Pénurie de places d’examens, centre d’examens supprimé…, les auto-écoles de Biarritz et de sa région ne s’estiment pas aidées par l’administration. Reste un cadre de travail particulièrement agréable !Un cadre idyllique, six magnifiques plages, le surf, le golf, les boutiques de luxe et autres stations thermales… Être une auto-école à Biarritz est a priori plus enviable que dans une zone industrielle ou à proximité d’une cité dortoir ! Malgré cela, les auto-écoles biarrotes n’ont pas forcément le moral…
UN GÉRANT À BOUT DE SOUFFLEÀ commencer par Alain Lopez, gérant et moniteur du Centre de sécurité routière biarrot, situé sur les hauteurs de Biarritz, à quelques pas d’une vue magnifique sur la plage de la Côte des Basques. Pourtant, notre gérant, depuis 25 ans dans la profession – il était auparavant moniteur… d’équitation ! – et installé depuis 5 ans à Biarritz, a connu des jours meilleurs. « La situation actuelle, marquée par les problèmes de places d’examens, me freine considérablement. Surtout que l’activité est peu rentable et qu’il y a beaucoup de charges à payer. On taxe les auto-écoles à 19,6 %, soit le même taux qu’un concessionnaire Jaguar ! Le permis de conduire serait-il un produit de luxe ? J’envisage pourtant de développer mon activité et d’embaucher un salarié, qui ferait uniquement du permis B. Je reçois pas mal de CV de moniteurs, mais pour le moment je ne peux pas les embaucher !
J’essaye de me faire aider par une banque pour me développer mais les auto-écoles ne les intéressent pas ! »
À la base de tous les problèmes, encore et toujours le manque de places d’examens. « Je dois refuser des clients à cause des délais pour passer l’examen », constate amèrement Alain Lopez. « Il n’y a pas assez d’inspecteurs. Ces derniers préfèrent généralement travailler dans les grandes agglomérations. On peut se demander si la répartition des inspecteurs est bien faite. D’ailleurs, quels sont les critères de l’administration pour répartir les examinateurs ? Mystère… »
Selon Alain Lopez, le manque de places d’examens, en plus de pénaliser les auto-écoles, crée du chômage, « car le permis est nécessaire de nos jours pour décrocher un emploi. Et si j’accumule trop de retard, un jour ou l’autre je vais moi-même mettre la clé sous la porte. »
DES RÉFORMES JUGÉES INUTILESToutes les réformes en cours et qui rentreront en application début 2013 (permis moto, permis poids lourd, Faeton) ne sont pas selon Alain Lopez véritablement utiles. « Ce sont plus des réformes administratives qu’autre chose, cela ne règle pas nos problèmes de délais. C’est comme les radars : c’est coûteux et inutile. Tout comme réaliser des brochures pour nous informer sur le dispositif Faeton coûte de l’argent. Est-ce bien raisonnable ? La priorité est avant tout de solutionner le problème de manque de places d’examens ! »
Alain Lopez regrette « d’être obligé de composer avec une administration qui désorganise la profession. Je suis tributaire de l’administration pour les places d’examens de mon établissement. Je n’accuse pas les fonctionnaires, car cela vient de plus haut, du manque de moyens général dans l’administration. Les auto-écoles se retrouvent entre l’administration et les élèves, soit entre le marteau et l’enclume ! C’est très stressant. »
Et le métier d’enseignant de la conduite n’est pas valorisé. « Si un moniteur veut changer d’auto-école, il arrive qu’on lui propose le Smic, même s’il a plusieurs années d’expérience ! C’est inadmissible. La convention collective est obsolète, elle n’a pas évolué. » D’autant plus que le coût de la vie est élevé à Biarritz…
LA PRIVATISATION POUR CHANGER LA DONNE ?Vu le contexte, la privatisation du passage des examens du permis de conduire apparaît aux yeux d’Alain Lopez comme une solution envisageable. « C’est une idée qui a fait ses preuves dans d’autres domaines du secteur des transports, avec une certaine mixité entre l’État et le privé. Pour le permis de conduire, l’État pourrait ainsi réglementer les tarifs (ou au moins donner des fourchettes de prix) tout en laissant l’exécution au secteur privé. Car sinon cela deviendrait trop cher. Mais l’État s’entête à conserver sa mainmise sur le permis de conduire. »
Autre souci, le service de répartition des permis de conduire n’est plus à Bayonne, « car le gouvernement de Nicolas Sarkozy l’a supprimé. Maintenant, c’est à Pau que cela se passe. Et si l’on passe encore le permis à Bayonne, ce ne sera plus le cas dès janvier 2013 !
« Le centre d’examens est situé sur un terrain qui appartient au (secteur) privé et qui a été revendu. On ne sait pas trop où l’on va devoir aller… »
UNE CLIENTÈLE AISÉE À BIARRITZRendez-vous est pris avec Michel Renard, gérant d’Annette - Michel Formation, un établissement créé il y a tout juste 30 ans et situé dans une petite rue du centre-ville de Biarritz. Il s’agit de l’établissement de son épouse, Annette, disparue il y a 6 ans. « Je tiens à ce que l’auto-école garde le nom et l’esprit de ma femme, très impliquée dans la sécurité routière », souligne Michel Renard. L’auto-école possède un deuxième bureau à Anglet, à quelques kilomètres de là. Le bureau principal de Biarritz doit pour sa part changer d’emplacement en 2015, tout en restant implanté dans le centre de Biarritz.
Comme on peut l’imaginer, la clientèle biarrote est assez aisée. « Mais nos élèves ne sont pas tous des enfants de médecins », précise Michel Renard. « Toujours est-il qu’ici nous n’avons pas à déplorer d’incivilités de leur part. »
À Biarritz, la saison estivale est une période de forte activité pour les auto-écoles.
« En août, un grand nombre de jeunes ont obtenu leur bac et souhaitent passer leur permis. De plus, beaucoup d’étudiants qui sont partis faire leurs études à Bordeaux ou à Paris reviennent chez leurs parents pour passer leur permis à Biarritz. Il y a donc beaucoup de demandes mais peu de places d’examens disponibles. Quand un élève rate l’examen, il doit attendre 2 à 3 mois pour le repasser. Certes, c’est moins pire qu’ailleurs mais ce n’est pas pour autant acceptable. »
LES INSPECTEURS DOIVENT SE FOCALISER SUR L’EXAMEN PRATIQUEQue faire pour améliorer la situation ? « Les inspecteurs devraient consacrer davantage de temps à l’examen pratique et non à l’examen théorique. Et le fait que les examinateurs vont bientôt effectuer leurs stages de préparation à Faeton les rendra moins disponibles. »
Que pense justement Michel Renard du dispositif de Faeton, nouvel outil de dématérialisation des dossiers d’inscription, qui démarrera le 19 janvier 2013 ? « Cela va dans le sens du progrès, mais le dispositif n’est pas exempt d’inconvénients. Il faudra quand même imprimer et archiver les dossiers. Cela risque même d’entraîner plus de travail. L’administration a organisé une réunion d’information sur la mise en place de Faeton, mais la personne chargée de répondre à nos questions ne connaissait pas véritablement le sujet. En tant qu’adhérent CNPA, j’étais mieux informé. » Et la réforme du permis moto ? « Je n’en pense que du bien », indique Michel Renard, dont l’établissement bénéficie du label AFDM (Association des formateurs de motards), le plus strict en matière de formation de conducteurs de deux-roues. « Nous pratiquons déjà le patinage d’embrayage. Mais on va une nouvelle fois subir des conditions compliquées pour faire passer les candidats. Le terrain d’examen actuel est appelé à d’autres tâches. Nous n’avons donc pas de lieu pérenne pour l’examen. Il va falloir aller à Pau, ce qui représente 250 km aller/retour ! C’est inadmissible par rapport à l’égalité de tout citoyen à passer l’examen. »
UN GÉRANT QUI S’IMPLIQUE POUR L’ANPERAdhérent de l’Anper depuis 15 ans, Michel Renard s’implique pour l’association, en relayant l’information à l’échelle locale et en faisant passer l’esprit de l’Anper à ses collègues. « J’organise des réunions, j’effectue le compte-rendu de l’assemblée générale de l’Anper à ceux qui n’ont pu y assister et j’essaye de mettre en place des stages pour les exploitants et enseignants d’auto-écoles. »
Au niveau des véhicules, Michel Renard vient de renouveler sa flotte d’automobiles. Il s’est tourné vers un nouveau venu sur le marché, Seat, la marque espagnole du groupe Volkswagen. « L’Ibiza est une voiture tendance qui plaît aux jeunes et qui va permettre de rajeunir notre image ».
Enfin, n’oublions pas le partenariat de l’auto-école avec le célèbre club de rugby du Biarritz Olympique. « Un petit livret sur l’auto-école est distribué au public lors des matches », précise Michel Renard. Ou encore celui avec le club de football d’Anglet, qui évolue en CFA 2. « C’est très positif d’associer son nom à des équipes sportives. »
DE BIARRITZ À BAYONNELa troisième auto-école visitée se situe à une poignée de kilomètres de Biarritz, en plein centre-ville de Bayonne. À sa tête, Jean Castelain, nous explique son parcours professionnel. « J’ai obtenu mon diplôme de moniteur à l’âge de 21 ans. Mon père était également dans le métier. En 1979, lorsque j’ai ouvert mon établissement, je me suis trouvé « en concurrence » avec lui, mais en 1992 nous avons réuni les deux auto-écoles. Et en 2003 j’ai acquis un second bureau à Anglet. »
S’il y a assez peu d’auto-écoles dans le secteur Biarritz-Anglet-Bayonne, c’est qu’elles ont fondu comme neige au soleil.
« Rien qu’à Bayonne, on est passé d’une vingtaine d’établissements en 2000 à une petite dizaine actuellement. Beaucoup de petites écoles de conduite ont mis la clé sous la porte. »
S’il y a moins d’auto-écoles, il n’y a pas pour autant trop de places d’examens ! « Le manque de places constitue un souci récurrent. Mais il n’est pas linéaire au cours de l’année. En général, de septembre à mars, cela peut aller. Mais de mai à août, cela devient catastrophique ! Malgré les efforts de l’administration, le coefficient moyen d’attribution des places n’est que de 1,35. C’est très déstabilisant pour la vie d’une auto-école, et bien sûr aussi pour les élèves. Ils savent que s’ils ratent leur premier passage du permis, ils auront beaucoup de difficultés à repasser l’examen. Il y a mieux comme état d’esprit pour aborder une telle épreuve ! Le manque d’inspecteurs a notamment été aggravé par l’allongement de la durée de l’examen, à 35 minutes. Alors, il n’y a pas de miracle ! »
LE PRÉCURSEUR DU BSRL’auto-école Castelain est particulièrement active pour tout ce qui concerne la moto, le scooter et les cyclos. « Nous avons même été l’une des premières écoles de conduite à faire délivrer des BSR par un préfet, en 1994, ce qui est devenu obligatoire en 1997. J’avais monté ma propre formation à la demande dans ce domaine. Le préfet l’a appris et nous a inclus dans le PDASR (Plan départemental d’action et de sécurité routière). »
Concernant la réforme du permis moto, applicable le 19 janvier 2013, Jean Castelain estime que le « retour » du permis A2 est « inutile ». « La réforme va aboutir au fait qu’on aura plus d’élèves entre 20 et 24 ans. »
Autre regret, « les épreuves de la réforme sont quelque peu difficiles à comprendre. » Mais c’est surtout la manœuvre d’évitement qui exaspère Jean Castelain. « Apprendre à éviter est pour moi une aberration, c’est dangereux » Quant à l’arrivée du bilan de compétence au permis moto, « cela ne changera rien. L’inspecteur a déjà son avis, il mettra des croix où il le veut pour confirmer sa décision. »
Jean Castelain reste par ailleurs dubitatif à propos de l’officialisation de la remontée de files, réclamée par certaines associations de motards. « Un motard, c’est fragile, il doit être le moins possible « à l’extérieur ». La remontée de files est toutefois possible, mais elle doit être interrompue systématiquement aux intersections et pratiquée avec un différentiel de vitesse le plus faible possible. »
UN CENTRE D’EXAMENS BEAUCOUP PLUS ÉLOIGNÉDans la région de Biarritz, disposer d’une piste moto pour passer l’examen est devenu problématique. « Il y a 10 ans, l’État a détaché un terrain à l’ex-DDE pour créer une piste pour la moto et le poids lourd. Elle n’a jamais été utilisée car elle ne disposait pas de voie d’accès ! Actuellement, la piste que nous utilisions vient d’être revendue au privé. Nous allons donc devoir nous rendre à Pau, une ville située beaucoup plus loin ! »
Quant au sujet brûlant du moment, le dispositif de dématérialisation des dossiers d’inscription à l’examen du permis Faeton, « je n’ai pas pu me rendre à la première réunion d’information organisée par l’administration, mais les échos que j’en ai eu n’étaient pas brillants. L’administration n’a pas su répondre aux interrogations des auto-écoles. Je me rendrai à la seconde réunion, on verra bien… » Mais ce qui inquiète le gérant, c’est l’utilisation des tablettes informatiques par les inspecteurs, style iPad ou Galaxy Tab.
« C’est la fin du papier ! Les inspecteurs vont devenir les rois du stylet ! Après tout, il faut vivre avec son temps ! »
Christophe Susung
CENTRE SÉCURITÉ ROUTIÈRE BIARROT
Gérant : Alain Lopez
Bureau : 1
Formations : B, AAC, A, BSR, formation 7 h 125 cm3
Véhicules : 1 Peugeot 207, 1 Yamaha XJ6, 1 scooter 125
Inscriptions : 50 en B, une dizaine en A
Tarifs : 943 euros sans Code, 1 093 euros avec Code, 38 euros l’heure de conduit
AUTO-ÉCOLE ANNETTE MICHEL
Gérant : Michel Renard
Bureaux : 2
Employés : 8 moniteurs, 1 secrétaire
Formations : A, BSR, B, AAC
Véhicules : 5 Seat Ibiza, 1 Citroën Picasso, 1 Clio automatique
Inscriptions : 175 BSR, moins de 100 A, 380 B
Tarifs : n.c.
AUTO-ÉCOLE CASTELAIN
Gérant : Jean Castelain
Bureaux : 2
Employés : 5 moniteurs
Formations : B, AAC, conduite supervisée, A, BSR, formation 7 h 125 cm3
Véhicules : 5 Renault Clio, 2 Yamaha 600 XJ600, 1 Suzuki 125 Van Van, 2 scooters Honda 125 PCX, 1 cyclo MBK Spirit Booster
Inscriptions : 200 en B, 130 en A
Tarifs : forfait 21 h : 1 220 euros, 40 euros l’heure de conduite