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school Pédagogie — Août 2012

- Gérard Hernja -
« Le REMC n’est pas un programme ! »


Ancien enseignant de la conduite, docteur en Sciences de l’Éducation, chercheur associé au Lisec, Gérard Hernja intervient sur diverses actions permettant à des enseignants de la conduite volontaires de construire des dispositifs destinés à améliorer la compréhension des situations de conduite complexes des élèves et à développer chez eux des représentations favorables à la sécurité routière. Il a également participé à la réflexion menée sur le REMC.

La Tribune des Auto-École : Quelle a été la genèse de l’élaboration du REMC ?
Gérard Hernja : Avec Nicole Sieffer et Pierre Higelé, nous avons été contactés pour participer à l’élaboration de ce référentiel. Le maître d’œuvre en était l’INSERR. Dans le prolongement de nos recherches sur la formation et de notre engagement constant au côté des enseignants de la conduite, nous avons insisté pour que l’organisation générale de ce qui pouvait ou pourrait s’apparenter à une évolution cohérente de l’enseignement repose sur le schéma suivant :
Une première phase de préparation avec :
• La reconnaissance de la possibilité de réduire l’insécurité routière des conducteurs novices par la formation,
• La reconnaissance du rôle incontournable des enseignants de la conduite dans ce domaine,
• La construction d’un référentiel de compétences clefs permettant de construire les comportements de conducteurs responsables à partir des dernières avancées en matière d’éducation à la sécurité routière.
Une seconde phase de concrétisation du projet associant les enseignants, leurs représentants et les experts pour :
• L’élaboration des programmes de formation des différentes catégories de permis de conduire au regard du référentiel,
• La rédaction du ou des guides pour la formation,
• La réflexion sur les questions de l’évaluation, de la formation initiale et continue des enseignants de conduite et de leurs formateurs.
Nous n’avons pas pu participer à la présentation qui en a été faite aux organisations professionnelles. Nous avons cependant eu écho que lors de celle-ci, le déficit d’explications de la démarche générale et de la portée du référentiel a créé une confusion extrême.

La Tribune : Pourquoi utiliser le terme de « référentiel » au lieu de « programme » ?
G. H. : Parce que le REMC n’est pas un programme. Le référentiel s’appuie sur les dernières avancées en matière d’éducation du conducteur (matrice GDE) pour identifier les compétences générales d’un conducteur adoptant une conduite responsable. Le programme, ou plutôt les programmes, seraient les instruments destinés à guider le travail des enseignants en vue de la construction de ces compétences, en tenant compte des spécificités de chacune des catégories de permis de conduire. Le rapport entre le REMC et les programmes de formation n’est d’ailleurs pas très différent du rapport entre le PNF et les programmes de formation qui en sont issus.

La Tribune : Le REMC est-il vraiment utilisable en auto-école ? Tout cela n’est-il pas très théorique, éloigné des réalités de terrain ?
G. H. : La réalité du terrain, c’est avant tout que les conducteurs sortant de formation sont sur-impliqués dans les accidents de la circulation. Face à cette réalité, nous avons, depuis maintenant plus de cinq ans, rencontré nombre d’enseignants qui croyaient en la dimension éducative de leur métier et qui espéraient que la formation soit reconnue comme principal vecteur de lutte contre l’insécurité routière des conducteurs novices. C’est dans cette optique et par souci d’une reconnaissance du rôle irremplaçable de l’enseignant que, avec Pierre Higelé et Nicole Sieffer à Nancy, nous avons participé à l’élaboration de la version initiale de ce référentiel. Pour coller aux réalités de la formation dans les écoles de conduite, nous avons dès le départ demandé que les enseignants soient associés à la construction des programmes qui impacteront directement leur travail. 

La Tribune : Le REMC remet-il en cause la pédagogie par objectifs ?
G. H. : Le REMC reconnaît le travail réel des enseignants de la conduite qui, comme nous l’avons montré dans une recherche récente (Hernja, Higelé, Sieffer, 2010), ne se réduit pas à la mise en œuvre de la pédagogie par objectifs. La plupart d’entre eux ont déjà adapté leurs pratiques pour remédier aux limites de la pédagogie par objectifs qu’ils perçoivent, notamment lorsqu’il s’agit d’accompagner les élèves dans la construction d’attitudes favorables à la sécurité routière ou même de les aider à comprendre les situations de conduite complexes. Les activités pédagogiques proposées aux enseignants à partir du REMC et des programmes de formation permettaient donc de compléter et d’enrichir le dispositif d’enseignement, sans autre préoccupation que de coller aux besoins des élèves.

La Tribune : Le Guide pour la formation des automobilistes (GFA) est-il encore utilisable avec ce nouvel outil ou doit-on
complètement le revisiter ?
G. H. : Le guide devrait être revisité et complété. Pour avoir du sens, ce travail devrait être réalisé en parfaite coordination avec l’élaboration des programmes. Il devrait également croiser les questions de l’évaluation des compétences ainsi que celles de la formation initiale et continue des enseignants.

Propos recueillis par Jean-Claude Huant



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