Arnaud Voiry tient une auto-école en même temps qu’une école de pilotage à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Il met à profit son expérience de pilote pour former ses élèves.
Devant l’auto-école Grand Prix, à Nancy, une Lamborghini Gallardo Superleggera trône fièrement, avec ses 530 chevaux sous le capot. Un motif de curiosité pour les élèves d’Arnaud Voiry, gérant de l’établissement de conduite. Pourtant, ce n’est pas sur ce type de voiture qu’il leur apprend à conduire. « Cela n’aurait aucun intérêt pédagogique !, s’exclame-t-il. Même un conducteur affirmé a du mal à contrôler une sportive comme celle-là. Alors un apprenti… ».
BASES DE PILOTAGE
Arnaud Voiry détient plusieurs diplômes. D’abord le Bepecaser, comme tous les enseignants de la conduite. Mais aussi un BPJEPS mention sport auto, qui lui donne le droit de donner des cours sur circuits. Et même si ses deux activités sont distinctes, le chef d’entreprise trouve des ponts entre chacune. « Je forme personnellement mes enseignants à une conduite plus technique, avec les notions de base du pilotage. Lors du recrutement, je fais très attention à ce qu’ils soient réceptifs et ouverts à toute forme d’apprentissage », précise-t-il. Il assure pourtant « ne pas exiger d’eux un certain niveau préalable au volant ». Simplement une volonté d’apprendre. « En général, ils postulent chez moi car ils sont en recherche de capacités supplémentaires. J’ai même un employé qui est devenu moniteur après avoir loupé trois ou quatre fois son permis. Autant dire que ce n’était pas un as. Il reste très scolaire, mais dès qu’il a un blocage avec un élève, il vient me voir pour analyser les causes », confie Arnaud Voiry.
ABERRATION
Dans son esprit, les moniteurs d’auto-école ne sont pas suffisamment formés. « Leur niveau de conduite n’est pas meilleur que les autres automobilistes. La seule différence, c’est la pédagogie, la théorie. Prenez l’exemple de la gestuelle du volant. Elle n’est pas expliquée correctement aux élèves ! La position des mains, comme sur une horloge, à 9h15 – 10h10, c’est une aberration physiologique », tempête le jeune instructeur.
Il souligne que les enseignants « insistent beaucoup sur le confort ». Mais, selon lui, ils ne comprennent pas le comportement du véhicule. « Un élève qui freine brusquement, à chaque fois qu’il s’arrête, et qui ne change rien malgré les remarques, ce n’est pas nécessairement de la maladresse. Il faut revoir sa position par rapport aux pédales », explique-t-il.
S’il regrette le manque de notions mécaniques des enseignants, Arnaud Voiry ne dresse pas un meilleur constat des autres usagers de la route. « Si tous les conducteurs passaient deux journées en formation pilotage, le nombre de morts sur les routes diminuerait ! », préconise le patron de Grand Prix.
LA MOTO MIEUX LOTIE
Les motards demeurent les seuls à trouver grâce à ses yeux. « Lors du permis moto, ils touchent du doigt quelques éléments de pilotage », admet Arnaud Voiry.
Quant à ses élèves de l’auto-école, il tente de les faire progresser plus vite, sans pour autant révolutionner leur apprentissage. « Inclure du pilotage dans la formation, faire une sortie dans les Vosges avec une voiture un peu sportive, ce serait une journée agréable certes, mais dénuée d’intérêt pédagogique », tranche-t-il. Alors Arnaud préfère travailler sur la base du volontariat. « Nous avons une Seat Leon FR, en plus de nos Citroën C3. Ainsi, on peut faire de l’initiation à la conduite sportive. Mais pour cela, il faut que l’élève soit demandeur, et nous ne le faisons que dans le cadre d’un cours particulier », poursuit-t-il.
Ses jeunes élèves de l’auto-école, Arnaud Voiry les retrouve parfois en cours de pilotage, quelques années après : « certains élèves sont passionnés de voitures. Dans ce cas, ils forgent leur expérience et reviennent plus aguerris ».
Le gérant ne répercute pas ses talents sur ses tarifs. C’est « en termes de notoriété » que sa pédagogie trouve des retombées. Une méthode qui pourrait en inspirer d’autres.
L. L.