tourner, et notre bureau de Roye s’est trouvé complètement bloqué par la neige », explique Raphaël Bizot. « Beaucoup de routes étaient également bloquées. D’habitude, on peut quand même dispenser quelques leçons sur la neige, mais cela n’a pas été possible cette année ! Par contre, la piste moto a pu être un peu utilisée, car le vent a poussé la neige. »
Sur le sujet « classique » des places d’examens, Raphaël Bizot déclare tout de go qu’il ne « rencontre pas de problème de manque de places, grâce à ses bons résultats. Au pire, il y a 2 mois d’attente en cas d’échec, mais cela reste rare. Et nous avons peu de recalés. » De plus, Raphaël ne tarit pas d’éloges sur l’efficacité du service de la répartition de préfecture. « Ce service est réactif et performant, le délégué ainsi que toute l’équipe se donnent du mal. Quant aux inspecteurs, ils essayent d’arranger les situations bloquées : ils peuvent rendre des récups, remplacer un inspecteur malade, etc. »

GROUPON : LA MÉFIANCE RÈGNE
Par contre, Raphaël Bizot critique fortement la relation entre le site d’achats groupés Groupon et les auto-écoles. « Groupon m’avait contacté, comme un certain nombre d’autres établissements, mais j’ai clairement décliné l’invitation ! Cela tue le business. Cela implique une réduction au minimum de 50% des tarifs, dont 50% va à Groupon, sans parler des impôts. Résultat, il ne reste quasiment plus rien pour l’auto-école ! L’auto-école Benoît, récemment disparue, en a fait les frais. Ce n’est pas dans ma politique de baisser les prix. » D’ailleurs, le gérant préférerait presque un système de prix fixés plutôt que la liberté des prix. Il va même plus loin en ne se montrant pas hostile à ce que toute la formation (Code et conduite) se fasse à l’école, non pas effectuée par les enseignants, mais par les auto-écoles. « Qu’on nous passe à l’Éducation nationale, aux 35 heures. Au moins l’État se rendrait compte de ce que cela coûte ! »

LES AVANTAGES DU SIMULATEUR
L’auto-école Raphaël est partisane du simulateur de conduite. « L’évaluation et les 4 premières heures d’un élève se font systématiquement sur simulateur, comme cela chacun est évalué de la même façon. Le simulateur permet de gagner à la fois du temps et de l’argent. Et son utilisation est appréciable lorsqu’il y a une hausse des prix des carburants. »
Enfin, parmi les actions originales de cette auto-école aussi dynamique que la couleur de son enseigne, citons un partenariat avec le magasin amiénois Quadyland pour la formation des motos à 3 roues Spyder (une formation offerte pour l’achat d’un véhicule neuf), ou encore d’autre part une place de cinéma offerte à un élève qui s’inscrit et à l’élève qui l’a parrainé. Enfin, il existe un partenariat avec plusieurs associations sportives (basket, football…), dont les membres peuvent bénéficier d’offres privilégiées.

UNE AUTO-ÉCOLE FAMILIALE
Direction le centre-ville, afin de rencontrer l’auto-école Rousselle, sise sur une charmante place à proximité de la cathédrale. Cédric Froment, à la fois moniteur et secrétaire, précise d’emblée que « l’école de conduite existe depuis… juin1969. Pour ma part, j’y officie depuis 1998. C’est une entreprise familiale, qui en est à sa deuxième génération, puisqu’Élodie Rousselle, monitrice et secrétaire et fille du gérant actuel, prendra bientôt les rênes de l’unique établissement. Nous n’avons qu’un seul bureau car nous préférons nous concentrer sur un seul bureau et bien faire notre travail. De plus, avoir plusieurs bureaux entraîne davantage de frais de fonctionnement. »
Cédric Froment se montre un peu plus concerné sur la question des places d’examens que ses confrères précédemment interrogés.
« Les coefficients d’attribution des places sont assez bas et on annonce le départ de plusieurs inspecteurs non remplacés »
Que pense notre interlocuteur des réformes actuelles ? « L’examen est plus abouti qu’avant et l’arrivée du bilan de compétence en moto est une bonne chose. Les épreuves moto sont globalement plus simples techniquement parlant. Mais elles sont malgré tout un peu plus dures à vivre pour les élèves, notamment en ce qui concerne l’évitement et le freinage d’urgence à 50 km/h : les élèves ont l’impression d’arriver dans un « mur », cela paraît plus impressionnant. Mais l’épreuve est ainsi plus proche de la réalité. » Cédric Froment déplore toutefois « le manque de travail sur l’inclinaison de la moto, le slalom étant réduit au minimum. » L’auto-école Rousselle a la chance de disposer de trois pistes moto privées. « Il s’agit de formation quasi-individuelle et non de groupe, puisqu’il y a au maximum 3 élèves et 3 motos sur les pistes. Cela permet de les faire progresser plus vite. »
Comme ses confrères, Cédric estime que « les services du permis de conduire de la préfecture de la Somme fonctionnent bien. La personne chargée de la répartition fait bien son travail. De plus, le dialogue est direct, ce qui évite d’avoir à passer par plein de personnes successives. »
Sur la question des éthylotests, Cédric estime que plutôt que des éthylotests chimiques, peu fiables, il vaudrait mieux un système électronique, même s’il pourrait lui-même être contourné par le conducteur. Et les plus alcoolisés sont les hommes. Peut-être devraient-ils plus volontiers céder le volant à leur femme ?
Christophe Susung




UN CENTRE D’EXAMEN QUI FAIT LE BONHEUR DES AUTO-ÉCOLES
De l’avis des trois auto-écoles interrogées, le récent centre d’examens du permis de conduire situé à proximité du complexe hospitalier de l’hôpital Nord d’Amiens, constitue une véritable aubaine pour la profession. Auparavant, toutes les prestations (Code, auto, moto…) étaient réparties sur plusieurs centres, une solution peu pratique. Désormais, tout est centralisé au même endroit. Achevé fin décembre 2010, ce nouveau centre comprend en effet un bâtiment d’accueil, plusieurs salles dont une salle de Code, des toilettes, 2 pistes moto, 2 pistes poids lourd, des aires de stationnement… Ce projet, qui datait du début des années 2000, est finalement devenu réalité !





FICHES D'IDENTITÉ
Auto-école Jules Ferry
Gérant : Frédéric Maus
Bureaux : 3
Employés : 11
Véhicules : 9 Citroën C3, une C4, 1 Jumpy (BE), 6 Yamaha XJ6, 2 motos 125 Yamaha, 6 scooters Yamaha, 2 remorques Humbaur (BE), 1 tracteur Renault Premium + sa remorque, 1 porteur Iveco Stralis
Formations : B, AAC, A
(tous permis), C, CE, BE
Inscriptions : 500 permis B sur les 3 bureaux en 2012
Tarifs : 950 A le forfait 20 heures en moyenne, 40 A l’heure

Auto-école Raphaël
Gérant : Raphaël Bizot
Bureaux : 3
Employés : 6
Véhicules : 4 Peugeot 208, 1 Honda CBF 125, 2 BMW F800R, 1 bmw GS650, 2 MBK Spirit
Formations : B, AAC, BE, B96, A, A1, AM, formation 125, formation Spyder  
Inscriptions : 240 en B en 2012
Tarifs : À partir de 1 050 A le tarif minimum (pas de forfait), 40 A l’heure

Rousselle Auto-école
Gérant : Alain Roussel
Bureau : 1
Employés : 11
Véhicules : 11 Peugeot 208, 1 Toyota Land Cruiser + 1 remorque + 1 van Ifor Williams, 9 Kawasaki ER6, 3 motos 125 (Kawasaki, Yamaha, scooter Honda), 2 scooters 50 cm3 Yamaha
Formations : B, AAC, BE, B96, AM, A, A1, A2, formation 125
Inscriptions : 500 en B en 2012
Tarifs : à partir de 896,50 A le forfait 20 h


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