← Retour à la liste
warning Sécurité routière — Mars 2012

- Élections présidentielles -
Les propositions des candidats sur la sécurité routière


Alors que les élections présidentielles se rapprochent à grands pas (1er tour le 22 avril et 2e tour le 6 mai 2012), La Tribune des Auto-Écoles a demandé aux quatre candidats arrivant en tête des sondages de nous présenter leur programme concernant la sécurité routière. À l’heure où nous imprimons, nous n’avions pas reçu la réponse de François Bayrou. Voici, par ordre alphabétique, la réponse des trois autres postulants.

FRANÇOIS HOLLANDE* :
« IL FAUT PLUS QUE JAMAIS FORMER ET SENSIBILISER LES CONDUCTEURS »
« La sécurité routière doit être le combat de tous les Français. Mais il ne sera partagé que si l’État montre un réel engagement, car en matière de sécurité routière, il n’y a pas de fatalité à l’échec. Encore faut-il réellement vouloir agir – ce à quoi le gouvernement actuel semble avoir renoncé. La droite n’a eu de cesse de louvoyer entre tout répressif et démagogie routière, au gré des échéances électorales ou de l’actualité. Cette incohérence, ce manque d’ambition, ne peuvent tenir lieu de politique.
Rien n’a été fait à l’encontre des comportements les plus à risques tels que la conduite sous l’emprise de l’alcool. Ainsi, décidés en 2008, les éthylotests antidémarrage comme peine complémentaire pour les récidivistes, ne sont toujours pas opérationnels. À l’inverse, les récriminations de la majorité à l’encontre du permis à points ont envoyé un mauvais signal et provoqué le relâchement de nos concitoyens, ainsi qu’une recrudescence du nombre de victimes sur nos routes. Le volet préventif relève aujourd’hui du cosmétique. Pourtant, il nous faut plus que jamais former et sensibiliser l’ensemble des conducteurs et des futurs conducteurs.
Nous nous engagerons donc dans une politique de prévention qui ne se satisfasse pas de demi-mesures. Nous voulons remédier à l’absence d’enseignement de la prévention routière entre 15 et 25 ans, alors que les taux de mortalité sont au plus haut. Nous dégagerons des moyens innovants pour mettre un terme à la recrudescence de la conduite sans permis, qui devient un véritable fléau dans notre pays. L’introduction de la formation continue dans l’apprentissage de la conduite me semble enfin pouvoir offrir de réels résultats.
Nous serons également particulièrement vigilants à la lutte contre les comportements à risque, tous les comportements à risque. Car en matière de sécurité routière, il n’existe pas de petites infractions. Nous ne reviendrons donc pas sur le permis à points, introduit par la Gauche en 1992 et qui a montré son efficacité. Nous n’accorderons pas non plus d’amnistie en cas d’élection. En revanche, nous supprimerons les failles dans le dispositif juridique qui permettent à certains d’échapper aux décisions de justice (voiture de fonction, avocat spécialisé, etc.).
Nous voulons enfin donner plus de moyens aux acteurs de la prévention et de la sécurité routière. La présence régulière des forces de sécurité sur les routes, leurs conseils et le contact avec les usagers sont indispensables. Ce sont là les bases de la seule politique à même d’apporter plus de sécurité à nos concitoyens. »
* Roland Ries, chef du pôle Transports de François Hollande, a rédigé cette réponse pour le candidat socialiste.

MARINE LE PEN :
« POUR UNE SÉCURITÉ ROUTIÈRE MOINS PUNITIVE »

« La politique actuelle de sécurité routière est en fait une chasse à l’automobiliste. Les radars automatiques ne sont plus des instruments pédagogiques et répressifs si nécessaire, mais sont devenus une véritable machine à sous pour les finances publiques. L’automobiliste est devenu un délinquant en puissance, matraqué pour le moindre km/h en trop. Il n’est plus là pour être aidé et conseillé, mais est la vache à lait d’un système qui a renoncé à combattre la vraie délinquance (vols, agressions, incivilités, etc.). Je souhaite changer la façon d’aborder la sécurité routière. Il faut désormais agir intelligemment, dans le seul but de sauver des vies et d’aider l’automobiliste, et non pas pour le contraindre, le culpabiliser et le faire payer en toute occasion.
Pour ces raisons, mon programme ne prévoit l’installation d’aucun nouveau radar automatique. Les radars actuels seront systématiquement annoncés et les radars installés sur les portions de route les moins dangereuses, dans le but de faire du chiffre, seront retirés au profit des zones réellement accidentogènes.
Une priorité importante est de s’occuper de l’état des routes, trop souvent négligé aujourd’hui. Cela supposera de revenir sur certains aspects de la décentralisation, qui ont conduit à transférer des routes nationales de l’État aux régions, alors que la logique voudrait que l’État en ait la maîtrise. Il faudra aussi rétablir l’éclairage supprimé sur les voies rapides urbaines, entraînant un manque de visibilité, notamment des motards.
Autre priorité, il faut pénaliser les pratiques les plus dangereuses, en particulier la conduite sous l’état de drogues et de psychotropes, insuffisamment réprimée aujourd’hui.
Il est également essentiel de renforcer la formation des jeunes motards, en les sensibilisant davantage aux risques. Il sera aussi demandé aux assureurs de valoriser les motards qui ont investi dans des équipements de protection homologués. J’envisage aussi d’intégrer pour tous un module deux-roues dans le cadre du permis B afin de sensibiliser chaque conducteur à la cohabitation entre les motos et les autos, domaine dans lequel il existe une énorme carence.
Je compte également supprimer le permis à points, qui a entraîné le retrait d’un trop grand nombre de permis de façon souvent automatique, au détriment de ceux qui ont besoin d’un véhicule pour travailler et des Français ruraux. De plus, des centaines de milliers de Français roulent sans permis, et les trafics de points et les stages de récupération de points, aussi peu utiles que coûteux, ont totalement dévoyé le système. Des contraventions seront toujours prononcées, comme c’était le cas avant, mais ce n’est que dans les cas les plus graves qu’une décision juridictionnelle pourra décider du retrait du permis. D’autre part, je suis favorable à l’amnistie présidentielle des PV, sauf pour les délits graves mettant en cause la vie d’autrui.
Enfin, parce que l’obtention du permis coûte trop cher, je propose que le permis de conduire fasse partie du cursus normal et obligatoire pour tous les jeunes inscrits dans les filières d’études qui impliquent l’usage professionnel du véhicule. Le permis sera alors pris en charge par les établissements scolaires dans le cadre de conventions spécifiques passées avec les auto-écoles. »

NICOLAS SARKOZY :
« IL FAUT POURSUIVRE L’EFFORT ENGAGÉ »
« J’ai fixé l’objectif de réduire le nombre de tués sur les routes à moins de 3 000 en 2012. C’est une grande ambition. Depuis 2001, nous sommes passés de plus de 8 000 tués à 3 900 en 2011. Un progrès considérable qu’il faut poursuivre. Lutter contre les vitesses excessives était la priorité. Plus de 2 000 radars ont déjà été déployés. J’entends poursuivre cette politique en installant encore 400 radars d’ici fin 2012.
Au-delà des radars, je souhaite que l’accent soit mis sur un recours rapide aux nouvelles technologies, comme le LAVIA (Limitateur s’Adaptant à la VItesse Autorisée), système qui reconnaît par satellite l’endroit où se trouve le véhicule, la vitesse applicable et qui limite le véhicule automatiquement. Enfin, pour aller plus loin, il faut progresser sur les facteurs de risques que sont les stupéfiants, qui seront de mieux en mieux contrôlés, et la consommation excessive d’alcool. C’est dans ce but que nous avons décidé d’imposer la présence obligatoire d’un éthylotest dans chaque véhicule.
Concernant l’amnistie des PV, je suis absolument défavorable à cette pratique d’un autre âge, où les infractions se multipliaient durant les périodes pré-électorales. Comme en 2007, je n’y aurai pas recours.
Pour améliorer encore la formation à la conduite, j’engagerai une nouvelle réforme du permis, à la hauteur de ce qu’il est : l’examen le plus préparé de France et un sésame indispensable pour l’insertion professionnelle des jeunes. Il me semble que le Code de la route a vocation à faire partie du socle commun de connaissances de tous les jeunes en âge de conduire. L’enseignement des auto-écoles devrait donc intervenir le plus tôt possible, éventuellement dans le cadre scolaire.
Le manque de places d’examens et l’allongement des délais pour passer son permis est un problème lancinant. Nous avons essayé de le résoudre en augmentant le nombre d’examinateurs et en leur proposant d’allonger leur temps de travail. C’est un des rares corps de fonctionnaires dont les effectifs aient augmenté. Nous avons aussi réorganisé le passage de l’examen du Code. Force est de constater que tout cela n’a pas été suffisant. Il faut aller plus loin. Je propose que les inspecteurs du permis de conduire ne soient plus forcément ceux qui surveillent le passage du Code, tâche sans valeur ajoutée. Ils pourront ainsi se concentrer sur le passage de la conduite et nous pourrons augmenter rapidement les places disponibles. Je considère que nous avons un objectif de résultat et nous aurons recours à tous les moyens nécessaires pour faire baisser les délais de passage du permis.
Concernant le coût du permis, le gouvernement a développé pour les plus modestes le « permis à 1 euro par jour » (80 000 attribués annuellement). Ils sont d’ores et déjà complétés par des aides à la préparation au permis en faveur des demandeurs d’emploi, via les missions locales et Pôle Emploi. Il ne faut toutefois pas se mentir : le coût du permis de conduire est en France tout à fait dans la moyenne. Ce qui coûte cher aux jeunes, c’est bien souvent le fait d’avoir à repasser l’examen lorsque celui-ci a été raté. C’est aussi là que les délais explosent. Toutes les méthodes d’apprentissage qui limitent l’échec doivent donc être encouragées. »


Dans le même thème

Délit d’obtempérer : un phénomène en hausse ?
Le décès d’un jeune de 16 ans en scooter ayant refusé de se soumettre à un contrôle de police, le 11 novembre dernier, à Tourcoing, dans le Nord, met à nouveau un coup de projecteur sur ce délit qui semble être de plus en plus fréquent.
protoxyde d'azote - Conduire sous emprise n’a rien d’hilarant
Vinci Autoroute sensibilise aux dangers de la conduite sous l’emprise du protoxyde d’azote au travers d’une campagne de prévention diffusée sur les réseaux sociaux et sur ses aires d’autoroute.
« Zombies Phone » - Attention aux dangers du smartphone pour les piétons !
La Sécurité routière alerte sur les « Zombies Phone », ces piétons tellement accaparés par leur smartphone qu’ils ne font pas attention à leur environnement.