Acculées par la flambée du coût du carburant, les changements comportementaux des clients et l’arrivée de nouveaux concurrents, les auto-écoles hésitent à augmenter le prix des leçons de conduite en ce début d’année 2012.La hausse du prix à la pompe, qui a atteint des taux records en 2011, continue d’inquiéter les auto-écoles en ce début d’année 2012. Selon certains professionnels, depuis un an, ce pôle a subi une spectaculaire augmentation de 20% !
Quelle prestation faut-il augmenter ?
« On est clairement impacté par le prix du gasoil », regrette ainsi Gérard Servettaz, directeur de l’auto-école CER74, à Annecy (74), alors même que le prix de l’essence s’envolait de nouveau vers les sommets, au mois de janvier dernier. Le gérant concède qu’il a choisi cette année, à contre-cœur, ses véhicules en fonction de leur coût. C’est la première fois qu’il prend ce critère en compte depuis 30 ans. Mais selon lui, ce changement de stratégie reste insuffisant pour équilibrer les comptes. « À un moment donné, on aura plus le choix : il faudra faire évoluer les tarifs », explique-t-il. Plutôt que de relever les prix des leçons de conduite, Gérard Servettaz s’oriente sur une hausse des frais de présentation à l’examen. « La première chose que les clients regardent, c’est le prix de la leçon. Il est plus facile de moduler les prix sur les frais de présentation ».
Daniel Mielzenski, gérant de l’école de conduite du Château à Sablé sur Sarthe (72), doute que l’augmentation des frais de présentation à l’examen soit une mesure suffisante. Il explique que l’incidence serait trop légère sur l’évolution du chiffre d’affaires. « Le seul moyen de compenser, c’est d’augmenter le tarif des leçons de conduite », assure-t-il. Problème, en cette période de crise, il apparaît « compliqué » d’expliquer cette hausse à l’apprenti conducteur.
UNE CONCURRENCE PLUS RUDE Autre problème, si les auto-écoles respectaient autrefois des pactes de « non-agression » au niveau des prix pratiqués, cela n’est plus le cas aujourd’hui. « C’est difficile de s’entendre », avoue sans détour Gérard Servettaz. « Avant, avec les anciens, on se réunissait autour d’un café pour discuter des prix. Désormais, avec les jeunes gérants, ce n’est plus pareil. C’est chacun pour soi. » Ce constat sur l’évolution des mentalités dans le milieu auto-école est confirmé par Daniel Mielzenski. Selon lui, la concurrence a plutôt tendance à baisser les prix, malgré des revenus en berne. Le gérant de l’école de conduite du Château lie cette nouvelle donne à l’arrivée de jeunes professionnels. « La fin de l’expérience professionnelle pour devenir gérant a sans doute joué un rôle. Il faut signaler que dans mon département, malgré la crise, plusieurs auto-écoles sont venues s’installer ».
LES ÉLÈVES PRENNENT MOINS DE LEÇONSDe plus, selon plusieurs patrons d’auto-écoles, depuis un an, les élèves franchissent le seuil des établissements de conduite avec déjà plusieurs heures de conduite derrière eux ! En effet, les jeunes qui ne sont pas passés par la filière AAC sont de plus en plus nombreux à conduire avec leurs parents avant de s’inscrire dans un établissement. Clairement, les comportements changent. L’objectif est de réduire au minimum le temps passé en formation à l’auto-école, faute de budget. De même, en cas d’échec à la première présentation à l’examen, les élèves privilégient désormais la conduite supervisée. Entre la volonté des élèves de réduire leurs heures en auto-école et le contexte économique qui n’incite pas les professionnels à élever leurs tarifs, l’équilibre sera difficile à trouver en cette année 2012 !
H. R.