À différents endroits de l’Hexagone, les délais pour passer le permis B sont particulièrement longs.
En ce début d’année 2013, certaines auto-écoles ont déjà fait entendre leur colère.
Le refrain tourne en boucle. Dans plusieurs départements, la pénurie de places à l’examen se fait cruellement ressentir. Si bien que des manifestations ont eu lieu pour réclamer des moyens supplémentaires, notamment en région Rhône-Alpes où la situation est délétère.
À Chambéry, en Savoie, ce sont près de 70 voitures d’auto-écoles qui ont manifesté lundi 7 janvier dernier. En cause notamment, un nombre d’inspecteurs insuffisant au regard de l’allongement du temps de l’examen à 35 minutes, avec 12 candidats à passer par jour au lieu de 18. Christophe Le Maguer, président du CNPA Fdc pour la Savoie, revient sur les raisons de la colère. « Sur Chambéry, il y a toujours eu des soucis de délais. Mais le phénomène s’est étendu à tout le département. Nous avons perdu des inspecteurs à Albertville, qui n’ont pas été remplacés, et la liste d’examinateurs en arrêt maladie s’est également allongée. Ce n’est pas de leur faute, mais cela contribue à allonger la liste de candidats en attente », explique-t-il.
RÉACTIONS VIOLENTES
Si Chambéry a souvent dû faire face à des délais de quatre à six mois, les vallées de la Tarentaise et de la Maurienne, par exemple, n’avaient jamais été dans ce cas de figure auparavant. « Nous avons rencontré la secrétaire du préfet pour essayer de trouver des solutions. Elle a été réceptive, et nous a promis le remplacement d’au moins deux inspecteurs d’ici peu. Et 100 % du travail des inspecteurs doit s’axer sur le passage des permis », précise le représentant syndical.
Ce qu’il entend faire comprendre aux autorités préfectorales, c’est que le manque de places pour le permis se répercute sur la clientèle, qui a parfois des réactions violentes. « Chambéry, pour citer ce cas, est une ville où le niveau de revenus n’est pas très haut. Les gens ont dû mal à rajouter des heures supplémentaires. Ils pensent que les auto-écoles sont responsables de la distribution des places. Certains sont allés jusqu’à menacer des secrétaires armés d’un couteau », relate Christophe Le Maguer.
Ce dernier évoque un autre problème, cette fois concernant le permis A. « Une inspectrice du permis moto est tombée malade début janvier. Des élèves qui s’étaient préparés à passer l’examen selon l’ancienne formule n’ont pas pu passer, et ont dû attendre le nouveau permis. Parmi eux, il y avait des jeunes de moins de 24 ans, qui ne pourront donc pas conduire sur des grosses cylindrées. C’est problématique », regrette-t-il. Si les renforts promis devraient arriver prochainement, Christophe Le Maguer demeure sceptique : « toute la région Rhône-Alpes manque d’inspecteurs. Du coup, muter un examinateur d’un département à l’autre, c’est un peu déshabiller Paul pour habiller Pierre ».
OPÉRATION ESCARGOT
Toujours en Rhône-Alpes, à Saint-Étienne dans la Loire, les délais sont encore plus longs qu’à Chambéry. Josiane Marcon, présidente de l’association des auto-écoles de la Loire, commence sérieusement à s’inquiéter. « Je suis plutôt de nature optimiste, mais là les choses prennent vraiment une mauvaise tournure », soupire-t-elle. Les délais d’attente observés pour repasser le permis varient « de six à huit mois » selon elle, deux mois dans le meilleur des cas. Début décembre, une opération escargot avait eu lieu. La manifestation, qui partait du Stade Geoffroy-Guichard à Saint-Étienne pour rallier le nouveau centre d’examen, était parvenu à réunir une centaine de véhicules auto-écoles venus de tout le département. « Le centre d’examen devait être inauguré ce jour-là, mais les autorités ont annulé. On comptait sur la présence de madame le Préfet pour lui exposer nos revendications. Mais elle n’était pas là », déplore la gérante d’auto-école. « Il faut vraiment qu’ils prennent conscience du problème, s’alarme-t-elle. Je vois des établissements licencier des moniteurs ou fermer des bureaux car ils ne peuvent plus proposer suffisamment de passages pour le permis ». Ce qu’elle voudrait, c’est la « privatisation du passage du permis de conduire ».
JISQU’À TROIS ANS D’ATTENTE !
Autre région, mais mêmes soucis. En Seine-et-Marne, Francis Fanen, adhérent à l’UNIC et gérant d’une auto-école à Meaux (77) décrit une situation similaire à celle de Rhône-Alpes.
« Pour une première demande de passage du permis B, il n’y a en général pas trop de soucis. En revanche, pour un second passage, cela peut aller jusqu’à trois ans ! Soit la durée de validité du Code de la route. En ce moment, j’ai quatre élèves qui vont devoir repasser l’examen théorique pour cette raison. Ils n’ont pas de difficulté particulière d’apprentissage. Mais je ne pouvais pas leur faire reprendre d’heures de conduite tant que je n’étais pas sûr de pouvoir les présenter », explique-t-il. Francis Fanen a créé un collectif d’une cinquantaine d’adhérents pour avoir plus de poids face à l’allongement des délais. Finalement, c’est peut être en se montrant solidaires que les auto-écoles ont le plus de chances d’obtenir gain de cause.
L. L.