Les présentations des 10 conférenciers invités (la plupart scientifiques) ont permis à plus de 100 congressistes de repartir avec des idées précises dans des domaines aussi techniques et variés que celui des formations post-permis, des examinateurs du permis de conduire ou encore des enseignants de la conduite. Gros plan sur ce dernier point. Fil conducteur des interventions : la connaissance de la « boîte noire » de l’élève (son cerveau) et de ses mécanismes d’apprentissage.
« QUELQU’UN VEUT-IL DEVENIR RICHE ? »
C’est en ces termes surprenants pour un directeur de recherches d’université finlandaise que Sami Mytntinnen a interpellé l’assemblée. « Incroyable que les débutants prennent le volant seul après l’obtention du permis, s’étonnait-il. « Il n’y a aucun feed-back durant cette période sur la mise en application des connaissances acquises lors de la formation ». Après avoir décliné les compétences requises pour conduire en solo, il dévoilait la réponse à sa question initiale. La boîte noire à installer dans les véhicules des conducteurs novices post-permis : telle était pour lui la solution ! On disposerait alors enfin d’informations tant sur la prise de risques que sur la conduite économique des débutants. N’y a-t-il pas un problème éthique ? Pas du tout, réplique le scientifique ! « On aide ses enfants », d’ailleurs, « mon fils est d’accord avec cette installation quand il aura obtenu son permis, nous en avons discuté », concluait-il. Et l’enrichissement financier, là-dedans ? Réponse de l’intervenant : « La personne qui percera ce marché s’enrichira », prédisait-il…
MAIS QU’AS-TU DONC DANS LA TÊTE ?
Qu’enseigne-t-on en auto-école s’interrogeait, pour sa part, Dagfin Moe, chercheur norvégien au SINTEF : les panneaux, l’utilisation des voies ainsi que des techniques de conduite. Mais que savent les instructeurs sur le fonctionnement du cerveau de leurs élèves ? I.R.M à l’appui, le conférencier s’est alors employé à vulgariser la maturation du cerveau. Cela ne signifie pas, expliquait-il, « que chaque enseignant ait à mémoriser 50 zones du cerveau responsables de la cognition, des émotions et des actions ». Pour autant, comprendre le combat entre l’émotion et la cognition, l’influence de la dopamine par exemple, transmetteur chimique, associé aux sentiments de plaisir et de récompense devrait contribuer grandement à faciliter l’apprentissage. D’après lui, avec la recherche de récompenses, former les élèves à planifier, à s’auto-évaluer serait donc incontournables pour enseigner.
VOULEZ-VOUS « COACHER » AVEC MOI ?
Elisabeth Suzen, psychologue doctorante de Norvège, a confirmé les propos de son collègue en présentant sa recherche menée auprès de moniteurs intitulée : « Comment les enseignants interprètent-ils la notion d’évaluation dans les programmes de formation à la conduite et qu’ont-ils eux-mêmes appris de ces phases d’évaluation ». Selon la psychologue, six points fondamentaux sont à respecter pour réussir cette évaluation formative :
- impliquer l’apprenant en partant de ce qu’il sait déjà ;
- développer la capacité de l’élève à s’auto-évaluer, (ce serait le plus important HATTIE.2007)(1) ;
- faire réfléchir l’élève sur son propre processus d’apprentissage. Les moniteurs interrogés lui ont fourni des exemples. Après s’être arrêté en leçon, l’un d’eux demande par exemple à son élève : « explique-moi à quoi tu penses actuellement ? comment justifies-tu ce que tu viens de faire ? »
Ainsi « les élèves modifient leur propre évaluation » et je me suis aperçu que c’est important pour leur apprentissage », confiait cet enseignant ;
- rembobiner pour aller de l’avant. Le feed-back comme outil de réorganisation de la progression. Un enseignant déclarait : « À tout moment, nous pouvons nous demander avec l’élève si nous allons dans la bonne direction dans sa formation et discuter des chemins à emprunter pour progresser » ;
- être capable pour l’élève de justifier le choix de ses actions ;
- savoir communiquer. La communication à utiliser pour mener des évaluations demande un haut niveau de compétence professionnelle. Ce n’est pas facile non plus pour l’apprenant qui doit s’habituer à un type de questionnement paraissant intrusif. Dans cette approche, l’enseignant devient un « coach ».
POURQUOI DEVRIONS-NOUS ENSEIGNER LA CONDUITE ?
Cette question était posée par Shaun Helman duTransport Research Laboratory de Grande-Bretagne. Le scientifique rappelait ainsi l’alternative en matière de sécurité routière pour les novices : enseigner la conduite ou limiter leurs risques d’accidents par des mesures de restriction de circulation (de nuit par exemple ou avec de jeunes passagers). Quelle est l’efficacité de chacune de ces approches ? Les restrictions de circulation et l’accès graduel à la conduite semblent être bénéfiques d’après la littérature scientifique (HARTLING et AL 2004)(2). Malheureusement, cela ne semble pas être le cas pour le seul enseignement de la conduite. Pourquoi s’interroge le chercheur ? Et de poser deux questions essentielles : enseignons-nous aux élèves des compétences vraiment adaptées ? Les transferts de ces compétences dans leur vie future d’automobiliste ne posent-ils pas problème ? Avant de conclure que comprendre les mécanismes d’apprentissage des humains, délivrer un enseignement théorique et pratique directement lié aux risques de collision connus scientifiquement, pratiquer cet enseignement dans des contextes variés permettant de transférer ces acquis à de nouvelles situations non rencontrées en formation, constituent à lumière des travaux des scientifiques le secret de l’efficacité. Une efficacité qu’un pédagogue de la conduite ne peut ignorer.
Jean-Claude Huant
Pour plus d’infos : on trouvera sur le site de la CIECA www.cieca.be l’ensemble des présentations de ce congrès.
(1) HATTIE : http ://rer.sagepub.com/content/77/1/81.short
(2) HARDLING et AL http ://www2.cochrane.org/reviews/en/ab003300.html
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