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warning Sécurité routière — Octobre 2011

Des tables rondes riches en propositions pour la sécurité routière


La mission d’information relative à l’analyse des causes des accidents de la circulation et à la prévention routière, présidée par Armand Jung, député SRC du Bas-Rhin et dont le rapporteur est Philippe Houillon, député UMP du Val d’Oise, a organisé des tables rondes les 6 et 7 septembre. L’objectif était de recueillir des propositions, remises au ministère de l’Intérieur, pour faire reculer l’insécurité routière.

RENFORCER LE CONTINUUM ÉDUCATIF
 La première table ronde avait pour thème la formation à la conduite. Jean-Pascal Assailly, chargé de recherche à l’IFSTTAR, a mis en avant deux objectifs distincts : « que les 18-25 ans aient le permis et qu’ils ne se tuent pas sur la route ensuite. Les titulaires du permis savent maîtriser un véhicule mais ne savent pas forcément adopter le comportement adéquat au volant. Il faut davantage prendre en compte les aspects liés à la motivation dans le milieu de l’auto-école, comme l’émotion, le rapport à autrui ou encore l’influence générationnelle. » Nadine Neulat, de la Direction générale de l’enseignement scolaire, a rappelé l’importance du continuum éducatif, « qui commence dès l’école primaire, avec l’attestation de première éducation de la route, et se poursuit au collège avec l’ASSR, dont nous avons modernisé les épreuves (nouvel outil en ligne, nouvelles questions, tirage aléatoire des questions). Enfin, il faut développer l’action dans les lycées. » Marc Meunier, sous-directeur de l’éducation routière à la DSCR, a exprimé plusieurs pistes d’action. « Il faut renforcer le continuum éducatif, davantage travailler sur les comportements et renforcer la progressivité de l’apprentissage de la conduite, notamment grâce à l’introduction prochaine de nouveaux permis moto. » Marc Meunier a rappelé les apports de l’introduction de la conduite supervisée, de la conduite encadrée, du bilan de compétences, du permis à 1 euro par jour et des bourses au permis. Il a insisté sur la nécessité de mettre en place un post-permis après l’obtention du permis, mais aussi en milieu professionnel et pour les seniors, même si son mode de financement reste à étudier. Pour Loïc Turpeau, président de l’Anper, « le continuum éducatif doit encore être renforcé. Les écoles de conduite participent à une partie de la formation en amont du permis, par le biais du BSR, dont le volume de formation a augmenté et qui donne des résultats plutôt favorables. L’Anper est le premier réseau de formation continue des écoles de conduite en France, et ces dernières se sont beaucoup investies. Mais on leur demande l’impossible : former en 20/25 heures des gens pour toute la vie ! Et une fois le permis en poche, il n’y a plus aucune formation. La formation post-permis est un grand chantier à mettre en place. »

LA NÉCESSITÉ DE COURS THÉORIQUES OBLIGATOIRES
Michel Schipman, vice-président de la branche formation des conducteurs du CNPA, a déploré « qu’actuellement encore, la préparation à l’examen du permis est plus présente que la véritable formation à la sécurité routière. Des cours théoriques obligatoires sont nécessaires pour améliorer le comportement des conducteurs. Le CNPA réclame ainsi leur mise en place, car actuellement l’apprentissage théorique se fait principalement en faisant effectuer des tests aux élèves. Or, ces tests doivent servir à valider des acquis et non à apprendre. Il faut donner les moyens aux enseignants de la conduite, par ces cours théoriques obligatoires, d’améliorer la formation pour mieux appréhender l’après permis de conduire. » Philippe Malpièce, secrétaire de la branche formation des conducteurs du CNPA, a exprimé la nécessite « d’un dialogue accru entre le grand public et les auto-écoles. Le jeune vient pour décrocher le permis, dans un délai le plus court possible et pour un coût le plus bas possible. L’enseignant de la conduite a pour rôle d’inculquer aux jeunes un comportement sécuritaire et civique sur la route. » Il a également constaté « un manque de communication de la part des auto-écoles et de l’État sur le rôle de l’enseignant de la conduite dans la sécurité routière. D’autre part, le coût du permis étant au cœur du débat, il faut accentuer la communication auprès du grand public sur le permis à 1 euro par jour et les bourses au permis. » Enfin, « les délais d’obtention du permis sont toujours un problème récurrent, du moins dans certains départements. Contrairement au Bac, les examens du permis varient d’un département à l’autre, tant sur leur préparation que sur leur passage et leur nombre. Un gros travail local reste à faire. »

NE STIGMATISONS PAS LES JEUNES !
Une autre table ronde abordait le problème spécifique des jeunes. Jean-Pascal Assailly a rappelé que ces derniers « représentent 13 % de la population et 25 % des tués sur la route et 31 % des blessés graves. Mais tout n’est pas négatif, puisque les jeunes produisent 4 fois moins de tués qu’il y a 40 ans. Il n’est donc pas besoin de les stigmatiser. Chaque fois que des progrès sont réalisés en matière de sécurité routière, ils suivent la tendance. » D’autre part, le point crucial en accidentologie concerne la différence garçon/fille. « Au sein de la population des jaeunes, environ 8 tués sur 10 sont des garçons. Si on ne peut toucher aux aspects biologiques, on peut influer sur les aspects psychologiques (masculinité au volant, adhésion aux stéréotypes de sexe) et dispenser une formation différente selon le sexe. Car les garçons prennent davantage de risques. » Sylvain Lassare, directeur de recherche à l’IFFSTTAR, a présenté les résultats d’une enquête, qui fait ressortir que 40 % des jeunes passent le permis à 18 ans, et 73 % l’ont obtenu à l’âge de 20 ans. Autre enseignement, les véhicules conduits par les jeunes sont en général peu puissants mais âgés (moyenne d’âge d’environ 10 ans), ce qui aura une conséquence en cas de choc. Ahmed Led Khadiri, délégué général de Animafac, a insisté sur la nécessité de « réduire l’aspect bachotage de l’examen du Code, remettre en cause l’association fête = alcool et anticiper l’usage du vélo par une formation spécifique. Pour Philippe Loup, président de la Fédération générale des associations étudiantes, « il faut sensibiliser en milieu festif, notamment en organisant des stands de prévention, avec des simulateurs de conduite avec alcool. »

RENFORCER LA SÉCURITÉ DES DEUX-ROUES
Pour conclure, Jean-Yves Salaün, délégué général de l’association Prévention routière, a rappelé que « chez les 18-24 ans, 1/4 des jeunes tués le sont en deux roues motorisés. L’introduction prochaine d’un permis cyclo et d’un permis moto supplémentaire peuvent améliorer la situation, même si un accès direct à 24 ans aux grosses cylindrées semble prématuré. Quant aux cyclomoteurs, dont plus de la moitié sont débridés, ils nécessitent la mise en place d’un contrôle technique. » Jean-Yves Salaün a également insisté sur le risque lié à l’utilisation des smartphones pendant la conduite, particulièrement développée chez les jeunes.

C. S.


Retrouvez l’intégralité des débats ainsi que les autres tables rondes (deux-roues motorisés, infrastructures, contrôle sanction automatisé, risque professionnel routier) sur le site www.assemblee-nationale.tv


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