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school Pédagogie — Mars 2012

- Oise -
Des non-voyants au volant d’un véhicule auto-école !


En février dernier, plusieurs non-voyants ont pris part à une initiative a priori surprenante : prendre le volant d’un véhicule auto-école sur le circuit du Ceram à Mortefontaine (Oise). Reportage.

Découvrir les sensations grisantes de la conduite d’une automobile n’est plus réservé aux seuls voyants !
Le 21 février, le circuit fermé du Ceram (Centre d’essais et de recherche automobile) de Mortefontaine (Oise), a accueilli des personnes mal-voyantes et non-voyantes, qui ont pris le volant de véhicules auto-écoles accompagnés d’enseignants de la conduite. Ce circuit perdu dans la forêt n’est pas un circuit de compétition mais un centre d’essais notamment utilisé par les constructeurs automobiles et qui regroupe plusieurs types de pistes.

SE DÉPASSER AU VOLANT !
À l’origine de cette initiative, Luc Costermans est lui-même non-voyant et directeur de l’association européenne « Les non-voyants et leurs drôles de machines », qui incite les déficients visuels à se dépasser en leur permettant de ressentir des sensations de conduite. Il a d’ailleurs lui-même atteint en 2008 la vitesse de 308 km/h à bord d’une Lamborghini, assisté par un copilote voyant.
« Conduire les yeux fermés permet de se rendre compte à quel point il est difficile de ressentir les sensations de déplacement quand on est non-voyant. J’ai eu envie de faire vivre la même chose à des gens comme moi. C’est aussi un message d’espoir pour les handicapés en général. »
Lorsque Luc Costermans – qui avait déjà organisé plusieurs opérations avec des écoles de conduite en France  – a contacté Hale et Jean-François Malchus, enseignants de la conduite qui dirigent l’auto-école du même nom (un bureau à Crépy-en-Valois et un autre à Béthisy-Saint-Pierre), ces derniers ont accepté sans hésitation.
« Cela nous a intéressé à la fois pour l’aspect humain et pour le côté atypique de l’initiative. Nous avons voulu relever le défi : faire cohabiter voyants et non-voyants au volant. Luc Costermans nous a alors inculqué les spécificités de l’enseignement de la conduite aux non-voyants. »
Après avoir reçu les consignes détaillées sur les modalités d’utilisation du circuit, dispensées par Philippe Van Den Driessche, responsable de la formation au Ceram, trois non-voyants de la région ont pu prendre le volant et effectuer plusieurs tours de l’une des pistes du circuit de Mortefontaine. Ils ont parcouru ce tracé de type « route départementale » principalement en seconde, à une vitesse de 60 km/h maximum. Chacun a été guidé par la voix grâce aux indications des moniteurs, qui ont comparé les repères du cadran d’une montre (« gauche 5, gauche 10, droite ½, axe… ») pour indiquer dans quelle mesure tourner le volant.
Précisons que les trois déficients visuels avaient déjà effectué, il y a 1 an, une petite formation à la conduite sur un parking de Crépy-en-Valois, avec les enseignants de la conduite de l’auto-école Malchus. Cela leur a permis de ne pas partir de zéro, même si passer du parking au circuit n’est pas forcément évident !

UNE BONNE COMPLICITÉ AVEC LES MONITEURS
Pour Stéphanie, qui a perdu la vue à 18 ans, « c’est un rêve qui devient réalité. J’ai vécu une expérience impressionnante qui demande beaucoup de concentration. C’est du « bon stress » qui se transforme en plaisir au fil des kilomètres ! Il faut accorder une entière confiance à son moniteur. J’ai tout de même un peu douté lorsque j’ai senti que je roulais sur des gravillons présents sur la piste, je croyais que j’étais sortie de la route ! »
Pour sa part, Yannick ne cache pas s’être senti « un peu stressé. C’est normal ! C’est assez physique et il faut tout gérer en même temps ! » Quant à Tony, passionné d’automobile et plus particulièrement de sport automobile, il estime que « cette expérience impressionnante, qui peut a priori surprendre, fait aussi partie de l’accès à l’autonomie. »

PASSAGERS D’UN BOLIDE LANCÉ À 230 KM/H !
La matinée s’est achevée par une autre expérience plutôt extrême : les trois non-voyants ont pris place à bord d’une Renault Mégane GT conduite par Philippe Van Den Driessche. Le bolide a ainsi pu atteindre les 230 km/h sur l’anneau de vitesse du Ceram, procurant des sensations « décoiffantes » à ses passagers !
Prochaine étape fin mars pour nos pilotes non-voyants : conduire une voiture de rallye à plus de 100 km/h lors d’un stage sur le circuit de Spa Francorchamps (Belgique), avec des auto-écoles locales.

C. S.


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