En Haute-Marne, les indicateurs économiques pointent vers le bas. C’est aussi le cas du moral des gérants d’auto-école si ces derniers ne prennent pas d’initiatives pour maintenir leurs établissements dans une dynamique positive. La rencontre avec trois d’entre eux montre que des alternatives sont toujours possibles.« D’ici, en trois minutes, vous êtes dans les champs », promet un habitant de Chaumont rencontré à la gare. « Le cadre de vie est agréable, l’environnement est calme, la nature omniprésente », indique un autre, optimiste. « Nous avons l’ADSL depuis peu, la dernière ligne SNCF de France qui fonctionne au gasoil, plus de discothèque, et certainement encore un tiers du département mal couvert par les réseaux de téléphonie mobile », bougonne un dernier.
Pour rester dans l’ambiance, il faut dire que la Haute-Marne, essentiellement rural, affiche des compteurs en baisse. La démographie, notamment, accuse des soldes négatifs (d’après l’Insee, entre 1968 et 1999, la population de ce département a diminué de 4,5 %). Alors, pour sortir leur épingle du jeu, les entreprises en général, et les auto-écoles en particulier, doivent faire preuve d’initiative et d’originalité.
À en croire Bruno Roussel, ce n’est pas dans son auto-école, celle du Lycée, que l’on trouvera la recette du succès. Méfiant ou modeste, il se montre extrêmement concis dans ses explications. On apprend tout de même qu’il dirige trois établissements, un premier à Nogent-en-Bassigny (ndrl : à 23 km de Chaumont) qu’il a repris à la suite de son père en 1988, un second à Andelot (ndrl : à 21 km de Chaumont), acheté dix ans plus tard et enfin, fleuron de l’entreprise, l’auto-école du Lycée, à Chaumont, reprise en 2004. Idéalement situé, en plein centre de la ville, cet établissement se situe à 50 mètres d’un lycée d’environ 800 élèves et à côté d’un nœud de lignes de bus.
UNE STRATÉGIE TRIANGULAIRECette stratégie triangulaire étonnante est propre à la région : avoir un bureau dans un village permet d’accueillir près de chez eux les élèves qui viennent assister aux cours et s’entraîner pour l’examen du Code, le soir. Grâce à la bonne implantation de l’école de conduite à Chaumont, ces mêmes élèves peuvent être récupérés en journée, pour les heures de conduite. L’organisation des cours théoriques est révélatrice : dans chaque bureau « extérieur », quatre cours de Code hebdomadaires sont programmés, à des heures « loisirs » (en soirée et le samedi). En complément, un cours quotidien (sauf le vendredi) est proposé le soir à Chaumont. Enfin, argument coup de poing, ce bureau de centre-ville offre aux élèves la possibilité de s’entraîner individuellement tout au long de la journée sur DVD-tests. « Nous sommes les seuls à le proposer à Chaumont », annonce fièrement la secrétaire.
Autre particularité du département, la proportion des élèves qui apprennent à conduire dans le cadre de la conduite accompagnée est élevée. « Ici, la voiture est indispensable pour travailler et simplement se déplacer, confirme Bruno Roussel. De plus, nous disposons de beaucoup de petites routes pratiques pour l’AAC. Par conséquent, j’encourage l’apprentissage anticipé de la conduite. » D’après ses estimations, 30 % de ses élèves suivent le conseil.
Si Bruno Roussel est devenu moniteur d’auto-école par dépit, il s’épanouit tout de même parce qu’il « aime la formation ». « Je trouve cela valorisant de voir ce qu’un élève, qui ne sait rien de la conduite au départ, est capable de faire en fin de formation, affirme-t-il. De plus, le contact avec les jeunes est agréable, il permet de garder un certain dynamisme. »
DE LA DIFFICULTÉ DE TRAVAILLER AVEC DEUX ADMINISTRATIONSCependant, malgré cette richesse quotidienne, le gérant a quelques sujets de mécontentement dans son activité. Travailler avec des administrations différentes, notamment, lui complique la vie. « Quand on a un problème, préfecture et DDE se renvoient la balle, explique-t-il. Pour une histoire de tampon mal apposé sur le livret d’apprentissage, il arrive qu’un élève soit refoulé à l’examen et que nous perdions un temps fou à régler l’affaire. Nous devons en permanence vérifier que tout est bien noté, tamponné, validé dans les règles. »
Hors procédures administratives, le gérant de l’auto-école du Lycée est également gêné dans ses pratiques pédagogiques : « Nous disposons de 20 heures de conduite obligatoires, pour suivre un PNF qui représente 243 objectifs au total, détaille-t-il. Cela fait précisément 12 minutes par objectif, c’est impossible ! Or, les objectifs qui ne sont pas travaillés sont ceux qui ont le plus de rapport avec la sécurité : conduite de nuit, situations d’urgence, etc. »
Au final, Bruno Roussel regrette de devoir former les élèves surtout pour qu’ils réussissent le permis. Il a tenté de mettre en place des méthodes qui sortent un peu du cadre, mais sans succès. Le voyage-école, proposé en complément de la formation, après le permis, rebute les jeunes conducteurs qui ne veulent plus payer. « En moyenne, affirme-t-il cependant, les élèves ne se contentent pas des 20 heures. Nous sommes stricts sur l’évaluation. En général, il leur faut entre 30 et 35 heures de leçons pour être prêt. »
UN ÉTABLISSEMENT QUI MISE SUR LA DIVERSITÉÉgalement installé en centre-ville, Jérémie Laghouai présente un profil comparable. Depuis janvier 2005, il a repris l’auto-école Buffet, créée il y a une trentaine d’années par Claude Buffet. Fidèle aux méthodes de son prédécesseur, il a acheté, en même temps que l’établissement de Chaumont, deux petits bureaux, à Chateauvillain (ndrl : à 20 km de Chaumont) et Froncles (ndrl : à 25 km de Chaumont), qu’il utilise essentiellement pour les cours de Code. De son prédécesseur, il a également conservé une liste variée d’enseignements. Ainsi propose-t-il comme tout le monde, l’apprentissage de la conduite automobile, dont 40 % environ est réalisé en conduite accompagnée. En amont, et pour faire face aux fortes demandes liées à l’environnement rural, il assure également le BSR et, de manière générale, la conduite en deux-roues à tout âge. Plus étonnant, il a acquis un véhicule automatique, qui lui permet de répondre aux sollicitations de personnes handicapées et d’offrir une solution aux personnes en difficulté avec la mécanique.
Enfin, il travaille avec des organismes extérieurs pour réaliser des formations en marge des passages de permis. « Nous faisons parfois un peu de remise à niveau avec les seniors, en partenariat avec La Prévention Routière, détaille-t-il. L’année dernière, nous avons ainsi accueilli une quinzaine de conducteurs de plus de 60 ans, pour faire le bilan de leur conduite automobile. Ce sont des élèves intéressés, qui souffrent surtout de lacunes quant aux changements du Code de la route. Nous intervenons également auprès du personnel de certaines administrations, pour des remises à niveau. Enfin, nous avons également été sollicités pour la préparation de l’ASSR en collège. J’apprécie toutes ces possibilités de travail différent, cela nous change de cadre ! »
SANG NEUF POUR AUTO-ÉCOLE TRENTENAIREDepuis son arrivée, Jérémie Laghouai a tout de même introduit un certain nombre de nouveautés. Premier changement d’importance, il a équipé le bureau d’un ordinateur et d’un logiciel de gestion adapté. « Après avoir étudié l’offre du marché, j’ai choisi l’outil Rapido, car il permet de placer des leçons au quart d’heure près, décrit-il. Ce nouveau fonctionnement est vraiment pratique : dès que l’on intègre une information au logiciel, il s’occupe automatiquement de toutes les conséquences. C’est un gain de temps considérable ! »
Habitué des nouvelles technologies, le jeune gérant a également investi dans un vidéo projecteur, à la place du projecteur de diapos et de la télévision. L’écran géant améliore le confort des élèves. Cela n’évite pas pour autant les leçons : plusieurs fois dans la semaine, des cours théoriques, délivrés par l’un des moniteurs, sont proposés aux élèves. Ces leçons d’une heure sont associées à des contrôles, via les boîtiers et la correctrice Rousseau. Autant d’outils qui, selon le gérant, contribuent aux bons taux de réussite, gages de la réputation de l’auto-école.
LE POIDS LOURD, MARCHÉ EN MARGEÀ quelques kilomètres de là, à la sortie de la ville, le CER Promoroute s’appuie également sur sa notoriété pour progresser. Cette auto-école, installée en plein cœur d’une zone industrielle, offre cependant un profil atypique. « La voiture ne représente pas 10 % de notre chiffre d’affaires, revendique Florian Champonnois, qui a pris la suite de son père à la tête de l’entreprise en 1993. Depuis mon arrivée, j’ai choisi de développer les formations professionnelles, car elles sont plus intéressantes et moins concurrentielles que les formations grand public. » Fini le bateau, exit les motos, ce jeune chef d’entreprise, ancien chauffeur routier, a résolument misé sur le poids lourd et les CACES pour développer la société.
Fort de cette particularité, Florian Champonnois a des préoccupations radicalement différentes de celles des gérants d’auto-écoles classiques. En effet, 90 % de son chiffre d’affaires est pris en charge par des entreprises ou des organismes paritaires. Les formations sont réalisées sous forme de stage et les plannings sont, par conséquent, connus des mois à l’avance. Enfin, côté recrutement, la politique de la maison est également particulière. « Pour une petite structure comme la nôtre, si l’on veut être pointus pour chaque diplôme, chaque formateur doit être spécialisé dans un domaine, tout en partageant ses connaissances pour faciliter la polyvalence et le travail d’équipe, explique le gérant. Par conséquent, quand je recrute, je ne cherche pas un titulaire du Bepecaser, mais quelqu’un qui bénéficie d’une expérience dans le monde du BTP ou du transport. Je me charge ensuite de les amener au Bepecaser pour acquérir des compétences pédagogiques. »
Si les ressources humaines sont basées sur des compétences de terrain, il en est de même de tous les développements de l’entreprise. Proche de ses clients, Florian Champonnois suit de près toutes les évolutions des métiers recherchés et s’arrange pour proposer des formations adaptées. Côté poids lourds, l’Unedic annonce 40 à 50 % de départs en retraite dans les cinq ans à venir. Pour les remplacer, les besoins en formation sont énormes. Mais dans cette activité, le permis ne suffit plus : en complément, tout chauffeur doit avoir passé la FIMO et la FCOS. Qu’à cela ne tienne, le CER Promoroute s’est appuyé, quand il en était encore temps, sur l’un de ses partenaires pour obtenir l’agrément. Les engins de travail évoluent très vite ? Soit, le CER Promoroute ajoute chaque année à sa carte de nouvelles formations, diplômes professionnels, Caces et autres. Et, pour l’enseignement pratique, l’entreprise loue les véhicules selon ses besoins, pour éviter d’avoir à investir dans deux modèles de grues, quatre types de nacelles, ou six chariots élévateurs différents.
DE L’IMPORTANCE DU RÉSEAUEn complément de cette gestion définitivement axée sur la connaissance du terrain, Florian Champonnois a choisi d’adhérer au groupement CER depuis 1998. Il estime que c’est un groupement humain, qui le laisse maître chez lui. Volontaire pour le changement, il s’investit depuis 2002, dans la commission « formation professionnelle », qui développe un réseau national sous l’égide de l’association, et permet de répondre à des marchés nationaux. Une nouvelle dimension, à la fois en appui et en soutien du réseau local développé par chacun.
Cécile Rudloff
CARTES D’IDENTITÉ
Auto-école du Lycée
Gérant : Bruno Roussel
Bureaux : Chaumont, Andelot, Nogent-en-Bassigny
Effectifs : quatre moniteurs, une secrétaire
Formations proposées : B, AAC, perfectionnement
Inscriptions : en 2006, 260 inscriptions, dont 30 % d’AAC
Véhicules : cinq Peugeot 207
Tarifs : 860 € le forfait 20 heures, 33 € l’heure de conduite supplémentaire
CER Promoroute
Gérant : Florian Champonnois
Effectifs : cinq formateurs, deux secrétaires
Formations proposées : B, AAC, Eb, C, EC, D, FIMO, FCOS, titres professionnels, CACES, prévention des risques en entreprise, post-permis, permis à point
Inscriptions : 200 à 300 personnes formées chaque année dans le cadre professionnel. Entre 60 et 80 permis B
Véhicules : une Peugeot 206, une Peugeot 307, un 4 x 4 et une remorque, deux porteurs, trois semi-remorques
Tarifs : 833 € le forfait 20 heures, 31,50 € l’heure de conduite supplémentaire
Auto-école Buffet
Gérant : Jérémie Laghouai
Bureaux : Chaumont, Chateauvillain, Froncles
Effectifs : cinq moniteurs
Formations proposées : A, B, AAC, BSR
Inscriptions : une cinquantaine de BSR, environ 200 B et AAC, une quarantaine de permis A
Véhicules : trois C3, une C4, une C3 automatique, une Honda CBF, trois Suzuki 500 GS, une Yamaha Twing 125, cinq mobylettes
Tarifs : 862 € le forfait 20 heures, 32 € l’heure de conduite supplémentaire