Nancy et son agglomération abritent une forte concentration d’auto-écoles. Il n’est pas rare de croiser deux établissements dans une même rue. Sur les Pages Jaunes, entre 30 et 40 adresses sont répertoriées dans l’agglomération. Souvent de petits établissements. Les professionnels le concèdent : la concurrence fait rage, même si chacun arrive à tirer son épingle du jeu. Ce chiffre élevé s’explique en partie par la présence d’un centre de formation des moniteurs dans la ville. De nombreuses personnes issues de Pôle Emploi sont séduites par le métier et décident de se lancer en tant que moniteur. Après quelques années, certains d’entre eux décident de se mettre à leur compte. L’auto-école Virlat fait partie des entités incontournables sur Nancy. Sans doute la plus grande auto-école de la ville, elle représente 5 établissements dans l’agglomération, dont 4 ont été créés depuis que Karina Virlat a repris l’auto-école paternelle, l’une des plus anciennes de France. Avec son associé Olivier Devaud, cette ancienne patineuse de haut niveau – elle a notamment été membre de la troupe Holiday on Ice pendant 8 ans – a donc développé un véritable empire de la formation à la conduite sur Nancy !
LA VOIE DU PÈREPour autant, rien ne laissait présager que cette sportive allait suivre la voie professionnelle de son père. « Mon père est un passionné, il travaillait du matin au soir pour son auto-école », explique-t-elle. « Il était également actif dans la vie syndicale, au sein du CNPA ». Lorsque Karina Virlat stoppe sa carrière de sportive, elle s’oriente tout d’abord vers un métier de commercial, dans la téléphonie. Même si le passage d’une vie de voyages, de spectacles et de compétition à un quotidien « plus rangé » aurait pu de quoi faire peur à plus d’une personne, l’ex-patineuse choisit elle de foncer. Elle y rencontre son mari puis, décide une nouvelle fois de se remettre en question. L’idée lui vient alors de rejoindre son père dans l’auto-école familiale. « Avant de devenir gérante, j’ai travaillé avec lui pendant 1 an, pour l’observer », explique-t-elle. En 2000, elle reprend finalement l’établissement. À partir de 2006, les événements s’accélèrent. Une autre auto-école Virlat est créée à Tomblaine. Elle est suivie, 1 an plus tard, d’un autre établissement à Saint-Nicolas de Port. Puis, une autre école de conduite est lancée en 2008, à Pulnoy. « À ce moment là, je pensais vraiment que c’était le dernier bureau que j’ouvrais », plaisante Karina Virlat. Mais, finalement, « une occasion unique » se présente aux 2 associés. « C’est simple, on a trouvé un local collé à l’université. Soit les étudiants rentrent à la fac, soit ils viennent chez nous ! On a explosé les inscriptions en très peu de temps. C’était vraiment une occasion qu’il ne fallait pas louper ». Mais cette fois, c’est sûr, promet-elle, il n’y aura pas de 6ème établissement !
DAVANTAGE GESTIONNAIRE QUE PÉDAGOGUEL’auto-école Virlat fonctionne un peu comme une franchise. Dans chaque auto-école, il y a ainsi un responsable d’agence. Les élèves peuvent suivre indépendamment leurs cours dans chaque bureau. Karina a pris du recul depuis ses débuts dans la profession et, avec le temps, la masse de travail s’est alourdie dans la partie gestion de son entreprise. Mais cela n’est pas pour lui déplaire. « Je suis davantage gestionnaire que pédagogue », avoue-t-elle. Loin des clichés du gérant d’auto-école le nez empêtré jour et nuit dans sa comptabilité, Karina Virlat se garde du temps pour ses loisirs. C’est l’avantage d’être à la tête d’une grande structure. Il y a plus de moyens et de disponibilité. « Je suis heureuse d’avoir du temps pour mes enfants », se réjouit-elle. « Je profite de la vie, je pars régulièrement en vacance ». Cette passionnée de shopping n’hésite pas à prendre le TGV plusieurs fois par an pour se retrouver en quelques heures à Paris, prête à dévaliser les galeries Lafayette ! Au sujet de la profession à Nancy, Karina Virlat explique que le cadre de travail est plutôt agréable. Son auto-école n’a jamais réellement manqué de places d’examen sauf lorsque sa dernière agence a ouvert. Le succès de l’auto-école boulevard Albert 1er, voisine de la faculté, a été tellement énorme que les places d’examens ont vite manqué ! « Mais on a pu se faire entendre en préfecture et on a pu aussi alimenter cette auto-école avec le surplus des autres établissements ».
LIBERTÉ D’ENTREPRENDRERendez-vous est pris avec une deuxième gérante d’auto-école, elle aussi maman de 2 enfants. Céline Mantey est une jeune entrepreneuse que l’on pourrait qualifier de « Madame 100 000 volts ! ». Complice, à la fois avec ses moniteurs et ses élèves, le style – tout en éclats de rire – de la gérante détonne. Rien ne prédestinait Céline Mantey à s’investir dans la formation à la conduite. Diplômée d’un Master 2 en psychologie elle décide, sur un coup de tête, de se lancer dans la profession. « Je venais d’avoir un enfant et j’avais besoin d’argent et d’un véhicule ! » se souvient-elle. Après 10 années passées dans la profession, Céline Mantey a ressenti l’envie de passer un cap et de se mettre à son propre compte. « En fait, il y a eu 2 éléments déclencheurs », précise-t-elle. « D’une part, j’avais envie d’appliquer mes propres méthodes pédagogiques. Et puis il faut aussi avouer que je ne supporte pas la hiérarchie ». Le choix du nom de « Liberté » pour son auto-école prend donc tout sens ! Du reste, l’entrepreneuse se laisse la liberté, à l’avenir, de s’orienter sur une autre voie professionnelle. « Je n’ai pas envie de faire ce boulot plus de 10 ans. Je suis là tant que j’en ai envie », assène-t-elle. C’est en 2009 que Céline Mantey choisit de s’installer à proximité du centre-ville de Nancy, dans un quartier qui est subitement sortit de terre il y a 4 ans ! « Au départ on a un peu flyé. Mais les clients seraient de toutes façons très vite venus », précise-t-elle, rejetant l’hypothèse de débuts difficiles. Alors que l’aventure avait débuté avec un seul et unique associé l’auto-école compte aujourd’hui 4 employés. Si Céline Mantey n’envisage pas d’ouvrir un second bureau, pour le moment, en revanche elle déborde de projets pour son auto-école. Son mari, ingénieur en prévention, pourrait prochainement mettre ses compétences au service de l’auto-école Liberté. Mais, pour le reste, la gérante souhaite garder le secret sur ses projets !
LE CODE À L’ÉCOLE, « PAS UNE BONNE IDÉE »La responsable de l’auto-école Liberté accepte cependant de lever le voile sur ses principes pédagogiques. « Sur le déroulement de la formation, un de mes principes, c’est le suivi personnalisé du Code. On est par ailleurs fier de disposer de 2 salles de Code. Une salle pour les thématiques et une autre pour les questions type examen », détaille la gérante. « On privilégie aussi les phases de conduite, concentrées dans le temps, pour permettre aux élèves d’être le plus rapidement prêts pour l’examen. Et cela permet de m’en débarrasser plus vite », ajoute-elle en forme d’autodérision. Au-delà de son établissement, Céline Mantey fait du bénévolat dans les écoles de ses enfants. À travers cette expérience, elle souhaite donner son avis sur la récente proposition de la secrétaire d’État à la jeunesse et aux sports, Jeannette Bougrab, qui a appelé publiquement à une démocratisation du permis de conduire, en émettant la possibilité que les cours de Code soient intégrés au cursus scolaire. Et la sémillante gérante se montre pour le moins dubitative : « Je ne comprends pas la logique d’intégrer le Code dans les cours à l’école. C’est le Code qui fait vivre les auto-écoles », explique-t-elle. « Et je ne crois pas que des moniteurs supplémentaires soient embauchés pour aller délivrer des leçons dans les établissements scolaires. » À l’image de Céline Mantey, les professionnels rencontrés à Nancy estiment d’ailleurs qu’une telle mesure ne serait bénéfique ni pour les élèves ni pour la profession.
LES INSCRIPTIONS EN MOTO NE DÉSEMPLISSENT PASÀ une centaine de mètres de l’auto-école Liberté, Georges Rodrigues nous ouvre les portes de l’auto-école Fastway. « Fastway, car on voulait que les élèves sachent que nous délivrons une formation de qualité permettant de passer rapidement son permis ! », répondent en coeur Georges et sa femme Stéphanie. Mais attention, l’auto-école n’envoie pas n’importe qui à l’examen ! Les élèves sont soigneusement briefés sur les difficultés rencontrées pour passer une seconde fois le permis de conduire. Le résultat est plutôt flatteur : selon Georges Rodrigues, les chiffres de la préfecture placent l’auto-école Fastway en tête des taux de réussite du permis B en 2010, sur Nancy. D’après Georges Rodrigues, au-delà de la satisfaction du travail bien fait, ce résultat va optimiser le bouche-à-oreille de la clientèle. « La majeure partie du temps, les élèves viennent sur les conseils de leurs amis qui ont déjà passé le permis de conduire ». Le jeune couple a créé son auto-école en 2008. « C’était un nouveau quartier avec du potentiel. On a pas hésité quand on a trouvé ce local. Avant il n’y avait que des usines. Maintenant il y a beaucoup de logements. » A-t-il été difficile de cohabiter avec une autre auto-école à proximité ? « Chacun fait son business. On a des affinités avec certains plus qu’avec d’autres c’est sûr », explique Georges Rodrigues peu perturbé par la forte concurrence qui règne entre les auto-écoles à Nancy.
TRAVAILLER ENTRE AMISOn pourrait définir l’auto-école Fastway à travers deux caractéristiques. Malgré sa jeune existence, l’auto-école propose tous les permis. Assez rare pour être signalé. Cela permet aussi, comme l’année précédente, de combler le déficit d’inscriptions dans une catégorie de permis par une autre, plus en verve. « La moto a particulièrement bien marché, avec des femmes qui viennent s’inscrire en nombre », note-t-il. Enfin, le gérant trentenaire a fait appel à des connaissances pour travailler dans sa structure. « Les meilleurs », clame-t-il. « Je suis un patron cool mais je mouille le maillot également ! Il y a un travail d’équipe et de vrais échanges. » Cela se traduit par une bonne ambiance, parfois prolongée par des vacances, comme récemment à Marseille. Autre atout, selon le patron de Fastway, la jeunesse de son équipe. « Les élèves imaginent des moniteurs proche de la cinquantaine.Lorsqu’ils arrivent chez nous ils trouvent des professionnels qui ont presque leur âge ! En exagérant un peu, parfois on se retrouve avec des élèves qui pourraient avoir l’âge de nos parents ! » Bref, le soleil est à son zénith du côté de Fastway. Mais pas question pour l’heure d’ouvrir un second bureau. « Il y a toujours la possibilité de s’améliorer, même s’il faut concéder qu’en ce moment la conjoncture n’est pas idéale pour les auto-écoles », explique Georges Rodrigues. « De plus, on est encore loin d’être riches, on est pas des Rothschild ! ». Il faut dire également que le gérant de l’auto-école Fastway, qui ne laisse rien au hasard, aurait du mal à trouver le temps de s’occuper d’un deuxième local ! « Je fais de tout, du Code, de la conduite, du bureau… »
Cette hyperactivité n’inquiète pas le gérant, bien au contraire.
« Quand je vois certains moniteurs qui ne font que de la moto et qui à la fin de la journée ont envie de brûler leur moto, ça me fait rire ! » Finalement, la seule doléance exprimée par Georges Rodrigues, serait que l’État puisse soutenir sur la durée les élèves dans le besoin. « Cela arrive souvent qu’un jeune qui a bénéficié d’une aide au permis de 100 ou 200 euros n’ait plus la possibilité par la suite d’être aidé par les pouvoirs publics et qu’il ait du mal à finir sa formation ». À l’image des 2 autres gérants rencontrés, il est intéressant de remarquer que les auto-écoles nancéennes sont proches de leurs élèves !
Hugo Roger