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map Vie des régions — Mars 2011

-Metz-
Les problèmes de places d’examen s’estompent


Metz, préfecture du département de la Moselle, connaît un essor particulier depuis 3 ans : apparition du TGV Grand Est en 2007, ouverture du Centre Pompidou-Metz le 12 mai 2010, travaux du futur tramway prévu pour 2013. Si ces événements attirent de plus en plus de monde à Metz, cela touche assez peu le monde des auto-écoles. Comme ailleurs, les grosses enseignes installées depuis des dizaines d’années et les petits établissements se partagent le marché.

UN GÉRANT AU PARCOURS VARIÉ
L’auto-école Cerest fait partie des grosses structures. Son gérant, Moulay Benharrat, a déjà un long parcours dans la profession. « Depuis 1994, j’étais moniteur B et A sur Nancy dans deux auto-écoles réputées. Puis en 1998, je me suis installé à Frouard, dans la banlieue de Nancy. Un établissement que j’ai revendu en 2002. J’ai ensuite travaillé en tant que salarié pendant un an et demi sur Metz. Enfin, j’ai eu l’opportunité de racheter Cerest en novembre 2004, un établissement qui avait été crée en 1980. » Cerest comprend 4 établissements dont 2 sur Metz, 1 à Thionville et 1 à Marly, dans la banlieue de Metz, et qui intègre 6 000 m2 de pistes d’enseignement. Cerest dispense des formations à « tous les permis terrestres existants » (A, AAC, B, C, EC, D…). Par contre, le bureau de Metz où est situé le siège social ne propose que du B et de l’AAC. « Il est plus pratique de regrouper les formations moto et du groupe lourd à Marly. Nous sommes les seuls à faire du poids lourd sur Metz. Il faut avoir de l’ancienneté pour bien dispenser ce genre de formation. »

LES PLACES D’ETG À LA TRAÎNE
Selon le gérant, pour ce qui est des places d’examens, les problèmes touchent plus Thionville que Metz, où « la difficulté est surtout d’avoir des places supplémentaires en ETG. Si on récupère plus de places d’ETG, cela nous fait plus de places en examen pratique. Sinon, l’ETG constitue un frein à la pratique. Mais le délégué à la sécurité routière régule les places en fonction de ses places d’inspecteurs… » En moto, cela coince souvent en été, « car il y a plus de demandes. Une fois que les élèves passent le plateau, ils ne peuvent pas enchaîner tout de suite sur l’examen en circulation, ils doivent attendre plusieurs semaines. » D’autre part, suite aux intempéries de décembre dernier, « pas mal d’examens ont été annulés en B. Et en moto, on ne voulait pas prendre de risques. En poids lourd, je déplore l’annulation de plusieurs examens. » Une situation anormale, « car les pistes appartiennent aux DDE, qui aurait pu facilement les dégager. On avait des délais de passage à respecter avec les élèves du Pôle emploi. Résultat, on a dû annoncer aux élèves qu’ils ne pourraient pas passer les examens. On est allé avec eux dégager les pistes avec des pelles et des balais. Cela nous a permis de voir que les jeunes du Pôle emploi avaient vraiment besoin du permis poids lourd et étaient très motivés ! Ils ont certes obtenu leur permis après, mais ils auraient pu l’avoir plus tôt ! »

UNE GRILLE D’ÉVALUATION TROP « LIGHT »
La nouvelle grille d’évaluation introduite par la réforme n’est selon Moulay « pas assez précise, pas suffisamment détaillée. Je pense qu’il est un peu plus facile d’avoir le permis qu’auparavant. Un élève qui n’a pas d’allure mais effectue correctement le reste peut avoir le permis. La grille d’évaluation qui avait cours en 1980, et qui a disparu par la suite, était beaucoup plus complète. De toute façon, les élèves ne regardent qu’une chose : le total des points sur 20 ! Peu essayent véritablement de connaître leurs erreurs. »
Quant à la fin de l’expérience professionnelle pour pouvoir gérer une auto-école, votée début janvier… « C’est n’importe quoi ! En 1994, il n’y en avait besoin d’expérience, puis en 2001 une loi en a imposée une. Si je me suis installé gérant au bout de 4 ans en tant que moniteur, c’est qu’il fallait le temps nécessaire pour tout assimiler dans la profession, que ce soit la partie technique ou la partie administrative. Et il faut qu’on s’adapte à la clientèle, qui a évolué. Les jeunes d’aujourd’hui sont davantage assistés, ils veulent décrocher le permis sans faire d’efforts. » Quant aux  jeunes gérants et moniteurs, « ils veulent révolutionner l’auto-école mais il n’y a pas tant de choses à changer finalement ! Au début, on croit qu’on peut tout améliorer. Mais il y a eu peu de changement au final, à part l’apparition du Code sur le Web. » Le gérant de l’auto-école Cerest se montre très intéressé par la voiture électrique. « Cette technologie nous intéresse beaucoup. Nous voulons moins polluer et moins consommer, à la fois pour la génération actuelle mais aussi pour les générations futures ! La Citroën C-Zéro, par exemple, peut être un choix pertinent. Petit bémol, ce type de véhicule est équipé d’une boîte automatique. Et donc, les élèves qui l’utiliseront ne pourront passer que le permis boîte automatique… »

QUAND L’AUTO-ÉCOLE SE MET AU VERT
Une vitrine ayant adopté la couleur verte et ornée de photos de joyeux bébés accompagnés du slogan « L’auto-école de demain », une salle d’accueil illuminée par des tubes fluorescents diffusant une lumière elle aussi verte, des sièges de la même couleur… Le tout flambant neuf ! Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’école de conduite Educarest a souhaité se démarquer de l’image traditionnelle de l’auto-école en lui insufflant un vent de modernité ! « Cette dominante verte, que l’on retrouve aussi sur la décoration des véhicules, donne une note écolo à notre établissement », explique Gilles Dispot, le gérant de cette auto-école qui a vu le jour il y a un peu plus d’un an, en janvier 2010. « Nous souhaitions également nous démarquer des traditionnelles couleurs bleue, blanche et rouge habituellement associées à la profession. Sans oublier un petit jeu de mot : « demain » peut évoquer « deux mains », qu’il vaut mieux garder sur le volant ! » Enfin, « Educarest » évoque « le sérieux propre à l’éducation routière. »
L’école de conduite Educarest dispose de deux bureaux à Metz : une création rue du Sablon (photo) et un rachat d’établissement place du Saulcy. Ces établissements se situent en centre-ville et à proximité de deux lycées. « C’est plutôt un bon emplacement. La clientèle est surtout composée d’étudiants. Et d’une manière générale, l’ouverture du Centre Pompidou-Metz a amené du monde à Metz. » Auparavant, Gilles a travaillé dans deux auto-écoles sur Metz, en tant que formateur moto et poids lourd. Educarest, pour sa part, forme au permis B, à l’AAC et au BSR.

PLACES D’EXAMEN : DU MIEUX !
« En tant que nouvelle auto-école, nous connaissions un manque de places d’examens, avec seulement 4 places attribuées, à cause du principe de la « nouvelle » méthode d’attribution des places. Heureusement, des collègues nous ont dépannés », explique Gilles. « Et depuis, les choses se sont stabilisées et nous rencontrons moins de problèmes de places d’examens. D’autant plus que nous avons bénéficié d’un renfort d’inspecteurs. Le mois prochain sera plus fourni en places. » Par ailleurs, l’auto-école a pu rattraper les examens annulés suite aux intempéries de la deuxième moitié du mois de décembre dernier. « On ne pouvait pas rouler. Même des leçons ont dû être annulées, on ne voulait pas prendre de risques. » Ces petits soucis résolus, l’école de conduite peut se concentrer sur l’essentiel, l’apprentissage de la conduite ! « Si la réforme est vraiment appliquée, elle sera bénéfique à la profession », estime Gilles. « Le résultat zéro sera bientôt éliminatoire, ce qui va dans le sens de la sécurité routière. L’éco-conduite, qui fait aussi partie du programme, peut montrer la voie vers un comportement responsable. Quant aux véhicules électriques, on va être un jour ou l’autre obligés de s’y intéresser. Cependant, ce type de véhicule est généralement associé à une boîte automatique, ce qui restreint l’utilisation en auto-école. Mais c’est déjà un premier pas. » Parmi les autres thèmes d’actualité, la suppression de l’expérience professionnelle pour devenir gérant est un sujet désormais incontournable. « À la suite de la suppression de l’expérience professionnelle, de nouveaux établissements vont se créer. Cependant, tempère Gilles, dans l’absolu, ce n’est pas parce qu’un moniteur sort du Bepecaser qu’il ne peut pas gérer une auto-école. » Comme dans de nombreux départements, les loueurs de véhicules à doubles commandes ont montré le bout de leur nez en Moselle. Et comme ailleurs, ils disparaissent aussi vite qu’ils sont arrivés. « Il y en avait un à Thionville, en fait une auto-école à Thionville qui proposait aussi parallèlement de la location de véhicule à doubles commandes. Mais elle a arrêté cette activité depuis. Les loueurs ne remplaceront jamais la formation dispensée par une auto-école. »

UNE AUTO-ÉCOLE COSY !
Les locaux de l’auto-école Mario de Metz ne sont guère ceux d’une auto-école lambda, aux salles impersonnelles, voire sans lumière naturelle. Il s’agit en fait d’un véritable petit appartement, avec une succession de pièces très cosy et plutôt hautes de plafond. On s’y sent vite chez soi ! À la tête de l’établissement, Mario Camiolo, est également responsable de l’Anper en Moselle et directeur de l’auto-école Mario de Forbach, qui a vu le jour en 1978. En 1990, il crée un centre de formation des moniteurs à Forbach avec Christian Gaudioso, tous deux enseignants de la conduite et titulaires du BAFM. Christian Gaudioso s’y occupe de la partie animation et pédagogie et Mario Camiolo de la gestion au quotidien et de la partie administrative. Nous représentons l’Anper en Moselle. On montre le chemin. Notre objectif est de faire progresser notre métier et le valoriser. Nous gérons également la bourse au permis mise en place à Metz, qui fonctionne depuis 3 ans, finance en moyenne 50 permis par an et permet à des jeunes de s’insérer dans la vie professionnelle, en contrepartie d’une action associative, humanitaire ou sociale. » Mais Forbach est une ville un peu excentrée. « En 1997, nous avons donc ouvert une seconde auto-école à Metz, ville dans laquelle nous avons également créé un centre de formation de moniteurs depuis 2003. »

DES DÉLAIS D’ATTENTE ENFIN RAISONNABLES
À Metz, les délais d’attente de places d’examen sont désormais tout à fait acceptables. « Les choses se sont améliorées, il y a environ 1 an. Ainsi, la gestion quotidienne de l’auto-école peut se dérouler dans de bien meilleures conditions. » Et les examens supprimés à cause des intempéries de décembre 2010 ont déjà été rattrapés. « Ces intempéries ont d’ailleurs surtout touché les deux-roues. Mais de toute façon, en hiver les élèves sont généralement peu enclins à conduire sur la neige. » Si les délais d’attente sont raisonnables, le cheval de bataille de Mario Camiolo est d’améliorer la gestion des places d’examens. « J’aimerais que les réservations de places soient communiquées au moins 3 mois à l’avance par l’administration. Cela permettrait d’avoir plus de visibilité. Ainsi, quand j’inscris un élève, je pourrais établir avec lui une planification, un objectif concret à atteindre. Cela éviterait de travailler au coup par coup. » Une demande tout à fait réalisable selon Mario Camiolo. « Une expérimentation de ce dispositif dans une ou plusieurs régions est tout à fait possible. D’autant plus que les fonctionnaires du service des examens du permis de conduire connaissent leurs emplois du temps à l’avance. De plus, cette idée serait tout à fait judicieuse pour tous ceux qui font de la formation au permis EB. »

DE NOMBREUSES FORMATIONS SPÉCIFIQUES
Claudine Loi, qui s’occupe au quotidien de l’auto-école Mario de Metz depuis 5 ans, nous explique deux des spécificités de l’établissement. « Le post-BSR s’effectue quelque temps après l’obtention du BSR. On inculque aux jeunes, des notions de sécurité, en salle. » Autre spécificité, le RVE (rendez-vous d’évaluation), demi-journée organisée avec la Macif à destination des jeunes permis qui ont eu un accident ou non. « On fait de la salle et de la voiture, pour apprécier si ces jeunes mettent toujours en pratique la conduite sécuritaire (contrôle des rétroviseurs, etc.). Il s’agit de les placer face à leurs responsabilités. » Enfin, l’auto-école Mario dispose d’une Clio à boîte automatique, qui peut être aménagée pour les handicapés. Elle sert pour le permis boîte automatique, pour les personnes âgées, ou qui ont eu des soucis de santé, et leur permet de retrouver une certaine autonomie. Les formations pour personnes handicapées sont assez rares dans la région. « Il y a des gens qui viennent de loin pour les suivre chez nous. Cela leur permet d’avoir un contact autre que leur kiné ou leur chirurgien : l’auto-école les libère un peu ! »

Christophe Susung



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