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map Vie des régions — Avril 2012

- Troyes -
Les auto-écoles prennent un nouveau départ !


À Troyes, les auto-écoles changent souvent de propriétaire ! Pour preuve, les trois établissements interrogés ont chacun été repris récemment. De nouveaux départs qui s’effectuent dans une ville plutôt tranquille, seulement perturbée par les travaux.

Le riche patrimoine architectural et historique, les charmantes petites rues « à l’ancienne » de Troyes sont actuellement quelque peu masqués par le projet global de réhabilitation du centre-ville, qui touche notamment le quartier de l’Hôtel de ville. Espaces grillagés, poussière et circulation réduite constituent les principales conséquences de ces travaux, qui devraient s’achever vers 2014.

UNE AUTO-ÉCOLE CRÉÉE EN 1946 !
Non loin de l’Hôtel de ville, l’auto-école Poincaré est un petit établissement qui ne paie pas de mine. « Il s’agit de la plus vieille auto-école de la ville », nous révèle Virginie Dautel, la dynamique gérante de l’école de conduite.
« Elle a vu le jour en 1946 et j’en suis la 4ème propriétaire. Je l’ai rachetée en janvier 2011, alors que j’y occupais jusqu’alors le poste de monitrice. La précédente gérante a décidé de vendre. J’avais vraiment à cœur d’être à mon compte ! » Virginie rappelle à ce propos que la fin de l’expérience professionnelle pour devenir gérant est une aberration. « C’est comme si demain un hypermarché comme Carrefour décidait d’ouvrir une école de conduite ! » Les travaux ? « Il y en a en permanence à Troyes, particulièrement dans notre secteur. La rue Poincaré a même été fermée pendant quelque temps, pour effectuer des travaux d’électricité. »
Virginie a aussi acquis en octobre 2011 un deuxième bureau à Essoyes, à quelque 50 km de Troyes.« Il est situé à 300 m de mon lieu d’habitation ! Je suis sur les deux bureaux, avec une secrétaire à Essoyes. » Le fait qu’il n’y ait pas à Troyes d’auto-écoles affiliées à un réseau ni de très grosses structures « est un avantage pour les petites auto-écoles. Généralement, ce genre d’établissements casse les prix et nous ne pouvons pas suivre ! »

FUTURE REFONTE DE L’ÉTABLISSEMENT
Sur le bureau de Troyes, l’objectif de Virginie est désormais de racheter le bâtiment. Et de supprimer l’étage, où se déroulent les leçons de Code. « Ce sera plus pratique ! Cela n’empêche pas qu’une de mes élèves handicapée, – mais qui n’est pas en fauteuil – mette un point d’honneur à monter à l’étage pour les séances de Code. Pour la conduite, je la rebascule vers une collègue qui travaille avec le centre de rééducation d’Arcy-sur-Aube. » Quid de la future obligation de rendre accessible son établissement aux personnes handicapées pour le 1er janvier 2015 ? « Ces nouvelles normes sont sévères, pas forcément adaptées aux petites auto-écoles mais plutôt aux grosses entreprises. Ici, on pourra poser une rampe d’accès pour faire passer les fauteuils par une porte-fenêtre… »
Il faut bien avouer que la devanture de l’auto-école Poincaré n’est pas de première fraîcheur. Ce que concède volontiers Virginie. « Je n’ai théoriquement pas le droit de refaire la devanture de mon établissement comme je le voudrais, si l’on en croît l’architecte des Bâtiments de France, afin de ne pas dénaturer le quartier. Une façade en pans de bois serait idéale, mais ce serait beaucoup trop cher ! Je me contenterai de poser des plaques beaucoup plus classiques. Je risque fort de me faire « allumer », mais tant pis ! »
Si la situation concernant les places d’examens n’est pas préoccupante (le bon taux de réussite de l’auto-école lui permet de représenter des candidats qui ont échoué une première fois à l’examen pratique au bout de 15 jours), l’augmentation effrénée des prix du carburant est beaucoup plus handicapante. « En 2 mois, le plein de gazole est passé de 62 euros à 72 euros ! C’est la TVA qui nous pénalise ! En comparaison, au Luxembourg, tout est prélevé à la source, ce qui est beaucoup plus avantageux. La France est une pompe à fric ! J’ai tout de même été obligée d’augmenter un peu mes tarifs suite à cette hausse. Mais l’équilibre est délicat si l’on veut rester compétitif ! »

VIVEMENT LA FIN DE PRINTEL !
Virginie est une passionnée de moto, comme en attestent les nombreuses affiches, dont certaines dédicacées par des champions, qui ornent le bureau de l’auto-école. Concernant les réformes prévues en 2013, la gérante estime que « changer les sigles des différents permis, cela promet des galères. Ce ne sera pas simple d’informer les jeunes. Par contre, point positif en 2013, on va gérer nous-mêmes les dossiers 02 de manière informatique : cela évitera les passe-droits ! Mais pour l’instant, le passage de Printel à Printel Pro est facturé 80 euros ! Il est grand temps que ce système s’arrête ! »
Comme d’autres, l’auto-école Poincaré propose le forfait Code sur Internet. « Les élèves adorent !
Et cela nous permet de les suivre pas à pas. De plus, particularité de notre auto-école, ce forfait Code sur Internet est soldé (réduction de 5 euros) lors des périodes des soldes dans les magasins, c’est-à-dire 2 fois par an. Les élèves apprécient ! »
Précisons enfin que Virginie est depuis janvier 2012 adhérente au CNPA, et secrétaire départementale du syndicat. « Avant, j’étais à l’Unidec, avec une cotisation moins élevée, mais ce syndicat était de moins en moins présent dans la région. Alors j’ai suivi des collègues au CNPA. C’est une bonne chose d’adhérer à un syndicat ! »

ET 1, ET 2, ET 3 BUREAUX !
La seconde auto-école visitée est l’auto-école Pasteur, située dans l’avenue du même nom. À sa tête, Jean-François Thomas, également vice-président du syndicat CNPA départemental, affirme aussi que son établissement est l’un des plus anciens de la préfecture de l’Aube. « Entre l’auto-école Poincaré et l’auto-école Pasteur, difficile de savoir qui fût la première ! »
Auparavant enseignant de la conduite moto à Bar-sur-Seine (Aube) depuis 2004, il a aussi exercé la profession de moniteur auto et moto à Annecy et à Troyes. Avant de reprendre lui aussi l’auto-école Pasteur en mars 2011. « Le précédent patron voulait vendre, alors j’ai sauté sur l’occasion. Outre ce bureau principal, j’ai aussi acquis un deuxième bureau à quelque 600 m du premier. » Et le 16 mars dernier, Jean-François Thomas a obtenu l’agrément pour ouvrir un troisième bureau, situé à 50 m du bureau principal. « Ce nouveau bureau est dédié à la formation des moniteurs, à la récupération de points, à l’éco-conduite et à la sécurité routière, très demandées par les grandes entreprises. Nous venons d’ailleurs de décrocher un important marché avec France Télécom pour former 128 stagiaires. »

LE POST-PERMIS POUR SAUVER DES VIES
Jean-François est partisan d’un suivi après l’obtention du permis. Il va même plus loin. « À la limite, pourquoi ne pas supprimer les examens et imposer un suivi éducatif routier tous les ans, pendant 5 à 6 ans ? Si l’on veut encore diminuer le nombre de tués sur la route, il faut travailler sur le comportement du conducteur après le permis, qui est la cause de 95 % des accidents. »
Quant à l’éco-conduite, elle révolutionne la conduite. « C’est non seulement conduire de manière plus économique, mais aussi de façon plus zen. Nous avons d’ailleurs intégré ce thème aux rendez-vous pédagogiques. Nous allons aussi présenter un projet à l’inspecteur principal pour les examens pratiques : arrêts en 3ème aux stops, sans rétrogradage systématique, utilisation du plus haut rapport en ville (4ème, voire 5ème). »

UN PARC DE VÉHICULES DIVERSIFIÉ
L’auto-école Pasteur a dans son parc une Citroën DS3 Stop & Start, tout à fait dans l’esprit de l’éco-conduite. « On arrive à rester 5 à 6 minutes moteur coupé sur 1 heure de conduite, ce n’est pas négligeable ! En ce qui concerne les véhicules, je ne suis pas fidèle à une seule marque, je trouve que pour les élèves, c’est un plus de pouvoir conduire des voitures différentes au cours de la formation. J’ai ainsi des Citroën, des Renault et depuis peu une Skoda Fabia, qui m’avait séduit lors du dernier congrès du CNPA. Côté moto, mon parc est également diversifié : Kawasaki, Yamaha et peut-être bientôt Suzuki… »
Au chapitre moto justement, les changements prévus pour 2013 paraissent plutôt positifs aux yeux de Jean-François.
« L’épreuve de freinage d’urgence à 50 km/h est une bonne chose. Par contre, je ne vois pas trop l’intérêt de changer l’appellation des permis. »
Côté centre d’examens, le département a acheté un terrain, sur le parc d’activité de Savipol et vient d’y créer un gros centre où se déroulent les examens du Code et les départs de tous les types de permis. « L’avantage de ce centre, c’est qu’il est situé hors des zones de travaux du centre-ville. De plus, nous pouvons déjà utiliser deux pistes moto. J’utilise également par ailleurs une ancienne piste d’examens dont j’ai obtenu l’exclusivité, et que je prête volontiers à d’autres écoles de conduite »
Jean-François Thomas termine l’entretien sur un constat positif. « Je trouve que dans le département, l’état d’esprit des auto-écoles s’améliore. Auparavant, chacun restait un peu dans son coin, désormais les choses vont davantage dans le bon sens. Je suis pour la concurrence saine ! »

RETOUR AU PAYS !
Rendez-vous est pris avec l’auto-école du Pont Vert, sise dans le quartier du même nom. Une fois encore, les propriétaires de cet établissement sont tout récents ! En effet, Laurent Fricot, le gérant, et Sandrine Puccianti, salariée associée, ont racheté l’école de conduite en juillet 2011. Originaires de la région, ils avaient pourtant fait des infidélités à cette dernière pour rejoindre un temps la capitale. Laurent, en tant que moniteur, Sandrine hors du milieu auto-école, dans la publicité. Lassés de la vie à Paris, ils ont décidé de retourner dans l’Aube. « Nous avons eu l’opportunité de revenir dans notre ville d’origine. Nous avons pu acquérir l’auto-école du Pont Vert, dont le propriétaire voulait se séparer. Cet établissement dispose d’un bon emplacement. Il est situé à un carrefour, avec en face une boulangerie réputée et un lycée tout proche. » Restait alors à procéder à une refonte complète de l’aspect de l’établissement, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Le résultat s’avère moderne, coloré et plutôt original. On notera par exemple des luminaires design qu’on a assez peu l’habitude de voir dans une auto-école ! Plusieurs ordinateurs sont à la disposition des élèves pour s’entraîner au Code. Ce qui n’empêche pas l’auto-école de miser sur la personnalisation de la formation. « Nos élèves ne sont pas des numéros ! Nous mettons à coeur d’adapter le plus possible la formation à l’élève, de ne pas le laisser livré à lui-même. Nous l’épaulons pour qu’il arrive à l’examen dans les meilleures conditions possibles. »
Depuis que Laurent et Sandrine ont débuté leur activité, il y a
8 mois, ils n’ont pas à se plaindre de la tournure des événements.
« Le démarrage s’est effectué sans soucis et l’activité ne faiblit pas. Nous disposons il est vrai d’un atout : nous sommes ouverts quasiment tout le temps. Les élèves apprécient notamment de pouvoir venir faire du Code non-stop à tout moment. Et nous lancerons bientôt le Code en ligne sur notre site Internet. »

PÉNURIE DE MONITEURS
D’autre part, le couple a embauché un moniteur. Sandrine Puccianti déplore à ce sujet une pénurie certaine d’enseignants dans le département. « Contrairement à Paris où il y a un fort turnover, les enseignants de la conduite de la région de Troyes qui ont un emploi veulent le garder et ne bougent pas. On constate aussi un manque de centres de formation de moniteurs dans la région. »
Autre différence avec la capitale, « ici, la circulation est presque trop calme, ce qui fait qu’il est moins facile de faire prendre conscience aux élèves des dangers de la route. Au contraire de Paris, où les embouteillages et la mauvaise humeur des automobilistes obligent à une attention constante ! Et à Troyes, les places de stationnement libres ne manquent pas, même avec les travaux actuels, tant et si bien que les gens ont rarement à effectuer un créneau, ils peuvent se garer directement, sans souci ! » Heureux Troyens ! Lorsque l’on ajoute que les délais pour obtenir des places d’examens sont « corrects », on pourrait penser que les auto-écoles ont la vie facile à Troyes… Ce serait faire l’impasse sur un problème qui touche toutes les écoles de conduite de France : la hausse du prix des carburants. Sandrine avoue « commencer à s’interroger sur la suite des événements dans ce domaine. Nous avons constaté une différence importante en quelque mois. Un plein est passé de
55 euros à 70 euros ! Bien sûr, on peut augmenter nos tarifs en conséquence, mais il faut rester compétitif face aux autres établissements… » Pour Laurent, « il faudrait que les auto-écoles aient droit à une TVA réduite. »
Quant à la solution de plus en plus en vogue des véhicules électriques ou hybrides, « outre leur coût élevé, ils ne sont équipés que d’une boîte automatique. Et ne seraient donc réservés qu’au permis boîte automatique, très limité en auto-école. » Les écoles de conduite semblent donc encore dépendantes pour longtemps du yo-yo du prix des carburants…

Christophe Susung




FICHES D’IDENTITÉ


AUTO-ÉCOLE POINCARÉ
Gérante : Virginie Dautel
Bureaux : 2
Employés : 5 moniteurs,
1 secrétaire à temps partiel
Véhicules : 6 Clio,
1 Mégane boîte automatique, 2 Suzuki Gladius,
1 scooter TGB
Formations proposées : B, AAC, A, BSR
Inscriptions : 260 en B en 2011
Tarifs : pas de forfait ; 35,50 € l’heure

AUTO-ÉCOLE PASTEUR
Gérant : Jean-François Thomas
Bureau : 3
Employés : 7 moniteurs (dont le gérant),
3 secrétaires
Véhicules : 4 Clio, 1 C3,
1 DS3, 1 Skoda Fabia,
2 Kawasaki ER6, 2 Yamaha XJ-6
Formations proposées : B, AAC, A
Inscriptions : 87 en A en 2011, environ 500 en B (dont AAC)
Tarifs : pas de forfait ; 35,50 € l’heure

AUTO-ÉCOLE DU PONT VERT
Gérant : Laurent Fricot (également moniteur) ;
salariée associée : Sandrine Puccianti
Bureau : 1
Employé : 1 moniteur
Véhicules : 2 Peugeot 207
Formations proposées : B, AAC
Inscriptions : entre
150 et 200 (projection sur 1 an après 8 mois de d’activité)
Tarifs : pas de forfait, 36 € l’heure


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