À Rennes, la mission locale a lancé un projet afin de faciliter l’accès à la conduite supervisée pour certains jeunes en difficulté. Et ce sont des seniors qui donnent de leur temps aux apprentis !
Sans mobilité, pas d’emploi. Les missions locales, qui s’adressent aux jeunes de 16 à 25 ans en difficulté d’insertion, en ont bien conscience. C’est pourquoi elles essaient de faciliter l’accès au permis, notamment par un soutien financier. Mais l’initiative de la mission locale de Rennes, dans l’Ille-et-Vilaine, est un peu différente.
Soucieux de donner une chance de réussite sociale et professionnelle aux jeunes, le directeur de la structure rennaise, Philippe Jourdan, explique l’origine du concept. « Les jeunes avec qui nous travaillons sont souvent en manque de repères et de cadres sociaux. Ils n’ont pas toujours un parent pour les accompagner dans leur cursus de conduite. Nous avons donc songé à impliquer des personnes âgées qui souhaitaient œuvrer auprès de la collectivité », précise-t-il.
DES RETRAITÉS BÉNÉVOLES
L’idée est simple : les jeunes inscrits à la mission locale et qui n’ont pas de tuteur pour les accompagner en conduite supervisée, peuvent demander à ce qu’une personne âgée remplisse ce rôle. Les retraités bénévoles viennent de l’association Agir Abcd, qui sert également d’intermédiaire entre l’auto-école et la mission locale. « Les tuteurs s’engagent à suivre l’élève et à effectuer le nombre d’heures de conduite requis. Le groupe PSA a mis une voiture en simple commande à notre disposition, et nous en espérons une deuxième courant 2013. Pour les assurances, c’est la MACIF qui s’en charge », détaille Philippe Jourdan. Il se félicite par ailleurs que les établissements de conduite jouent aussi bien le jeu. « L’association de retraités transmet tous les compte-rendus des rendez-vous pédagogiques aux conseillers des apprentis à la mission locale. Cela permet d’avoir un réel suivi », ajoute le directeur.
DOUBLE FONCTION POUR LES TUTEURS
Les tuteurs ont une double fonction. D’abord celle de faire conduire les jeunes, bien-sûr. Mais ils revêtent également une vocation pédagogique. « Ils leur rappellent des règles élémentaires comme la ponctualité », insiste Philippe Jourdan. « Aucune dispute n’a eu lieu pour le moment entre un jeune et son tuteur. Ils ont conscience de la chance qu’ils ont. Et puis, ils sont peut-être plus à l’écoute des remarques qu’on peut leur faire, dès lors qu’il ne s’agit pas d’un proche », observe-t-il encore.
UN TAUX DE RÉUSSITE INTÉRESSANT
Sur 19 tentatives en 2012, 16 personnes ont réussi leur examen grâce à ce dispositif. Ce bon taux de réussite donne envie à Philippe Jourdan de développer le projet. « Nous n’avons pas d’objectif chiffré, mais nous essayons de communiquer pour avoir encore plus de tuteurs volontaires. Nous avons accepté certaines personnes non-retraitées qui souhaitent s’investir dans le milieu associatif », relève-t-il. Il envisage même de recruter un jeune effectuant son Service civique, afin de mieux gérer les dossiers. Qui a dit que la conduite supervisée n’avait pas d’avenir ?
L. L.
« UNE SUPERBE ACTION »
Michel Daguin, 75 ans, est président de l’association de retraités Agir Abcd à Rennes. Il a accepté de devenir tuteur en conduite supervisée de plusieurs jeunes issus de la mission locale. « Chaque accompagnateur consacre en moyenne deux heures par semaine à la conduite supervisée. Il faut parvenir à l’objectif des 1 000 kilomètres effectués en trois mois », précise le retraité. En tant que président, il donne un peu plus de temps que les autres à cette activité. « J’ai accepté de prendre un deuxième élève en supervisée, faute de volontaires. Nous recherchons activement des personnes, retraitées ou non, prêtes à adhérer au projet. Chaque accompagnateur fonctionne en binôme, ce qui permet de le suppléer au cas où il aurait un empêchement », ajoute Michel Daguin. À ses yeux, ce mode de fonctionnement ne présente que des atouts. « C’est une superbe action. Certains jeunes ont des difficultés d’apprentissage et ont besoin d’être accompagnés », estime-t-il. Pour lui, cette démarche illustre qu’il n’y a pas « d’incompatibilité entre le business et la demande sociale », car les auto-écoles y trouvent également leur compte. « Sur toutes celles que j’ai rencontrées dans le cadre des rendez-vous pédagogiques, aucune n’était réfractaire, bien au contraire », note-t-il avec satisfaction. Une initiative qui ressemble donc fort à du gagnant – gagnant…