Peut-on rêver plus bel écrin pour les auto-écoles que la cité faste de Versailles ? Pour autant, si le cadre de travail se révèle forcément majestueux, les auto-écoles de la ville restent confrontées à des problématiques classiques dans l’enseignement de la conduite. Et les gérants rencontrés ont tous des propositions intéressantes pour remédier à ces soucis.Versailles abrite une dizaine d’auto-écoles, pour un peu moins de 100 000 habitants. Un ratio qui n’est pas exagéré au regard de la forte concentration d’écoles de conduite dans certaines autres villes de la région parisienne. La concurrence ne fait pas rage et les enseignants de la conduite ont le loisir d’exercer leur activité avec le souci de dispenser des formations de qualité. Il arrive ainsi que les différents gérants d’auto-écoles se passent un coup de téléphone pour « se dépanner » avec des places d’examen. Ceci explique enfin que, malgré la présence d’une auto-école « géante », qui cumule plusieurs établissements, plusieurs petites structures « mènent leurs barques » avec réussite.
LA BRUYÈRE, UN POTENTIEL ÉNORMEDifficile de trouver plus bel emplacement que celui de l’auto-école La Bruyère. En pleine avenue de Paris, face à deux lycées, l’établissement la joue pourtant discret. À l’image de son gérant, Djamel Saidane, qui mène de main de maître son école de conduite, depuis 1996. « C’est sûr que j’ai une philosophie différente de ceux qui veulent faire uniquement de l’argent », explique le gérant. « Quelqu’un pourrait très bien venir ici, dans mon auto-école, et me dire que désormais j’aurais 20 voitures, des grands écrans plats, etc. Il me dirait que je pourrais faire rentrer les 2 lycées dans mon auto-école. Mais ce n’est pas ma conception de l’enseignement de la conduite », poursuit Djamel Saidane, qui estime par ailleurs que « la profession traîne d’ailleurs comme un boulet ceux qui ne jouent pas le jeu et font du permis de conduire, un business. »
Sobre, le patron de l’auto-école La Bruyère vise avant tout la qualité dans l’enseignement de la conduite. D’ailleurs, à contre-courant des propositions actuelles, il estime qu’il faut « élever les tarifs » afin de « mieux payer les moniteurs ». Cela amènerait « vers un service de qualité », qui, selon lui, serait bénéfique pour tout le monde, puisque les taux de réussite augmenteraient logiquement.
LA QUALITÉ PLUTÔT QUE LA QUANTITÉCe Versaillais d’origine peut être considéré comme un ancien dans la profession. Après avoir validé son Bepecaser en 1993, il décide de s’installer dans sa ville fétiche et crée son auto-école, à quelques pas du centre-ville. En 1998, il ouvre un second bureau à Vélizy (78), une ville voisine. « Deux bureaux, cela suffit. Je veux rester ‘petit’ en privilégiant la qualité à la quantité », appuie-t-il. Selon la même logique, Djamel Saidane ne propose que les formations B, AAC et BSR… même s’il avoue que se lancer prochainement dans la formation moto est une hypothèse de plus en plus séduisante.
Franc du collier, le gérant ne fait pas d’entorses à ses principes avec la clientèle. « Il faut au mieux évaluer l’élève, dès le départ, et le conseiller sur sa formation. Je ne peux pas lui dire qu’il va faire 20 h si en réalité il doit en faire 60 h. Si le client n’est pas d’accord, je peux sans problème lui dire d’aller voir la concurrence. Dès le départ, ça doit être réglo. C’est une sorte de contrat moral qu’il doit y avoir entre lui et nous »
UN SYSTÈME D’UNITÉS DE VALEUR POUR LE PERMIS ?Rebondissant sur l’actualité, le gérant de l’auto-école La Bruyère explique que son auto-école versaillaise n’a pas souffert de la grève des inspecteurs des examens du permis de conduire. « Tous les examens de la semaine se sont déroulés. On est passé à travers les gouttes ! » Djamel Saidane savoure d’autant plus l’heureux dénouement puisqu’il avait pris de plein fouet la crise de 2002 où les inspecteurs avaient cessé le travail pendant plusieurs semaines…
S’il n’émet pas de jugement sur les motivations des IPCSR, il affirme cependant que le bilan de compétences n’a rien changé au niveau des résultats à l’examen. Et, surtout, Djamel Saidane, milite pour que l’examen pratique du permis de conduire soit fractionné en unités de valeurs (UV), à l’image des examens de l’université. « Un élève pourrait ainsi ne repasser que les catégories sur lesquelles il a échoué lors de l’examen », précise-t-il.
Enfin, il livre le fond de sa pensée sur les examens du permis de conduire. « Vous savez, tout se passe bien à Versailles avec les inspecteurs et l’administration. Mais, le matin, lorsque l’inspecteur consulte les convocations, il regarde l’auto-école avec laquelle il va passer et il sait déjà à quoi s’attendre ! Si je puis dire, il sait déjà à quelle marque de fabrique il aura affaire… », conclue-t-il.
STAGIAIRE, PUIS GÉRANT DU MÊME ÉTABLISSEMENT !Si Djamel Saidane affirme ne pas trop pâtir du manque de places d’examen, ce n’est pas vraiment l’avis de Vincent Barbier, le gérant de l’auto-école Étoile ! Mais nous y reviendrons plus loin. Si l’auto-école Étoile, créée en 1962, est une des plus anciennes de Versailles, son gérant, Vincent Barbier, débute lui en tant que patron, puisqu’il a repris l’établissement en juillet 2009. À noter qu’il avait fait auparavant son stage de formation au sein de cette même auto-école ! « J’aurais pu me lancer dans une création, s’il y avait eu des des opportunités, mais il aurait fallu tout reprendre à zéro et se créer une nouvelle clientèle », justifie Vincent Barbier. « Sans compter que créer son auto-école, dans le contexte actuel, nécessite réellement d’avoir les reins solides. Et puis il y a le côté affectif qui a joué avec l’auto-école Étoile. D’ailleurs, l’ambiance dans l’équipe est plutôt fraternelle ». C’est avec le sentiment de la mission accomplie que Vincent Barbier est devenu son propre patron. « Quand je suis rentré dans la profession, la finalité était d’être le gérant d’une auto-école », se félicite Vincent Barbier. « J’ai aussi la chance d’avoir un associé, Philippe Lamarche, qui connaît très bien le métier ».
L’ADMINISTRATION FAIT LA SOURDE OREILLEMais, pour le gérant de l’auto-école Étoile, le problème des places d’examen nuit au plaisir d’exercer son métier. « C’est très frustrant pour un patron d’auto-école qui réunit des conditions de travail satisfaisantes. Les élèves, eux, ne comprennent pas que nous sommes impuissants face à ce problème », poursuit-il. « C’est parfois pesant au niveau humain d’expliquer à certains élèves, dont les parents ont connu cette même auto-école, qu’ils n’ont pas la possibilité de re-passer rapidement leur examen ». Enfin, cet éternel problème freine également, selon lui, le développement de ses activités. « On ne peut pas grandir trop vite, sinon on se retrouve avec un manque de places ! » Pire, selon Vincent Barbier, l’administration a tendance à traiter le problème avec légèreté. « La DDEA nous a envoyé un courrier au début de l’année pour nous demander nos propositions afin d’améliorer le problème du manque de places d’examens. Résultat, malgré l’envoi d’une réponse, on nous a fait comprendre que, faute de temps, la question n’avait finalement pas pu être étudiée ! » Même si l’auto-école Étoile récupère quelques places disponibles avec Printel, l’addition reste quand même très lourde.
PRIVATISER LE PERMIS DE CONDUIRE ?Pour résoudre ce problème des places d’examen, Vincent Barbier propose la privatisation du permis de conduire. « L’administration est-elle capable d’embaucher des inspecteurs supplémentaires ? », interroge-t-il. « Apparemment, c’est impossible ! La solution serait de privatiser au moins certains examens. Certes, les inspecteurs risquent de ne pas être d’accord. Mais la réalité, c’est que ce sont les auto-écoles et les élèves qui trinquent. Les auto-écoles ne sont pas en capacité de répondre aux demandes des élèves. »
Pour lui aussi, la grève des inspecteurs n’a finalement pas trop impacté son activité. « Même si cela a perturbé les élèves, qui ont dû passer un examen à Bois-d’Arcy au lieu de Vélizy », précise-t-il. Au-delà de ce point noir, finalement commun à presque toutes les auto-écoles de l’Hexagone, Vincent Barbier n’a pas à se plaindre de son activité sur Versailles. « Bon, c’est sûr que pour quelqu’un qui n’est pas passionné par ce métier, ça ne sert à rien de venir. C’est pas la bonne branche pour devenir millionnaire ! »
DES LOYERS ÉLEVÉS SUR VERSAILLESSituée entre les gares de Versailles Chantier et Versailles Rive Gauche, l’auto-école de la Mairie est au cœur du centre-ville versaillais, à quelques mètres de la mairie, comme son nom l’indique. « C’est une ville agréable pour travailler », explique d’emblée Serge Simoni, le gérant de l’établissement. « Ce local nous l’avons choisi en concertation avec des associés. Son principal avantage est d’être localisé dans une rue passante, sur le passage des lycéens ou des jeunes actifs qui vont travailler. »
Il a fallu de la combativité au gérant pour ouvrir cet établissement, qui était anciennement un magasin de pompes funèbres ! « Les loyers sont élevés dans le quartier. De plus, pendant 2 mois, on n’a pas pu avoir d’enseigne, puisqu’il a fallu demander l’autorisation au maire. On a pu tout de même mettre de la publicité sur notre vitrine ».
DES PISTES POUR AMÉLIORER LES TAUX DE RÉUSSITEÀ l’instar de Vincent Barbier, Serge Simoni regrette lui aussi les délais exagérés de passage du permis de conduire. « Actuellement, c’est 6 mois pour un élève qui a raté son examen. » Et, comme Djamel Saidoune, Serge Simoni propose lui aussi de passer à un système d’unités de valeur ! « Je tiens à dire que les questions techniques sur les véhicules, ça gonfle tout le monde », ajoute-t-il. Autre solution préconisée par le gérant d’auto-école, le retour à un examen pratique de 20 minutes. « Cela augmenterait de 80%, par jour, le nombre de passage d’élèves à l’examen », assure-t-il. Le gérant a la même réflexion sur l’examen théorique. « Le passage à 20 questions serait largement suffisant pour vérifier l’étendue des connaissances théoriques. »
Par ailleurs, Serge Simoni souhaite que le rôle de l’enseignant soit davantage valorisé lors de l’examen. « On ne nous demande pas notre avis ! Nous sommes quand même les enseignants, ceux qui connaissent parfaitement les candidats qui vont en examen. Résultat, on se retrouve parfois avec de grosses incohérences… » Selon le patron de l’auto-école de la Mairie, il arrive régulièrement que des élèves plus mûrs dans leur conduite soient recalés tandis que certains au niveau de formation moins abouti obtiennent leur précieux sésame..
SUR LA GRÈVE, LA DDE A PRIS LES CHOSES EN MAINPas langue de bois pour un sou, Serge Simoni enfonce le clou en affirmant que « le permis est trop dur en France ». Il précise : « La formation est dans l’ensemble de qualité dans les établissements français. Mais le niveau d’exigence à l’examen est vraiment trop élevé. » Le gérant poursuit en affirmant que la formation de l’élève se fait tout au long de sa vie de conducteur. « On ne peut pas demander à un jeune qui a 20 heures de conduite derrière lui d’avoir le niveau d’un conducteur de 40 ans ». Quitte à créer une formation continue, pour suivre les élèves tout au long de leur vie de conducteurs.
Plus offensif que ses deux confrères sur la question des inspecteurs, Serge Simoni ne mâche pas ses mots. « Le bilan de compétences n’a rien changé. Chaque inspecteur fait ce qu’il veut, même si la volonté de quadriller l’examen était une bonne idée ».
Mais le gérant tire en revanche un coup de chapeau aux responsables de la direction départementale de l’équipement des Yvelines (DDE), dans la période de crise qui a suivi la grève des inspecteurs « Ils ont pris les choses en main et ont permis le déplacement des examens à Bois d’Arcy ».
Les 3 gérants versaillais rencontrés se rejoignent donc sur cette question là. Preuve qu’avec un peu de bonne volonté, l’administration peut s’attirer les félicitations, et non les foudres, des écoles de conduite !
Hugo Roger
CARTE D’IDENTITÉ
Auto-école La BruyèreGérant : Djamel Saidane
Bureau : 2
Employés : 7 (tous moniteurs)
Véhicules : 8 Renault Clio
Formations proposées : AAC, BSR, B
Inscriptions : 250 par an
Tarifs : forfait à 1 265 euros
Auto-École ÉtoileGérant : Vincent Barbier
Bureau : 1
Employés : 6 ( dont 5 moniteurs)
Véhicules : 4 Renault Clio
Formations proposées : B, A, AAC, BSR
Inscriptions : 300 par an
Tarifs : forfait à 1 060 euros
Auto-école de La MairieGérant : Serge Simoni
Bureau : 1
Employés : 3 (dont 2 moniteurs)
Véhicules : 2 Renault Clio
Formations proposées : B, AAC, BSR
Inscriptions : 120 par an
Tarifs : forfait à 1 200 euros