Aix-en-Provence est une ville hautement concurrentielle pour les auto-écoles. La cité est paradoxalement un havre de paix pour les professionnels : cadre de vie agréable, ambiance familiale et fidélité des clients. Focus sur trois établissements aixois qui ont su tirer leur épingle du jeu, en toute indépendance.De l’avis de tous les professionnels rencontrés, Aix-En-Provence est une ville idéale pour l’enseignement de la conduite. En premier lieu, la forte concentration d’universitaires au sein de cette ville réputée auprès des étudiants est une bénédiction pour la profession. Ensuite, la beauté architecturale de la cité, comme l’atteste ses 140 monuments inscrits au patrimoine des monuments historiques (qui la place au second rang français après Paris), assure un certain cachet… et un cadre agréable de travail ! Seul un léger déficit au niveau des infrastructures, notamment au niveau des pistes moto, pourrait ternir ce joli bilan. De même, les délais de validation des dossiers des élèves auprès de la préfecture sont montés à 3 mois depuis quelques semaines. Et il reste difficile pour un nouveau venu de se faire une place au soleil… dans ce petit coin de paradis provençal. En effet, sur Aix, on compte 23 auto-écoles. Pour une population de près de 145 000 habitants, on est en deçà du « nombre d’or » d’une auto-école pour 8 000 habitants.
UNE AUTO-ÉCOLE FAMILIALEÀ 5 minutes des universités, face à la gare, l’auto-école des Facultés n’est pas préoccupée par sa réputation. Et pour cause, cet établissement « historique » est comme enraciné dans la ville. Avec plus de 30 ans d’existence, il n’y a guère besoin de faire de la publicité ! Le bouche-à-oreille entre élèves et dans les universités se substitue à toutes les meilleures démarches de communication. Preuve de cette relative autonomie, l’établissement ne dispose pas de site Internet ce qui pourrait paraître incongru dans une ville de la dimension d’Aix-en-Provence. Une chose est certaine, l’auto-école des Facultés est bien nommée puisque 80% de sa clientèle est composée d’étudiants ! David et Sabine Harrar ont repris l’auto-école il y a 7 ans, au père de David. « Nous avons une image de stabilité et cela joue dans notre attractivité », confirme Sabine Harrar. L’établissement cultive en effet la proximité avec ses enseignants et ses élèves. Pour preuve, durant l’entretien que La Tribune des Auto-Écoles a passé avec le couple de propriétaires, une élève, fraîchement récompensée de son permis de conduire, est passée remercier ses anciens responsables tandis qu’un ancien moniteur, qui a ouvert depuis son propre établissement, passait lui aussi saluer chaleureusement ses anciens patrons ! Et aucune mise en scène dans tout cela, puisque l’heure du rendez-vous avait été avancée au dernier moment….
NE PAS BRISER L’ÉQUILIBRE Autre exemple, l’auto-école vient d’établir un partenariat avec un ancien élève qui dispute le rallye 4L au Maroc. « On a le souci d’aider nos élèves dans leurs projets », poursuit Sabine Harrar. Afin de ne pas rompre cette précieuse harmonie, les gérants de l’auto-école des Facultés, par ailleurs récemment mariés, ont décidé, pour l’heure, de ne pas ouvrir un deuxième local. « Même si on y a pensé, on ne voulait briser l’équilibre », précise-t-elle. Au niveau pédagogique, l’auto-école des Facultés essaie de faire comprendre aux élèves que les 20 heures de conduite sont souvent insuffisantes pour une parfaite préparation à l’examen. « Il faut que les apprentis conducteurs arrêtent de se dire que s’ils font plus de 20 heures de leçons, c’est qu’ils sont nuls », explique Sabine Harrar. « La moyenne se situe plus sur les 35 heures ». Tout formateur sait qu’il est parfois difficile de se faire entendre de ses élèves au niveau du volume de leçons ! « On propose aussi des facilités de paiement, si l’élève a des difficultés financières ».
LA CONDUITE SUPERVISÉE, UNE VRAIE ALTERNATIVEAutre solution, David et Sabine Harrar n’hésitent pas à proposer la conduite supervisée. « Mieux vaut qu’ils s’entretiennent en conduite supervisée plutôt que de ne pas prendre de leçons du tout », affirment-ils. « Le plus important, c’est qu’ils soient prêts à l’examen. Et, nous, forcément, cela augmente nos chances d’avoir des réussites du premier coup ». Seul souci, les étudiants, parfois loin de chez eux, n’ont pas forcément tous des accompagnateurs à portée de main. Enfin, toujours du point de vue pédagogique, l’auto-école des Facultés encourage le turn-over des moniteurs avec leurs élèves. « On trouve que cela fonctionne mieux avec un système d’échange. L’élève peut s’adapter plus facilement aux conditions de l’examen, où il se retrouvera à conduire avec une personne qu’il n’a jamais vue ».
UN GÉRANT CHAMPION DE MOTO !L’École de conduite Khéops présente, elle, un profil complètement différent, bien que le gérant entretienne de bonnes relations avec l’auto-école des Facultés, avec qui il partage notamment le fait d’être adhérent à l’Unic. Mais existe-t-il un patron d’auto-école au profil similaire à celui de Jean-Philippe Eck ? Ancien parachutiste, pilote de course émérite (il a notamment participé au Bol d’Or et aux 24 heures du Mans), ce passionné de moto est arrivé sur le tard dans l’enseignement de la conduite. « Je suis arrivé à la retraite à 32 ans », sourit-il. En effet, fort de plus de 2 000 sauts en parachute, il atteint le quota maximum. Après, une année sabbatique, l’envie de reprendre une activité professionnelle le démange. L’enseignement de la conduite apparaît alors comme une évidence. « J’ai donc repris une auto-école sur Aix, il y a 15 ans », explique-t-il. Il visait particulièrement cette cité étudiante, au fort potentiel. « Pour enseigner, Aix-en-Provence présente beaucoup d’atouts, avec l’autoroute, un centre-ville, les rond-points, etc. ». Sans surprise, il baptise son établissement Khéops, du nom de sa team moto !
LES RÉSEAUX TROP INVASIFS ? Après avoir eu jusqu’à 3 locaux auto-écoles, Jean-Philippe Eck est revenu aujourd’hui à son auto-école initiale, qui est un des plus importants établissements de formation à la conduite de Aix-en-Provence. « J’avais notamment racheté une école, à proximité d’Aix, pour donner un coup de main », explique-t-il.
De ses 15 années passées dans la profession, le seul mauvais souvenir concerne son expérience dans un réseau ! « Alors que j’ai rejoint un réseau pour obtenir de l’aide ou des conseils, je me suis heurté au contraire à de vieux adhérents qui défendaient avant tout leurs idées et leurs intérêts… », regrette-t-il. « Je suis parti le jour où j’ai jugé qu’ils devenaient trop invasifs, alors que je voulais ouvrir un second établissement… Quelques années plus tard, ils ont souhaité que je revienne sur ma décision, mais sans succès ! »
DES RÉSERVES DE CÔTÉ POUR 2013Même la piste moto de Perthuis, que les auto-écoles d’Aix-en-provence se partagent, ne vient pas entamer sa bonhomie. « Acheter une piste reviendrait trop cher. J’ai bien contacté la mairie mais c’est hors de prix pour eux aussi ! » Pour autant, il n’y a pas que des désavantages à sortir d’Aix pour dispenser les leçons de moto. « Même si ce n’est pas la porte à côté, cela nous permet aussi de faire de la circulation ». Jean-Philippe Eck attend en tout cas sereinement l’année 2013 et son flot de changements attendus via la directive européenne. « Suivant les obligations, il y aura des investissements à faire pour le permis moto. Celui qui n’a pas mis d’argent de côté, cela va être dur pour lui. » Mais le principal frein à son activité se situe bien loin des locaux administratifs de Bruxelles… puisqu’il concerne les coupes d’effectifs dans l’administration locale. Les délais de validation des dossiers des élèves auprès de la préfecture atteignent désormais les 3 mois. « C’est problématique pour le permis moto où les élèves enchaînent plus rapidement les cours et les examens ».
UN DUO QUI DÉTONNEDirection, l’auto-école Saint-Christophe, située non loin de celles des Facultés. L’établissement est niché dans une ruelle typiquement provençale, avec une façade constituée en pierres d’origine. Créée en 1962, l’auto-école appartenait au père de Thierry Duvielbourg, actuel co-gérant de l’établissement avec Jean-André Mantet. S’ils ne sont pas forcément complices dans la vie, les deux patrons sont complémentaires dans le travail. D’ailleurs, leurs avis ont souvent divergé au cours de l’entretien ! On peut ainsi partager une riche expérience de l’enseignement de la conduite et délivrer des analyses contrastées sur l’évolution du métier depuis une vingtaine d’années. Si pour Thierry Duvielbourg, « rien n’a changé »,Jean-André Mantet estime lui, que « c’était plus facile avant ». Il ajoute : « Avant, en 3 mois, il y avait la possibilité pour l’élève de passer son permis de A à Z. Maintenant on est sur des délais plus longs. » Mais le duo se rejoint au niveau de l’investissement dans le travail. Bosseurs, ils préfèrent passer par des périodes de forte intensité d’activité – et des nuits blanches – plutôt que d’embaucher à la va-vite et de se retrouver en porte-à-faux par la suite. De même, ils n’ont pas songé à ouvrir un second local. « Cela nous aurait amené plus de travail mais pas forcément plus de sous ! » , précise Thierry Duvielbourg.
DES CASSEURS DE PRIX DANS LES ANNÉES 1990Il faut dire que l’historique des auto-écoles à Aix-en-Provence abonde dans leur sens. Il est difficile, voire impossible, pour un nouveau venu à Aix de s’imposer dans le milieu de l’enseignement de la conduite. « L’expérience professionnelle pour devenir gérant, n’a d’ailleurs pas changé grand-chose. Il y a déjà trop d’établissements en place », explique Jean-André Mantet. « Il faut savoir qu’on a eu aussi des casseurs de prix, dans les années 1990, quand on a repris l’établissement », explique révèle-t-il. « En 6 mois, on s’est retrouvé quasiment à sec ! À un moment donné, des gens descendaient des Alpes pour prendre des cours à Aix, c’est bien qu’il y avait un problème. » Devant leur refus de baisser les prix, à l’époque, les inscriptions diminuent sûrement. « Il faut savoir que les auto-écoles ont tendance à fixer les prix, non pas en fonction du seuil de rentabilité, mais en fonction du prix du voisin », complète Thierry Duvielbourg. Finalement, la crise s’est résorbée d’elle-même, les « casseurs de prix » ayant rencontré des difficultés, et les élèves s’étant rendus compte que qualité de formation ne rime pas du tout avec très bas prix !
DES RÉUNIONS RÉGULIÈRES AVEC LES INSPECTEURS Pour le reste, l’auto-école Saint-Christophe évoque à l’instar de ses confrères des conditions de travail particulièrement agréables sur Aix-en-Provence. « On rencontre peu de difficultés par rapport à d’autres villes, même s’il y a moins de solidarité dans la profession aujourd’hui », indique Jean-André Mantet. Contrairement à l’école de conduite Khéops, les deux gérants ne sont en revanche pas satisfaits de la piste moto. « C’est une route désaffectée », regrette Thierry Duvielbourg. « Et puis on partage la piste avec la quasi-totalité des écoles de conduite moto sur Aix ». Enfin, au rayon des souhaits, Jean-André Mantet propose une initiative intéressante. Il suggère de rencontrer 1 fois par trimestre le délégué des inspecteurs. Cela permettrait d’affiner de chaque côté les exigences concernant la formation et la notation de la conduite des élèves. Mais pour l’heure, cette requête s’est heurtée au refus des inspecteurs !
Hugo Roger