L’annonce a jeté un froid dans le milieu des auto-écoles picto-charentaises. Ségolène Royal, présidente de la Région, a fait voter le 15 octobre dernier l’enseignement gratuit du code de la route dans les lycées. Mais le cadre reste à définir.Ségolène Royal est en passe de se refaire une notoriété (bonne ou mauvaise ?) avec la mise en place de leçons de Code dans les lycées de Poitou-Charentes, à partir de janvier 2013.
Depuis 2005, la Région Poitou-Charentes finançait une partie du permis des apprentis et des lycéens scolarisés en établissements professionnels. Une aide qui pouvait aller de 800 à 1 200 euros.
FINANCEMENT PARTIELPour prolonger ce dispositif tout en réduisant son coût, l’ancienne candidate à l’élection présidentielle a donc opté pour un financement partiel, qui ne concerne que la partie théorique, tout en s’étendant « à tous les lycéens ».
Frédéric Martinez, directeur d’ECF (École de Conduite Française), reste assez circonspect devant la tournure des événements. « On ne sait pas grand-chose », s’étonne-t-il. L’enseignement de la partie théorique du permis de conduire devrait se faire, dans les lycées, grâce aux moyens technologiques et au matériel informatique de l’Éducation nationale. Les leçons de Code seraient assurées par des enseignants de la conduite, tandis que des animateurs culturels passeraient des séries aux élèves durant les inter-cours.
NON-SENS PÉDAGOGIQUE« Je ne pense pas que cette mesure règle le problème du coût du permis de conduire. Le Code ne représente qu’une portion congrue du prix de formation. Il faut également penser à l’aspect pédagogique. L’objectif n’est pas d’avoir 100 % des lycéens qui ont le Code, mais 0 % qui se tuent sur les routes ! », rappelle Frédéric Martinez. Des discussions doivent justement avoir lieu jusqu’à la fin de l’année entre les représentants de la Région et ceux de la profession, afin de fixer le cadre d’application de cette nouvelle mesure.
À Poitiers, ce projet sorti de nulle-part inquiète les petites structures. Fabien Beaulieu, gérant de l’auto-école La Pictavienne, craint pour son chiffre d’affaires. « Lancer un chantier comme celui-là, c’est bien, mais il faut que ce soit équitable pour tout le monde », tance-t-il. Le risque, selon lui, est que les grands groupes supplantent les plus petits. « S’il y a des appels d’offres pour assurer les cours de Code dans les lycées, je n’aurais pas le personnel suffisant pour y répondre », lance celui qui est aussi syndiqué au FNEC.
Bruno Garancher, P-dg de l’ECF grand-ouest, abonde dans le même sens. « Cela va nécessairement avoir un impact sur la tarification de la formation pratique des auto-écoles. Si elles perdent de l’argent d’un côté, il faudra qu’elles le récupèrent de l’autre », prévient-il.
LE CNPA ET L’UNIC MONTENT AU CRÉNEAUAu CNPA, la décision du Conseil régional fait réagir Patrick Bessone. « C’est une fausse bonne idée. Ils veulent instituer une
dichotomie entre l’examen pratique et l’examen théorique. On se dirige vers un non-sens et une perte de temps pour l’élève,
qui devra tout reprendre depuis le début lorsqu’il commencera la conduite ! », annonce le président du CNPA, qui n’est pas pour autant inquiet. « Jusqu’à preuve du contraire, un lycée ne peut pas obtenir de places à l’examen. Leur projet est totalement contre-productif. Ils peuvent faire du soutien au Code, mais pas de l’enseignement. Comme disait Camus, il faut bien nommer les choses », préconise-t-il.
Du côté de l’UNIC, la colère gronde. Le syndicat voit dans l’initiative des collectivités une véritable « agression ». Dans un communiqué, Philippe Colombani, le président, taille dans le vif. « Le 16 octobre restera une date marquée d’infamie »,
annonce-t-il. L’UNIC craint que l’idée de Ségolène Royal
« conduise des auto-écoles au dépôt de bilan », et prévient que « le coût de l’heure de conduite sera réajusté » en fonction des événements.
Finalement, comme le conclut Patrice Bessone avec justesse,
« c’est l’image des auto-écoles qui risque encore d’en prendre un coup ».
L. L.