Une ville dynamique et agréable, des soucis de places d’examen qui s’estompent, des relations entre auto-écoles qui s’améliorent… Seules quelques difficultés de circulation ternissent un tableau plutôt… rose pour les auto-écoles !Il y a presque 10 ans, La Tribune des Auto-Écoles avait rencontré des auto-écoles toulousaines en proie à un crucial manque de places d’examens. Depuis, si ce problème est encore très aigu dans l’Hexagone, à Toulouse tout du moins, la situation s’est bien améliorée. De plus, Toulouse n’en finit plus de croître ! C’est même la ville française qui connaît ces dernières années la plus forte croissance démographique : 440 000 habitants recensés en 2008 (380 000 en 1998), 864 000 dans l’agglomération (750 000 en 1998). Dans le même temps, la ville rose est aussi devenue la deuxième ville universitaire (120 000 étudiants), derrière Paris. C’est enfin la cité de l’aéronautique et des industries de pointe. En 2009, L’Express avait même classé Toulouse « ville la plus dynamique de France. » Ce tableau très positif profite-t-il aux auto-écoles ?
UNE AUTO-ÉCOLE À ÉCHELLE HUMAINECela n’a en tout cas pas fondamentalement changé le quotidien de Lucien Mouyon, dans la profession depuis quelque quarante années, et qui dirige depuis 12 ans l’auto-école « États-Unis Conduite », sise dans l’avenue du même nom. « J’ai démarré seul. J’ai aujourd’hui 3 monitrices, dont une qui va bientôt effectuer le stage Bepecaser mention deux roues. » En effet, début 2012, l’auto-école ajoutera une corde à son arc en proposant aussi la formation moto. « Mais pas question que cela devienne « l’usine à moto », cela restera une petite activité qui va nous permettre de nous diversifier. » Et puis, ajoute Lucien Mouyon avec malice, « les jeunes qui viendront pour le BSR sauront dans quelle auto-école revenir pour passer le permis B ! » Lucien me fait ensuite admirer sa vitrine, ou plus exactement l’affichette reprenant le classement des écoles de conduite selon leur taux de réussite, paru dans Auto-Plus. « Mon auto-école est classée 2ème sur Toulouse et 5ème dans l’agglomération toulousaine. À la suite de cette publication, j’ai été un peu chahuté par quelques confrères, mais rien de méchant. Certains estiment que les taux de réussite ne veulent rien dire et qu’il faut prendre en compte le type de public, plus ou moins favorisé et familiarisé avec la langue française. Mais même avec ce type d’élèves, je ne rencontre pas de problème particulier. C’est une question de motivation. Avec du travail assidu, on arrive à tout. Mais il n’y a pas que le permis qui compte, il faut aussi dispenser une véritable éducation de la route. » En tout cas, les affaires marchent bien. Le lycée situé tout près amène de la clientèle, et la station de métro qui débouche juste en face de l’auto-école constitue également un atout indéniable pour ce petit établissement, qui s’est développé progressivement. « Nous sommes passés de 70 inscriptions par an en 1999 à plus de 200 en 2010. Nous restons une petite structure car au-delà d’une certaine taille, on ne peut plus faire du bon travail. » Au niveau des places d’examens, la situation est devenue acceptable et s’est améliorée si on la compare avec celle d’il y a 2 ans. « Bien sûr j’aimerais avoir quelques places en plus, par exemple à la rentrée, où la demande est plus forte, mais globalement nous n’avons pas à nous plaindre et la situation s’améliore. »
TOULOUSE, VILLE ROSSE CÔTÉ CIRCULATION ?Selon notre gérant, ce qui pose davantage problème à Toulouse, ce sont les difficultés de circulation. « Les Toulousains aiment bien prendre leur voiture pour faire 100 mètres ! Alors il y a le métro, les bus et le tramway, mais il y a eu du retard au niveau de la structuration de ces modes de transport. La situation s’améliorera peut-être quand le tramway ira directement jusqu’à l’aéroport de Blagnac, d’ici deux ou trois ans. » Concernant les mesures répressives prises lors du CISR du 11 mai dernier, Lucien Mouyon se proclame farouchement opposé aux panneaux annonçant les radars ! « Les retirer est une bonne idée, car lorsque l’on annonce un radar, les automobilistes freinent et réaccélèrent fortement une fois le radar franchi. » Par contre, il n’est pas opposé aux radars pédagogiques, « qui peuvent se montrer très utiles près des écoles. J’ai aussi noté une bonne initiative prise en Alsace : quand on dépasse la vitesse autorisée, cela déclenche automatiquement le feu rouge ! » Sur le plan pédagogique, Lucien Mouyon mise beaucoup sur le voyage-école, notamment quelques jours avant le passage du permis. « Cela se déroule avec 2 élèves par voiture. Nous faisons un peu de ville, un peu de campagne et un peu de montagne. On pousse alors jusqu’à Andorre et Font-Romeu, avec des élèves qui ont un certain niveau de conduite. » Autre credo de l’auto-école États-Unis Conduite, « s’efforcer de travailler tous de la même façon, de manière à ce que l’enseignement soit homogène de la part de tous les moniteurs. » Enfin, Lucien Mouyon aimerait disposer d’un dispositif fiable et efficace pour détecter la drogue. « Mais je n’ai trouvé qu’un appareil salivaire, ce qui ne s’avère pas très pratique. »
PLACES D’EXAMENS : UNE BOUFFÉE D’AIR FRAIS !Adhérant au réseau CER depuis 8 ans, Sébastien Belou travaillait jusqu’en juillet 2009 dans un établissement de l’Aveyron, avant de s’installer à Toulouse, place du Salin. « Mais ce local était trop petit, et l’agrément n’avait donc pas été renouvelé. J’ai alors décidé de racheter le CER St-Michel, situé Grande Rue, et ai revendu peu après le bureau place du Salin. » Ce gérant se montre d’emblée optimiste. « Au niveau des places d’examen, la situation s’est largement améliorée depuis environ 2 ans. On est passé de 4/6 mois d’attente à près de la moitié à l’heure actuelle. Il faut dire qu’à la préfecture, le délégué à la sécurité routière a vraiment su prendre le problème à bras le corps. Nous avons également bénéficié d’examens supplémentaires le samedi. »
LES RELATIONS ENTRE AUTO-ÉCOLES S’AMÉLIORENT !Autre motif de satisfaction, « les relations ont changé entre auto-écoles. Et en bien ! Les anciens passent le relais aux plus jeunes, qui sont très motivés ! On se considère davantage comme collègues que comme concurrents ! Il arrive ainsi que l’on se rende des services, qu’on échange des informations, qu’on se repasse des places d’examens, etc. » Pour sa part, Sébastien Belou affirme « aimer son métier, qui constitue une véritable vocation. » Il apprécie également le chemin parcouru. Un an après l’obtention du Bepecaser, j’avais racheté une auto-école. Dix ans après, j’en dirige une de taille plus importante, avec 5 personnes sous ma responsabilité. »
Mais à Toulouse, la circulation s’intensifie car la population augmente. « Cela demande un aménagement des structures (métro, tramway…), qui n’est pas encore optimal. En contrepartie, Toulouse est une ville où il y a toujours plus d’étudiants, ce qui est tout bénéfice pour nous autres auto-écoles. »
LA PRÉVENTION COÛTE PLUS CHERLes mesures prises lors du CISR du 11 mai ? « C’est un coup médiatique, qui mise sur le répressif qui rapporte. Pour faire de la prévention, il faut des moyens et des gens, alors forcément cela coûte plus cher à mettre en oeuvre ! » Si le nombre de tués a augmenté cette année, « c’est que les beaux jours sont arrivés plus tôt, incitant plus de gens à prendre le volant. Nous les auto-écoles, qui sommes beaucoup sur la route, nous voyons que beaucoup d’automobilistes ne font pas trop d’efforts pour bien conduire. Les comportements changent lentement. Si enlever les panneaux annonçant les radars impacte les conducteurs et leur permis, cela va peut être aussi faire augmenter le nombre de conduite sans permis. » Sébastien se montre également sceptique vis-à-vis du radar pédagogique, mais estime toutefois que ce dernier est plus intelligent qu’une répression forcée. « Même si au bout d’un moment les automobilistes ne les regarderont plus. Ou chercheront à battre des records de vitesse idiots. » Quant au bilan de compétences instauré par réforme, « il n’a pas trop changé la donne pour les enseignants de la conduite, peut-être un peu plus pour les inspecteurs. Malgré tout, Sébastien Belou n’envie pas les inspecteurs. « Leur travail est trop répétitif, c’est presque du travail à la chaîne. Il n’y a pas de véritable contact entre inspecteurs et élèves, comme il y en a entre élèves et enseignants de la conduite. »
DANS L’AUTO-ÉCOLE DE PÈRE EN FILSL’auto-école ECF Catala Formations est un établissement familial, comme nous l’explique son gérant, Alain Catala. « L’agence a été créée en 1963 par mon père, puis je l’ai reprise en 1997. Outre les activités classiques (B, AAC), nous sommes également et surtout un centre de formation de moniteurs, créé en 1986 quand j’ai passé le BAFM. Je suis aussi animateur de stages permis à points et j’ai fait partie de la toute première session de formation des animateurs permis à points. On a créé l’activité au fur et à mesure, avec la capacité de gestion, la réactualisation des connaissances, tout ce qui tourne autour de la formation des moniteurs, et également à partir de 1997 la préparation à la mention moto. Côté ECF, le père d’Alain Catala était président régional du réseau de 1970 à 1997. « J’ai moi-même occupé ce poste de 2000 jusqu’en 2010, et depuis un an je suis vice-président inter-régional Midi-Pyrénées Aquitaine, suite au regroupement des régions en inter-régions », explique Alain Catala, qui est aussi membre du conseil national de l’ECF depuis 7-8 ans.
DE PLUS EN PLUS D’ÉTUDIANTSToulouse est la seconde ville universitaire de France, après Paris. Elle dispose donc d’un important potentiel d’élèves. Pour Alain Catala, « cela présente d’abord l’avantage d’éviter les guerres commerciales entre établissements, car le volume d’élèves est conséquent. Par, contre, un inconvénient propre aux grandes villes est le manque récurrent d’inspecteurs. L’application des 35 h dans un premier temps, puis l’application de la directive européenne sur les 35 minutes à l’examen, ont réduit fortement le nombre d’élèves examinés. Du coup, les délais d’attente pour des représentations oscillent entre 3 et 4 mois. Cependant, il y a eu des améliorations nettes au cours de l’année écoulée et on dispose d’un volume appréciable d’inspecteurs intéressés par les heures supplémentaires. » Autre inconvénient d’une ville comme Toulouse : « comme les élèves ne manquent pas, les écoles de conduite ne remettent pas en question leur organisation du travail ni leur approche pédagogique. » La circulation réputée difficile à Toulouse ? « Elle n’est ni meilleure ni pire qu’à Lyon ou Marseille. Simplement, quand on compare les taux de réussite des examens du permis dans les grandes villes et dans les zones rurales, la densité de circulation est l’un des éléments qui peut expliquer les différences de résultat. Plus il y a d’indices de conduite à gérer, plus le risque d’erreur est important. » Et depuis la réforme, les résultats s’améliorent, « même si ce n’est pas dans les proportions attendues. Je trouve que les inspecteurs, les formateurs et les élèves s’approprient progressivement les critères d’évaluation. »
UNE POLITIQUE DE SÉCURITÉ ROUTIÈRE PEU LISIBLELes mesures adoptées lors du dernier CISR, quelque peu confuses, rendent peu lisible pour les automobilistes la politique générale de sécurité routière du gouvernement. « Je le vois bien au cours des stages permis à points. Les stagiaires, qui ont déjà à la base un rapport à la règle « large », ne savent plus où ils en sont. Il faut savoir, qu’au départ, l’implantation des panneaux était temporaire, destinée à amener les automobilistes à réguler eux-mêmes leur vitesse. Et petit à petit, les gens ont pensé que les panneaux étaient définitifs. Le rôle des enseignants de la conduite est non seulement de connaître les règles mais surtout de les justifier. Mais si elles deviennent difficilement justifiables, cela devient compliqué ! »
LE SCANDALE DE LA FIN DE L’EXPÉRIENCE PROFESSIONNELLE« Je trouve scandaleuse la fin de l’expérience professionnelle exigée pour devenir gérant d’auto-école » martèle Alain Catala. « On revient ainsi à une situation d’avant 1998 : n’importe qui peut ouvrir une auto-écoles, même sans diplôme. C’est un retour en arrière mais qui n’est pas français, qui est lié uniquement à l’application d’une directive européenne sur les services. Les sénateurs n’ont fait que mettre en application la directive européenne, à laquelle aucune profession ne peut échapper. Il aurait au moins fallu rajouter l’obligation d’avoir un diplôme pour pouvoir ouvrir une école de conduite. Cela dit, notre métier est tellement réglementé et peu productif qu’on a peu à craindre de l’installation de gens venus d’autres systèmes. Plusieurs y ont réfléchi, et la productivité induite est tellement faible qu’ils ne s’y sont pas lancés. »
Christophe Susung