Dans la ville de Auch, les auto-écoles vivent dans la continuité de leurs prédécesseurs. Une ambiance familiale qui se retrouve quelle que soit la politique de l’auto-école et ses spécialisations. Rencontre avec trois gérants qui revendiquent l’importance de la proximité, notamment avec les élèves. À Auch, à l’heure de la retraite du patron, il est d’usage que les auto-écoles, soient reprises par l’un des salariés. Sur les cinq établissements de la ville, au moins trois enseignes ont suivi ce cheminement. Il n’y a donc rien d’étonnant à tomber sur l’un d’eux dès le premier rendez-vous… L’auto-école Fernandez a été créée il y a près de 40 ans par René Fernandez. « Je suis arrivé dans cet établissement comme moniteur en 1985 », raconte Franck Callegari, qui a repris la direction de l’entreprise en 1993. « Au début, je n’enseignais que le permis B. Puis, j’ai passé tous les permis et toutes les mentions. Et, quand le gérant a décidé de s’arrêter, il m'a proposé de prendre sa suite. Le fait qu’il ait anticipé son départ lui a permis de me former et de m’épauler au niveau administratif, avant que je reprenne l’auto-école seul. »
UNE AUTO-ÉCOLE EN PLEIN DÉVELOPPEMENTSeul, le jeune gérant ne l’est pas resté longtemps. Dès la reprise, il a en effet embauché Jackie, une ancienne monitrice de l’auto-école qui connaissait bien la maison, et qui y travaille toujours. Progressivement, d’autres moniteurs ont rejoint l’équipe, composée aujourd’hui de quatre personnes, avec Émeric et Patricia. Une augmentation de l'effectif qu’il faut mettre en parallèle avec une évolution constante de l’auto-école, qui a proposé de plus en plus de formations différentes et augmenté en même temps son nombre d’inscriptions. « René Fernandez a fait connaître l’auto-école pour les formations deux-roues, Franck a beaucoup développé le groupe lourd, explique Jackie. Aujourd’hui, cette catégorie de permis représente près de la moitié de nos inscriptions. Nous sommes dans un département rural et comme désormais le permis poids lourd est nécessaire pour conduire un tracteur, nous avons beaucoup de demandes. » Essentiels, les permis lourds assureraient la pérennité de l’auto-école, même si, financés dans leur grande majorité, ils sont payés avec quelques semaines de décalage.
PRATIQUER DES TARIFS JUSTES ET VIABLES Le confort apporté par les formations professionnelles ne met cependant pas l’établissement à l’abri de baisses de régime. En 2002, l’école de conduite a ainsi dû faire face, comme toutes celles de la ville, à une baisse brutale – et inexpliquée – des inscriptions au permis B. La chute fût telle qu’il fallut licencier l’une des monitrices, ré-embauchée depuis lors. Mais cette mésaventure semble avoir laissé un goût amer au gérant de l’établissement, qui se désole des bas prix pratiqués dans la profession.
« En termes de tarifs, dit-il, nous sommes moins chers qu’un mécano. » Il n’est pas question pour autant d’augmenter les prix brutalement, mais plutôt d’être juste. Ainsi, il ne propose pas de forfait pour le permis B. Si la formation théorique tient sur une seule ligne de facture, les heures sont ensuite facturées à la consommation. Et si l’auto-école accorde des facilités de paiement à ses élèves, son gérant a préféré ne pas miser sur le permis à 1 euros par jour. « Ceux qui en bénéficient ne sont pas forcément ceux qui en ont besoin », se justifie-t-il. « Nous préférons aider les gens en difficulté à obtenir des aides », complète Jackie, habituée à effectuer des démarches auprès des administrations et des associations.
DEUX SŒURS AUX COMMANDESInstallées à Auch également, Blandine Autefage et Édith Clément dirigent une auto-école qui mise aussi sur la formation poids lourd. Des deux sœurs, c’est Blandine qui s’est lancée la première. « Depuis très longtemps, je savais que je voulais devenir monitrice d’auto-école, raconte-t-elle. À 17 ans, j’ai passé le permis 125 cm3 et ça m’a plu. Alors, j’ai passé tous les autres permis, discrètement. » Son Bepecaser en poche, la jeune fille propose ses services en tant que prestataire, aux différentes auto-écoles du département. L’idée étonne, voire déplaît, mais arrange plusieurs établissements qui complètent ainsi leurs effectifs à des moments où ils en ont besoin, sans avoir à assumer la charge d’un salarié supplémentaire.
En 1996, le gérant de l’auto-école Leader, pour laquelle Blandine Autefage travaille déjà, lui propose de reprendre l’affaire. Et c’est comme ça que Blandine, et quelques mois plus tard, sa sœur Édith, prennent les rennes de cette jeune auto-école d’Auch. La première année, seul le permis B est proposé. Mais, dès l’année suivante, tous les autres permis sont ajoutés à la carte des prestations. « Nous sommes la seule auto-école du département à proposer toutes les catégories de permis », revendique Edith. Tambour battant, ces deux-là se taillent la part du lion. Édith au bureau et en voiture, Blandine à la formation poids lourd, elles s’imposent en s’appuyant sur des valeurs telles que le sérieux et l’intransigeance.
LA QUALITÉ, AVANT TOUT !Sur les prix, par exemple, pas de marchandage. Blandine Autefage y tient. Ici, pas de rabais pour gagner un client, pas de remise pour faire plaisir. Les tarifs sont justifiés, alors il n’est pas question de les rogner. « Quand on sait ce que c’est que de monter une entreprise, on n’a pas envie de casser les prix, affirme-t-elle. Moi, je veux faire de la qualité. Je calcule mes prix en tenant compte de l’investissement matériel, de mon travail et des charges. Ce n’est pas du vent ! » Et ça marche ! Bien qu’elle ne soit pas moins cher que les autres, l’auto-école Leader gagne chaque jour de nouveaux clients. L'adaptation des enseignements (en formant, par exemple, les routiers concernés à la conduite de nuit), la disponibilité (en assurant les formations au fur et à mesure, il n’y a pas de délais d’attente) et la qualité des véhicules (l’auto-école a investi, il y a deux ans, dans un nouveau porteur), séduisent.
Les deux sœurs le revendiquent : leurs méthodes féminines ont du bon. La solidarité avec les collègues, l’efficacité, la polyvalence et la conscience de l’intérêt des week-ends et des vacances comme bol d’air se ressentent dans l’ambiance de l’auto-école… et plaisent aux élèves potentiels. Récemment, elles ont d’ailleurs ajouté une nouvelle corde à leur arc : désormais, elles proposent aux jeunes de passer le BSR sur leur propre scooter afin de gagner du temps sur l’apprentissage… et de mieux utiliser les quelques heures de la formation pour apprendre l’essentiel : la sécurité.
DES DÉBUTS DIFFICILESÀ une trentaine de kilomètres, un autre établissement joue un rôle social apprécié. Bernard Pérard a fait parler de lui bien au-delà des frontières du Gers. Mais, avant de faire entendre son franc-parler au CSECAOP (« une chambre d’enregistrement qui ne sert à rien », selon le gérant) ou aux réunions nationales de l’UNPFA (il en est vice-président), cet enseignant fort en gueule a d’abord fait ses preuves à Vic-Fezensac, un très joli village de 3 500 âmes. Son installation remonte à 1968, alors qu’il était un jeune enseignant de la conduite.
« Au début, sur le canton, nous étions cinq auto-écoles, se rappelle-t-il. Puis, le collège est passé de 780 gosses à 200 et les concurrents ont fermé au fur et à mesure que le potentiel de clientèle baissait. » Si au début des années 1970, la région recelait suffisamment de candidats au permis, Bernard Pérard et son épouse Jacqueline n’ont pas échappé aux difficultés des débutants. « Pendant six mois, nous avons eu un élève à 8 heures, et c’est tout, raconte le gérant. Nous avons mis au moins trois ans avant de pouvoir vivre grâce à l’auto-école. »
Une fois le bouche à oreille lancé, la fréquentation de l’auto-école n’a cependant plus jamais baissé. Moins de dix ans après l’ouverture, Jacqueline passait son Bepecaser pour épauler son mari qui avait dû passé à des leçons d’une demie heure pour satisfaire la demande… Et aujourd’hui encore, alors que la troisième génération d’élèves s’inscrit, l’auto-école leur assure un temps plein à tous les deux.
DES DÉFENSEURS DE L’AACMais le succès de l’entreprise n’est pas la priorité de ces enseignants passionnés de sécurité routière et de pédagogie. À travers la conduite accompagnée, qui représente 80 % de leurs inscriptions, ils touchent les jeunes très tôt et rattrapent au passage leurs parents. « Je suis un fervent défenseur de l’AAC, dont j’ai d’ailleurs participé à la création, affirme Bernard Pérard. Il y a une réelle évolution de l’élève, et un vrai accompagnement, pendant deux ans. À 16 ans, ils ne sont pas finis. Ils viennent par jeu. Et en deux ans, on les voit se transformer ! » Si l’enseignant vénère l’AAC pour ses vertus pédagogiques, il est pourtant parfois déçu du comportement des accompagnateurs. « Certains se désistent, regrette-t-il. Trop pressés, ils gardent le volant par facilité, ou font conduire leurs enfants un peu trop vite. De temps en temps aussi, ils n’osent pas critiquer et laissent faire des erreurs de peur de créer un conflit. De plus, ils ne montrent pas toujours l’exemple dans leur propre conduite. » Heureusement, Bernard Pérard a suffisamment d’assurance – et de crédit auprès de parents qu’il a souvent lui-même formé à la conduite – pour intervenir.
ACTIONS TOUS AZIMUTSAu-delà du strict cadre de l’auto-école, il se mobilise d’ailleurs pour servir la sécurité routière. IDSR depuis la création des inspecteurs de sécurité routière, il se bat sur tous les fronts pour faire reculer l’insécurité sur la route. Action auprès des seniors, intervention en milieu scolaire, animation d’ASSR, organisation de stages post-permis sur circuit… la liste de ses activités est infinie. Toutes les idées sont bonnes à tester pour faire avancer la lutte contre l’insécurité routière. Avec les élèves, il part en voyage-école et fait un tour sur le circuit de Nogaro (32). « Au début, je leur apprenais à gérer des situations d’urgence, dit-il, mais je me suis aperçu que ça les amusait et qu’ils reproduisaient ensuite les exercices sur des parkings. Désormais, je ne les mets plus en difficulté. Je travaille le regard, les trajectoires, le freinage, mais je préfère les inquiéter plutôt que de leur donner trop de confiance en eux. » Pour le BSR comme pour les rendez-vous pédagogiques, il invite des spécialistes, gendarme, assureur, spécialiste de l’alcoolémie. Dans les lycées, il intervient pour faire de la prévention. Pendant plusieurs années, il a même été dirigeant d’un club de rugby pour accompagner les jeunes dans les troisièmes mi-temps… Et, pour la Féria de la Pentecôte, il ouvre sa salle de code idéalement placée par rapport aux lieux de réjouissances, pour permettre aux conducteurs de se reposer avant de prendre la route… « Avec les jeunes, affirme-t-il, j’évite de parler d’interdits dès le départ. Je préfère les écouter, et envisager avec eux les meilleures solutions pour gérer l’après fête. J’explique qu’appeler les parents pour qu’ils viennent vous chercher n’est pas une honte, mais une preuve de confiance. Je les incite à dormir sur place, leur indique où trouver un test d’alcoolémie, etc. » S’il promeut également la solution d’un convive qui ne boit pas, Bernard Pérard est cependant prudent. « À travers mon expérience d’IDSR, je vois de plus en plus d’accidents liés au manque de sommeil. Les retours de fête sont traîtres : les copains alcoolisés s’endorment au fond de la voiture, celui qui n’a pas bu n’a souvent pas dormi depuis de nombreuses heures… et le sommeil le rattrape au volant. Les chocs sont plus rares, mais ils sont aussi plus violents. Il faut se méfier, car je me suis rendu compte que les jeunes avaient de gros déficits de sommeil. Or, 17 heures de veille équivalent à une alcoolémie de 0,5 gramme d’alcool par litre de sang. On ne le dit pas assez ! »
Cécile Rudloff
CARTES D’IDENTITÉ
Auto-école FernandezGérant : Franck Callegari
Effectifs : trois salariés en plus du gérant
Formations proposées : A, B, AAC, BSR, C, EC
Inscriptions : 250 inscriptions, tous permis confondus
Véhicules : deux C3, deux Kawasaki ER5, un scooter, un porteur Renault et un articulé Mercedes
Tarifs : 837 € l’équivalent d’un forfait 20 heures, 30 € l’heure de conduite
Auto-école BernardGérant : Bernard Perard
Effectifs : Bernard Pérard et son épouse Jacqueline
Formations proposées : A, B, AAC, BSR
Inscriptions : 120 B (et AAC), 30 A, une cinquantaine de BSR
Véhicules : deux Clio, un Scénic pour les voyages-école, deux scooters Suzuki, deux Kawasaki ER5
Tarifs : environ 1 100 € l’équivalent d’un forfait 20 heures, 33 € l’heure de conduite
Auto-école LeaderGérantes : Blandine Autefage et Édith Clément
Effectifs : les deux gérantes
Formations proposées : BSR,A, B, permis lourds
Inscriptions : 55 B, une dizaine de A, entre 50 et 70 permis lourds, une dizaine de BSR
Véhicules : deux 207 Peugeot, un poids lourd Renault, un tracteur routier, une remorque, une Kawasaki ER5
Tarifs : 857 € l’équivalent d’un forfait B, 30 € l’heure de conduite
CHIFFRES
• La ville d’Auch compte 23 500 habitants
• Le Gers compte 177 435 habitants, répartis sur 6 300 km²
• Taux de chômage en 2005 : 6,9 % (9,6 % au niveau national)
• D’après un premier bilan, il y aurait eu en 2006, 287 tués et 4 515 blessés sur les routes du Gers (le nombre d’accidents corporels a baissé de 3,9 %)