On entend souvent dire qu’une qualité essentielle d’un enseignant de la conduite, c’est sa « psychologie ». À ce propos, La Tribune des Auto-Écoles a demandé à Serge Ciccotti, psychologue, de nous livrer quelques pistes de réflexion.
La Tribune des Auto-Écoles : Qu’est-ce au juste que la psychologie expérimentale ?
Serge Ciccotti, psychologue : Les gens imaginent souvent que la psychologie, c’est observer quelqu’un et en déduire quelque chose à l’emporte-pièce par exemple : « Si tu te comportes comme cela, c’est parce que tu as vu tes parents tout nus quand tu étais petit ». En réalité, la psychologie est une science qui utilise une méthode scientifique. En psychologie clinique (dans le soin), c’est plus compliqué d’expérimenter, mais on utilise aussi les résultats des travaux scientifiques dans ce cadre. Les faits ont été mis en évidence par expérimentation sur des groupes de plusieurs individus, voire de plusieurs dizaines ou milliers d’individus. Ceci permet de gommer les différences entre les personnes et de tirer des tendances comportementales.
La Tribune : En quoi un enseignant de la conduite doit-il apprendre à se connaître ? Comment s’y prendre ?
S. C. : Un enseignant doit apprendre à connaître ses forces, ses faiblesses (ce qu’entraîne par exemple sur le plan attentionnel le fait de téléphoner en donnant une leçon), sa capacité à tolérer certaines situations (supporter un élève besogneux, la répétition des actions pédagogiques, etc.), repérer ses propres attitudes envers tels ou tels élèves en fonction d’affinités. Les études démontrent, par exemple, que l’on est plus sympathique avec les gens physiquement attractifs. Il a été démontré qu’à faute égale, les juges sont également plus cléments avec les belles personnes. Elles sont perçues comme plus compétentes, plus saines mentalement et plus honnêtes que les autres. Par ailleurs, il faut aussi se connaître sur le plan psychophysiologique (limites liées à la fatigue, aux biais perceptifs, etc.).
La Tribune : Qu’appelez-vous exactement un « biais » ? Pouvez-vous en donner des exemples ?
S. C. : Ce sont des écarts à la rationalité ou à une perception objective. Ils sont très nombreux et amènent les gens à des jugements tronqués. Par exemple, « l’effet de halo ». Une étude a démontré que le nom avait une influence sur la compétence perçue. Ainsi, dans une annonce « M. Py donne cours de maths » reçoit davantage de coups de fils que M. Legal parce que pour nombre de personnes, les Asiatiques sont bons en maths. Il est possible qu’un moniteur d’auto-école qui s’appellerait M. Conduite ou Voiture aurait davantage de rendez-vous qu’un autre. Le biais d’attribution causale, lui, amène les gens à attribuer leurs erreurs aux autres et leur réussite à eux-mêmes. En d’autres termes, quand un élève progresse lentement, c’est parce qu’il est nul, mais s’il progresse rapidement c’est parce que j’ai la bonne méthode pédagogique !
Propos recueillis par Jean-Claude Huant
POUR EN SAVOIR PLUS :
- « 150 expériences de psychologie pour mieux comprendre nos semblables », de Serge Ciccotti, paru chez Dunod, (2007).
- « La psy box » ou 25 tests à faire soi-même pour mieux connaître sa personnalité, de Serge Ciccotti, paru chez Marabout, (2012).