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flag Mouvements sociaux — Septembre 2012

- Manque de places d’examens -
Les auto-écoles à bout de souffle !


En juin dernier, les auto-écoles sont à nouveau descendues dans la rue dans plusieurs départements, avec comme principale revendication encore et toujours le manque d’inspecteurs et de places d’examens, de plus en plus handicapant pour les professionnels comme pour les élèves.

L’exaspération des écoles de conduite est à son comble dans l’Hexagone. En cause, encore et toujours le manque de places d’examens et les absences répétées des inspecteurs du permis de conduite (mutations, arrêts maladie à répétition…). Si ce manque constituait le principal grief, d’autres thèmes comme la concurrence des sociétés de location de véhicules à doubles commandes pour l’apprentissage libre et les inquiétudes engendrées par le projet Faeton de dématérialisation des Cerfa 02. Face à l’ensemble de ces problèmes, plusieurs manifestations ont eu lieu, le 20 juin dans différents départements (33, 42, 78, 92, 93) et le 28 juin dans le 77.

BORDEAUX : FORTE MOBILISATION
Le rassemblement le plus important s’est déroulé à Bordeaux, où quelque 70 véhicules-école (sur un total de
220 en Gironde) ont envahi les rues de la ville pour se rassembler devant la préfecture. Les représentants syndicaux de la profession (Unic, rejoints par le CNPA et l’Unidec) ont été reçus par le préfet, Patrick Stefanini, qui a promis la tenue chaque mois d’une réunion entre la DDTM, les syndicats auto-écoles et les représentants des inspecteurs, afin de faire le point sur les avancées demandées. Il a aussi promis la transparence et l’assurance que tout est mis en œuvre pour faire avancer les choses. Enfin, le préfet a écrit à la DSCR afin que les inspecteurs de la Gironde ne fassent plus de renfort dans les autres départements.
Pour Sandra Carasco, déléguée départementale de l’Unic et son mari David Vincent, tous les deux de l’auto-école Carasco (Bordeaux), « les auto-écoles ont réussi à rassembler 70 véhicules et nous avons pu rencontrer directement le préfet ! Ce dernier nous a promis une plus grande transparence et la tenue de points chaque mois avec les auto-écoles. À la rentrée, il faudrait un coefficient d’au moins 1,8, lissé sur les 6 mois à venir, contre 1,28 en août. Si en septembre les coefficients ne sont pas ceux escomptés, on pourrait organiser de nouveau une manifestation, de plus grande ampleur et avec la présence des élèves. Concernant Faeton, nous avons obtenu quelques avancées : il y aura toujours bien une répartition, et on pourra toujours échanger nos places. »
Bernard Bordas, représentant départemental du CNPA, estime que « même si le préfet nous a fait bonne impression, il n’a pas précisé quand aurait lieu le premier point, alors que la situation est urgente : il n’y a eu aucun examen en juillet car un inspecteur moto est tombé malade. Le délégué au permis de conduire de la Gironde a dit que seraient d’abord rattrapées les places d’examens perdues en poids-lourd, qui concernent des permis professionnels, plutôt que les places moto, considérées comme des permis « loisir ». Mais même en B, les inspecteurs ne jouent pas le jeu, alors qu’ils pourraient déjà faire passer quelques candidats en plus, étant donné qu’ils s’arrêtent systématiquement à 11 h 30 le matin. Pourquoi ne pas faire passer un élève supplémentaire jusqu’à 12 h ? »
Olivier Timothée, représentant départemental de l’Unidec en Gironde et gérant d’une auto-école à Eysines, déplore « qu’on ne trouve jamais de solution pérenne, mais que des solutions pour « éteindre le feu ».
Il faudrait un coefficient au minimum de 1,7 jusqu’à la fin de l’année, de façon à pérenniser le passage des examens pour le bien-être non seulement des candidats mais aussi des auto-écoles. Le préfet a souligné les taux de réussite trop faibles des auto-écoles. J’ai rétorqué qu’il existe des écarts de résultat importants entre les examinateurs. On est arrivé à un terrain d’entente : les auto-écoles devront travailler sur leur système de formation et les inspecteurs sur leur système d’évaluation. »

LOIRE : DES AVANCÉES OBTENUES
Dans la Loire, également le 20 juin, une cinquantaine de véhicules venus de tout le département se sont rassemblés devant la préfecture de Saint-Étienne, avant que les auto-écoles ne soient reçues par la DDT. « À la suite de cette entrevue, nous avons obtenu 13 journées supplémentaires (4 en juillet et 9 en août), indique Michel Riccobene, délégué départemental de l’Unic.
« D’autre part, les inspecteurs ne partiront pas en renfort dans d’autres départements. Enfin, nous nous réjouissons également de l’obtention d’un véritable centre d’examens, qui verra le jour en octobre. »
Dans le Morbihan, Daniel Garnier, délégué départemental de l’Unic, qui avait déjà été à l’origine d’une manifestation le 24 mai dernier, n’a pour sa part pas appelé à manifester le 20 juin. « Nous avions déjà obtenu notre réponse (voir La Tribune des Auto-Écoles n° 173) donc nous n’avons pas jugé utile de redescendre dans la rue. »

HAUTS-DE-SEINE : UNE SITUATION CATASTROPHIQUE
Christophe Pellet, gérant d’une auto-école à Courbevoie et suppléant au délégué départemental de l’Unic Ibraima Kouyate, explique qu’« après avoir alerté sans succès le préfet et des députés sur le problème du manque d’inspecteurs, nous avons décidé de descendre dans la rue. Le 20 juin, une soixantaine de personnes se sont rassemblées devant la préfecture de Nanterre, le CNPA et l’Unidec ayant fait front avec nous. Nous avons été reçus par un membre du cabinet du préfet, qui a pu prendre connaissance de la gravité de la situation. On nous a promis des renforts. Car aujourd’hui les coefficients d’attribution des places sont au ras des pâquerettes. On en est à envisager de licencier du personnel. Nous sommes les seuls commerçants à refuser des clients, par manque de places d’examens ! Il faudrait que tous les inspecteurs (dont les délégués et les adjoints) soient réellement sur le terrain et ne fassent plus par exemple passer le Code toute une journée. »
Pour Martine Lang, délégué départemental de l’Unic dans les Yvelines, la manifestation organisée le 20 juin devant la DDTE de Versailles et rassemblant une vingtaine d’auto-écoles  n’était « qu’une manif de plus ! On avait auparavant obtenu 19 jours
de Code, mais à quoi ça sert si on ne peut pas faire passer les élèves en conduite ? Et le centre d’accueil de Versailles reçoit toujours les élèves dans des conditions déplorables. On a demandé une harmonisation de la notation des inspecteurs. C’est en cours, nous a-t-on dit. On verra à la rentrée… »
En Seine-et-Marne, Georgette Mindigal, déléguée  départementale de l’Unic, a organisé une manifestation le 28 juin. Une quarantaine de véhicules auto-écoles émanant de 20 établissements se sont rassemblées devant la DDT de Vaux-le-Pénil. « Le département compte sur le papier 29 inspecteurs mais en réalité 19 seulement sont effectifs ! L’administration a demandé des renforts d’inspecteurs d’autres départements. Mais quand on voit qu’il n’y a actuellement que 30 inspecteurs en formation à Nevers pour 97 départements, la situation a peu de chances de s’améliorer ! »

SEINE-SAINT-DENIS : HARO SUR LES LOUEURS DE VÉHICULES À DOUBLES COMMANDES
En Seine-Saint-Denis, plus que le manque d’inspecteurs, c’est la concurrence des loueurs de véhicules à doubles commandes qui a motivé la manifestation du 20 juin, regroupant une vingtaine d’auto-écoles devant la préfecture de Bobigny. Comme l’explique Louisa Mebarki, déléguée départementale de l’Unic, « nous sommes vraiment saturés par cette concurrence, qui emploie parfois des moniteurs qui travaillent au noir en plus de leur travail habituel. Déjà que la nouvelle réglementation qui permet à n’importe qui d’ouvrir une auto-école sans expérience tire notre profession vers le bas… Au terme de la manifestation, nous avons rencontré le directeur de la réglementation et le secrétaire du préfet, qui nous ont assuré de remonter nos problèmes au ministère. Depuis, des contrôles de police ont déjà eu lieu… » L’Unic exige notamment sur ce sujet une réglementation de l’apprentissage libre et la mise en place de contrôles (fisc, inspection du travail, DDCCRF…), ainsi que l’interdiction pour ces entreprises de faire de la publicité sur le permis de conduire et son coût.

C. S.



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