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school Pédagogie — Août 2012

- Jean-Pascal Assailly -
« Le but du REMC est d’appliquer en formation initiale des méthodes util


Psychologue de formation, Jean-Pascal Assailly est chercheur à l’Institut français scientifique et technologique sur les transports, les aménagements et les réseaux (IFSTTAR). Il a participé à l’élaboration du REMC.

La Tribune des Auto-Écoles : Pourquoi avoir conçu ce nouvel outil, le REMC ?
Jean-Pascal Assailly : En 2008, la DSCR m’a donné pour mission d’aller aux quatre coins de l’Europe pour étudier comment chaque pays appliquait ou tentait d’appliquer la matrice GDE et tentait d’améliorer les formations initiales et continues des formateurs. Cela a débouché sur un grand congrès international en juin 2008 qui a précédé la réforme du permis de conduire et des formations. La réforme de l’examen s’est bien passée, mais pour le reste, nous avons été pris dans le contexte politique
« permis moins long, moins cher, de meilleure qualité ». Bonjour l’incohérence ! Il y a également eu des incompréhensions, notamment certains ont compris que l’on jetait le PNF, alors qu’il n’y a aucune incompatibilité entre ce dernier et la matrice GDE ! Si on appliquait vraiment le PNF, ce serait bien !
La matrice décrit les processus des comportements et des apprentissages, elle ne prescrit pas des contenus, ce peut très bien être ceux du PNF, entre autres.

La Tribune : En quoi est-ce novateur ?
J-P. A. : Pour qu’une formation soit efficace, il faut évidemment un formateur compétent, mais aussi l’utilisation de méthodes adaptées. Dérouler un cours magistral, une « conférence » sur le cannabis auprès d’un jeune apprenant consommateur ne va rien lui apprendre sur ses propres fragilités. En fait, on veut faire descendre en formation initiale des méthodes qui sont utilisées en post-permis pour améliorer l’auto-évaluation des conducteurs à propos de leurs problèmes de vitesse, d’alcool, de cannabis, de téléphone, de stress, etc. Le problème, c’est que l’on a tout fait à l’envers en réformant d’abord l’examen, sauf si les exigences de l’examen obligent les formateurs à revoir leur enseignement pour s’y adapter, c’est un grand classique, mais qui prend du temps !

La Tribune : N’est-ce pas trop ambitieux de vouloir transformer l’enseignant de la conduite en véritable « coach » ?
J-P. A. : C’est possible. Le REMC ne précise pas ce qu’on confie à l’auto-école. On peut imaginer une deuxième phase d’apprentissage (comme cela se pratique dans certains pays, voir l’encadré). Beaucoup d’établissements de formation à la conduite aimeraient diversifier leur travail, revoir leurs élèves après la phase de relâchement et de désinhibition quelques mois après l’examen. La mise en place de cette seconde phase le permettrait à condition de se former aux techniques à utiliser.

Propos recueillis par Jean-Claude Huant






ZOOM SUR LA SECONDE PHASE OBLIGATOIRE D’APPRENTISSAGE EN EUROPE

Dans son rapport « recherches et pratiques innovantes (matrice GDE) pour l’accès au permis de conduire », convention DSCR, INSSER N° 0001813 de Juin 2008, Jean-Pascal Assailly évoque la formation à la conduite en deux phases en Europe. En effet, outre la formation initiale qui constitue la première phase de l’apprentissage de la conduite, cette seconde phase a pour but de revenir sur les difficultés rencontrées par le conducteur novice.
Selon Jean-Pascal Assailly, les contenus des discussions ayant alors lieu avec les conducteurs débutants durant cette seconde phase peuvent porter sur les points suivants :
- Se demander pourquoi les conducteurs novices ont principalement des accidents n’impliquant que leur propre véhicule ?
- Demander au jeune conducteur quel pourrait être son accident typique et l’amener à s’interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour éviter ce type d’accident,
- Faire des analyses détaillées d’accidents en mettant en évidence les causes et les stratégies d’évitement.
- Aborder ce à propos duquel on n’a pas eu suffisamment de temps lors de la phase initiale : l’alcool, les drogues
µillicites, le stress, la fatigue, les influences des pairs, des parents, des medias, le rapport au risque, à la masculinité, etc.
Actuellement, quelques pays disposent de cette seconde phase, mais son organisation et le délai de mise en place par rapport à la formation initiale ne sont pas homogènes. En Suisse, elle intervient dans les 3 mois qui suivent l’examen, en Autriche et en Finlande, elle est programmée entre 6 et 24 mois après l’examen, en Slovénie, elle se tient dans les 12 mois et en Estonie, elle est prévue dans les
23 mois après l’examen.
D’après Jean-Pascal Assailly, cette deuxième phase ne doit intervenir ni trop tôt car les comportements ne sont pas encore installés chez le conducteur, ni trop tard par rapport à sa formation initiale car alors il est sorti de la période à haut risque. La lecture comparative des méthodes, contenus, durées de cette seconde phase, peut être riche d’enseignement pour les formateurs.

J-C. H.

 Pour plus d’information, le rapport est en libre téléchargement sur le site de l’INSSERR http ://www.inserr.org/


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