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warning Sécurité routière — Avril 2007

-Élections présidentielles-
La position des candidats sur la question de la sécurité routière


Le 24 janvier dernier, La Prévention Routière a adressé aux candidats à la présidence de la République un questionnaire. Le 5 mars, sept avaient répondu*. Faute de place, nous ne pouvons reproduire l’intégralité des propos de tous les candidats. Mais La Tribune des Auto-Écoles a choisi de retranscrire les réponses des trois candidats qui se démarquent en tête des sondages.

LA PRÉVENTION ROUTIÈRE : VOUS ENGAGEZ-VOUS À AMÉLIORER ENCORE [LES BONS RÉSULTATS DE 2006 EN MATIÈRE D’ACCIDENTOLOGIE] PAR LA POURSUITE D’UNE POLITIQUE VOLONTARISTE ET FERME DE SÉCURITÉ ROUTIÈRE ?

FRANÇOIS BAYROU : « 9 000 vies ont été sauvées en 4 ans. Mais si l’on semble baisser la garde, le nombre des morts augmentera. Il faut poursuivre les efforts et progresser sur certains points, comme la lutte contre l’alcool au volant. »

SÉGOLÈNE ROYAL  : « En matière de sécurité routière, qu’il s’agisse de prévention ou de répression, l’essentiel est de sauver des vies ou d’éviter qu’elles soient brisées. La fermeté s’impose donc. Car si nous devons nous féliciter de la réduction du nombre de morts et de blessés sur les routes (en 2006 pour la première fois la France est passée en dessous des 5 000 morts), il y a encore trop de vies brisées. Je m’engage à poursuivre les actions qui ont abouti à cette amélioration et à renforcer certains dispositifs. Parce que je n’admets pas la récente mise en cause du délai de 6 mois nécessaire pour retrouver son permis de conduire en cas de perte de totale de points, je propose au contraire d’allonger cette période pour ceux qui perdraient leur permis pour la seconde fois (comme cela se fait dans de nombreux pays). »

NICOLAS SARKOZY : « Depuis mon arrivée au ministère de l’Intérieur (ndrl : Nicolas Sarkozy a laissé sa place de ministre de l’Intérieur à François Barouin le lundi 19 mars pour se consacrer à la campagne électorale, mais lors de la rédaction de ces réponses, il était encore ministre de l’Intérieur), j’ai voulu placer la lutte contre la délinquance routière parmi les missions prioritaires de nos forces de police. Cette politique volontariste et coordonnée entre les divers ministères concernés a abouti à ce que la France ait moins de 5 000 morts sur les routes en 2006. C’est un immense progrès, mais bien sûr, nous ne pouvons pas nous en contenter et je ne veux pas que nous relâchions notre effort. J’ai fixé un objectif chiffré pour 2007, celui d’obtenir un nombre de morts sur les routes inférieur à 4 000. Les résultats de décembre et janvier sont hélas mauvais. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé aux préfets, il y a quelques jours, de réagir sans attendre contre le relâchement des comportements, notamment en fin de semaine et aux heures tardives. Vous le constatez, ma détermination est entière sur ce sujet. »


LA PRÉVENTION ROUTIÈRE : MAINTIENDREZ-VOUS, SI VOUS ÊTES ÉLU, UNE POLITIQUE RIGOUREUSE DE CONTRÔLE DU RESPECT DU CODE DE LA ROUTE ?

FRANÇOIS BAYROU : « Les radars sont des instruments efficaces de prévention. Il faut donc poursuivre la politique menée. En revanche, l’argent généré par les amendes doit aller intégralement à la lutte contre la sécurité routière. Malgré toutes les promesses, on en est loin aujourd’hui. »

SÉGOLÈNE ROYAL : « Le Code de la route est un code citoyen. Il favorise le respect mutuel. Il faut donc une mobilisation de tous, à tous les échelons, et notamment locaux, car les infractions au Code de la route sont d’autant plus dangereuses qu’elles ont lieu dans les espaces partagés, particulièrement en zone urbaine. D’ailleurs si le nombre d’accidents mortels a chuté ces dernières années, le nombre de tués et de blessés en ville a augmenté en 2006. Aujourd’hui les automobilistes ont modifié pour beaucoup leur comportement vis-à-vis de l’alcool au volant. En revanche les changements de comportements ne sont malheureusement pas aussi significatifs quant au respect des vitesses et des distances de sécurité. C’est donc là que doit porter l’effort : n’oublions pas que la vitesse est la seconde cause de mortalité sur les routes. À mes yeux, l’ordre juste, c’est un partage de la voirie entre l’ensemble des usagers qui sont plus respectueux de chacun. Il doit s’appuyer sur un changement de comportement des conducteurs en ville. Je suis donc convaincue de la nécessité de sanctionner plus fortement les excès de vitesse en zone urbaine qui dépassent la vitesse autorisée de plus de 20 km/h. D’ailleurs, toutes les études démontrent que la diminution de quelques kilomètres-heure réduirait très sensiblement le nombre de tués. Je pense qu’une réflexion doit s’engager avec les collectivités locales pour étudier comment développer les périmètres à vitesse limitée en zones denses. »

NICOLAS SARKOZY : « Un certain nombre de nos compatriotes n’ont pas apprécié la mise ne place des radars automatiques et de la sanction automatisée, mais je veux leur dire que, dans ce domaine comme dans d’autres, c’est la culture du résultat qui guide mon action. Ce que je place en tête de mes priorités, ce sont les victimes, et j’ai voulu, dans l’action que je mène au ministère de l’Intérieur, privilégier les droits des victimes sur ceux des délinquants. Cette conviction doit donc aussi s’appliquer à la délinquance routière : il y a en France trop de famille endeuillées chaque année par la mort d’un proche sur la route. Ma responsabilité, c’est de continuer cette lutte contre la violence routière. »


LA PRÉVENTION ROUTIÈRE : SOUTIENDREZ-VOUS, SI VOUS ÊTES ÉLU, LA DEMANDE DE LA PRÉVENTION ROUTIÈRE D’UN ENSEIGNEMENT DE L’ÉDUCTION ROUTIÈRE À HAUTEUR D’UNE HEURE PAR MOIS, DE LA CLASSE DE MATERNELLE À CELLE DE TERMINALE ?

FRANÇOIS BAYROU : « La prévention et l’éduction aux dangers de la route sont des outils fondamentaux. La Prévention Routière fait déjà, partout en France, un travail formidable dans les écoles, en direction des enfants mais aussi à travers les actions de formation des enseignants. Ce travail doit être renforcé non seulement par les apprentissages théoriques, mais également par l’organisation de manifestations, jeux-concours… Tout ce qui peut sensibiliser nos enfants dans le cadre scolaire doit être encouragé. Ce travail doit se faire en coopération avec les associations de prévention routière, auxquelles l’école doit encore plus s’ouvrir. J’ajoute par ailleurs que les auto-écoles sont aussi des lieux d’éducation à la sécurité routière, et qu’elles doivent prendre pleinement conscience de ce rôle complémentaire à l’apprentissage de la conduite. »

SÉGOLÈNE ROYAL : « Chacun sait que l’apprentissage de la route ne commence pas quand « on franchit la porte de l’auto-école ». C’est pour cela que des dispositifs ont été mis en place pour sensibiliser les jeunes notamment au collège. Aujourd’hui, l’Union européenne propose d’étendre l’enseignement de l’éducation routière tout au long de la scolarité. Je soutiens cette initiative : sa mise en place permettra de sensibiliser davantage notre jeunesse dans son approche de l’espace public et de ses dangers. Ceci est fondamental car les plus jeunes sont les plus exposés aux dangers qu’ils ne maîtrisent pas. Tous les moyens doivent être utilisés pour favoriser l’éveil des jeunes à la connaissance de leur environnement, pour qu’ils puissent devenir progressivement des utilisateurs de l’espace public conscients et autonomes. Par exemple, les enfants à vélo sur le chemin de l’école ont besoin de comprendre ce qui peut être dangereux et le comportement qu’ils doivent avoir, même si la première responsabilité reste à l’automobiliste et même si les pouvoirs publics doivent veiller à aménager systématiquement des pistes cyclables là où cela s’avère possible. »

NICOLAS SARKOZY : « L’éducation est évidemment une clé dans la lutte contre l’insécurité routière et je considère au surplus que cela participe de l’éducation au civisme. J’ai demandé aux préfets, dans le cadre des plans départementaux d’actions de sécurité routière, d’organiser des opérations de sensibilisation auprès des jeunes conducteurs de deux roues dans les établissements scolaires. L’éducation par les parents est également essentielle. »


LA PRÉVENTION ROUTIÈRE : SUSCITEREZ-VOUS, SI VOUS ÊTES ÉLUS, UNE DÉCISION EUROPÉENNE POUR RENDRE OBLIGATOIRE SUR LES VÉHICULES NEUFS CERTAINS ÉQUIPEMENTS APPORTANT UNE ASSISTANCE AU CONDUCTEUR EN VUE DE LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE ?

FRANÇOIS BAYROU : « Des équipements comme les régulateurs ou les limiteurs de vitesse ont de réelles répercutions sur la sécurité. C’est effectivement au niveau européen que les décisions se prendront. J’y veillerai. »

Ségolène Royal : « Si je suis élus, j’agirai en faveur de l’adoption d’une directive en ce sens pour améliorer la sécurité des véhicules et inciter les constructeurs automobiles à prendre davantage en compte les enjeux en terme de santé liés à l’insécurité routière. En matière de sécurité passive et active, la France et l’Union européenne doivent œuvrer de concert en soutenant la recherche publique dans ce secteur. »

NICOLAS SARKOZY : « Je crois qu’en la matière, il ne faut négliger aucune piste. Il faut d’ailleurs reconnaître que l’industrie automobile a contribué au cours de ces dernières années, dans une mesure non négligeable, à accroître la sécurité des conducteurs. »


La Prévention Routière : Quelles nouvelles mesures envisagez-vous de prendre en matière de sécurité routière, en particulier pour prendre en compte les populations davantage exposées aux risques routiers (usagers vulnérables, jeunes, deux-roues motorisés) ?

FRANÇOIS BAYROU : « L’éducation à la sécurité routière, le respect du Code de la route ne concerne pas que les automobilistes : une politique plus volontariste doit être engagée en direction de tous les autres usagers de la route, je pense aux cyclistes, aux piétons, aux deux-roues sans permis. De ce point de vue, l’action des associations est déterminante. Par ailleurs, les collectivités locales et l’État ont un rôle à jouer dans l’amélioration du réseau routier et de la voirie urbaine : les efforts de signalisations, de modernisation des chaussées… doivent être poursuivis. Il y a enfin, en liaison avec les constructeurs automobiles, tout un travail à mener de veille et d’appui technologiques pour améliorer la sécurité routière dans les véhicules et les rendre les plus sûrs. La recherche et l’innovation sont autant de secteurs à développer dans le domaine de la sécurité routière. »

SÉGOLÈNE ROYAL : « Je suis convaincue qu’il faut faire évoluer le dispositif du permis à points, mesure mise en place par le gouvernement Rocard, pour ceux qui ont perdu plus d’une fois l’ensemble de leurs points. Il en va du nécessaire changement de comportement. Ainsi les radars n’ont de pouvoirs dissuasif que parce qu’il n’y est pas seulement question d’amende mais aussi et surtout de perte de points. Il faut également renforcer les contrôles là où nous savons que les publics les plus exposés sont nombreux. L’espace public n’est pas un espace réservé à la seule voiture : les deux-roues motorisés, les vélos, les piétons ont tous leur place et nous devons leur garantir la sécurité lorsqu’ils empruntent l’espace public. Par ailleurs, les crash-tests ont permis de faire évoluer des tests de véhicules face à face… Car la sécurité à l’intérieur de l’habitacle a beaucoup progressé, la sécurité externe (collision frontale, collision avec un deux-roues ou un piéton) doit maintenant être mesurée et renforcée. »

NICOLAS SARKOZY : « Je souhaite d’abord que le produit des amendes routières soit affecté à des actions ou à des équipements de sécurité routière. Je souhaite faciliter l’accès des jeunes au permis de conduire. Le coût reste très élevé pour beaucoup et le taux d’échec est trop important. Ils encouragent les jeunes à préférer rester sans permis. Je pense que des « états généraux des deux-roues » permettraient de dégager un certain nombre de propositions pour renforcer la sécurité des deux roues. Des limiteurs de vitesse à activation volontaire devraient être installés en série sur les véhicules. Et bien sûr, je crois absolument nécessaire de poursuivre l’aménagement du réseau routier : c’est un facteur essentiel dans la protection des personnes. »
* L’intégralité des réponses de François Bayrou, Arlette Laguiller, Corinne Lepage, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, Philippe de Villiers et Dominique Voynet, est consultable et téléchargeable sur le site www.preventionroutiere.asso.fr


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