Dans une ville marquée par l’automobile, les auto-écoles ne manquent pas. La concurrence semble saine, les trois auto-écoles rencontrées arrivant chacune à tirer leur épingle du jeu et à maintenir leur activité.La grand-messe du sport automobile de juin est terminée depuis quelques jours à peine, mais Le Mans en garde encore les traces : les vitrines des boutiques sont toujours parées de petits drapeaux à damiers et de bolides miniatures, comme pour bien rappeler que l’événement principal de l’année est la célèbre course d’endurance, les 24 H du Mans ! Cet événement amène tous les ans quelque 230 000 personnes et selon une étude, la seule semaine pendant la course rapporte 70 % des retombées économiques annuelles de la ville !
UNE VITRINE QUI « EN JETTE » !Dans cet univers de course automobile, l’auto-école SC Cerveira ne dénote pas. Elle se distingue en effet par sa vitrine pour le moins originale. Une énorme moto et une Ford Mustang placées dans un décor qui évoque les grands espaces américains, accueillent la clientèle, apposées sur un film laissant passer la lumière. C’est impressionnant, mais lorsque l’on arrive devant l’établissement, on peut avoir l’impression que ce dernier est… fermé ! Sacha Cerveira, le gérant, se réjouit du fait que ce bureau, sis rue Montoise, est particulièrement bien placé, à proximité immédiate des lignes de bus et du tramway, et avec une boulangerie juste à côté.
« J’y étais moniteur depuis 2004 et en 2008 j’ai repris l’activité. » Le gérant précise qu’il existe depuis 2009 un second bureau, situé à Conlie, à 20 km du Mans.
Les 24 H du Mans amènent beaucoup de monde dans la ville, notamment de l’étranger. « La circulation n’est parfois pas facile. Mais d’une manière générale, l’environnement routier du Mans convient bien à l’apprentissage de la conduite. On peut être rapidement dans la campagne, il y a pas mal de 2 x 2 voies,
le réseau autoroutier ceinture bien le département, et les accords signés entre le CNPA et l’Anper avec Cofiroute nous permettent depuis plusieurs années d’emmener les élèves gratuitement sur autoroute. Enfin, on peut faire des voyages-école en Vendée ou en région nantaise. »
Difficile d’interroger une école de conduite sans aborder la question des places d’examens et des délais d’attente ! Sacha Cerveira reconnaît que la situation dans la Sarthe s’est grandement améliorée. « Cela va mieux qu’il y a quelques années, on a eu des inspecteurs en plus et la gestion des places est assez souple. »
S’il y a beaucoup d’auto-écoles au Mans par rapport à la population de la ville, « il y a un bon maillage des établissements et il règne un bon esprit. On arrive même à se dépanner au niveau des places d’examens en B et en A. » Sacha note tout de même une concurrence plus poussée en moto. « Il y a une forte proportion de motards au Mans, et proportionnellement plus d’auto-écoles qui font de la moto qu’ailleurs, dont pas mal de gros centres. »
MOTO : UNE RÉFORME QUI VA DANS LE BON SENSQue pense justement notre gérant de la réforme du permis moto, applicable le 19 janvier 2013 ? Il faut dire que Sacha Cerveira, adhérent CNPA, a été chargé par Richard Zimmer, le délégué régional du syndicat, – qui lui ne fait que du permis B –
de la formation moto des adhérents de la Sarthe. « Dans l’ensemble, cette réforme va dans le bon sens. Parmi les nouveautés, le parcours lent et extra-lent à l’examen sera développé de manière plus technique. Et à allure rapide, il y aura 2 parcours notés à effectuer, contre 1 seul actuellement. » C’est aussi la fin du chronométrage ! « On s’oriente vers l’utilisation d’un cinémomètre, qui représente cependant un investissement assez lourd pour les auto-écoles (entre 1 000 et
2 000 euros HT selon le modèle). Je suis en train de négocier un achat groupé pour les adhérents CNPA. »
Autre changement, outre le casque et les gants, les chaussures montantes ou les bottes sont désormais obligatoires lors du passage du permis. « Venir à l’examen en baskets, c’est fini ! »
La réforme moto, c’est aussi plus de progressivité. Le 19 janvier 2013, il faudra avoir au moins 24 ans pour passer en permis A direct, contre 21 ans actuellement. « Un jeune de 18 ans va être obligé de repasser son Code à 24 ans, ce qui n’est finalement pas une mauvaise chose. Enfin, nous attendons la parution des nouvelles fiches pour l’interrogation orale en partie plateau, dont le nombre passera de 20 à 12, ce qui est plus simple et plus motivant. »
Cette réforme sera l’occasion pour Sacha d’organiser une formation en septembre-octobre, puisqu’il est également depuis peu responsable départemental de l’Anper, succédant à Richard Zimmer. L’organisation d’une formation sur le REMC, qui doit remplacer le PNF, est aussi prévue. « On monte d’un cran, on passe au savoir-être et au savoir-devenir. L’enseignant de la conduite doit de plus en plus se remettre en question. »
UNE AUTO-ÉCOLE BIEN INSTALLÉE DANS LA PROFESSIONRendez-vous est pris avec l’auto-école Forget Tinard, fondée en 1974 et située près de la cathédrale et du site historique de la Cité Plantagenêt, avec plusieurs lycées à proximité. Laure Tinard, co-gérante, reçoit la Tribune des Auto-Écoles dans l’arrière-salle, une ancienne cour aujourd’hui couverte et décorée de plantes vertes et d’un aquarium. Il existe deux autres bureaux, l’un également au Mans, qui ne fait que du permis B, et l’autre à Sainte-Jamme-sur-Sarthe pour le poids lourd. « Dans ce domaine, nous avons un partenariat avec Promotrans, pour le FCO/FIMO. Et en septembre, on commence les Caces ! Il faut toujours chercher à évoluer, à progresser ! » La co-gérante explique ensuite l’origine du nom de l’établissement. « L’auto-école s’est associée en 1983 avec Forget Formations. Même si ce partenariat n’a plus cours aujourd’hui, l’établissement a gardé l’appellation Forget Tinard, bien ancrée dans les esprits. »
DEPUIS 26 ANS DANS LA MÊME AUTO-ÉCOLE !« Cela fait jour pour jour 26 ans que je suis arrivée à l’auto-école, » constate Laure Tinard. J’ai commencé en 1986 par être salariée au niveau administratif et comptabilité, et en 1992, je suis devenue associée et co-gérante. »
Une stabilité professionnelle suffisamment rare pour être soulignée, à l’heure où le turnover dans la profession est assez élevé, soit pour quitter le métier soit pour changer d’établissement.
Selon Laure Tinard, les élèves sont assez différents d’un site à l’autre. « Je les trouve moins ouverts à la campagne, à Sainte-Jamme-en-Sarthe, mais par contre ils sont souvent en avance en conduite, car certains ont déjà pris le volant avant d’arriver dans l’auto-école ! » La clientèle du Mans est plus « huppée ». « Les élèves ont souvent des parents médecins ou avocats, ce qui ne les empêche pas de souscrire au permis à 1 euro par jour ! », révèle Laure Tinard, qui reconnaît que « la formule ne bénéficie pas en premier lieu aux plus défavorisés. Je me demande d’ailleurs si le dispositif ne va pas être remis en cause par la suppression des niches fiscales… »
Chez Forget Tinard, quand les élèves échouent au premier passage, « on les motive et on les fait partir en conduite supervisée, qui constitue une bonne formule pour progresser. »
Autre spécificité, « tant qu’un élève n’a pas obtenu son Code, il ne commence pas la conduite. Ce que ne peuvent pas faire les petites auto-écoles. »
PAS DE BAISSE D’ACTIVITÉ EN BPour le permis B, « la demande est soutenue et se renouvelle tous les ans, nous ne manquons pas d’élèves », assure Laure. « Et ce n’est pas la concurrence des loueurs de véhicules à doubles commandes qui changera la donne. Un loueur s’était bien installé, mais a cessé son activité au bout de quelques mois… » Par contre, en ce qui concerne le poids-lourd, c’est plus dur. « Il ne faut pas attendre que les clients vous contactent, il faut démarcher et prospecter constamment ! »
Laure Tinard est tellement prise dans ses multiples activités qu’elle n’a pas encore eu le temps de se « plonger » dans les textes de la réforme du permis poids lourd, applicable au 19 janvier 2013. « J’ai juste retenu la création d’un « mini-permis poids lourds », qui est une bonne chose pour ceux qui souhaitent conduire un petit camion. »
UNE AUTO-ÉCOLE EN VOIE DE DÉMÉNAGEMENTÀ une dizaine de minutes du centre-ville, dans une artère calme, est installée depuis 1977 l’école de conduite Bouvier. Chantal Bouvier, l’épouse du gérant Jean-Marie Bouvier, nous apprend qu’un déménagement est prévu sous peu. L’auto-école ira s’installer 500 mètres plus loin, avenue Bollée, l’un des principaux axes de la ville. « Ce nouveau local (300 m2) est beaucoup plus grand. Nous avions besoin de plus de place ! »
L’actuel emplacement, outre son étroitesse, ne se trouve pas sur une ligne de bus. Cependant, révèle Chantal Bouvier, « notre clientèle ne tombe pas forcément sur nous par hasard ou par proximité, c’est plutôt le bouche-à-oreille qui nous fournit une bonne partie de nos élèves. Cela fonctionne surtout comme cela dans la profession ! De toute façon, nous ne cherchons pas à faire du chiffre à tout prix et à devenir une usine d’abattage du permis de conduire ! »
DES ÉLÈVES MOINS MOTIVÉSEn 2012, les élèves sont moins motivés qu’il y a 30 ans, constate Chantal Bouvier.
« C’est un peu la même chose qu’à l’école. Je peux à peu près connaître le bulletin scolaire d’un élève en voyant ce qu’il fait à l’auto-école. De nos jours, les jeunes sont de moins en moins autonomes, ils sont sur-assistés. Ils attendent tout de nous et ne prennent pas d’initiative par eux-mêmes. Sur sa moto, un élève en formation A est plus autonome. Même si en scooter (à boîte automatique), l’élève de base ne sait qu’accélérer à fond et piler. »
Alors que le gouvernement Hollande est arrivé au pouvoir, Chantal Bouvier dresse le bilan des années passées. « Si l’on compare le nombre d’accidents avec 1977, les progrès sont incontestables, les gens se sont un peu calmés au volant. Mais il y aura toujours des conducteurs pour faire n’importe quoi sur la route. » Pour Chantal, le problème est que « les élèves, tout comme leurs parents, parlent dès le premier jour de décrocher l’examen du permis, et pas de se former à la conduite. » Chantal propose « d’instaurer aux jeunes conducteurs, plutôt que des amendes, des annulations systématiques de permis, mais de courte durée (8 jours par exemple). Cela serait plus efficace. »
LE CIRCUIT DU MANS INTERDIT AUX MOTO-ÉCOLES ?Côté piste moto, l’école de conduite dispose d’un grand parking dans le secteur d’Antarès, où nos motos sont sur place. Chantal Bouvier regrette cependant de ne pouvoir louer le circuit du Mans. « Ne pas pouvoir utiliser un tel circuit est frustrant, mais on nous l’a toujours refusé. On pourrait y travailler par exemple le freinage d’urgence, plus efficacement qu’en circulation. »
Si certaines auto-écoles d’autres villes de France ont vu baisser leur activité ces derniers temps, cela ne semble pas être le cas au Mans. « On arrive à se maintenir. Mais nous subissons une particularité démographique. Dans les 16-22 ans, il y a beaucoup d’enfants uniques. Cela nous fait moins d’élèves ! Alors on se diversifie, on fait du BSR, du post-permis dans les entreprises, très désireuses de réduire leurs coûts (éco-conduite) et le nombre d’accidents de la route… L’auto-école pure, qui ne fait que du permis B, est à mon avis morte et enterrée ! »
Quant au post-permis pour tous, Chantal est « sûre que les gens seraient partants pour 1 heure d’information une fois tous les 5 ans, sur ce qui a changé sur la route. On passe le permis et jusqu’à 90 ans aucune visite médicale ni remise à niveau n’est prévue ! On pourrait au moins utiliser une autre visite médicale, par exemple celle que l’on passe pour faire du sport, avec une copie pour le permis de conduire. »
À quelques jours de l’obligation de détenir un éthylotest dans un véhicule motorisé, Chantal Bouvier estime que « cela permettra à certains de se poser la question de savoir s’ils peuvent reprendre le volant. Même si certains irréductibles s’en soucieront comme de leur premier verre de bière… ! »
Christophe Susung