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edit_note Examens — Mai 2007

-Réactions de la profession-
Pour ou contre l’annonce différée du résultat ?


Alors que le sujet revient actuellement sur le devant de la scène, La Tribune des Auto-Ecoles a demandé aux acteurs de la profession de se prononcer en faveur ou contre l’annonce différée du résultat (ADR). Les avis sont partagés.

GÉRARD ACOURT, PRÉSIDENT D’ECF
Ni pour, ni contre. « Nous pensons que sur le plan pédagogique, l’ADR n’est pas une bonne chose. Car le commentaire, effectué « à chaud », est beaucoup plus efficace pour expliquer aux candidats le pourquoi de l’échec, que l’envoi différé d’un résultat. L’examen prend une dimension pédagogique, ce qui peut permettre d’aller au-delà de l’échec et de déboucher sur du positif. Néanmoins, la problématique de la sécurité des inspecteurs se pose. Si ces derniers estiment que l’ADR peut résoudre les problèmes d’agression, cette solution est alors absolument à prendre en considération.
On notera que la directive européenne du 20 décembre 2006, définissant les compétences minimales pour devenir examinateur, énonce l’exigence faite à ce dernier « d’informer clairement les intéressés des résultats de l’épreuve », ce qui ne va pas dans le sens de l’annonce différée. Cette directive va peut-être permettre davantage de sérénité, de sécurité et de pédagogie. Enfin, il faut des centres d’examen dignes de ce nom (accueil, confort, etc.) afin que l’élève arrive dans de bonnes conditions à l’examen. »

DANIEL BLOT, PRÉSIDENT DU CNPA BRANCHE AUTO-ÉCOLE
Contre. « Le CNPA continue à être résolument contre l’annonce différée, dans la mesure où l’examen fait partie du processus formation/examen. C’est une démarche pédagogique, qui commence par la formation et se termine par le jugement de l’examinateur. Les inspecteurs réclament un rôle de conseiller-évaluateur dans la formation, mais lorqu’on leur donne la possibilité de s’exprimer, ils n’en veulent plus ! De plus, l’annonce différée est un dispositif qui a été conçu, imaginé et octroyé aux inspecteurs dans une situation de crise – la sortie de la grève, en 2000 –, pour faire face à une prétendue violence. Or, on constate qu’il n’y a pas de violence lors des examens du permis. Il y a beaucoup moins d’inspecteurs qui se font brutaliser que de secrétaires d’auto-écoles, de chauffeurs de bus, d’enseignants, etc.
D’autre part, le rapport Liebermann affirme que le problème n’est pas de généraliser l’annonce différée, mais d’en sortir : il n’y a aucune raison de maintenir l’ADR là où cela ne se justifie pas. Elle ne devrait être mise en place que pour un temps limité et dans des cas extrêmes. Enfin, partout où l’annonce différée est instaurée, elle l’est de façon illégale. Elle ne peut être mise en place que si une majorité d’inspecteurs et d’auto-écoles la réclame. Or, dans l’envoi de questionnaires par certains préfets aux acteurs locaux de la profession, la non-réponse vaut acceptation. Peu d’écoles de conduite ont répondu, d’autant plus que le vote n’est pas anonyme. Résultat, l’ADR a pu passer. »

JEAN-LOUIS BOUSCAREN, PRÉSIDENT DE L’UNIDEC
Plutôt contre. « Notre position s’est faite en deux temps et depuis n’a pas bougé. Dans un premier temps, nous étions hostile à l’annonce différée, car nous estimions – et estimons toujours – que l’inspecteur a un rôle pédagogique. Après en avoir discuté avec le Snica-FO, nous avons bien voulu entendre l’argument sécuritaire des inspecteurs. Dans un deuxième temps, nous avons donc mis notre hostilité en retrait. Dans tous les cas, la crise au niveau du permis n’est pas liée au fait que les candidats aient leurs résultats tout de suite ou dans 48 heures. Le problème crucial est celui des places d’examen et du nombre d’inspecteurs. Bientôt, c’est nous qui allons rouspéter que nos collaborateurs ne sont pas en sécurité. Nous sentons monter la tension, car les candidats font pression sur les auto-écoles pour passer l’examen. Il y a déjà eu des agressions. »

PHILIPPE COLOMBANI, PRÉSIDENT DE L’UNIC
Contre. « Nous sommes contre l’annonce différée, qui isole l’inspecteur à la fois de l’enseignant de la conduite et de l’élève. C’est une méthode archaïque de repli sur soi-même. Quand il y a un problème, il faut aller vers les autres et essayer de dialoguer. Je ne veux pas excuser les agressions, mais si certaines se sont produites, c’est aussi car parfois certains inspecteurs sont à la limite de l’incorrection. Et tant que l’on ne remettra pas à plat le système du permis de conduire, on ne fera, comme avec l’ADR, que du « rafistolage » inutile.
L’ADR ne sert à rien, c’est une mesure protectionniste, demandée par un groupuscule corporatiste d’inspecteurs qui ne veut pas se confronter à la réalité.
Et dans pratiquement tous les départements où le préfet a fait une soi-disant concertation avec la profession, il n’a jamais suivi la majorité, qui en général est contre l’ADR. Tout simplement parce qu’un syndicat d’inspecteurs, le Snica-FO, menace de se mettre en grève. Je constate enfin qu’à chaque fois que l’ADR  a été instaurée dans un département, les taux de réussite ont chuté. »

OLIVIER DEBLIQUIS, RESPONSABLE NATIONAL DE LA CFDT INSPECTEURS
Ni pour, ni contre. « Aujourd’hui, nous sommes ni pour ni contre l’annonce différée. Au début, la CFDT était totalement contre l’annonce différée. Mais, depuis, nous avons décidé de ne va pas aller à l’encontre des inspecteurs si dans un département ils sont une majorité à vouloir l’ADR. Nous sommes pour un vote interne à chaque département. L’annonce différée ne résout pas forcément les problèmes. Dans le Bas-Rhin, mon épouse, également inspectrice, a pris un coup de poing, alors que son département applique l’ADR. Ce n’est pas le résultat différé qui change les choses. Les candidats savent très bien où se trouvent les inspecteurs, étant donné que le centre d’examen est souvent un bout de trottoir. À partir du moment où les inspecteurs partent d’une enceinte fermée, tel qu’un local de la DDE, il n’y a pas d’agressions. C’est souvent quand le centre d’examen est un espace non sécurisé, tel que le trottoir, qu’il y a des problèmes. L’urgence est d’avoir des points de départ sécurisés sur le domaine qui appartient à l’État. »

MARC FAVRE, SECRÉTAIRE NATIONAL DE L’ADECA/FNEC
Contre. « L’ADR constitue une déshumanisation aberrante. Il est regrettable que les inspecteurs n’aient avec ce système plus la possibilité de parler en direct des erreurs éventuelles du candidat, mais aussi de ses qualités. J’ai constaté que bien des gens se souviennent toujours de leur premier examen des années après celui-ci, et ont tenu compte lors de l’examen suivant du commentaire de l’inspecteur.
Certains inspecteurs font valoir que quand un candidat sait qu’il a fait des erreurs, il se ferme et n’écoute pas ce qu’on pourrait lui dire. Je reste persuadé que ce n’est pas complètement vrai, et qu’un commentaire pédagogique fait partie intégrante de l’examen. De plus, l’enseignant, qui a entendu ce commentaire, peut aller dans la même direction que l’inspecteur, voire même affiner ce commentaire. Pour l’élève, descendre du véhicule sans connaître le résultat de l’examen est très déconcertant. Car c’est alors à l’enseignant de faire un commentaire, mais sans se prononcer sur le résultat, ce qui n’est pas simple. Avec l’ADR, le métier d’inspecteur n’est pas très passionnant et se cantonne au simple « Bonjour, tournez à gauche puis à droite…, au revoir ». Certains inspecteurs aimeraient pourtant effectuer un commentaire pédagogique. »

CHRISTIAN GROLIER, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU SNICA-FO INSPECTEURS
Pour. « Au départ, nous voulions la mise en place de l’annonce différée car nous étions persuadé que cela stopperait les agressions. On pourrait nous rétorquer que dans certains départements, il n’y a pas d’agressions. Mais dans le quotidien d’un inspecteur en annonce directe, il y a une pression permanente, notamment le stress du candidat qui se dit que s’il rate, il fera face à de longs délais avant de pouvoir repasser l’examen. Aujourd’hui, nous demandons donc aussi l’annonce différée car elle enlève toute cette pression et la ramène sérénité sur le lieu de travail dans la relation avec candidat. L’élève ressort sans son résultat et ne peut pas se comparer aux autres. Il ne faut pas pour autant faire un examen muet. Il faut discuter avec le candidat, relever les erreurs. Mais nous considérons que les inspecteurs n’ont pas un rôle pédagogique. C’est l’enseignant qui a ce rôle. En outre, ce qui nous a fait pencher pour l’ADR, c’est que le commentaire pédagogique n’est jamais écouté par le candidat. Quand l’inspecteur a dit que ce n’était pas bon, le candidat n’entend plus rien. »

JEAN-YVES FERRON, PRÉSIDENT DU GECEI-MER
Contre. « L’ADR fait partie d’un ensemble de problèmes du service public, qui entretient le malaise actuel de la profession. L’annonce différée ne résout rien. Il y a en fait peu de réels problèmes de violence, et si un élève veut vraiment se venger d’un inspecteur, il pourra toujours le faire quelques jours après l’examen.
L’annonce différente, qui consistait à réunir tous les candidats d’une session après l’examen afin de leur expliquer les motifs d’un éventuel ajournement, était une solution satisfaisante. Mais avec les problèmes grandissants de manque de places d’examen, elle n’est plus à l’ordre du jour car elle prend plus de temps. Enfin, le commentaire très succinct que l’élève peut lire lorsqu’il reçoit son résultat, n’est pas forcément très limpide et ne vaut pas une explication orale, un véritable dialogue. »

BRUNO DE KORSAK, PRÉSIDENT DE L’UNSA ÉDUCATION ROUTIÈRE
Plutôt pour. Au départ, nous étions plutôt contre l’ADR. Mais depuis qu’elle est mise en place dans certains départements, nous sommes plutôt pour. Car cela remet l’examen du permis de conduire au même niveau que les autres examens (BAC, BEP, CAP…), pour lesquels le résultat est différé. De plus, quand l’inspecteur a déjà examiné un certain nombre de candidats dans la journée, leurs prestations peuvent l’influencer pour juger les derniers candidats. D’autre part, le commentaire pédagogique « à chaud » ne fonctionne pas avec les élèves, qui sont déçus et n’écoutent pas. L’ADR permet de prendre plus de recul.
Mais l’annonce différée est un faux problème. Nous souhaiterions que l’examinateur n’influence pas le comportement du candidat en indiquant systématiquement les directions à prendre. Chercher sa route devrait faire partie de l’examen. Enfin, il faudrait rendre l’examen plus convivial et moins monotone, afin qu’un candidat recalé plusieurs fois ne passe pas 4 ou 5 fois exactement le même examen. »

MICHEL MALBERT, PRÉSIDENT DE CER
Ni pour, ni contre. « Il y a des secteurs où les inspecteurs ne sont pas en sécurité. Je peux comprendre que pour les protéger, on ait pu avoir recours à l’ADR. Il faut bien entendu tout mettre en place pour assurer la sécurité des fonctionnaires dans l’exercice de leur tâche. Cependant, il faudrait effectuer une analyse dans les départements où l’ADR a été mise en place, pour voir si cela a résolu les problèmes d’agressions. Si ce n’est pas le cas, cela ne se justifiait pas. Je n’ai pas eu connaissance d’un bilan de ce type par la DSCR.
Néanmoins, sur un plan purement pédagogique, il est préférable que l’inspecteur, à l’issue de l’examen, puisse communiquer en direct au candidat sa décision et ce qui la justifie.
Dans le département où j’exerce, l’Aveyron, le préfet a effectué un sondage auprès de toutes les parties concernées (enseignants, inspecteurs) afin d’opter ou non pour l’ADR. La majorité a souhaité ne pas passer à l’ADR. Mais ce département est loin d’être représentatif de la situation dans tout le pays. »

PASCAL PIERRE, PRÉSIDENT DE CITY’ZEN ET CITY’PRO
Plutôt pour. « Le plus souhaitable serait que la communication des résultats complète l’action pédagogique et apporte un regard neutre sur le niveau de la personne à un moment donné, en lui expliquant pourquoi elle est ajournée et ce qu’il lui reste à travailler pour réussir. Mais cette communication orale détaillée, idéale dans l’absolu, nécessiterait, pour être efficace, un examen encore plus long, alors que les délais d’attente sont déjà importants. Annoncer le résultat, avec des explications trop brèves, peut entraîner des réactions agressives de la part de certains candidats. Par conséquent, s’il ne peut y avoir de véritable communication pédagogique, autant que l’annonce soit différée. Dans le contexte actuel, nous sommes donc plutôt pour l’ADR, car elle apporte un peu plus de sérénité face à une communication de synthèse. L’annonce différée peut alors permettre au candidat d’avoir davantage de recul. »

MICHEL TEREKOFF, PRÉSIDENT DE LA FNEC
Contre. « Nous sommes opposés à l’ADR, car elle place les candidats dans une situation anormale, puisqu’il a été prévu par les textes que les inspecteurs fassent des commentaires d’ordre pédagogique sur leur décision. Il est dans la nature des choses que l’examinateur aide en direct le candidat ajourné à progresser en vue de l’examen suivant. De plus, l’ADR entraîne une inégalité flagrante, puisqu’un candidat qui passerait son examen à la veille d’un week-end, de jours fériés, etc., ne pourra pas savoir s’il peut conduire avant plusieurs jours.
D’autre part, la décision de l’examinateur n’est pas non plus très lisible pour un enseignant. Il ne peut donc pas s’engager vis-à-vis de son élève, car cela l’expose à des retournements de situation difficiles à prévoir. Enfin, dans certains départements, les inspecteurs, à l’annonce de la mise en place du nouveau CEPC, estiment qu’ils n’auront pas le temps de le remplir pendant l’examen. Ils vont par conséquent demander l’ADR afin de pouvoir s’acquitter de cette tâche chez eux ! »


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