Le permis à 1 euro par jour bénéficie d’un nouveau système de cautionnement qui devrait permettre aux jeunes les plus défavorisés d’accéder plus facilement au permis de conduire. Mais le montant du crédit accordé et le manque de communication autour du dispositif freinent encore son développement. Le permis à 1 euro fête son 6ème anniversaire. À cette occasion, le gouvernement annonce un élargissement du cercle des bénéficiaires du dispositif. Selon un communiqué de la DSCR, les jeunes entre 16 et 25 ans peuvent désormais y accéder grâce à la garantie des prêts à hauteur de 50% apportée par le fonds de cohésion sociale gérée par la Caisse des dépôts. Les 50% restants sont pris en charge par les établissements de crédits partenaires (NDLR : les Caisses d’Épargne, le Crédit Mutuel, BNP Paribas, LaSer Cofinoga et la Banque de la Réunion). « Il s’agit chaque année de faciliter l’accès à 20 000 candidats supplémentaires, jusque là écartés du crédit bancaire », détaille la DSCR.
« Actuellement, 80 000 jeunes bénéficient chaque année du permis à 1 euro par jour », poursuit Jean-Luc Nevache, le nouveau délégué interministériel à la sécurité routière. Le gouvernement espère donc que le nouveau système de prêt augmente de 25% le nombre de bénéficiaires actuels du permis à 1 euro par jour.
UNE MESURE QUI S’EST FAIT ATTENDRELors de notre premier bilan sur ce dispositif, il y a 5 ans, le ministre des Transports de l’époque, Dominique Perben, se félicitait du bon fonctionnement du dispositif. Pourtant, le délégué interministériel en poste, Rémy Heitz, reconnaissait déjà que « les jeunes les plus en difficulté financière » peinaient à accéder au permis à 1 euro par jour, « le dispositif reposant sur un mécanisme de prêt avec souvent une caution de demandée ».
Le titulaire du poste actuel, Jean-Luc Nevache, ne dit pas autre chose lorsqu’il effectue le bilan de ces 6 années de permis à 1 euro par jour. « C’est vrai que cette caution était problématique puisque les jeunes les plus défavorisés ne pouvaient y avoir accès ». Malgré un diagnostic très vite établi, il a donc fallu 5 ans pour passer à l’action !
« Mais mieux vaut tard que jamais ». Lionel Chatelin, gérant de l’auto-école Chatelin, à Amiens (80), salue le nouveau système de cautionnement. « Les pouvoirs publics ont pris leurs responsabilités », assure-t-il. Dès le lancement du permis à 1 euro, il soulignait que les gens qui en bénéficiaient avaient les moyens de se le financer par eux-mêmes. « On ne peut être que favorable à ce nouveau système de garantie », explique-t-il. « Cela va permettre à beaucoup de jeunes de mieux s’intégrer dans la société ».
FALLAIT-IL AUGMENTER LE MONTANT DU CRÉDIT ?L’autre doléance exprimée par les auto-écoles et les élèves n’a en revanche pas été prise en compte. En effet, pour plusieurs professionnels, le crédit maximum accordé n’est pas suffisant pour permettre de passer son permis dans des conditions optimales. « Ce crédit de 1 200 euros ne me semble pas assez élevé », confirme Philippe Augé, gérant du CER Bobillot, dans le 13ème arrondissement parisien. « Il faudrait qu’on laisse la possibilité à certains élèves de se voir accorder un crédit compris dans une tranche entre 1 500 et 2 000 euros ».
Il est vrai que dans certaines villes (Paris, Marseille, Lyon) le crédit maximum autorisé couvre à peine le prix du permis de conduire. Sans compter que dans la majorité des cas, un élève a besoin de plus de 20 heures de conduite pour être prêt à l’examen. « Cela peut poser des problèmes à certains apprentis conducteurs, ayant souscris au permis à 1 euro par jour, mais dont le crédit est épuisé », explique Philippe Augé.
Selon Mario Camiolo, gérant de l’auto-école Mario, à Metz (57), « ce crédit de 1 200 euros aurait pu être suffisant il y a 7 ans, mais cela n’est plus le cas aujourd’hui ». Il poursuit : « Par exemple, si un élève obtient un prêt de 1 200 euros et qu’il débute sa formation en conduite accompagnée, cette somme ne couvre que le minimum obligatoire ! Il faut compter l’inscription, les évaluations de conduite, les 2 rendez-vous pédagogiques, etc. Finalement, l’élève complète souvent de sa poche ».
DES ÉLÈVES QUI SONT ASSIDUSÀ la lecture du bilan de ces 6 ans de permis à 1 euro par jour, deux questions subsistent. Premièrement, aucune indication sur les taux de réussite n’a été collectée par la DSCR. En l’absence de statistiques officielles, seuls les retours exprimés par les gérants d’auto-écoles, rencontrés en région, peuvent être pris en compte. Et, sur ce sujet, les avis des professionnels divergent.
Certains estiment que le taux de réussite est similaire, voire supérieur, car les élèves se montrent plus appliqués. D’autres établissements, en revanche, se montrent plus circonspects et expliquent que les élèves ayant souscrits au permis à 1 euro par jour ont moins de chance d’obtenir de bons résultats, notamment pour l’épreuve du Code. Enfin, d’autres, à l’instar de Mario Camiolo, estiment que « le mode de paiement n’a aucune incidence sur les résultats à l’examen » !
Ce qui est sûr, c’est que les apprentis conducteurs ayant souscrit au dispositif respectent leur part de contrat et vont au terme de leur formation ! « Je dirais que 9 personnes sur 10 vont au bout de leur formation dans le cadre du permis à 1 euro par jour », poursuit Philippe Augé. « C’est davantage que pour l’AAC, par exemple, où les abandons sont un peu plus fréquents ».
UN MANQUE DE COMMUNICATION AUTOUR DU DISPOSITIFEnsuite, en analysant les chiffres communiqués par la DSCR en 2006 et 2011, il apparaît que le nombre de bénéficiaires du permis à 1 euro par jour n’a pas progressé. Le total oscille toujours autour des 80 000 bénéficiaires, alors que déjà, en 2006, le gouvernement tablait sur un chiffre de 100 000 prêts pour l’année 2007. Certes, l’élargissement du dispositif aux jeunes en situation financière précaire devrait permettre une hausse du nombre de prêts. Mais est-ce la seule explication ? « Je tiens à signaler que les élèves ne sont pas assez informés du positif du permis à 1 euro par jour. Les médias ne communiquent pas assez à ce sujet auprès du grand public », affirme Lionel Chatelin. Pour certains patrons d’écoles de conduite, ce manque de « publicité » autour du permis à 1 euro par jour, et des autres dispositifs d’aide au permis de conduire, pourrait d’ailleurs constituer un début d’explication sur le fait que le nombre d’auto-écoles agréées au dispositif (4 500) n’a pour ainsi dire pas évolué depuis 6 ans…
LES AUTO-ÉCOLES VONT PRENDRE LES CHOSES EN MAIN« Les médias généralistes n’ont pas parlé du nouveau système de cautionnement. Alors que la grève des inspecteurs a fait la Une des médias. Ils auraient pu en profiter pour en glisser un mot », ajoute Mario Camiolo.
Bref, faute de communication, les auto-écoles qui proposent le permis à 1 euro par jour peinent à se démarquer des établissements qui ne le proposent pas. Sans compter que certaines écoles de conduite, que la garantie financière rebute, proposent des possibilités de paiement en plusieurs fois et sans frais.
Jean-Luc Nevache trouve lui un autre coupable : les banques. « La caisse des dépôts a trouvé 4 banques en métropole (NDLR : la 5ème banque se situe à La Réunion). Mais le problème c’est qu’elles se gardent bien de faire de la publicité pour le dispositif », dénonce le délégué interministériel. « Il faut vraiment que les auto-écoles insistent pour avertir le client de l’existence de ce procédé. »
H. R.
LE PERMIS À 1 EURO POUR LA MOTO EST-IL INUTILE ?
On a tendance à l’oublier, mais le permis à 1 euro par jour s’applique également au permis moto. Le décret n°2006-1157 du 16 septembre 2006 modifie celui du 29 septembre 2005 en ouvrant le dispositif à la moto. Mais, 5 ans plus tard, force est de constater que le permis à 1 euro par jour, pour le permis A, n’a pas remplit son contrat. Certes, il n’existe pas de statistiques officielles sur les demandes de prêt dans le cadre du permis moto. Mais les témoignages des gérants moto sont unanimes. Le dispositif n’est pas au point.
« Je n’ai eu que 2 demandes pour le permis A à 1 euro, depuis sa création », explique Philippe Augé, gérant du CER Bobillot, un des plus importants établissements de la région parisienne. « On ne le propose même pas, pour la simple et bonne raison que le législateur s’est loupé sur cette affaire », poursuit-il. « Le dispositif n’est accessible que pour un premier permis. Or il est extrêmement rare que quelqu’un passe son permis A avant son permis B ».
H. R.
CHIFFRES CLÉS
- 1 jeune sur 10, inscrit au permis, est bénéficiaire du permis à euro
- 80 000 prêts accordés chaque année
- 100 000 prêts attendus pour 2012
- 1 auto-école sur 2 est agréée
- 20 établissements financiers partenaires
- 5 établissements de crédits garantissant le prêt à 50% sans caution
À SAVOIR
- Le niveau du prêt ne peut dépasser le montant défini par l’école de conduite
- Le montant du prêt est fixé dès le départ entre le candidat et l’établissement financier et ne peut être changé
- Des crédits de 600, 800, 1 000 et 1 200 euros sont proposés
- Le permis de la sous-catégorie A1 n’est pas concerné par l’opération
- L’auto-école remboursera sans frais l’élève si et seulement si ce dernier présente des problèmes de santé ou déménage.