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map Vie des régions — Mars 2013

- Lyon -
Lyon rugit contre le manque de places d’examens

Si le manque de places d’examens se fait ressentir un peu partout en France, il est particulièrement criant à Lyon et en région Rhône-Alpes. Mais le tableau lyonnais n’est pas si noir !


Lyon, c’est d’abord l’histoire d’une conquête romaine. Cette puissante cité bénéficiait alors de sa position de carrefour européen. Plus tard, passée dans l’ombre de Paris, Lyon est tout de même restée « capitale de province ». Ville économiquement très développée, célèbre pour son industrie soyeuse, elle a vu les canuts, nom donné aux ouvriers de la soie, se révolter dans les années 1830. Et encore aujourd’hui, Lyon a ses contestataires, ses canuts ! Ils s’appellent Cyrille, Christophe et Cédric, et défendent bec et ongle leurs auto-écoles.

Déficit d’inspecteurs
À quelques minutes à pieds de la gare de la Part-Dieu, Cyrille Berdiel est gérant de l’auto-école Régis. Il est confronté au manque de places à l’examen, particulièrement criant dans la cité rhône-alpine. « En cas d’échec, les délais d’attente sont très longs, de 4 à 6 mois entre deux passages. Il existe un véritable déficit d’inspecteurs. Beaucoup d’examens sont annulés, notamment pour cause d’inspecteurs malades », déplore Cyrille Berdiel. L’urgence de la situation l’inquiète. D’autant que les coefficients sont faibles. « En février mon coefficient était de 1,2 en permis B », grimace le gérant. C’est l’incohérence du système qui l’agace le plus. « Tout nous incite à passer des gens qui ne sont pas prêts car c’est le nombre de premières présentations qui prime », soupire-t-il. Pourtant, il assure ne pas en vouloir à l’administration… ni aux inspecteurs. « Le personnel administratif fait ce qu’il peut avec ce qu’il a, et les inspecteurs ont le droit d’être souffrants », tempère-t-il. D’ailleurs, il est plutôt satisfait de leur travail. « Ils ont plus d’empathie qu’auparavant, et mettent les candidats en condition d’obtenir leur permis. Mais je ressens encore une grosse disparité dans les jugements. Ils essaient d’uniformiser, mais le facteur humain est toujours présent », relate le responsable de l’auto-école. Alors pour donner un maximum de chances à ses élèves de réussir leur examen, l’enseignant de la conduite tient à certains principes pédagogiques. « Il faut parfois du temps pour que les élèves fassent la distinction entre la théorie et la pratique. Ils partent souvent du principe « j’ai la priorité, donc je passe ». Je leur réponds : « tu ne vas quand même pas mourir pour prouver que tu avais raison ? ». En conduite, on prend souvent les décisions pour les autres ».

Case départ
Sensible aux questions de sécurité routière, il met en garde ses élèves. « Ils doivent savoir qu’ils peuvent vite retourner à la case départ. Un ancien élève s’est fait retirer son permis très rapidement, le soir-même où il a appris la nouvelle de l’obtention de son permis. Il devait fêter l’événement avec ses copains, il a fini au poste », se rappelle-t-il avec amertume. Pourtant, l’enseignant trouve que les jeunes conducteurs font plus attention qu’avant. « À mon époque, quand on faisait une pointe à 200 km/h, on s’en vantait. Maintenant c’est tabou », se satisfait Cyrille Berdiel. À Lyon, ils ne peuvent plus rouler très vite. « La limitation de vitesse des autoroutes péri-urbaines est passée de 110 à 90 km/h. C’est d’ailleurs regrettable », relève-t-il.
Autre problème : le manque de respect des automobilistes lyonnais. « Ils n’acceptent pas les erreurs des auto-écoles. Moi je suis pour laisser faire des bêtises aux jeunes, c’est comme ça qu’ils apprennent », affirme-t-il. Encore faut-il qu’ils aient l’envie d’apprendre… Il cite l’exemple d’un jeune homme, qui lui a dit franco « j’ai tout à Lyon : le tramway, le métro et les bus. Qu’est-ce que je vais faire d’une voiture ? ». « Ses parents lui ont forcé la main », commente l’instructeur, qui demeure fier de sa profession malgré tout. « C’est un beau métier, et si l’on pouvait avoir des places d’examen à la demande, ce serait le rêve absolu », sourit-il. L’ombre au tableau, c’est la concurrence. Ainsi, le gérant déplore le comportement de certains moniteurs qui
« passent des annonces sur Internet pour donner des cours avec leurs véhicules à doubles commandes ». « Ils n’ont pas d’agrément, pas de local, et divisent le prix par 1,5 », souligne-t-il. Autre concurrence : les auto-écoles sociales. À leur sujet, Cyrille Berdiel est plus mesuré. « Je ne leur jette pas la pierre. Ils visent un public qui n’aurait pas les moyens de payer un permis lambda. En revanche, ils sont favorisés pour l’obtention des places à l’examen. Je demande simplement un pied d’égalité », revendique-t-il.

Accident grave
Si Cyrille Berdiel aime la voiture, il est aussi moniteur en permis A. Pour lui, la moto ne laisse pas de place à l’insouciance. « Le recul de l’âge d’accès aux gros cubes, c’est très bien. A 21 ans, on n’a pas une grande maturité. Et pour le prix d’une Twingo d’occasion, on peut acheter l’équivalent puissance d’une Ferrari ! », s’insurge le moniteur. « J’ai moi-même commencé la moto trop tôt. J’ai eu un grave accident, en ligne droite. Heureusement j’étais bien équipé. J’ai fait un dépassement, la voiture a changé de voie et m’a percuté. Le bas de la colonne a été touché, et j’ai passé deux ans à l’hôpital », confie le motard. Du coup, il tient à avertir ses élèves.
« Les motards forment un bon fond de commerce pour les hôpitaux », soupire Cyrille.
Contrairement à Cyrille Berdiel, Christophe Godard n’est pas un Lyonnais de souche, mais il l’est devenu. Un vrai « Gône » ! (surnom donné aux Lyonnais). Le nom de sa structure porte d’ailleurs cette identité locale : les Gônes auto-école.
« C’est typiquement lyonnais, sourit-il. Pour moi qui suis fan de sport, les Gônes, cela renvoie au LOU (club de rugby, ndlr), mais aussi à l’OL, club de foot dont je suis fan ».
Comptable de formation, il se définit comme un « challenger » et aime relever des défis. « Je fonctionne à la création. Je me remets sans cesse en question », confie-t-il. L’entrepreneur n’hésite pas à investir dans du nouveau matériel. « Ma politique, c’est de mettre le prix pour avoir les meilleurs résultats. Pour les motos par exemple, je veille à ce qu’elles soient souples. J’ai également investi dans deux simulateurs de conduite, dont un qui est transportable », relève Christophe Godard.

Autodidacte
Il se dit « autodidacte ». « Je suis très curieux de l’actualité, en particulier celle de ma profession. C’est ainsi que je me développe sur le marché lyonnais », assure l’enseignant. Cet amoureux du neuf appréhende donc les réformes avec enthousiasme. Notamment Faeton. « J’ai été élevé dans un certain respect de la nature, et l’idée de gaspiller moins de papier me réjouit », tranche-t-il. Concernant la réforme du permis moto, il est tout aussi emballé. « Le permis est plus adapté à ce que l’on voit tous les jours sur la route. Les catégories de permis sont plus nombreuses. J’ai renouvelé mon parc, mais cela fait partie d’un prévisionnel »,
assure le professionnel de la conduite. S’il est assez content du nouveau permis A, ses élèves sont moins convaincus. « Tout le monde a voulu passer son permis avant la réforme. Et pas seulement les jeunes. Ils avaient peur de l’inconnu », observe-t-il. Selon Christophe Godard, la moto a encore de beaux jours devant elle. « L’avenir en ville, c’est le deux-roues ! », lance-t-il. Dans ce contexte, « les auto-écoles ont un grand rôle de prévention à jouer, notamment au niveau de la sécurité routière. Car le Rhône est l’un des départements français où il y a le plus d’infractions sur la route ». Le formateur insiste sur la qualité de l’équipement. « Certains élèves arrivent en short ; je les renvoie chez eux. Il est marqué sur le contrat de formation qu’il faut être équipé. Nous avons des promotions dans les magasins, et on peut leur donner des conseils », note-t-il. Pédagogue, Christophe Godard l’est égalemeent pour le permis B, même s’il refuse « de faire de l’assistanat », contre-productif à son goût. « Je leur apprends à conduire dans les endroits difficiles. Je veux les rendre autonomes ! », martèle l’enseignant.

Anticipation
Sûr de ses principes, il ne craint pas la concurrence. « C’est une émulation, affirme-t-il. J’en ai besoin pour avancer ». Au sujet des sociétés de locations de voitures à doubles-commandes, il est plutôt réservé. « Si une personne a envie de passer le permis en candidat libre, pourquoi pas. Mais il ne faut pas que ce soit une auto-école déguisée, avec un professionnel de la conduite derrière », estime le jeune patron. De nature optimiste, il pense qu’il n’y a « pas de problèmes, mais que des solutions ». Il dénonce « les mentalités françaises, qui renvoient toujours la faute aux autres ».
Comme ses collègues, il subit pourtant le manque de places à l’examen. « On a toujours besoin de places. Mais il faut faire avec ce qu’on a ! relativise-t-il. Je sais qu’en période de réforme, l’administration est longue à réagir ». Son secret pour pallier la pénurie : l’anticipation. « J’essaie d’avoir une vision à long terme. Cependant je ne cache pas qu’il y a un vrai problème en Rhône-Alpes. C’est à nous de gérer. Quand un élève échoue, il nous « bouffe » des places, mais c’est le jeu », estime le chef d’entreprise. « Personnellement, je suis parfois contraint de prendre un CDD de 4 mois pour gérer un afflux », ajoute-t-il. Il a une méthode bien à lui pour choisir ses formateurs. « La moitié de mon effectif a été formée en interne. Ce qui m’intéresse, ce sont les métiers exercés avant, lorsqu’il s’agit d’une reconversion, et la sensibilité pédagogique. Mes moniteurs ont 40 ans de moyenne d’âge », explique Christophe Godard.

Mauvais élèves
Comme ses collègues lyonnais, Cédric Laurent, gérant de l’auto-école Rolling, a une certaine idée de son métier. Mais elle est mise à mal par quelques comportements. « En permis B, j’ai 20 ans d’expérience et je constate une détérioration des conditions de travail », fait-il remarquer. « Les élèves ne sont pas motivés par leur formation. Le permis devient une nécessité, et les gens le passent pour de mauvaises raisons. C’est pour cela que dans mon établissement, j’ai seulement 40 à 45 % de réussite au premier passage », regrette-t-il. A contrario, certains jeunes sont passionnés par la conduite. « Un étudiant étranger est venu prendre des cours. Il avalait toutes les informations avec un appétit étonnant », affirme le moniteur. Pour les jeunes qui ont plus de difficultés, les permis sur boîtes automatiques demeurent, à ses yeux, « trop stigmatisés ».
« Dans la tête des gens, la boîte auto est associée au handicap. C’est idiot. Il faut la voir comme un moyen d’être déchargé de sa mécanique ».
Il pense que les élèves « ne s’investissent pas dans leur permis ». Pourtant, il met à leur disposition des moyens pédagogiques… dont ils ne se servent pas. Par exemple, le gérant a mis en place des heures d’écoute pédagogique. « Si un élève a du mal à maîtriser le rond-point, je le fais monter avec un autre jeune pour qu’il se rende compte des erreurs qu’il commet dans une même situation », détaille-t-il. Mais tous ces efforts déployés restent souvent vains. « Ils viennent les mains dans les poches, et attendent que ça se passe », soupire l’enseignant.

Contrôles pédagogiques
Au niveau relationnel, Cédric Laurent déplore également « un manque de dialogue » avec ses élèves. « C’est la génération Facebook, qui préfère parler via les réseaux sociaux », grimace-t-il, regrettant « l’absence d’ambiance chaleureuse » qui existait avant. Pourtant, il se plie en quatre pour satisfaire ses jeunes. « J’ai pas mal réfléchi sur les créneaux horaires. Et j’ai opté pour une solution de compromis : 1h30. Cela nous laisse le temps de travailler, sans trop les fatiguer », explique-t-il. Par ailleurs, il dit accepter sans problème qu’un élève d’une autre auto-école surchargée vienne prendre quelques heures avec lui. « Je le fais en fonction de mes disponibilités, pour dépanner », précise-t-il. Le gérant se dit favorable à des contrôles pédagogiques plus réguliers. « J’ai déjà été contrôlé, c’était une expérience positive. Il faut savoir tenir compte de certaines remarques. Cela m’a donné une certaine crédibilité, car j’ai obtenu une mention bien », se satisfait-il. Pour lui, ces contrôles sont une alternative au système actuel. « On sanctionne les auto-écoles sur leurs échecs à l’examen. C’est ridicule. Un professeur n’est pas sanctionné parce que son élève a loupé le bac ! ». En moyenne, il confirme qu’il faut « environ 6 mois » pour repasser un permis sur Lyon et il dénonce certaines errances de l’administration.
« Les auto-écoles présentent parfois des élèves dont le Cerfa 02 ne correspond pas tout à fait à la pièce d’identité, avec par exemple un prénom mal orthographié. L’inspecteur peut alors lui refuser de passer le permis. Certes, les établissements de conduite  se doivent de remplir les papiers correctement. Mais la préfecture devrait mieux contrôler », juge-t-il.
Concernant le nouveau permis A, Cédric Laurent est satisfait du passage « de 20 à 12 fiches », qui « simplifie et synthétise les choses ».
Cependant, cet amoureux de la moto émet des réserves quant à l’interdiction des grosses cylindrées aux moins de 24 ans. « Il aurait été plus intelligent de se baser sur l’expérience de la route. Est-on vraiment plus mûr à 25 ou 26 ans ? », se demande l’enseignant de la conduite. L’autre erreur, selon lui, est de mettre l’accent sur la puissance. « La logique de la moto, c’est d’abord l’esthétisme. Il faudrait pouvoir piloter n’importe quelle bécane, mais avec obligation de la brider », propose-t-il. Parole de motard…
Lucas Lallemand





Lyon en 10 points
• Lyon est le chef-lieu du département du Rhône et de la région Rhône-Alpes.
• La communauté urbaine du Grand Lyon comptait 1 281 971 habitants en 2009.
• Deux fleuves traversent Lyon : le Rhône et la Saône.
• Lorsqu’elle était colonie romaine, la ville portait alors le nom de Lugdunum.
• À Lyon, Fourvière est considérée comme « la colline qui prie », en référence à la basilique
   qui surplombe la ville, et la Croix Rousse celle qui « travaille », car c’était le lieu où se développait
   l’industrie de la soie.
• Le cinéma, invention des Frères Lumière, est né à Lyon en 1895.
• Le « Vieux Lyon », est le quartier historique de la ville, avec de nombreux vestiges.
• L’Olympique Lyonnais est le club phare de la ville avec ses sept titres de champion de France
    de football glanés entre 2002 et 2008.
• Les Traboules, petits passages pittoresques qui traversent des cours d’immeubles, sont spécifiques
   de la région lyonnaise.
• Paul Bocuse, grand cuisinier, est originaire de la région.






Fiches d'identié
Auto-École Régis
Année de création : 1978 ; repris en 2010.
Gérant : Cyrille Berdiel.
Bureau : 1.
Employés : 4.
Véhicules : 4 Peugeot 208, 3 Citroën C3 Picasso, 3 Yamaha XJ6, 1 Suzuki GS500.
Formations proposées : permis B, A, AAC.
Inscriptions : environ 180 pour le permis B en 2012.
Tarifs : 49,50 euros de l’heure ; 1 040 euros le forfait 20 heures.

Les Gônes Auto-École
Année de création : 2006.
Gérant : Christophe Godard.
Bureaux : 4.
Employés : 10.
Véhicules : 12 Peugeot 207, Yamaha XJ6 600.
Formations proposées : permis A et B.
Inscriptions : environ 400 pour le permis B en 2012.
Tarifs : 49 euros de l’heure ; 980 euros le forfait 20 heures.

Auto-École Rolling
Année de création : 1996.
Gérant : Cédric Laurent.
Bureaux : 2.
Employés : 8.
Véhicules : 6 Peugeot 208 et 3 Kawazaki ER6.
Formations proposées : permis A et B.
Inscriptions : environ 200 pour le permis B en 2012.
Tarifs : 46 euros de l’heure ; 995 euros le forfait 20 heures.



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