Creil, commune située dans le département de l’Oise et la région Picardie, compte quelque 35 000 habitants et forme avec les communes de Montataire, Nogent-sur-Oise et Villers-Saint-Paul, la Communauté d’agglomération creilloise (CAC). Creil est également située à une quinzaine de kilomètres de Chantilly, une ville beaucoup plus touristique et dont la population est plus aisée. À l’opposé, certains quartiers de Creil abritent une population plutôt défavorisée. L’un des plus anciens établissements de la ville est l’auto-école Benko, dont l’agence principale se situe à Montataire, près d’un lycée, juste en bordure de Creil. « L’enseigne Benko a été créée en 1978 par Édouard Benko, parti à la retraite en 2003, nous explique Abdel Oualaouch, moniteur et frère du gérant Hassan Oualaouch. Nous disposons en fait de trois bureaux : outre l’agence principale de Montataire, il existe un second bureau à Montataire, créé en 2010 et une agence à Creil, reprise en 2000 à un établissement qui avait fermé. »
COMPLÉMENTARITÉ ENTRE THÉORIE ET PRATIQUE
Le credo pédagogique de l’auto-école est de « prendre pour point de départ la théorie. Tous les cours théoriques se font avec un formateur. Ce dernier peut ainsi répondre aux questions des élèves, revenir sur certains points, etc. Nous effectuons aussi des séances de Code pour personnes en difficultés, qui ne maîtrisent pas bien la langue française », précise l’enseignant. Mais la pratique est loin d’être pour autant négligée. « Une fois par trimestre, nous organisons un stage pratique sur piste afin que nos élèves prennent conscience des dangers de l’alcool au volant. Nous faisons essayer les lunettes simulant l’alcoolémie aussi bien à nos élèves, qu’ils soient conducteurs ou assis à la place du passager. C’est largement plus efficace que 2 heures de cours théoriques sur l’alcool ! Rien ne vaut la situation réelle et concrète ! » Concernant les mesures répressives prises lors du CISR du 11 mai dernier, Abdel Oualouch estime « que l’on est arrivé à un système trop répressif. Le message est faussé. Les automobilistes ont désormais presque plus peur du radar ou de la perte de leur permis que d’être victimes d’un accident ! » Et avec ce système répressif, « un conducteur qui commet un léger excès de vitesse sur autoroute va subir la même sanction qu’un automobiliste qui roule à près de 100 km/h en ville devant une école. Cela manque de cohérence. »
L’ACQUISITION D’UN AVERTISSEUR DE RADAR JUGÉE SUSPECTE !
Par contre, Abdel est davantage favorable à l’interdiction des avertisseurs de radars (ndlr : encore d’actualité à la date de l’entretien). « Une personne qui achète un avertisseur de radar sait déjà qu’il est susceptible de dépasser les limitations de vitesse, sinon il ne ferait pas l’acquisition de ce type de matériel. C’est un peu comme si un braqueur de banque disposait d’un appareil l’avertissant qu’à telle heure la police n’est pas dans les parages d’une banque et qu’il a alors tout loisir de la braquer ! » Vient alors la traditionnelle question portant sur les délais d’attente pour passer le permis. Abdel Oualaouch fait alors grise mine. « Il n’y a pas de souci pour les élèves en première présentation, mais si un candidat échoue, il devra attendre de 2 à 4 mois avant de pouvoir repasser le permis ! Ce qui nous a plombé, c’est avant tout le passage de l’examen de 22 à 35 minutes, ainsi que la nouvelle méthode d’attribution des places d’examen. Ceci dit, ces derniers temps, la DDT (Direction départementale des territoires) a été à notre écoute et a vraiment essayé d’améliorer la situation, qui s’est un peu arrangée depuis… » Signalons enfin que Hassan Oualaouch, le gérant de l’auto-école, ne tarit pas d’éloges sur ses nouvelles Citroën C3. « Le pare-brise panoramique qui équipe ces véhicules ouvre un champ visuel jusqu’alors inédit en apprentissage de la conduite. Cela permet de porter le regard bien au loin et ainsi d’acquérir de bonnes habitudes. »
UNE APPELLATION ORIGINALE !
Située près de la gare de Creil, l’Auto-école « Flocéa » se distingue par l’originalité de son patronyme. Il s’agit tout simplement de la contraction des prénoms (Florian et Océanne) des enfants des deux gérants de l’établissement, Radmilla et Mathieu. Un nom quasi-poétique et nettement plus original que la plupart des appellations en vigueur dans la profession !
L’auto-école Flocéa est l’un des tout derniers établissements créés à Creil, en juillet 2009. Auparavant, les deux gérants étaient enseignants de la conduite dans d’autres auto-écoles de la région. Et un beau jour leur est venue l’envie de créer leur propre établissement ! Une école de conduite familiale qui propose le permis B, l’AAC et la conduite supervisée, et également conventionnée pour le permis à 1 euro par jour. Cet établissement récent a en 2 années d’existence réussi à faire son trou, à peine gênée par les difficultés d’obtention de places d’examens. « Sur ce plan, la situation n’est bien sûr pas complètement idéale, mais ce n’est pas pire qu’ailleurs, cela reste tout à fait gérable », précise Radmilla. « Quant aux élèves, ils ne nous posent pas de souci particulier. » L’auto-école n’est il est vrai pas située dans une zone particulièrement
« sensible »…
LES MESURES DU CISR PASSÉES AU CRIBLE
Que pense l’auto-école Flocéa des mesures de sécurité routière instaurées par le gouvernement lors du dernier CISR ? Radmilla reste dubitative. « Cela change tout le temps ! Le gouvernement essaye de changer pour changer, mais ce n’est pas forcément une solution. Peut-être y a-t-il eu un léger relâchement des automobilistes, mais il y a sûrement d’autres facteurs qui peuvent expliquer les mauvais résultats du début de l’année. Et paradoxalement, les résultats de l’année 2010 étant très satisfaisants - passage sous la barre des 4 000 morts par an -, ceux de 2011 sont apparus comme décevants ». Quant à la volonté du gouvernement de retirer les panneaux signalant les radars automatiques, « il est clair que les automobilistes préféreraient que ces panneaux restent en place, mais les supprimer éviterait peut-être le phénomène de décélération/réaccélération avant et après les radars ? » La réduction des délais de récupération de points « n’est pas forcément une mesure très utile lorsqu’on ne perd qu’1 point. Car que l’on attende 1 an ou 6 mois pour le récupérer, cela ne change pas grand chose. Quant aux conducteurs qui perdent beaucoup de points sur leur permis, c’est souvent le signe d’un comportement au volant non adapté. » L’utilisation d’un éthylotest anti-démarrage obligatoire pour les conducteurs en cas de délit de conduite en état d’alcoolémie, en état d’ivresse manifeste ou de refus de se soumettre au contrôle du taux d’alcool est jugée comme « une bonne mesure » par Radmilla. « L’alcool a une grande influence sur l’accidentologie. J’ai constaté une grande méconnaissance de beaucoup d’élèves et même de conducteurs confirmés : dès qu’il s’agit de boissons alcoolisées telles que le whisky ou les alcools dits « forts », les gens font attention, alors que le vin jouit d’une image beaucoup plus positive et rassurante. Pourtant, le vin, c’est aussi de l’alcool ! » Enfin, concernant le téléphone portable, « il est un peu dommage que le kit mains-libres n’ait finalement pas été interdit. Je déconseille fortement son utilisation à nos élèves. Si l’on à passer ou à recevoir un appel véritablement important, la seule solution est de s’arrêter. »
L’INDISPENSABLE EXPÉRIENCE PROFESSIONNELLE
La fin de l’expérience professionnelle pour devenir gérant fait également réagir notre gérante. « La nécessité d’une expérience professionnelle avait fait son apparition en 2001, et elle vient de disparaître, pour revenir à l’ancien système. Quelqu’un qui obtient son monitorat et qui ouvre son établissement ne connaît finalement pas grand chose au métier. Je veux bien admettre que l’obligation des 3 ans d’expérience était peut-être un peu exagérée, mais au moins 1 an d’expérience est indispensable. »
UNE AUTO-ÉCOLE EN « ZONE SENSIBLE »
Changement d’atmosphère. Direction l’auto-école du Plateau, située dans le quartier du même nom, constitué de grands ensembles de barres édifiées lors des Trente Glorieuses sur les hauteurs dominant la vallée. Si les problèmes sociaux et les échauffourées ne sont pas rares, un ambitieux projet de réhabilitation urbaine architecturale de cette « zone sensible » est prévu pour 2014. Suivant un panneau indiquant l’emplacement de l’auto-école du Plateau, je me retrouve non sans surprise devant un petit local orné d’une pancarte « Bail à céder ». L’auto-école aurait-elle mis la clé sous la porte ? Pas du tout, elle a simplement emménagé, il y a quelques semaines, dans de nouveaux locaux, quelque 50 mètres plus loin ! Nacer Khelifi, co-gérant de l’établissement avec Aziz Elbouzegaoui, peut alors répondre aux questions de La Tribune des Auto-Écoles. « Cela fait 21 ans que je suis dans la profession » précise-t-il avec le sourire. « J’ai débuté le 11 juin 1990 dans une auto-école de Creil. » Il s’agissait de l’annexe du CER de Senlis, auto-école et centre de formation de moniteurs bien connu dans la région (aujourd’hui devenu un établissement CIR +), à l’époque dirigé par Jean-Pierre Poudevigne, décédé depuis. « Je considère ce dernier comme mon mentor », se remémore Nacer Khelifi, même si je ne suis resté qu’1 an dans son établissement. Nous avions des élèves qui avaient des difficultés avec la langue française, mais cela m’a « forgé » et m’a habitué d’emblée à redoubler d’efforts, ce qui m’a servi pour la suite de ma carrière. » Ensuite, Nacer a passé 2 ans en tant que moniteur à Levallois-Perret (92), avant de créer son établissement avec un co-associé dans le village de Plailly (60), tout près du parc Astérix. Enfin, début 1996, Nacer est revenu à Creil, prenant les rênes de l’auto-école du Plateau, dans le premier local de cette dernière. « C’était un petit local, et la salle de Code était située en sous-sol, ce qui était encore autorisé à l’époque. Nous sommes désormais mieux installés ! »
UN TAUX D’ÉCHEC FORCÉMENT PLUS ÉLEVÉ
La situation concernant les places d’examen semble toucher davantage l’auto-école du Plateau que les autres établissements de la ville. « Dans le quartier du Plateau, vu le public un peu défavorisé, il y a un peu plus d’échec qu’ailleurs, car certains élèves ne maîtrisent pas totalement la langue française. Il y a forcément plus d’échec au permis que dans une auto-école de Chantilly ! Il y a donc des mois où on est vraiment justes, surtout pour les 2ème et 3ème présentations. Ceci dit, l’administration essaye de tenir compte de notre spécificité. » Autre problème, « on ne peut désormais plus reprendre les élèves en provenance d’une autre auto-école, comme on le faisait auparavant. Lorsque la nouvelle méthode d’attribution des places est arrivée dans notre département, l’administration nous avait fait miroiter un coefficient de 1,70 ! Il est en fait sous les 1,40 actuellement. » De plus, « certains de nos élèves ont des soucis financiers. On s’efforce d’en tenir compte. Nous n’avons jamais envoyé d’huissier à un élève qui ne pouvait pas nous payer. J’ai grandi ici, je suis un fils d’ouvrier, je peux comprendre les difficultés financières de mes élèves. »
POUR UNE POLICE DE LA ROUTE DÉDIÉE À LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE
Les mesures du dernier CISR ? « Quand on ne sait pas trop quoi faire, on fait des tentatives pour changer. Si on enlève les panneaux annonçant les radars, alors pourquoi les avoir mis au départ ? Cela n’est pas cohérent. » Nacer est plutôt partisan « d’une vraie police de la route, spécialisée en sécurité routière, avec des voitures banalisées et dénuée de l’agressivité habituellement perçue par les automobilistes. Leur rôle serait davantage pédagogique que répressif, il s’agirait d’expliquer le pourquoi des règles aux automobilistes. Car habituellement, l’automobiliste n’est pas considéré comme quelqu’un qu’il faut aider et éduquer, mais comme une vache à lait ! » On notera enfin une particularité de l’auto-école du Plateau : utiliser comme véhicules-écoles plutôt des berlines compactes que des petites citadines. « Nous avons choisi des Peugeot 308 plutôt que des 207, car nous estimons qu’il est dommage que les écoles de conduite aient tendance à ne prendre que des petites voitures. La 308, de dimensions plus imposantes, permet aux élèves de s’habituer à conduire, une fois le permis en poche, un véhicule plus imposant. Autant apprendre sur une voiture plus grande, car qui peut le plus peut le moins ! »
Christophe Susung
CARTE D’IDENTITÉ
Auto-école Benko
Gérant : Hassan Oualaouch
Bureaux : 3
Employés : 6 moniteurs, 3 secrétaires
Formations proposées :
B, AAC, A, post-permis
Véhicules : 6 Citroën C3, 3 Kawasaki ER6, 1 scooter 50 cm3
Inscriptions : n. c.
Tarifs : forfait 20 h : 950 euros, 43 euros l’heure
Auto-école Flocéa
Gérants : Mathieu Bocquet, Radmilla
Bureau : 1
Employés : 1 secrétaire
Formations proposées : B, AAC, conduite supervisée
Véhicules : 2 Renault Modus
Inscriptions : n. c.
Tarifs : forfait 20 h : 930 euros, 43 euros l’heure
Auto-école du Plateau
Gérants : Nacer Khelifi et Aziz Elbouzegaoui
Bureau : 1
Employés : 3 moniteurs
Formation proposées : B, AAC
Véhicules : 3 Peugeot 308
Inscriptions : 124 en 2010
Tarifs : forfait 20 h : 983 euros, 43 euros l’heure