map
Vie des régions — Mai 2011
-Sens-
Longévité et tranquilité !
Il existe 8 auto-écoles sur la ville de Sens, qui compte 35 000 habitants. Rencontre avec les 3 plus importantes structures de la cité, dont les gérants présentent chacun des profils très différents.
De l’avis de tous les professionnels rencontrés sur Sens, la ville présente un cadre agréable pour travailler. Le centre d’examen, proche du centre-ville, est facile d’accès, les délais pour passer l’examen du permis de conduire traînent moins en longueur que sur d’autres régions. L’entente avec les inspecteurs est cordiale et même l’arrivée d’une auto-école associative, acceptée par tous, n’a pas troublé la cohésion de la profession.
De même, les auto-écoles qui proposent un permis moto partagent un terrain alloué par la ville en toute quiétude. Enfin, la seule auto-école qui propose le permis lourd peut dormir sur ses deux oreilles : les autres écoles de conduite, conscientes du potentiel restreint de ce marché, n’ont aucune intention de venir piétiner ses plate-bandes !
DU BOUCHE-À-OREILLE
Une autre particularité à Sens, concerne la longévité des auto-écoles. Ainsi, que ce soit l’auto-école Pierrette, l’auto-école du Sénonais ou l’auto-école Legrand, chacune a pu recevoir dans ses locaux des élèves dont les parents, voire les grands-parents, ont passé le permis de conduire à l’intérieur des mêmes murs ! Ces trois auto-écoles « historiques » du sénonais sont par ailleurs toutes situées dans le centre-ville, à quelques encablures l’une de l’autre.
« On fonctionne essentiellement au bouche-à-oreille », explique Isabelle Pontalier, la gérante de l’auto-école Pierrette (du nom de l’ancienne responsable). Cette jeune gérante a repris depuis 1 an l’auto-école tenue pendant 10 ans par son père. Ce dernier ne rechigne d’ailleurs pas à lui donner un coup de main de temps à autres !
On peut affirmer que Isabelle Pontalier est tombée dans la marmite auto-école lorsqu’elle était petite !
« J’ai grandi dans ce milieu de l’auto-école », confirme la gérante. Le destin professionnel de Isabelle Pontalier était donc tracé, même si elle a pris le temps avant de se lancer dans l’aventure de la formation à la conduite.
C’est en 2007 que la jeune sénonaise obtient son Bepecaser. Après les 3 années d’expérience, qui étaient encore obligatoires pour gérer une auto-école, elle prend
du galon. « Même si le métier de gérant présente plus de facettes, je me réserve tout de même du temps pour dispenser des cours aux élèves », explique cette passionnée de conduite !
ATTENTION À LA GESTION !
On a peut-être tendance à l’oublier, mais « passer » de moniteur à gérant d’auto-école demande, au-delà des diplômes, une vraie maîtrise de la comptabilité. Isabelle Pontalier conseille aux gérants en devenir de ne pas sous-estimer l’aspect gestion du métier. « Il faut bien gérer l’argent qui rentre et éviter de considérer les bénéfices comme de l’argent de poche »,
prévient-elle.
« Le gérant a intérêt à avoir la tête sur les épaules par rapport à l’argent. Il faut avoir également une parfaite connaissance des lois. Se faire assister par un avocat ou un comptable est une éventualité. J’ai encore en mémoire des soucis qu’avait connu mon père avec des parents d’élèves qui avaient décortiqué le contrat qui avait été signé ! »
En effet, s’il faut être davantage précautionneux aujourd’hui qu’il y a 20 ans, c’est peut-être qu’il y a « beaucoup plus d’apprentis conducteurs qui viennent dans l’esprit d’acheter le permis que de suivre une formation », selon Isabelle Pontalier. La gérante estime que « la motivation » manque aux élèves. « Il faut donc s’adapter », conclut-elle.
UNE AUTO-ÉCOLE À DEUX TÊTES
Direction l’auto-école du Sénonais, qui présente la particularité d’être co-gérée, avec des prédispositions bien établies. Alfredo Martin est le spécialiste « formation » du binôme tandis que Angélique Gilbert est, elle, centrée sur la gestion. À l’origine, seule Angélique Gilbert devait reprendre l’auto-école. Mais, non-détentrice du Bepecaser depuis 3 ans, elle s’était associée au moniteur, déjà présent au sein de la structure depuis 10 ans. Depuis, l’attelage a fait ses preuves ! Il dispose désormais de 2 autres bureaux, à Villeneuve-l’Archevêque et Aix-en-Othe.
Autre caractéristique de l’auto-école, les enseignants sont essentiellement des femmes. « C’est purement un hasard », explique Angélique Gilbert. « Le métier est moins masculin qu’auparavant » ajoute son collègue. Mais l’essentiel est ailleurs.
« Pour gérer 3 bureaux, il est nécessaire d’avoir des personnes de confiance et nous avons entière confiance en notre personnel ».
Les deux gérants sont donc en premier lieu concernés par la fin de l’expérience professionnelle pour devenir gérant et, sans surprises, leur avis divergent sur le sujet ! « Arriver dans la profession pour quelqu’un qui n’est pas du métier, ça peut être plus difficile », estime Alfredo Martin, alors que son associée se montre plus réservée.
DES RÉUNIONS MENSUELLES
Mais c’est bien le seul point sur lequel les deux gérants sont en désaccord ! « Chaque mois, on fait une réunion avec tout le personnel, entonnent en cœur les deux associés, qui souhaitent maintenir une cohérence à tous les étages dans leur activité. « On y donne les orientations qu’on souhaite donner à la formation. Notre métier se rapproche de celui d’un commerçant mais on a un vrai souci de qualité de la formation. »
Des principes sont à respecter. « Il y a une concertation entre les moniteurs pour essayer de déterminer les chances des élèves via une réunion mensuelle », détaille Angélique Martin.
« Le changement de moniteur, du moment qu’il n’est pas intempestif, ne nous gêne pas ».
« On estime que cela peut avoir un apport pédagogique et que cela va amener l’élève à s’habituer à l’examen avec une autre personne dans le véhicule. On part sur une base de 2 moniteurs principaux. En plus, cela permet plus de souplesse au niveau du planning. Et cela permet à l’élève de mieux étaler ses leçons. »
UN MÉTIER PLUS DIFFICILE QU’IL Y A 10 ANS
Parmi les difficultés rencontrées, les 2 co-gérants citent l’augmentation du prix du carburant. Ils regrettent que la profession n’obtienne pas d’aide du gouvernement.
« Le métier est dans l’ensemble plus dur qu’il y a 10 ans », témoigne Alfredo Martin, même si « le fond de roulement est assuré avec le permis B ».
Concernant la réforme du permis de conduire, Alfredo Martin s’interroge. « Est-ce que la volonté du gouvernement était d’abord de ne surtout pas recruter plus d’inspecteurs ? » Selon le gérant, il n’est d’ailleurs « pas sûr » que les taux de réussite aient évolué. « Mais il faut reconnaître que la nouvelle grille d’évaluation est plus claire pour tout le monde.
Avant, on rendait les décisions sur des erreurs, maintenant on juge sur les compétences. Sans compter que cela nous renforce dans nos objectifs, à savoir regarder pour quelles raisons l’élève a échoué, pas son nombre d’échecs. Pour cela, la grille d’évaluation nous aide. »
Autre mesure phare de la réforme du permis de conduite, la conduite supervisée a plutôt séduit du côté de l’auto-école du Sénonais. « Il y a eu un écho positif », explique Angélique Martin. « Mais si les élèves ont envie de faire de la conduite supervisée, ils ne trouvent pas forcément les accompagnateurs », tempère-t-elle.
Christian Legrand est une figure de la profession. Après avoir débuté en tant qu’enseignant dans les années 1970, il s’installe 5 ans plus tard à Sens, malgré quelques réticences initiales.
LES REGRETS DE LA FNEC
« Je me souviens avoir dit : tout sauf Sens ! Il faut savoir qu’il y avait quand même de la concurrence à l’époque. Par exemple, on était 6 ou 7 à proposer du permis poids lourd alors que désormais je suis seul sur ce secteur », explique cet ancien de l’Adeca (Association de défense de l’enseignement de la conduite automobile). Mais Christian Legrand et son épouse ont eu du flair en s’installant dans la cité sénonaise puisque 30 ans plus tard, ils ont sans conteste réussi leur entreprise. Présente sur tous les permis, l’auto-école force le respect de la profession. Elle dispose par ailleurs d’un 2ème bureau à Saint-Valérien.
C’est sans surprise que ce couple passionné de formation s’est investi dans l’activité syndicale. Après l’Adeca, donc, ils ont rejoint la Fnec où il est désormais vice-président du syndicat des exploitants et elle présidente du pôle salarié. D’ailleurs, Christian Legrand n’a pas digéré l’échec de la Fnec aux dernières élections, où il figurait en 2ème position sur la liste électorale, regrettant ouvertement la perte d’1 siège au collège des exploitants. « Je tiens d’ailleurs à préciser que c’est bien l’Unic qui a pris le siège à la Fnec et non pas l’Unidec qui a conservé son siège. C’est dommage, car on est la seule fédération à soutenir à la fois les salariés et les exploitants. Il faut savoir que le vote par agrément nous a causé du tort. Les adhérents à la Fnec sont principalement des petites auto-écoles. J’insiste sur le fait que si la profession ne se réveille pas, ça va mal se passer pour tout le monde ! »
LA VIE APRÈS L’AUTO-ÉCOLE
Lorsqu’on évoque la réforme du permis de conduire, Christian Legrand se montre amusé. « J’ai connu 36 réformes. On peut dire que j’ai démarré dans l’activité lorsque les auto-écoles étaient encore au Moyen-Âge », plaisante-t-il. Ce qui n’empêche certaines mesures d’entraîner un retour en arrière, selon lui.
« La fin de l’expérience professionnelle est aberrante. J’ai connu l’avant Gayssot. Il y avait plein d’escrocs. Bientôt on va pouvoir ouvrir un établissement sans posséder le permis de conduire !
D’ailleurs, dans le cadre d’une intersyndicale, on a envoyé un courrier à ce sujet au gouvernement. »
Christian Legrand est un témoin privilégié de l’évolution de la profession. « Le métier s’est complètement transformé par rapport à mes débuts. Au niveau de tout ce qui est administratif, cela n’a plus rein de comparable. On perd trop de temps là-dedans. »
Mais ce n’est pas tout. « Les marges bénéficiaires ont fondu. À l’heure actuelle, pour avoir les chiffres de 1975, il faudrait multiplier les prix par 8 ! »
De même, si le profil des moniteurs d’auto-école n’a selon lui « pas évolué » les élèves ont eux « bien changé ». Un manque de motivation, de prise en main est ainsi souligné. Dommage, car selon Christian Legrand, « le permis français fonctionne plutôt bien ».
Enfin, si « le bilan de compétences a changé quelque chose avec les jeunes inspecteurs », en revanche, « les anciens sont restés sur leur mode de notation », explique le gérant. « Il fallait les envoyer à la retraite avant… comme moi, certains diront », assure-t-il, non sans humour. « Je tiens par ailleurs à souligner la chance que nous avons, dans l’Yonne, d’avoir une déléguée avec qui on peut discuter. Si elle peut nous trouver des places d’examen, elle fait son possible ».
Sur le sujet du départ en retraite le gérant se montré ému. « Ma femme veut revendre l’auto-école. Moi, j’avoue que cela me fait un peu peur même si c’est vrai que je pourrai enfin prendre des vacances. C’est un métier où il faut savoir faire des sacrifices ! Les vacances, il n’y en a pas beaucoup… »
Hugo Roger
CARTE D’IDENTITÉ
Auto-école Legrand
Gérant : Christian Legrand
Bureau : 2
Employés : 8
Formations proposées : A, A1, PL, Super lourd, B, AAC, Transport en commun, E (B) + BSR
Véhicules : 5 Peugeot 207, 1 Peugeot 407 (E)B, 2 Kawasaki, 1 Yamaha, 1 125 +
3 scooters + 1 porteur AE + 1 semi-remorque AE avec 3 essieux
Inscriptions : 800 par an (tous permis confondus, sur les 2 bureaux)
Tarif : pas de forfait, 37 euros l’heure de conduite
Auto-école Pierrette
Gérant : Isabelle Pontalier
Bureau : 1
Employés : 6 moniteurs + 2 secrétaires
Formations proposées : AAC, BSR, B, A
Véhicules : 6 Clio
Inscriptions : N. C.
Tarif : pas de forfait, heure à 37 euros
Auto-école du Sénonais
Gérant : Angélique Gilbert
et Alfredo Martin
Bureau : 3
Employés : 5 moniteurs + 2 secrétaires
Formations proposées : B, AAC, A, A1, BSR
Véhicules : 7 Peugeot 207 + 3 gros cube + 1 moto 125 + 3 cyclo
Inscriptions : 250 à 300 par an en B
Tarif : pas de forfait,
35 euros de l’heure
Dans le même thème
map
Vie des régions — Décembre 2025
Gard - Des structures hors des grands réseaux gérées par des professionnels combatifs
D’un côté du Rhône, on trouve le département du Gard en Occitanie et de l’autre côté du fleuve, le département des Bouches-du-Rhône en Région Sud-Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Quelle que soit la rive, rencontre avec des écoles de conduite qui veulent vivre sans rejoindre les grands réseaux nationaux et qui se battent pour faire au mieux leur métier.
map
Vie des régions — Novembre 2025
La Rochelle : Des enseignants engagés face à des jeunes peu motivés
À La Rochelle, les jeunes de 15 à 25 ans constituent la tranche d'âge de la population la plus importante. Cette clientèle potentielle ne fait pourtant plus du permis de conduire une priorité. Cela inquiète les responsables des écoles de conduite qui sont aussi freinés dans leur volonté de développement par un nombre de places d’examen insuffisant.
map
Vie des régions — Septembre 2025
Canada : Rencontre avec Thomas Spiegler, enseignant de la conduite à Montréal
L’homme est sacrément sympathique ! Thomas Spiegler est un des doyens des enseignants de la conduite, une profession qu’il exerce depuis une cinquantaine d’années. Anglophone, il parle un français impeccable ce qui, à Montréal, la capitale économique de la Belle Province, le Québec, est un atout.